Et si la repentance nord-sud était une bonne idée?

Le thème de la repentance fleurit sur les blogs ces jours. Et le point de départ en est Jean Ziegler. Le problème est que le personnage est si partial, si ouvertement anti-blanc occidental, que même une bonne idée venant de lui ne trouve que la violence comme écho. Désigner l’occident blanc comme l’ennemi universel affaiblit son propos, car demander à cet occident d’assumer seul les malheurs d’une partie du monde est exiger une crucifixion expiatoire inappropriée. Les actionnaires des multinationales occidentales ne sont pas tous blancs: nombre de pays producteurs de pétrole ont investi en occident. Il y a un recensement des actionnaires à faire en toute transparence avant d’accuser uniformément l’occident blanc.

Afrique1.jpgEssayons de dissocier Jean Ziegler de l'idée de repentance. Après tout il se peut qu'une bonne idée soit véhiculée par une personne inadéquate. Si donc la repentance était une bonne idée? Reconnaître que nos ancêtres ont répandu de la souffrance en Afrique? Si cela permettait un début de réconciliation? Oui ce pourrait être une bonne idée.

Il faudrait alors faire un bilan complet et objectif. Il faudrait aussi reconnaître ce qui a été fait de bien en Afrique et ailleurs. Ce que les occidentaux ont apporté et apportent encore d’utile en Afrique et ailleurs. Toutes les colonisations dans l’histoire ont apporté simultanément souffrance et nouveautés: technologiques, culturelles, institutionnelles. Il faudrait reconnaître aussi ce que la coopération a apporté depuis des décenies, et chiffrer cette coopération.

Ensuite il faudrait qu'il y ait une repentance entre africains qui ont pratiqué l'esclavage, qui ont perpétré des génocides, qui se sont exploités entre eux. Et si la repentance devait impliquer un dédommagement financier, ce serait exclu tant qu'il y a des dictateurs sanguinaires et autant de corruption. De plus il faudrait déduire les montants déjà versés en Afrique au titre de la coopération - car la coopération est déjà une forme de restitution et d'écoute de la souffrance du sud. C’est déjà une forme de devoir de mémoire.
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Pour qu’un tel devoir de mémoire ait du sens et ne soit pas un marché de dupes, il implique l’arrêt de la colonisation chinoise actuelle en Afrique, l’arrêt des montants versés au dictateur sanguinaire et raciste Mugabe, entre autres. Ensuite cette repentance devrait être faite partout, en fixant une date de début. 20e siècle? Trop court. Il faudrait remonter plus haut. Et comptabiliser tous les dédommagements croisés.

Donc l'idée, si elle est bonne, doit être élargie. Elle devrait être pensée dans une perspective plus large: celle de la planète entière et dans une tranche de l’Histoire à déterminer, mais au minimum plusieurs siècles. Il faudra aborder la repentance de l’Allemagne nazie, de la France Napoléonienne, du Japon impérial, de la Chine, de l’ancienne URSS, et la repentance des africains entre eux pour l’esclavage. Et la liste n’est pas finie. Un tel travail de mémoire collective donnerait au devoir de mémoire envers l’Afrique une force plus grande, comme étant le possible début d’un nouvel ordre mondial.

Plus rapidement, nous pourrions imaginer une sorte de plan Marshall pour l'Afrique noire. Il serait un pas en avant et pourrait freiner le colonialisme chinois en pleine expansion et donner à de nombreux pays des moyens de se développer et lutter contre la pauvreté. Un tel plan supposera un contrôle très rigoureux des montants, afin qu'ils ne finissent pas dans la poche des dictateurs et des fonctionnaires corrompus. Les Etats africains devraient mettre en place de vrais systèmes démocratiques et faire de la lutte contre la corruption une priorité majeure. Il devrait aussi y avoir un engagement de paix vérifiable et supervisé entre les pays africains. Car il serait aberrant qu’un plan financier pour l’Afrique serve les intérêts belliqueux de certains.

afrique3.jpg Je lisais l’autre jour dans la presse que Kadhafi dispose de 85 milliards de francs de fortune personnelle. Je doute fort que ce soit son salaire, même en 40 ans de pouvoir autocratique. Car cela fait un salaire de 2 milliards par an. Et l'Italie verse des milliards à la Lybie à titre de dédommagement. Où vont ces milliards? Dans quelle poche? Sont-ils déjà inclus dans la fortune personnelle de Kadhafi? Il ne saurait donc être question de verser quoi que ce soit aux pays dont les dictateurs ont amassé une fortune personnelle dépassant parfois le budget du pays.

