Vive la crise! - analogie avec le corps humain

Je pense depuis longtemps que le corps humain est un modèle de fonctionnement. On retrouve dans sa physiologie ce que l’on vit psychiquement, socialement, ou dans notre environnement. Je n’en fais pas une règle ou un absolu, encore moins une certitude définitive, mais l’observation comparée de la physiologie et de la société apporte un éclairage intéressant.

 

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Dans un échange avec redbaron il y a quelques temps, nous parlions de l’égalité. Rapportée au corps humain, l’égalité n’est pas absolue. On peut se passer de certains organes ou tissus, pas d’autres. Il n’y a pas égalité de fonction. Par contre, chacun à sa place, le corps a besoin de l’ensemble pour fonctionner sans maladie ni handicap. La prédominance d’une fonction sur une autre mène peut à peu à la désadaptation et à la maladie.

Comment serait-il possible de comparer la crise économique et financière aux périodes de crises (maladies) du corps? Je propose cette piste.

La crise financière est venue entre autre d’une volonté de gagner beaucoup en très peu de temps. Un investisseur en bourse veut un retour rapide et maximum sur les fonds qu’ils met sur le marché. On peut comparer cela à une boulimie. On ne mange plus par besoin, on ne laisse pas au corps le temps de digérer, il doit accumuler, accumuler encore pour se sentir puissant de par son volume d’ingestion.

Normalement après un  repas, le corps se repose pour digérer puis utilise l’énergie reçue en la redistribuant encrise-boulimie1.jpg activité, en projets, en sport, en créativité, etc. S’il ne le fait pas, s’il ne digère ni ne redistribue, il gonfle, enfle et finit par s’écrouler sous la pesanteur de ses déchets -  ses toxines, qui sont le passif de ce qu’il a ingéré. Sans compter que la boulime des uns fait l’anorexie des autres, et qu’un tel écart produira des bains de sang. Un passif trop grand mène une entreprise à la faillite. Or le corps est comme une entreprise: sa santé dépend de l’équilibre entre les entrées et les sorties.

Après une phase d’accumulation où l’euphorie du volume donne un sentiment de puissance, vient un blocage puis une crise de santé: le corps se fait une maladie aigüe pour éliminer radicalement ses excès. Les animaux se mettent spontanément en jeûne quand ils sont malades. Nous aussi pour peu que nous soyons encore à l’écoute de nos vrais besoins. De ce fait, le corps cessant d’ingérer, l’élimination des déchets, des excédents toxiques, peut se faire, accélérée par l’énergie de la crise. Passé la crise le corps retrouve un équilibre et reprend vigueur.

La crise financière est la conséquence d'une boulimie. La crise économique est le résultat organique de cette boulimie. A ce moment, tout est brassé, remis à zéro. Certes des entreprises meurent, qui n’avaient pas participé à la boulimie. C’est la solidarité du système vu en tant qu’ensemble et que corps entier. Dans cette crise, cette tempête du corps, tous les organes sont touchés. Si un doigt a laissé l’estomac manger trop de sucre, et qu’un diabète se déclare, il est possible qu’en crise le doigt se gangrène et tombe. Cela veut dire aussi que nous sommes tous à un degré ou à un autre solidaires du système qui s’est intoxiqué. Mais s’il faut se régénérer, c’est le crise-bactérie.jpgprix à payer. Mieux vaut une crise aigüe, forte, qu’une maladie chronique. Et si UBS devait mourir de sa propre boulimie (elle n’a pas su auto-réguler son appétit), si nous devions tous en subir les conséquences, nous renaîtrons ensuite débarrassés d’un élément devenu toxique pour l'ensemble. Le problème n'est même pas les dirigeants en eux-mêmes: le problème est le mécanisme boulimique que chacun à sa mesure peut connaître. Qui en effet n'en veut pas toujours plus? La valeur des entreprises côtées en Bourse ayant été souvent gonflée artificiellement (c’est l’appât de gros dividendes qui fait investir, par les capacités productives réelles), il faut donc s’attendre à ce que les Bourses baissent encore.

Quand la crise est très forte il faut parfois des mesures symptômatiques. On peut utiliser l’allopathie: injecter des milliards dans les industries, avec l’avantage d’atténuer un peu les souffrances mais pas de guérir la cause. Ou bien utiliser les médecines douces: laisser le corps éliminer, tout en protégeant les parties fragiles. Comme médecines douces, on pourrait imaginer: une baisse conséquente des loyers, des charges des entreprises, le temps qu’il faut pour se remettre sans être à la rue. En allant plus loin on peut décréter la fin de l'argent: peu réaliste.

