Quand on fêtera le 500e anniversaire de Ben Laden, Calvin sera oublié

Il y aura une grande exposition répartie dans toutes les provinces d’Afghanistan. Kaboul organisera une rétrospective gigantesque et un nouveau musée sera ouvert en l’honneur de celui qui su tenir tête à l’Occident peuplé de ces chiens d’infidèles aux moeurs dépravées.

CalvinKlein02.jpgUn statue représentant une barbe géante surmontée d’un turban trônera dans les montagnes, lieu de refuge du guide pendant sa persécution par les milices armées des mécréants. Ses vidéos seront repassées en boucle sur des écrans géants dans toutes les villes et les villages, ainsi que dans les écoles. Aux Etats-Unis toutes les chaînes de télévision programmeront pendant une semaine exclusivement les images du 11 septembre, et les plus érudits remercieront Oussama pour son apport incontestable à la rénovation architecturale de ce quartier vieillot de Manhattan. Les 53 milliards d’habitants de la planète vibreront ensemble à la mémoire de ce libérateur.

Et puis on célébrera le 500e anniversaire de la naissance de Khomeiny. Une explosion de joie planétaire! Les masques aux sourcils froncés et au regard dominateur seront distribués gratuitement dans tout l’Iran. Une nouvelle ville sera crée, KhoKhoville, où les hommes seront tous armés de mitrailleuses automatiques et où les femmes seront enfermées dans des enclos souterrains.
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“Bien sûr, le régime disciplinaire, une intolérance au venin mortel… Mais dans une période de guerre des religions où il était nécessaire de fédérer et de contrôler la population au prix du dogmatisme.”


On rendra donc hommage à sa capacité de fédérer un peuple dans une époque troublée, on louera son dogmatisme comme seul rempart au poison de la liberté et de la démocratie occidentale. On érigera un monument de 500 mètres de haut, figurant la pendaison publique d’un homme ayant osé discuter la charia, accompagné d’une femme lapidée, la tête ensanglantée, le crâne fracassé.
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Khomeiny aussi prétendait à la nécessité de contrôler la population. Ceaucescu aussi. Staline aussi. Franco aussi. Pinochet aussi. Et la liste est encore longue. Qui sont ces malades qui se justifient de devoir contrôler la population, qui par définition est infantile, soumise et bête comme ses pieds?

A Genève, heureusement, rien de tout cela. Les 500 ans de la naissance de Calvin ne seront pas l’occasion d’une relance idéologique du monsieur au travers du culte de sa mémoire. Quelle qu’ait aussi été son apport culturel à notre ville, et que la Tribune d’aujourd’hui relate en pleine page, pourquoi ferait-on un tel pont d’honneur à ce monsieur qui a brimé (et le mot est doux) la population de l’époque? Calvin fait débat et notre cité a tant de peine à se détacher de cette chape moralisatrice où, comme pour Khomeiny, l’ambition personnelle et une psychologie répressive se sert de la religion pour s’imposer.

On achève bien les tyrans et leur mémoire. Pourquoi n’achèverait-on pas enfin ce dictateur spirituel intégriste dont les pratiques furent à l’opposé de toute libre pensée - qui à l’époque était l’oeuvre du diable?

Honorer la mémoire de Calvin? Laissons cela aux historiens, aux théologiens et aux nostalgiques d'une époque que l'on espère révolue chez nous. Calvin n'était qu'un intégriste parmi d'autres. Et mettons les 500’000 francs prévus pour organiser une grande fête Calvin.jpgd’une semaine pendant laquelle nous rirons de tout notre saoûl et danserons nuit et jour dans les rues - histoire de faire un dernier pied-de-nez au sinistre réformateur.


Illustrations photos: pub pour la marque Calvin Klein


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Catégories : Humour 35 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Ben alors mon No6, tout arrive: je suis d'accord avec vous! Alleluia!