Si donc la repentance peut être une bonne idée porteuse de paix et de réconciliation, son application n'est pas si simple. Les occidentaux blancs ne sont pas seuls à devoir porter une telle charge, l’Afrique doit s’engager sur une voie démocratique clairement définie et appliquée. Les pays guerriers devraient être privés du droit d’entretenir une armée, comme ce fut le cas pour l’Allemagne.

Alors, un devoir de mémoire deviendrait porteur de respect et de développement mutuel.

 

 

 

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Catégories : Politique 25 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Bonjour hommelibre !
    Et si on arrêtait ce brillant exercice d'auto-flagellation ?
    Sinon, je propose qu'on demande réparation aux Romains pour avoir colonisé une bonne partie de l'Europe, alors que "nos ancêtres les Gaulois" (je simplifie...) vivaient dans un bonheur absolu avant l'arrivée des thermes, aqueducs, arènes et autres trucs qui nous furent imposés à l'insu de notre plein gré.

    :o)

  • C'est pour cela que ziegler aime son ami : "Kadhafi dispose de 85 milliards de francs de fortune personnelle", pour renflouer les caisses du PSS, PSG (nooon, pas le club de foot).

    Pourquoi le PS ne publie-t-il en premier ses comptes financiers ?

  • Je suis d'accord avec notre bon Blondesen... L'auto-flagellation on a déjà assez donné, pas la peine de baisser d'avantage son froc face aux vagues de haines qui nous parviennet du Sud.

    "Il serait un pas en avant et pourrait freiner le colonialisme chinois en pleine expansion"

    C'est aux africains de décider quel seront les partenaires à privilégier à l'avenir, et je pense que les fonds chinois sont une manne dorée pour l'Afrique, et vu que la Chine n'a pas notre passé colonial, elle sera d'autant mieux acceptée... Et nous devons l'accepter. La guerre ici est commerciale et non politique.

    "l’Afrique doit s’engager sur une voie démocratique clairement définie et appliquée."

    Je dirais que tout passe par les filières de formation et la capacité des africains à améliorer leur force de travail. Comme je l'ai dit dans mon billet du jour il est courant en Afrique qu'une personne travaille pour en entretenir dix autres, or ce n'est pas avec un si faible rendement que les africains vont parvenir à mieux controller leurs ressources et à développer leur économie. Il y a d'immenses problèmes culturels presque impossible à résoudre en Afrique... Et je ne m'en sens nullement responsable.

  • Blondesen, l'idée d'un devoir de mémoire collectif et mutuel ne saurait pour moi être la reconnaissance unilatérale d'une culpabilité quelconque. Car à jeu nous sommes tous coupables depuis la nuit des temps. Et en effet où placer le plancher temporel? L'Europe gallo-romaine? Le bassin méditerranéen au temps de la Grèce?

    Un devoir de mémoire collectif aurait peut-être comme intérêt de mettre à plat toutes les anciennes blessures et rancunes non fermées. Car on sait comment cela peut continuer pendant des générations à préparer les guerres suivantes. Faire une sorte de "Grand pardon". Utopique peut-être, mais sans auto-flagellation justement, car cela n'aurait aucun sens.

    En attendant une telle utopie, un plan Marshall pour l'Afrique mériterait d'être étudié, à cause de l'immoralité de la souffrance de certains pays. Mais un plan encadré, où les affameurs des peuples ne se trouvent pas que chez le blanc occidental, mais aussi chez nombre de dirigeants africains eux-mêmes.

  • "Utopique", c'est bien le mot, "Utopique".
    Ce genre d'utopies est généralement homicide à terme.
    Et comment et par qui verriez-vous les dirigeants africains pourris de chez pourri - Mugabe, par exemple - et les blancs qui leur cirent les godasses - Ziegler, par exemple - remis au pas ?
    Je partage pleinement les opinions de Carlitos et son bon sens.

    On ne me verra ja-mais demander pardon pour des péchés que je n'ai pas commis.
    Tout le reste, c'est de l'Histoire.
    Sinon, je le répète, qu'on condamne les Romains !

    :o)

  • D'expérience, au plan individuel, je constate l'importance du travail de mémoire, même par rapport à des ascendants familiaux, car on porte même inconsciement des charges émotionnelles dont nous ne sommes pas responsable. Je ne sais si cela peut marcher au plan des Etats et des populations.

