Parité (suite)

J’a reçu un commentaire très intéressant de Déa suite à mon précédent billet “Parité et beurre de karité”. J’en extrait quelques notions clés qui me permettent de développer plus avant mon propos.

“On peut être pour le féminisme et l'égalité des droits (car je pense que c'est le principe-même du féminisme) sans pour autant dénigrer les hommes.”

Le ciel vous entende, chère Déa.

Mais le ciel, s’il est doux de couleur, peut être dur d’oreille. Je cite une petite phrase. En 2004, la responsable suédoise des maisons d’hébergement pour femmes déclarait: “Dire d’un homme qu’il est un animal, c’est encore le flatter. En fait, c’est une machine, un godemiché ambulant”. C’est repris d’un texte de Valérie Solanas, féministe psychiatrisée des années 70, qui a influencé par ses positions plus qu’extrémistes la nomenklatura féministe occidentale.

J’imagine que vous ne vous reconnaîtrez pas dans de tels propos et que vous ne pourrez y adhérer. Car votre commentaire est doux et accueillant de l’homme. Je pense que la grande majorité des femmes ne peut s’y reconnaître. Mais la minorité dominante, celle qui fait le féminisme actuel, est imprégnée de ce genre d’affirmations. Les études de genre développent une remise en question permanente du masculin, supposé être violent, dominateur, enclin aux crimes contre les femmes.

Une caricature, n’est-ce pas? Mais une caricature agissante.

Je ne pense pas personnellement que le féminisme soit un concept global pour la société. Pas plus que l’hominisme ou le masculinisme. Ce sont des mouvements destinés à prendre soin des besoins d’un genre, pas des deux. Ce sont des sortes de corporatismes. Si les deux tendances prônent l’égalité, c’est l’égalité de droit pour chaque genre qui est soutenue, pas l’égalité globale et réciproque. Le féminisme a eu sa légitimité dès le 19e siècle où, sous l’impulsion d’un homme, des femmes ont commencé à refuser l’exclusion socio-économique issue du code Napoléon en 1803. C’est bien le dictateur Napoléon qui a exclu les femmes. Modèle d’homme dans lequel je ne saurais à aucun moment me reconnaître. Mais le féminisme actuel est un marxisme recyclé où l’homme est le salaud de patron-agresseur insensible et la femme la pauvre prolétaire-victime si humaine. Un peu court!

“ Je n'approuve pas la réaction de Micheline Calmy-Rey, mais n'interprétez-vous pas sa décision? “

La culpabilité masculine face aux femmes à laissé la place au déni de l’homme et du père. La décision citée de Madame Calmy-Rey n’est pas interprétée, elle l’a revendiquée: 11 hommes candidats et 4 femmes candidates: elle a éliminé 7 hommes - dont les meilleurs de tout-e-s les candidat-e-s pour imposer la parité. Idéologie. Je suis heureux que vous ne l’approuviez pas. Imaginons que la chose ait été inversée: des femmes éliminées. Quel concert de protestations n’aurions-nous pas entendu!

Je vous cite encore: “ Dans ma famille, c'est mon père qui m'a éduquée, c'est mon père qui a changé mes couches, c'est mon père qui fait le mieux la cuisine, c'est mon père qui m'aidait à faire les devoirs... “

Quel plaisir de vous lire. J’ai moi aussi changé les couches de ma fille, c’était un vrai bonheur! Et faire le ménage ou la lessive n’a jamais été un problème pour moi. C’est tout simplement normal. Chacun fait selon les besoins et selon ses propres facilités.

“ Echanger les postes de travail, égaliser les deux sexes, ne pas discriminer tel ou tel sexe... cela m'étonne que toutes ces questions soient encore de mise! Laissons faire la nature, encourageons les rêves, changeons d'état d'esprit, changeons de mœurs.”

Bien d’accord avec vous. Car la parité poussée à son extrême logique idéologique, c’est autant de femmes que d’hommes à l’armée, par exemple. Laissons faire les choses. Hommes et femmes sont partenaires d’une même humanité et partagent une même terre. Laissons les vocations, les talents, les compétences se réaliser sans imposer un chiffrage absolu et quasi-dictatorial. Moins de femmes que d’hommes en politique? Qu’elles prennent la parole et qu’elles y aillent. L’égalité des citoyens le permet.

Mais faire de la discrimination positive pour les femmes (ce qui n’est qu’une discrimination de plus), les survaloriser et les mettre dans une cage dorée de lois spécifiques, laisse entendre en creux qu’elles sont des êtres qui n’auraient pas leur autonomie puisqu’il faut à ce point les protéger. C’est à cela que conduit le féminisme actuel, victimaire et idéologique: à considérer que les femmes seraient inférieures et incapables d’exister sans ces béquilles. Ce n’est pas ce que je pense, et c’est le contraire de la finalité du féminisme.

Merci encore pour votre commentaire, et au plaisir de dialoguer avec vous à d’autres occasions.