  • Mon Miaou, c'est un miracle!!! Les anges chantent dans nos campagnes! Calvin nous a mis enfin d'accord. J'espère qu'un tel événement sera encore fêté dans 500 ans!...

    (:o))

  • Oh le vilain !
    Qu'on érige sur le champ un bûcher au Molard
    et qu'on brûle hommelibre séance tenante !

    :o)

  • Blondesen, j'espère que vous n'avez pas la barbichette de fonction... Avez-vous remarqué comme Calvin et Khomeiny ont cette même barbichette pointue du tyran spirituel? Ce doit être le costume officiel destiné à impressionner. Ou à les différencier des tyrans politique: ceux-ci son souvent glabres - à part Fidel Castro, qui comme toujours n'en fait qu'à sa tête!

  • Il est quand même dommage, John, que vous ne proposiez personne à la place. On a toujours besoin de guides. Critiquer Calvin ne peut se faire que relativement à d'autres. Quel homme est parfait ? Moi, je propose Castellion. Il faut utiliser l'argent pour commémorer la naissance ou le décès de Castellion.

  • Rémy, je ne connaissais pas Castellion. Vous comblez cette lacune, et j'ai rapidement regardé deux articles sur cet homme. En effet il a du mérite. Je cite ses propos repris de wikipedia:

    "Tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. Quand les Genevois ont fait périr Servet, ils ne défendaient pas une doctrine, ils tuaient un être humain : on ne prouve pas sa foi en brûlant un homme mais en se faisant brûler pour elle » écrit-il."

    Il a remis les choses à leur place. Merci pour votre commentaire.

    Mais par ailleurs, même si j'admets que nous avons besoin de personnalité qui pensent plus loin et qui peuvent servir de balises intellectuelles, je préfère que cette pensée soit progressivement partagée, comprise et reprise par tous. Je me méfie d'instinct des gourous, chefs spirituels et autres guides.

  • Salutations à tous,
    il est toujours facile de faire le procès de l'Histoire. Calvin n'était pas un tyran au sens strict, en ce sens qu'il n'a jamais occupé de fonction plus élevée que celle de pasteur et de conseiller, et certainement pas un terroriste. Malgré la théologie autoritaire à laquelle il a contribué, il a construit bien davantage qu'il n'a détruit. Genève sans Calvin ne serait rien ou bien peu. Cependant si commémoration doit automatiquement rimée avec festivité et exaltation, alors il est vrai que nous nous trompons de direction. Apprendre à comprendre, non à aimer. La connaissance étant l'essentiel, dirait Jean.
    Bien à vous,

    Quentin ADLER

  • @ Quentin: merci pour ce commentaire qui relativise et critique mon billet. J'aime le débat. J'avoue avoir une aversion intellectuelle et viscérale pour les théologiens qui imposent des dogmes et qui tentent de rationaliser des fables dignes de la science-fiction comme on en trouve dans toutes les grandes religions. Valider des mythes ou des allégories comme des vérités suppose une grande faculté à la torsion intellectuelle. Toutefois il est certain que je ne regarde les choses que sous un angle, d'où l'intérêt du débat.

    Sur Genève, peut-être en effet ne serait-elle rien, ou bien serait-elle devenue autre chose grâce à d'autres grands penseurs postérieurs, humanistes et critiques des dogmes irrationnels (et toute religion est fondée sur un premier dogme irrationnel: le présupposé de l'existence d'un dieu aux définitions plus qu'embrouillées).

    J'aime la démocratie car elle rend l'espace du débat, de la libre pensée, du choix personnel, et les théocraties - ou assimilées - m'insupportent.

  • Rahlala, je le savais bien que j'avais pas tout pigé.
    "Apprendre à comprendre, non à aimer".
    La prochaine fois, je disséquerai ma femme au lieu de l'aimer et j'en ferai une belle planche anatomique.
    Pour le surplus, ça fera moins de frais d'avocat(s) et de justice.