    Pour ma part, comme vous et Carlitos, je n'endosse pas de responsabilité personnelle sur les actes des brigands actuels ou anciens, pas plus que je ne dédouane les dirigeants africains qui affament leurs pays ou le mettent à feu et à sang. L'indépendance politique des pays africains fait d'eux des égaux. C'est les considérant comme égaux politiquement, comme décisionnaires et responsables de leurs actions, qu'on les respecte.

    Et l'Afrique doit donc aussi prendre ses responsabilités sur son passé récent depuis l'indépendance. De cela nous ne sommes pas responsables. C'est pourquoi un Grand pardon est utopique, car il devrait tenir compte de tout et de toute l'histoire humaine. A moins qu'on ne décide d'une période de prescription. Mais alors, cette prescription devrait s'appliquer à l'histoire récente de pays devenus indépendants. On peut bien sûr argumenter du fait que le colonialisme a laissé des traces même après l'indépendance. Soit, mais personne n'a obligé les dirigeants africains à organiser eux-mêmes des tueries, des génocides, de la corruption. Cela nous n'en sommes absolument pas responsable, leur comportement est leur choix: ils pouvaient faire autrement s'ils l'avaient voulu.

    Je n'ai pas la haine de l'Allemagne ni des allemands à cause du nazisme. Je n'attends pas qu'ils s'auto-flagellent pendant des générations pour ce qu'ont fait leurs prédécesseurs. En effet il y a un plancher.

    L'idée d'un plan Marshall n'est pas la conséquence d'une culpabilité ou d'une auto-flagellation. Elle est le produit du constat de la souffrance. La souffrance est un pôle d'éveil de la conscience et de la solidarité. Mais un tel plan suppose que les Etats africains fassent le ménage de leurs dirigeants corrompus et sanguinaires. Le veulent-ils?

  • "Mais un tel plan suppose que les Etats africains fassent le ménage de leurs dirigeants corrompus et sanguinaires. Le veulent-ils?"

    Vous rigolez, là ? hein ? dites ? rassurez-moi !

    :o)

  • Là est une question primordiale. Par exemple il serait dadaïste de présenter une quelconque repentance ou compassion devant Mugabe, Amin Dada, feu Mobutu, Charles Taylor qui enrôlait de force des enfants tueurs, Bokassa, etc. Ces tyrans qui ont tué, affamé, volé l'argent des pays...

    Or il n'est pas possible d'imaginer un geste politique collectif envers l'Afrique en faisant l'impasse sur cela. Ce serait même un chèque en blanc aux prochains dictateurs et corrompus de ce continent. La haine de l'occident n'est peut-être pas dénuée de calculs.

    Une solidarité, à quoi je crois, ne peut être mise en place aveuglément.

  • C'est une bonne idée, un plan marshall pour l'afrique. mais soyez honnête, appellez-le par son vrai nom : un plan Paulson pour les banques suisses...
    hommelibre, je l'écris pour la 150ème fois dans TdG 24 heures:
    Vous trouverez en page 4 du n°1 de la revue de la DDC de cette année l'affirmation suivante :
    de 1980 à 1995, l'Occident a versé plus de 350 milliards de dollars d'aide et les Africains ont dépensé l'équivalent en divers conflits armés...

    Mais pas de soucis, je le récrirai aussi souvent qu'il est nécessaire pour lutter contre les gens qui veulent parler d'Afrique sans rien y connaître...

  • @ Géo: vous faites bien de le rappeler, d'autant que je ne l'avais pas encore lu. Il est d'ailleurs regrettable que Jean Ziegler n'en parle pas.

    La solidarité en tant que principe est à mes yeux une valeur importante entre els humains. Il est même probable qu'elle ait joué un rôle essentiel dans le développement de l'humanité: solidarité des chasseurs aux temps préhistoriques, solidarité des communautés par le moyen d'Etats et de lois, solidarité dans la création d'entreprise et donc de travail par les banques.

    Je parle plus de ce point de vue qu'en connaisseur pointu de l'Afrique; de celle-ci je ne connais qu'un aspect très partiel que j'ai moi-même vécu, mais qui ne peut en aucun cas me donner une vue d'ensemble. Le chiffre que vous citez confirme ceci: si sur le plan humain une solidarité envers ceux qui souffrent le plus est normale, son application dans l'état politique de l'Afrique et de ses dirigeants n'est pas applicable.