On peut aussi faire une révolution qui impose un plan imaginé par un ZentralKomittee, où toute l’économie est entre les mains des dirigeants politiques (solution communiste). Mais on crée une nouvelle pathologie: l’hypertrophie du mental qui décide ce que doivent être les besoins du corps. En réalité c’est la même maladie mais en plus grave car dépourvue de mécanisme de crise - donc de guérison.
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Vue sous cet angle la crise est utile, elle illustre la vitalité du système d’échanges dans lequel nous vivons. A terme, avec la maturité, la société peut gagner en sagesse et comprendre sa maladie. Ainsi reviendrons-nous à des investissements à long terme, avec des profits moindres mais durables. C’est donc maintenant qu’il faut investir, même si les profits ne viendront que dans 10 ans plutôt que dans 2. Il faut aussi partager davantage pour motiver tous les acteurs sociaux. Motivés, ils produiront plus de richesses. Il faut miser sur la durée plus que sur l’immédiateté. Et il faut aussi penser au corps dans son ensemble, pas seulement à l'estomac. Ce sont les nouveaux-né qui normalement ne pensent qu'à leur estomac. pas les adultes. En principe...

Il faut inventer l’homéostasie économique, l’économie durable, résultat de la sagesse plutôt que de la dictature du capitalisme d’Etat (ou communisme).

Ce n’est pas de morale dont manque notre système: c’est de sagesse. Cette sagesse qui fait pressentir qu’en voulant trop, on tombe malade et on perd tout. Car qui est si peu sage pour croire que les cours peuvent monter sans jamais descendre? Ce n’est pas de morale dont nous manquons: la morale est trop relative pour ne pas engendrer de nouvelles boulimies par compensation des interdits qu’elle porte en elle. Il manque bien plus la sagesse, la sagesse de ne pas creuser sa propre tombe.

 

 

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Catégories : société 14 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bravo pour cette analogie fort bien décrite et perceptible.
    Effectivement, l'être humain est un microcosme où tout peut se refléter et trouver un écho et vice versa.

  • bonjour ,oh merci merci pour cette verité revelée ,dieu te garde hayet merci encore , je suis malade a cause de ce systeme que j'ai subie ,

  • Bonsoir Hommelibre,
    Pas très rassurante, pour celles et ceux qui n'ont pas eux les yeux plus gros que le ventre, votre analogie. Sont-ils condamnés à mourir pour cause de famine provoquée par la gloutonnerie de quelques-uns ? Ou seront-ils épargnés ? Pour l'heure je ne vois aucune prise de conscience, ni remord de la part de ceux qui se sont engraissés aux dépends des autres. Faudra-t-il attendre une génération de privation pour que l'on assiste au retour de la sagesse et du bon sens ?
    J'espère que non !!

  • Bonsoir Loredana, je n'ai pas de réponse à cela! En rêve, j'aimerais que cette sagesse vienne d'un coup, comme cela, boum. Mais dans le réel elle est une attitude, un regard, qui parfois ne viennent que quand on est allé trop loin. C'est un vaste, très vaste débat, qui touche l'éducation, la qualité de communication, les rites pour avoir son plein de vécu sans avoir besoin d'être boulimique, un déplacement de l'important vers des extases autres que la montée du compte en banque. Il manque à notre société des mécanismes de satisfaction qui ne soient pas que de se remplir ou d'être mieux que l'autre. Des mécanismes de mémoires comme les religions en ont donnés, ou le culte des ancêtres. Mais sans religion, sans enfermement. Comment concilier la sagesse et le puissant élan créatif et compétitif (à risque boulimique) de l'humain? Niveler tout, je n'y crois pas. "Moraliser" n'est pas acquérir la sagesse mais seulement se soumettre. La morale est une prison, la sagesse est une liberté. C'est un vaste, très vaste débat...

  • Pas d'accord avec vous, Hommelibre !!
    La morale n'est pas une prison, elle n'est que la cadre dans laquelle notre liberté peut s'épanouir sans faire de tort aux autres. Car la sagesse n'est pas innée...

  • En effet la sagesse n'est pas innée. Le problème que je vois dans la morale est qu'elle divise intérieurement, et l'on commence à connaître la force de l'inconscient et du refoulé; alors que la sagesse remplit, centre. Mais d'accord qu'il faut des cadres, des règles de "ce qui se fait" et "ce qui ne se fait pas". Je dirais alors que la morale, appliquée tout seule sans autres possibilités de plénitude, est une prison.

  • Dans l'ensemble je suis d'accord Teufel! Vous connaissezmes réserves (d'indiens,bien sûr) ici ou là, bref! Le problème actuel, et c'est abordé dans votre commentaire ci-dessus, c'est le côté psychique, le "marquage"... Pavlov, quoi! Et tant chez les "dirigeants" que les "dirigés" se retrouvent ces faux réflexes! Le chômeur veut travailler comme avant, l'exploiteur exploiter comme d'habitude... Le chômeur pourrait demander le partage du travail, et forcé l'exploiteur à partager! Dans l'exemple du corps, c'est les plaquettes à l'assaut de la coupure, de l'hémoragie et de l'infection... Encore une fois petits les missiles HL, "I just came back from the storm"...