    :o)

  • @hommelibre
    Je comprend tout à fait votre point de vue et je suis aussi tout ce qu'il y a de plus démocrate. Mais il faut regarder les choses dans leur contexte et non avec la simplicité de notre regard contemporain qui sera d'ailleurs ridiculisé- lui aussi -dans un proche avenir. De son temps, Dieu était la norme et on n'imaginait même pas qu'il en soit autrement. (Je ne parlerais pas des croyances tout aussi infondées que nous entretenons comme des évidences à notre époque tout bon "laïc" que nous soyons; l'espoir fait vivre...). Calvin voulait développer la compréhension individuelle qui, selon lui, mènerait à l'évidence de la foi; les vérités ne pouvant être comprise que par l'homme lui-même. Paradoxalement il a monté un système très rigide pour que les individus soient "libres" de penser et de comprendre par eux-mêmes. Il éradiqua la théologie conservatrice et les interprétations traditionnelles et rigides qu'avaient installées "l'establishment" catholique pour laisser la place à l'individu-théologue pouvant faire lui-même ses interprétations de la foi dans les limites- bien sûr -de la sobriété et de la morale. ^^ Bref je ne vais pas m'étendre, mais le monde n'est pas noir et blanc, mais bien clair-obscur. Plus ou moins clair et plus ou moins obscur.
    (A mon sens, ce constat est d'ailleurs aussi valable pour Ben Laden.)
    Bien à vous,

    Quentin ADLER

  • @Blondesen
    J'aurai pu écrire "apprendre à le comprendre, non à l'aimer". Libre à vous de disséquer Calvin. ^^

  • C'est marrant tous ceux qui profitent des avantages occasionnés par la Réforme pour cracher sur ceux qui en sont à l'origine..

    Sans Calvin et les autres reformateurs notre société serait probablement toujours plongée dans l'obscurantisme dogmatique catholique et toutes les libertés dont nous profitons actuellement ne serait que des rêves utopiques.

    Au final je pense que Clavin n'aurait pas souhaité de commémoration de son 500eme anniversaire, de la même manière qu'il ne souhaitait pas avoir de tombe spéciale.

    S'il voyait le résultat actuel de notre société je pense qu'il hésiterait pas mal avant de lancer la Réforme.

  • @ Quentin: merci pour ce commentaire. Je souscris à l'idée que rien n'est ou noir ou blanc. Certes dans un billet un peu provoc je simplifie, c'est aussi une manière d'appeler à la discussion et à ce que chacun complète le thème, car je n'en ai pas moi-même tous les éléments. Je comprends de votre commentaire que Calvin était somme toutes assez paradoxal! Proposer la liberté assortie d'un système univoque l'est, pour le moins.D'accord avec vous qu'il faut lire l'histoire dans son contexte. Cependant, malgré la légèreté philosophique qui caractérise notre époque, je souscris aussi à une lecture moderne des comportements anciens. Pas dans tous les cas, mais dans celui de la religion en particulier. Car avant les errements de l'Inquisition et des totalitarismes qui l'on accompagnée, il y a eu des époques plus libres, plus ouvertes dans la pensée et la dialectique. Ne serait-ce que dans la Grèce antique. Quel que soit le contexte de Calvin, il représente aussi pour moi une certaine continuité dans la tentative d'asservir l'esprit par l'adhésion à un dogme. L'éxécution de Jean Servet en est la démonstration. Or l'hérésie est directement reprise de l'inquisition, me semble-t-il.

    Il est vrai aussi que j'ai un avis partial: je choisis de voir l'aspect domination des hommes par un homme ou par une institution plutôt que de voir les nuances et éléments positifs. La notion de domination est inhérente aux espèces, cela fait partie des réflexes de survie des espèces probablement. mais nous sommes dans une ère où autre chose est tenté: la démocratie, la non-domination (même s'il y a encore du chemin à faire!...). C'est pourquoi je privilégie le regard actuel sur le passé. J'admets aussi par exemple que les religions ont apporté une formalisation de valeurs sociales et de comportement, qu'elles ont fédéré des cultures, qu'elles ont développé les liens sociaux horizontaux - en partie au moins. Mais là aussi je privilégie la lecture de leur irrationalité, de leur domination sur les humains. Mais ok, ma vision est partiale!