    Et plutôt que d'en faire des victimes, Ziegler devrait encourager les africains à se débarrasser des dictatures et de la corruption. Mais ça c'est une autre affaire... Pour cela il faudrait dénoncer des amitiés comme Kadhafi ou Mugabe... Donc merci pour votre rappel.

  • Ne remontez quand même pas trop loin avec votre devoir de repentance, sinon certains vont reprocher à leur dieu d'avoir créé Adam et (avant, bien sûr) Eve, et de leur avoir fait le cadeau empoisonné de la liberté de conscience, qui a mis en branle (que le Vatican me pardonne ce terme) toute la suite. Ce serait l'effondrement de tout un pan de la civilisation (je ne retrouve pas le c majuscule), qui n'aurait plus personne, ni rien, à idolâtrer; des écrivains connus comme Jean Romain ne sauraient plus quel est le sens et le but de l'existence, d'éminents islamologues pourraient se mettre à douter, les êtres humains retourneraient à leur état d'avant toutes les révélations et occuper leurs loisirs (mère de tous les vices) à s'entr'égorger dans des festivités préhistoriques et païennes, comme chacun le sait, mais les croyants éclairés encore mieux, étaient une des occupation quotidiennes de ces "macaques", lorsqu'ils ne s'adonnaient pas à d'abominables copulations inter-sexuelles, inter-raciales, inter-païennes, inter-spécifiques ... Pardon, pardon, pardon d'être humains!

  • MDR!!!!!!!...... :o))))))......

    Mère, vous m'avez offert mon éclat de rire du jour, grand merci!

    Vous avez d'ailleurs parfaitement raison, et l'on pourrait demander la repentance des religions et restitution des sommes extorquées par le biais de croyances et de promesses invérifiables, au aussi par la terreur: pensez à tous les gens qui donnent aux bonnes oeuvres pour éviter le diable et l'enfer! Un tribunal moderne pourrait considérer cela comme une manipulation mentale.

  • La repentance Nord-Sud est un Joujou dans les mains de quelques politicards pour se faire mousser et amasser quelques postes de carrière. On n'a pas à payer des fautes commises par les générations anciennes, à l'instar des Allemands qui n'étaient pas là entre '39-'45 et qui ont dû passer éeur vie sur un lit de psychanaliste parce que leur père ou grand'père ont commis l'IMPRESCRIPTIBLE.

    On en a marre de ce genre de culpabilité d'un autre temps alors que l'histoire de l'humanité en regorge... A ce moment-là, il faudrait que la génération des 30 Glorieuses fasse son mea culpa à la génération successive qui n'ont même pas eu les miettes. Voilà, un nouveau concept : la repentance économique en plus de celle politique!!!! Qu'en dites-vous?

  • Bonne idée.Et la repentance de la connerie ?

  • Oulala, lala, la repentance de la connerie: y a du vrai du boulot! Quand on la voit si présente dans les processus de décision,, on n'est pas sortis de l'auberge... (la plupart des managers en tête) ... ;)

  • La repentance de la connerie? Dangereux ça... ça va faire monter le niveau des océans...

  • Il faudra un gros effort pour que le peuple borné puisse comprendre qu'une simple mesure budgétaire de quelques millions pour réparer parfois des décennies d'injustice soit qualifiée d'impossible par la plupart de nos gouvernements, alors que des milliards puissent être tirés de nos poches pour renflouer des banquiers mégalomanes et incompétents. Mais peut-être cet argent sera tiré du néant. Personnellement je ne demande qu'à être convaincu.

  • Désolé: je viens de publier ici une "connerie" destinée à un autre blog. Les dangers du copier/coller.
    Le vrai message (beaucoup plus intelligent) est :

    Attention à ne pas trop faire baisse le niveau du blog! On ne peut pas passe tout son temps à s'amuser, il faut reprendre le travail.

  • @ 0ère. oui je me disais aussi: comment aller plus loin? J'avais même tenté de faire un petit résumé des positions depuis 3 jours, mais j'ai renoncé, le trouvant un peu prétentieux et incomplet, voire un peu partial. Que proposez-vous pour continuer?

  • Même l'humoriste d'origine camérounaise, Dieudonné, s'est montré méfiant envers certains dirigeants africains. Pour lui, l'Afrique doit se bouger pour mieux se vendre. Il sait,il l'a vu de ses yeux, comme St-Thomas, on exporte de l'or dans ces régions, notamment en Afrique du Sud.