  • @ redbaron: pas sûr de vous suivre sur ce missile-là. Pourquoi considérer automatiquement le dirigeant comme un exploiteur? Quand je parle de partager je reste en accord avec la libre entreprise. Les grandes entreprises ont fait entre autre le développement technologique, la vie que nous avons. Remplacer un patron par un comité des travailleurs, c'est la même chose. Dès qu'il y a délégation (on y revient) il y a concentration, avec centralisation des décisions. Même une délégation rotative ne serait pas satisfaisante. J'ai repensé à votre idée sur ce point. Je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée. Toute connaissance d'un domaine demande du temps de formation et d'expérience. En faisant tourner les délégués on les empêche d'acquérir une vraie formation, une vraie expérience. Mais bien sûr, dès qu'il y a durée dans une fonction il y a capitalisation d'expérience. Le tout est de savoir si cela est mis au service de l'humain, de savoir si l'on accepte certaines inégalités par la fonction et l'expérience. La question qui pour moi revient est celle de la conscience de l'individu. Il ne s'agit pas de le priver d'une capitalisation, mais de mettre cette capitalisation au service de la communauté autant qu'au sien. Pour moi, 50-50 c'est un bon bilan de vie. Les plaquettes ne peuvent prétendre diriger l'ensemble des opérations. Il y a des globules blancs hyperspécialisés, et certains à mémoire, qui ont donc duré dans leur fonction pour acquérir cette mémoire et pour être efficace grâce à leur spécialisation. La capitalisation est normalement destinée à ce que chacun donne le meilleur. Mais elle peut aussi s'hypertrophier. Cela doit se soigner.

  • PS: redbaron, excusez-moi de ne pas avoir répondu plus vite, mais voyez je gardais cela à l'esprit.

  • @Homme libre, Hello, vite fait de voler d’un blog à l’autre… Je ne vous excuse pas… puisqu’il n'y a rien qui demande à être excusé… Missile ou salade de roquette (salutations, en passant Micheline)? Ben, heu, disons qu’un dirigeant peut (et à mes yeux il l’est) être considéré comme un exploiteur parce que heu… Il dirige! Non, sans déc’, c’est plus subtil que ça. Un dirigeant qui dirige sans prendre avis auprès de ceux qu’il dirige, et maintien ce pouvoir par les sanctions à sa disposition, exploite la faiblesse des individus, faiblesse créée dans l’éducation de ceux-ci, et avec un arsenal de dispositif de répression, allant du licenciement, en passant par l’amende jusqu’à la mise à mort. Et on est dans une société de ce type, preuves par l’exemple tellement multiples, qu’il serait long d’enfer la liste.

    Bon, avant de continuer, je tiens à préciser, qu’il existe quelques exemples différents… En France, un patron de PME co-gestionne avec ses employés, et ils ont tous le même salaire. En Argentine, du à la fuite du président en 1990 et quelques années avec tout le pognon, (tiens, d’ailleurs il est passé OU celui-là ?) une fonderie, décida de s’"autogestionner", et y réussi, je ne refais pas l’historique, parce que franchement, il est raide fatiguette le redbaron).