  • Ouais, n'empêche que à l'époque, on respectait l'autorité et l'ordre, pas comme maintenant..

  • Hommelibre, entre le gourou et rien du tout, il y a bien une différence. Vous dites que d'instinct vous vous méfiez des guides, mais l'instinct aussi est un guide. On doit aussi se méfier de l'instinct. Il existe forcément des références philosophiques et morales. Il ne s'agit pas de croire aveuglément à ce qu'elles énoncent. Mais les rejeter d'emblée, c'est croire aveuglément à ce que dicte l'instinct.

  • @ Papageno: vous avez aussi raison de souligner que la Réforme a introduit un univers plus ouvert, par le simple fait d'avoir contesté l'Eglise catholique. Dont acte. Mais cela aurait pu aussi se passer par d'autres canaux. La science, dont le développement était inexorable, aurait sans doute amené une profonde dissidence à l'égard du dogme et de la puissance de Rome.

  • Je voulais dire : entre le gourou et rien, il y des degrés intermédiaires : des références conscientes et rationnellement assumées. (Je n'ai pas lu Calvin et n'ai pas spécialement envie de le lire, mais au XVIe siècle, les Genevois, laissés à eux-mêmes, se désorganisaient complètement. Ils étaient habitués à une direction morale et légale, et après le départ du prince-évêque, leur instinct les poussait au chaos plus qu'à être raisonnables ; Calvin a réorganisé la cité. Il faut d'ailleurs dire que ce n'est pas lui qui a chassé le prince-évêque : c'est un choix des Genevois eux-mêmes.)

  • @ calvin: l'ordre imposé avec le bûcher pour les dissidents n'est pas l'ordre. Et former la pensée de l'autre pour qu'il pense comme on le souhaite n'est pas l'autorité. Cette confusion entre ordre et domination d'une part et entre autorité et imposition d'autre part, a longtemps régné et existe encore, et a engendré des théories et systèmes politiques de triste mémoire. Il faut réviser les conceptions d'ordre et d'autorité. L'ordre sans la liberté n'a pas de sens, et l'autorité sans la sagesse et le libre consentement n'est pas l'autorité. Ne pensez pas pour autant que je réfute l'utilité des lois ou de l'organisation, qui supposent autorité et ordre.

    @ Rémy. Je vous comprends et je précise que mon instinct vise surtout à ne pas me laisser prendre dans une théorie rigide ni à me soumettre. C'est mon côté rebelle. Je reconnais cependant l'importance de guides, ne serait-ce que dans la formation de la pensée. Je me réfère souvent à Edgar Morin, qui par exemple est une Lumière moderne pour moi. je découvre et apprécie la pensée de Schopenhauer. Dans un domaine plus intérieur, je nourris aussi mes réflexions à la lecture du livre chinois du Yi King. J'ai eu une période ou le bouddhisme zen m'a inspiré. Entre autres. Je veux simplement ne donner à aucun guide une toute-puissance, et je veux reste toujours libre de réanalyser la pensée d'un guide au travers de ma propre expérience, et rester libre de contester le guide ou d'en changer.

  • Calvin : Père du terrorisme moderne ?

    La cruauté de Calvin- Le suicide de Jean Vachat (mes commentaires repris d'un autre blog sur lequel j'étais intervenue)

    Le 22 janvier 1545, épuisé, suffocant, les poumons tenaillés par un asthme asphyxiant depuis des mois qui l'empêche de dormir, Jean Vachat se donnera la mort en se trucidant avec un couteau apporté par la gouvernante, il "se l'estoit fourré au ventre ". Pierre Vachat, le frère de ce dernier s'en va aussitôt quérir Jean Calvin qui dans un premier mouvement exhorte le pauvre Jean Vachat à se repentir, le menace, le condamne, l'extrait du lit pour l'inciter à prier et demander pardon à Dieu.