    L'apport des Asiatiques le laisse songeur : quand il voit les quantités de bois qui sont exportés quotidiennement par le groupe français Bolloré, il a de la peine à croire que les exportations de matières premières ne rapportent pas davantage. C'est dire une fois de plus que les dirigeants africains n'ont pas intérêt à voir le système changé puisqu'il les enrichit. Par exemple, la plus grande entreprise de dàforestation au Cameroun appartient au fils du Président Sarkozy.

  • Changeons de continent. Le précédent Premier Ministre australien, John Howard, refusait de dire "Sorry" aux Aborigènes en donnant un certain nombre de raisons, dont certaines apparaissent aussi dans ces courriers, notamment le fait que nous ne sommes pas responsables à posteriori des fautes commises par nos aïeux, à quoi d'autres répondaient que du fruit de ces fautes (aïe, image très biblique) les Australiens en profitaient encore, et que l'expression d'une solidarité avec ceux qui en avaient souffert n'avait rien d'excessif, de honteux ou même d'illogique.
    C'était un conservateur, grand ami du Président Bush, comme Blair (solidarité anglo-saxonne probablement), qui s'était aussi distingué par une série de mesures extraordinaires destinées à empêcher les réfugiés en provenance d'Asie, mais dont certains venaient de fort loin, d'accoster en territoire australien et de se prévaloir, en conséquence, de facilités légales pour demander l'asile. Son "règne s'est terminé il y a deux ans, si je ne m'abuse, et il faut le dire, grâce à lui, ou malgér lui, le pays a connu sous son gouvernement une période d'une dizaine d'années extrêmement prospère. Il est possible que sous le nouveau gouvernement, de gauche cette fois-ci, des demandeurs d'asile de cette époque soient encore "en quarantaine" sur quelques petites îles du Pacifique dont l'ancien gouvernement avait acheté la collaboration dans cette entreprise. Mais je pars peut-être à la dérive (c'est le Pacifique, me direz-vous).
    Enfin, cette affaire du "Sorry", qui a mobilisé à une occasion plusieurs dizaines ou centaine de milliers de citoyens dans les rues des grandes cités d'Autralie (n'oublions pas que le pays ne compte qu'environ 17 millions d'habitants) avait pour arrière plan un certains nombre de faits dont j'énumère brièvement un certain nombre et que le lecteur pourra comparer à d'autres, plus connus peut-être, qui ont été évoqués à propos de l'Afrique et de l'Amérique du Sud surtout, mais pas exclusivement:
    John Howard voulait lutter contre ce qu'il appelait "the black armband view" de l'histoire, référence au fait qu'autrefois (et dans certaines communautés encore) les gens arboraient un brassard noir à la manche pour manifester leur deuil.
    Un livre bouleversant et au moins un film avaient remis en mémoire la pratique qui consistait jusqu'à relativement récemment à séparer des enfants aborigènes de leurs parents pour leur donner une éducation chrétienne dans des familles ou des missions blanches.
    La décision encore récente de la Cour suprême australienne de reconnaître un certain droit aux premiers habitants di continent, dont l'existence et les droits avaient en quelque sorte été niés par l'acte de la "Terra nullius" (terre de personne) proclamé par la Couronne britannique et qui justifiait l'occupation du territoire.
    Les rebondissements divers concernant l'aide à apporter aux Aborigènes pour (suivant les cas et les points de vue idéologiques, politiques ou humanitaires) préserver leurs cultures, améliorer leur santé, les aider à s'intégrer dans la société australienne moderne, et ainsi de suite. Etaient évoqués à tour de rôle par les différents partis au débat, des arguments juridiques (droit ancestral contre droit moderne), anthropologiques (disparition pathétiques de cultures, de langues, de visions spirituelles et artistiques d'une richesse immense) , de santé publique (alcoolisme, mortalité), moraux (incestes et viols fréquents dues aux conditions de vie et à certaines habitudes tribales), bien d'autres aspects encore.
    A cela s'ajoutait évidemment le fait qu'une certaine mode était à l'expression de ce "Sorry", qui s'était fait dans d'autres pays, notamment en Afrique du Sud. Plus le débat avançait, plus les arguments s'enrichissaient ou se répétaient, plus les positions se cristallisaient, et les interventions du clergé, du Gouverneur Général, des amis ou ennemis politiques ne changèrent finalement rien. John Howard ne changea pas d'avis et ce fut son successeur Kevin Rudd, qui trouva finalement une formule atténuée, si je ne me trompe pas, propre à satisfaire plus ou moins tout le monde, une fois que toute cette fièvre s'était, je dois le dire, un peu dissipée.
    J'ai oublié ce qui était peut-être l'essentiel dans la décision de John Howard et de son gouvernement: la crainte de prêter le flanc, par l'aveu d'une faute, à une avalanche incontrôlable d'actions en justice pour la réparation de tous les actes commis depuis la colonisation. Car, à un certain moment, je pense que la tentation était forte de s'assurer une grande sympathie par un geste qui, après tout, dans les moeurs politiques, pouvait très bien n'être qu'une hypocrisie de plus, mais rapporter gros. Geste symbolique, bien sûr, dont personne n'aurait pu mesurer la sincérité, mais nous nous nourrissons tous un peu de symboles, n'est-ce pas, en pas seulement en politique?
    Bon c'est pas tout ça, il faut dormir un peu et j'espère vous avoir diverti, à défaut de vous avoir instruit ou aidé.
    P.S. Texte non relu