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Commentaires

  • Que savez-vous du "féminisme actuel", "caricature agissante" ? bien peu, dirait-on, et c'est dommage, car vous vous gâchez la vie avec une image fausse.
    Je ne connais pas le cas que vous citez, mais on peut toujours trouver des exceptions ; ne me dites pas que ce sont les féministes suisses qui sont l'exception ?! Tout ce qui est demandé, c'est l'égalité, et nous en sommes loin, vous le savez.
    Si vous ne vous reconnaissez pas dans le modèle napoléon, je m'en réjouis, et c'est naturel en 2008 (mais il reste des générations d'hommes qui n'ont pas changé leurs bébés et qui aiment bien Napoléon... Pouur cela on est bien obligé d'attendre le renouvellement des générations. Mais autrement il ne suffit pas de "laisser faire les choses".
    Pour éviter que des milliers de femmes soient mortes sous les coups de leurs compagnons (c'est juste un exemple) avant que "les choses" ne soient "faites", il faut que d'autres - ou elles-mêmes - participent aux responsabilités dans notre société. Empêcher de mourir, ce n'est pas de la discrimination positive, c'est faire des lois utiles à tous.
    Pour l'instant, en france, on en est loin. Où est cette minorité dominante ? Composées à plus de 50 % de femmes, notre société, nos institutions sont bien aimables de ne pas réagir quand des femmes sont "éliminées" ? c'est tous les jours, dans notre beau pays.. Et ailleurs - car les nouvelles circulent : c'est ainsi que j'ai lu votre blog.

    Mais le féminisme n'est pas que victimisme (c'est un argument éculé) : c'est juste un souci de démocratie.

    donc, soyez tranquille, Déa n'est pas la seule à avoir changé de regard par rapport aux féministes des années 90 ; mais regardez ce qu'ELLES nous ont, VOUS ont apporté dans votre vie quotidienne. La plus grande révolution du 20e siècle n'est-elle pas la pilule ?
    Maintenant, sans renier celles d'avant (dont beaucoup sont toujours là et nous soutiennent), nous demandons seulement à prendre nous AUSSI en mains les affaires du monde, notre monde (on ne fera jamais pire que... enfin bref !). Une cage dorée ???!! ppppfffuiiittt....

    Maintenant, vous titrez parité (suite), il y aurait donc un parité-1 ? Je n'ose pas y aller voir... Courage.
    J'en reste à un bel adage : les femmes adorent les hommes qui les font rire. Les marxistes comme vous les décrivez avaient de l'humour ?

  • erratum : pardon, il s'agissait des années 70 bien sûr.

    Et je précise que l'"élimination" était citée dans le même sens où vous l'avez pris : dans des nominations. Pas seulement au sens physique, premier.

  • Juste quelques précisions:

    - Oui les féministes des années 70 avaient parfois de l'humour, de la bonne humeur, car il n'y avait pas que des Beauvoir ou des Solanas. Celles de 2000 et plus font leur fond de commerce de la criminalisation et de la culpabilisation des hommes.

    - Un exemple: la campagne actuelle sur les violences sexuelles au Québec: il est prétendu qu'une femme sur trois subit des agressions sexuelles dans sa vie. Soit un million de femmes. Il y aurait donc en face un homme sur trois coupable d'agressions sexuelles. Comment ce chiffre est-il possible quand on apprend qu'il n'y a qu'environ 3'000 plaintes recevables par année, dont toutes n'aboutissent pas à une condamnation? Il est possible car - de l'aveu même de la ministre de la condition féminine - un regard appuyé est considéré comme une agression sexuelle, ou une blague coquine. On en revient au puritanisme du 19e siècle. Ou bien on cherche à castrer les hommes. D'ailleurs, en terme de regards appuyés, il y a beaucoup de femmes agresseuses...

    - De nombreux jeunes garçons subissent des attouchements ou plus de la part d'une femme de leur entourage.

    - En Suisse, les meurtres conjugaux montrent la répartition suivante: 2/3 de femmes victimes, et 1/3 d'hommes. Mais on ne parle que des femmes victimes, pas des hommes. i/3, c'est pourtant considérable. Ils doivent être quantité négligeable, ou alors leur mort n'est pas significative.

    - La violence conjugale vraie - avec atteinte à l'intégrité physique - touche autant les hommes que les femmes. Avec plus de conséquences physiques pour les femmes. De nombreuses études bien menées en Suisse, au Canada, aux Etats-Unis, le démontrent.

    Puisque vous parlez des femmes mortes sous les coups de leurs compagnons, parlez aussi des hommes morts sous les coups de leurs compagnes. Les lois criminelles sont faites pour les deux sexes. Elles existent. Le meurtre, conjugal ou non, est un crime.

    - Pour revenir à la parité, c'est une confusion habituelle d'en faire un des concepts de l'égalité. La parité n'est pas l'égalité, elle est une contrainte légale.

    Et pour finir, mes oreilles saturent du discours clivé qui fait de l'homme un salaud, un bourreau, un exploiteur, etc, etc. Ce discours-là ne donne pas vraiment envie de soutenir les femmes qui le tiennent. Les féministes ne peuvent demander aux hommes du respect, si elles-mêmes ne les respectent pas.

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