    Le rapport circonstancié de Jean Calvin met en exergue un personnage rigide, froid, exempt de compassion pour son prochain tout investi qu'il est dans sa mission de convertir les âmes pécheresses et de chasser le démon omniprésent.

    Calvin fit beaucoup de remontrances au pauvre bougre qui avait tant souffert et dont le mal était incurable. Il l'interrogea sur ce qui l'avait poussé à commettre un tel outrage sur son corps. Lui montra enfin que le diable l'avait bien séduit et transporté. Après les répréhensions, i l lui demanda de se repentir pour avoir offensé Dieu et avoir été vaincu par une telle tentation.

    Malgré les lettres réitérées du frère du suicidé, rien n'y fera. Le corps de Jean Vachat fut mené sous le gibet et enterré.

    Aujourd'hui, un homme comme Calvin serait taxé d'extrêmiste, de fanatique religieux, "d'ayatollah de la bonne conscience genevoise." A quand la réhabilitation de Jean Vachat ?

    Calvin, père du terrorisme moderne ? Brûler impitoyablement ceux qui s'opposent à lui.
    Michel Servet a eu la singulière infortune d'être brûlé deux fois: "en effigie par les catholiques, et par les protestants en chair et en os.» Brûlé sur un bûcher à Champel, le 27 octobre 1553, coupable de penser et d'écrire librement : A 42 ans, il est brûlé vif. Son corps est enchaîné, au cou un câble entouré cinq fois et sur sa tête une couronne de paille graissée au soufre, entourée de bois pour assurer une lente et pénible agonie.


    Né entre 1509 et 1511 à Villanueva, en Espagne, Michel Servet (ou plutôt Miguel Serveto) parcourt le Vieux Continent : droit à Toulouse, médecine à Paris, vit en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il se passionne pour les questions religieuses. Mais ses idées vont le mener à être considéré en ennemi autant par les catholiques que par les protestants. Qu'écrit donc Michel Servet? De Trinitaris erroribus (Des Erreurs de la Trinité) .Calvin avec qui il a eu une longue correspondance le dénoncera à l'Inquisition.

    Michel Servet est arrêté. Il réussit à s'enfuir mais est condamné par contumace au bûcher et brûlé en effigie avec son livre. En août 1553, il passe par Genève, en route vers l'Italie. Il est reconnu et arrêté alors qu'il se rend à un prêche au temple de la Madeleine. Son crime? La «propagation d'hérésies» liées au rejet de la Trinité, de la divinité de Jésus et du baptême des enfants. Le Conseil (le gouvernement civil de Genève) lui intente un procès sur une plainte de Calvin. Sa condamnation à mort sera approuvée par la majorité des Eglises protestantes de Suisse. Calvin, qui a pris Servet en haine, se rallie aux partisans de la condamnation à mort.
    Mais, avant l'arrestation de Servet à Genève, Calvin a écrit à d'autres collègues du consistoire :
    " Il me faut parler franchement. On ne doit pas se contenter de mettre à mort de tels hommes, on doit les faire brûler impitoyablement.
    Théodore de Bèze est d'une virulence rare : " Qu'on extermine les hérétiques comme des chiens. Le crime de sang ne fait périr que le corps, la corruption par l'hérésie touche l'âme éternelle, les corrupteurs de l'âme sont pires que les criminels ".

    Sébastien Castillon, s'élèvera contre l'exécution: «Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme.» Reste que l'idée de tolérance est combattue par Calvin et par son successeur, Théodore. Sébastien Castillon sera le premier qui s'opposera à cette condamnation et accusera le calvinisme d'intolérance.