    Non, remplacer un patron par un comité de travailleur n’est pas la même chose. Ceux-ci (les travailleurs) décident des cadences, de ce qui est produit, comment, bref, maîtrisent l’ensemble de leur activité… Et n’obéissent pas aveuglément à un « maître », qui aurait un savoir « induit » de par sa position…dirigeante, dirigiste, dont hop! , voir ci-dessus (pour se convaincre de ce fait, il suffit de consulter par ex. le début du livre « travailler 2 heures par jour », constitué de témoignage d’employés de divers secteurs, et qui démontre que ceux-ci sont les mieux placés pour s’organiser)… Ou en étais-je Teufel !
    « Les grandes entreprises ont fait entre autre le développement technologique, la vie que nous avons. »
    Ben, désolé de m’inscrire en faux, je n’écris pas ça juste pour vous contrarier… Les grandes entreprises ont PRODUIT,ou fait produire. Bernard jesaispluquoi (Onc‘ Bernard de « Charlie hebdo) raconte, par ex. L’invention du pneu à carcasse radiale de Michelin… C’est un prolo, qui en a eu l’idée et l’a apportée à m’sieur Michelin… qui l’a breveté à son nom… le prolo, lui est retourné à la chaîne, pendant que le missié encaissait la monnaie… quelque chose comme ça… Et des exemples comme ça y en a plein…Bref, dans la majorité des cas, j’ose affirmer (si, si ! Mais personne ne l’a-t-il déjà fait ?)… Que le capital ne produit rien, il est le produit! Neein, HL pas ce missile, vite mes glaçons!…. Infrarouge non mais! C’est d’un démodé…
    Unt pour mériter une salve plus importante, certes, il y a eu des progrès, mais à quel prix ? Et ces dirigeants, ne sont-ils pas responsables, de l’obligation de la consommation imbécile et de ses déchets, par ex. en créant une usure artificielle des objets produits (« calcul d’usure intégré », observé les objets que vous utilisez, les pièces disposées pour se rompre par « maladresse, les pièces inchangeables, les appareils plus chers à réparer qu’à racheter) usure destinée qu’à l’augmentation du « capital »… unt
    Ah, oui, la délégation… Peut-être expliquais-je mal ceci, mea culpa… La délégation, était vue ici que sur le plan politique, au sens de gestion des affaires de la cité, ce qui est différent. La délégation POLITIQUE (non, je ne hurle pas, mais on peut pas souligner différemment dans les commentaires, teufel !), le mandat spontané voire de durée limitée qui n’amène de plus aucun avantage supplémentaire, et soumis au contrôle des « déléguants » (c’est élégant !), c’est à dire, vérification de la transmission de leur volonté, rapport de résultat du délégué, nouvelles décisions de négociations si nécessaire etc., empêche la prévarication, le lobbying, etc. Bref la naissance d’une « classe/caste politique » telle qu’on la connaît, (oh oui !), d’une spécialisation de la politique…
    « Toute connaissance d'un domaine demande du temps de formation et d'expérience »… Ja, c’est le métier, l’art, unt ce n’est point dans mon intention de l’empêcher… C’est l’obligation d’exercer ceux-ci par la contrainte que je discute, voire dispute (au sens moyenâgeux du terme, enfin médiéval, ce qui revient au même, mais c’est moins connoté, uh, uh, Teufel !).
    Enfin, car il se fait tard, « (..)de le priver d'une capitalisation, mais de mettre cette capitalisation au service de la communauté autant qu'au sien », c’est là une simple re-formulation, si vous me permettez… De quoi s’agit-il d’autre, finalement lorsqu’on parle d’égalité en droits (je souligne en droits)… Et la ça serait du 100-100, voir 100-1000 en résultante humaine… vu qu’a l’instar d’un corps « sain », celui-ci ne pourrait que s’épanouir, se transformer… Et comme je ne suis pas si naïf, il ne s’agit pas d’une société paradisiaque genre le lion chante une berceuse avec l’agneau au loup qui va croquer une tomate rouge comme…un redbaron ?
    Ps : J’ai fait du mieux que le permet mon état… Foi de Povrthoffen
    re ps: Y aura-t-il VRAIMENT quelqu'un pour lire tout çà? :-)

  • Usurpateur, Teufel! Mein Kommentaire! Encore un qui utilise ma wi-fi konnektion! Kurt Deroy, ok, warum nicht, aber Machin, làààà... j'm'en va lui tracer l'adresse IP, un danach, meinen Spandau... Aber teufel, nein, c'est un de ceux du Trio Infernal! aber, y peuvent pas se trouver ein andere ordi? Nein?... Unt pour la dernière fois le trio apprenez à compter, "Hacker mich"

  • Oui, An-artiste, je vous ai vraiment lu.
    Votre texte foisonne d'idées très concrètes et pleines de bon sens. J'ai aussi l'impression que vous vivez les choses du dedans, en les ressentant pleinement.
    Pour que vos conceptions aient plus d'impact, il vaudrait sans doute la peine de reprendre le texte "artistique" pour passer à une formulation plus journalistique!

  • @Marie-France de Meuron, Merci d'avoir pris le temps de la lecture, et aussi pour votre commentaire plein de compliments et de suggestions, dont je tiendrais compte.
    Bien à vous

  • Cette analogie que vous faites résonne et raisonne avec la démarche qui est la mienne d'essayer de se servir du modéle du corps humain pour construire un modèle de société permettant à chacun d'exprimer sa qualité d'homme libre.

    Modèle que je qualifierais de "l'équilibre publique", à l'image de l'osmose cellulaire.
    J'ai pour ma part fait sur le même principe, l'analogie entre le capitalisme et les virus dits oncogènes dont l'action vise à se servir du matériel génétique de la cellule à son avantage, quit à engendrer le développement anarchique de cette cellule pour se multiplier. Virus à l'origine de cancer...

    Je serais ravi d'échanger avec vous à ce propos, j'espère que ma démarche résonnera chez vous comme la votre le fait chez moi.

    Au plaisir de recevoir de vos nouvelles, sincèrement,
    Christophe

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