  • Si, "la plus grande entreprise de déforestation au Cameroun appartient au fils du Président Sarkozy", c'est bien pour décharger le père ... de cette tare de lutte anti-écologie.
    Je m'étonne que Brigitte Bardot, ou encore Nicolas Hulot n'en disent rien.

  • @ Mère: Donc le "Sorry" a déjà été pratiqué. Avec, écrivez-vous, une formule atténuée. Que pensez-vous de cette idée du Sorry vis-à-vis des pays du sud, idée qui semble cristalliser des positions très opposées et mélanger des niveaux de réflexion et de réaction? Que pensez-vous du mélange entre la dénonciation du fait colonial pratiqué par certains pays à certaines époques, et la culpabilisation généralisée des blancs occidentaux? Car il y a là quelque chose qui visiblement passe mal.

  • @hommelibre: Vous me faites trop d'honneur en attendant de moi une suggestion propre à panser ces plaies du passé. La situation me rappelle les bobos beaucoup moins graves de notre enfance: nous avions tendance, parce que "ça démange" à vouloir les gratter, alors que nos mamans n'avaient cesse de nous répéter que cela ne ferait que retarder la guérison, qui passait de toute manière par une vilaine croûte.

    Dans le cas de l'Australie, qui n'était pas tout à fait isolé à l'époque, en tout cas dans le monde anglo-saxon (je crois me souvenir d'une déclaration du gouvernement canadien envers les populations indigènes, Pieds Noirs et autres, confinées dans des réserves), un acte de repentance ou de repentir prononcé sans tergiversations dès l'apparition de la crise, qui concernait politiquement un seul pays à la fois et n'impliquait donc pas des négociations longues et compliquées entre coresponsables, me semblait à l'époque la chose la plus simple, efficace et même honnête. Elle pouvait prendre la forme d'une déclaration donnant acte des torts causés autrefois aux peuples et aux communautés concernées, déclaration complétée idéalement par une promesse que dans l'avenir l'histoire des événements touchant à ces torts ferait partie de l'histoire officielle enseignée dans les écoles, même si les nouvelles générations ne pouvaient être tenues pour responsables des actes commis par leurs ancêtres dans des temps aux conceptions parfois très différentes (la formulation aurait dû être améliorée, bien sûr).

    Les conditions que vous évoquez, qui impliquent de nombreux pays à diverses époques ainsi que des motifs et conséquences très divers, me font penser au conseil que me donnait un anthropologue américain en Australie à propos d'une recherche qui n'aboutissait pas comme souhaité "I would already have cut bait", à traduire très librement par "Quand on se rend compte qu'on a ferré un poisson trop gros, il faut savoir sacrifier l'appât".

    Comme vous pouvez le lire, je ne puis vous être d'un grand secours et mes talents politiques et diplomatiques ne sont pas non plus à la hauteur d'une tâche si ardue.
    Bien a vous et encore merci de votre confiance.

  • Merci pour ce commentaire très intéressant. Je commence à comprendre que passer par l'ONU n'est pas vraiment le chemin idéal... si tant est qu'on veuille le prendre. L'idée passe très mal parce que présentée comme elle l'est en particulier par Ziegler elle comporte cette part de culpabilisation dont - à mon avis à juste titre - personne ne veut. Faire passer l'idée d'un Sorry même au titre d'acte de réconciliation ne passe du coup plus.

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