    Où est l'humanisme de Calvin ? On y voit qu'intolérance et folie meurtrière ?

    Le moucheron contre l’éléphant ou Castellion contre Calvin

    Castellion accuse publiquement Calvin d’avoir tué un homme par fanatisme et par là même la liberté de conscience au sein de la Réforme, Michel Servet.
    Lutte inégale contre un Calvin qui contrôle tout , rien n’échappe à son pouvoir, ni le Conseil et le Consistoire, ni l’Université et les tribunaux. La finance c’est lui, la morale c’est lui, les prêtres, les écoles, les sergents, les prisons c’est toujours et encore lui.

    Jusque là Castellion n’était qu’un pauvre diable de savant, mais la mise à mort de Servet, le révolte, c’est sa propre liberté de pensée qui est outragée. Personne ne le soutiendra, on craint trop la colère de Calvin. Castellion n’a que sa conscience indomptable dans une âme intrépide. Il proclame que les idées ne s’imposent pas, qu’aucune puissance terrestre n’a le droit d’exercer une contrainte quelconque sur la conscience d’un homme.

    Calvin le condamne au silence, fait déchirer ses livres qui sont confisqués, brûlés, on le fait interdire d’écriture. Il commence une campagne de calomnies.

    Castellion fera publier sous un pseudo Martin Bellius son Traité des hérétiques et cachera le lieu d’impression. Ce traité met en évidence le traitement des hérétiques et qui surtout réprouve l’emploi de la torture et de la peine capitale. Seule la tolérance peut préserver l’humanité de ces barbaries.

    Calvin fera tout son possible pour interdire la diffusion du livre, il faut lutter coûte que coûte contre la liberté de conscience qui est une doctrine diabolique.

    On pousse Castellion à sortir du trou, il quitte l’anonymat publiquement. Il le fera avec un des plus beaux pamphlets Le Contra libellum Calvini. Entretemps Calvin censure son ouvrage, fait croire à une insurrection projetée contre lui et ordonne le massacre de tous ceux qui s’opposent à lui.
    Castellion abandonne la polémique et reprend ses cours à l’Université à Bâle, empêché d’écrire, il parle, soutenu dorénavant par de grands humanistes. Calvin excédé finira par s’attaquer personnellement à Castellion par un pamphlet haineux “Calomnies d’un vaurien”. Castellion y est insulté, couvert d’injures et se termine par un “Que Dieu t’écrase, Satan”.
    Castellion mourra à l’âge de 48 ans "arraché par la bonté de Dieu aux griffes de ses adversaires" selon ses amis. Ses obsèques seront à la hauteur de l’homme, on porte haut son deuil à Bâle, tandis qu’à Genève on se réjouit.
    Castellion est le seul adversaire qui ait résisté à Calvin, ce “tue-joie” !


    Source : Stefan Zweig- Conscience contre violence – tuer un homme ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme……..

  • @homme libre
    N'idéalisez pas la Grèce; vous allez être déçu.
    (A suivre... dès que possible)


    Quentin A.

  • @ Duda: utile d'avoir remis ce commentaire. A propos, j'ai commencé à lire les lettre de Van Gogh à son frère, vous les aviez citées sur un autre de mes billets. C'est je trouve d'une limpidité magnifique et d'une écriture simple et belle. Merci de les avoir fait connaître, surtout que je suis très "fan" de Van Gogh.

  • Enfin, il faut reconnaître qu'après s'être donné des libertés par rapport à l'Eglise catholique, sur le plan local, Calvin a en réalité fait pareil qu'elle. Mais pas forcément pire, bien sûr. Rappelons qu'avant qu'on le brûle en réalité, Servet avait été brûlé en effigie par les catholiques. Indirectement, et sans doute involontairement, Calvin a concrétisé un désir qui existait aussi chez les catholiques.

    Il faudrait du reste se demander pourquoi Genève, tout en se détachant du catholicisme, a finalement institué un ordre qui ressemblait à l'ancien sous plusieurs aspects. On parle souvent de la Genève protestante, mais une Rome protestante, déjà, peut avoir structurellement les mêmes principes que Rome même. Et de fait, l'ancienne Rome a bien brûlé des gens pour des motifs religieux : les chrétiens refusaient de sacrifier aux dieux de Rome !

    Genève reste une ville latine, à mon avis. Son goût pour l'étatisme, si souvent énoncé, et qui la différencie de la Suisse en général et la rapproche de Paris ; son goût même pour une certaine forme de jacobinisme, nous renvoient à l'origine profondément latine de Genève : les Allobroges étaient citoyens romains bien plus profondément que les Helvètes. Et puis le sud du Rhône, même si c'est dans sa partie la plus septentrionale, reste le monde latin, je crois. Or, cela, c'est bien ce qu'a montré l'évolution du gouvernement de Calvin.

  • @hommelibre, vous m'en voyez ravie pour les lettres de Van Gogh, j'ai été très touchée par la correspondance entre ces deux frères sur presque toute une vie. Et puis lorsqu'on aime écrire, il est intéressant de comprendre le rapport du peintre avec la forme et la couleur et comment parvenir à donner au texte une telle intensité, offrir une multitude de variations de tons au lecteur.

  • Vous prenez toujours l'exemple de Jean Servet mais demandez vous un peu combien de personnes ont évité le bucher grâce à la Réforme.

    Sans la Réforme le Christiannisme serait actuellement au même niveau que l'Islam.

    En dirait que certaines personnes n'ont jamais entendu parlé de l'Inquisition.

    Certaines personnes n'arrivent pas non plus à saisir la portée et le changement qu'a été la Réforme. Elle a permis de donner au peuple l'accès direct à la Bible sans devoir passer par les interprétations mensongères de l'eglise catholique. C'est aussi pour ça que l'instruction publique obligatoire a été mise en place.

    Tout cela pour permettre aux Masses de s'élever.

    Mais bon actuellement c'est tellement tendance de cracher sur le religieux...

  • A l'époque il y avait Calvin. Maintenant il y a les intégristes musulmans. Le monde ne change pas !

  • Compliment tout à fait sincère à R. Mogenet: vous avez toujours une très bonne perception des réalités et des gens. J'avais aussi beaucoup apprécié, récemment, un commentaire que vous aviez laissé chez J.-N. Cuénod au sujet de la récente élection de Martine Aubry/des luttes au sein du PS et de la mentalité des Français, cette sorte de "nostalgie monarchique" qui ressort si souvent.
    C'est d'autant plus un plaisir de vous lire que vous expliquez avec clarté et finesse, sans prendre parti.

    :o)

  • Rémy, je fais miens les propos de Blondesen ci-dessus.

  • @ Papageno: je ne suis pas certain que la Réforme ait en elle-même apporté la démocratie, la liberté de penser. Mais je peux me tromper, je ne suis pas spécialiste de cette période. En ce qui concerne de cracher sur la religion, c'est un peu court: il y a de multiples raisons d'être en désaccord avec la religion et de la refuser. Sans manquer de respect à ceux pour qui elle a un sens.

  • Merci : vous êtes bien aimables. Comme dirait François de Sales, non sum dignus.

    Sinon, le problème de la lecture directe de la Bible n'est pas ce qu'elle peut apporter en soi, mais elle réside à mon avis dans un danger qui était déjà dénoncé par les rabbins, et qui était de croire que tout était contenu dans la Bible. Il existe aussi une tradition orale, disent ces rabbins : tout ne peut ni ne doit être imprimé, et la tradition orale complète et éclaire. Or, les traditions spécifiquement catholiques étaient simplement la tradition orale découlant du Nouveau Testament.

    Je n'ai pas lu Calvin, mais rester le nez collé à la Bible peut parfois comporter quelques dangers, notamment parce qu'elle est très fournie en informations. Or, au bout du compte, la tradition orale comporte aussi des synthèses.

    En outre, Corneille, l'auteur dramatique, lui-même a affirmé qu'on pouvait inventer des figures, des symboles, des raccourcis, s'ils respectaient l'esprit de l'Ecriture : il disait cela pour les tragédies inspirées de l'histoire sainte. Le danger d'un exclusivisme autour de la Bible est aussi de proscrire l'art et l'invention poétique ou artistique, et c'est quand même malheureusement ce qui s'est produit sous Calvin.

  • hé hé...tout ou presque ayant été dit, je rajouterai ceci: moi, J'AIME CALVIN...et HOBBES!
    Bien à vous, dormez bien....:=))
    Ark

  • (Pour préciser ma pensée, pour les prêtres judéochrétiens, tout est dans la Bible, mais potentiellement : l'intellect ordinaire ne saisit qu'un des sens possibles.)

  • "C'est marrant tous ceux qui profitent des avantages occasionnés par la Réforme pour cracher sur ceux qui en sont à l'origine.."

    Avantages?! Comme les guerres de religion?

    "Sans Calvin et les autres reformateurs notre société serait probablement toujours plongée dans l'obscurantisme dogmatique catholique et toutes les libertés dont nous profitons actuellement ne serait que des rêves utopiques."

    Probablement?! Encore un qui se croit malin d'inventer une histoire parallèle. La véritable réforme a été l'imprimerie qui a permis de mettre entre toutes les mains les livres qui vont secouer la religion et la faire descendre de son piédestal mensonger.

    "Au final je pense que Clavin n'aurait pas souhaité de commémoration de son 500eme anniversaire, de la même manière qu'il ne souhaitait pas avoir de tombe spéciale."

    On s'en fout de ce que cet assassin pourrait souhaiter.

    "S'il voyait le résultat actuel de notre société je pense qu'il hésiterait pas mal avant de lancer la Réforme."

    Si, si, si, chanson connue.
    Il y a toujours des crétins pour faire l'éloge des assassins.

    Calvin la haine, Calvin l'assassin. Quand déboulonnera-t-on sa statue?

    Et à propos il y a aujourd'hui plus de catholiques à Genève que de protestants. Bien fait pour sa gueule.

  • Concernant cette affaire Servet:
    Jean Calvin et Genève s'étaient distanciés de l'intolérance catholique de l'époque pour revenir à la pureté évangélique dans de nombreux domaines: on ne peut que regretter qu'ils ne l'aient pas fait dans ce cas précis. Les protestants d'aujourd'hui sont unanimes à condamner le bûcher de Michel Servet et l'ont fait en lui érigeant un monument. Ils espèrent qu'un jour le Vatican répudiera aussi catégoriquement les crimes de l'inquisition et de la saint Barthélémy. On doit convenir que dans cette affaire Calvin ne montre pas d'inclination à la tolérance. Comme l'affirme l'historien Gibbon : «La liberté d'opinion fut en réalité le résultat et non l'objectif de la Réforme».
    Sortons donc de cet esprit inquisiteur et borné qui juge et condamne tout ce qu'il ne comprend pas.

    Sur ce personnage que fut Calvin, sur la manière contrastée dont il est perçu aujourd’hui et dont il a été perçu par le passé, je revendique un regard lucide. Ni saint ni dictateur, Calvin, homme de son temps, fut cependant un esprit de premier plan au XVIe siècle.

  • Lire le lien http://www.info-bible.org/histoire/reforme/calvin-servet.htm pour avoir une analyse froide et dépassionnée de cette affaire Servet

  • Que d'inepties dans cet article !
    Entre raccourcis historiques, amalgames révélant avant tout un manque cruel de connaissances, mauvaise foi et posture intellectuelle pseudo-tolérante, tout y est !

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