Sifflets, cloches, trompes : le pied-de-nez de la communauté du bruit

Cette pratique s’est installée à la vitesse de l’épidémie. Ce n’est pas encore une tradition, c’est trop récent, mais ça en a le parfum. À tout le moins, on peut déjà parler d’un rituel collectif.

 

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J’en faisais billet il y a quelques jours.

Depuis, tous les soirs cela recommence, s’amplifie et se diversifie. L’extrait en fin de billet suggère un joyeux carnaval. On trouve de tout: les applaudissements, les cris, les sifflements et les sifflets à roulette, le bruit des casseroles que l’on martyrise avec jubilation.

Mais aussi ce qui ressemble à des cloches d’alpage, et une trompe ou un cor aux accents subtils de trompette.

Cela commence par presque rien, monte en vagues, alterne ou mélange les sons. Ce n’est pas de la musique de chambre, c’est de la musique de rue. Une micro-symphonie improvisée où tout le monde est musicien et musicienne.

Ce soutien aux soignants est enthousiaste. On s’amuse en même temps que l’on remercie ceux qui veillent sans relâche sur nos vies. C’est une réponse en forme de pied-de-nez à un confinement nécessaire, à un silence social, une petite reprise de pouvoir sur nos vies. On ne peut pas bouger à notre guise, soit, mais ce que le corps ne peut, le son le fait.

Les sons, tous ces sons qui s’étalent dans la cité et montent dans la nuit, portent nos existences devenues moins visibles. Tous anonymes, tous présents, tous ensemble.

 

 

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Personne ne fait la leçon à personne. Enfin si, comme on le voit par quelques propos glanés sur le net.

Greta Thunberg par exemple, déclassée par le Covid-19, ne fait plus la une. Elle saffirme néanmoins comme la référence et donne une recommandation personnelle sous la forme d’une injonction juste polie:

« Nous ne pouvons pas résoudre une crise sans la traiter comme telle et nous devons nous unir derrière les experts et la science. Cela vaut bien sûr pour toutes les crises, a décrété ce 11 mars Greta Thunberg. (…) Je recommande donc personnellement de faire ce que disent les experts. »

Je recommande donc personnellement... La nouvelle génération produit les mêmes infatuations, œdèmes d’orgueil et prétentions à sauver le monde grâce à sa personne que celles qui l’ont précédées.

Dans un autre style, moins laconique, Sylvain Thévoz nous dit comment être quelqu’un de bien et à la hauteur. On n’est pas dans le Je: « J’applique… » mais dans le Tu, dans l’injonction faite aux autres, dans l’intimité autoritaire et populiste du Tu:

« Tu veux être un héros, une héroïne? Reste à la maison, et garde tes distances quand tu dois vraiment sortir.   

Tu veux être à la hauteur ? Garde tes distances ! »

 

 

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Oui chef bien chef. Que d’ordres donnés dans ces impératifs! Pour finir sur un argument imprégné de compétition paternaliste, où l’on vous met un bras sur l’épaule, comme si on était de vieux copains:

« Ce serait quand même trop con d’échouer pour 200 centimètres. »

Une conclusion qui doit rappeler de sales moments au capitaine du Costa Concordia.

Curieuse stratégie de coaching spirituel. D’abord la morale, ou comment être une bonne personne à ses yeux, puis la peur de l’échec traitée de manière humiliante par anticipation: si vous échouez vous serez des cons. Carotte et bâton sont les deux mamelles du monde.

Il faut le comprendre: quoi de plus fédérateur que les soignants, avec les pompiers? Tout le monde s’en sert pour dorer sa propre image. Ils sont un rempart contre le mauvais destin, un modèle que nous ne serons jamais. Les soutenir c’est espérer l’expiation de nos erreurs et nous protéger de la fragilité humaine.

Mais au milieu de ces paroles trop politiques pour être sincères, les sons gardent leur innocence.

La communauté du bruit est une communauté temporaire de nature non matérielle mais spirituelle.

Nous en sommes tous ensemble membres, malgré nos différences politiques ou culturelles, et quelles que soient nos histoires. C’est un moment rare de l’histoire des gens. Alors que le confinement nous sépare la communauté humaine se rassemble dans ce bruit.

Le confinement nous fantômise, la communauté du bruit dit haut et fort notre existence. L’émotion exprimée ici réunit les gens de manière positive. Elle proclame notre bienveillance envers le peuple anonyme des soignants. Qui est très touché par cette reconnaissance.

Pour info, rien qu’à Genève 41 patients étaient hier soir aux soins intensifs. Alors faisons du bruit!

 

 

60 secondes en périphérie genevoise:

 

 

Catégories : Santé, société 19 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Hola John,
    Ce bruit humain, sincère et enthousiaste qui, ils le disent en tout cas ici, émeuvent et encouragent les soignants et autres personnes qui nous aident.
    Je ne l'entends pas d'où je vis, mais je suis heureuse de voir des vidéos, parfois je chante ou tape des pieds avec les autres.
    Merci d'en reparler ici, et que se taisent les donneurs de leçon; qui sait si le virus galopant ne va pas les rattraper aux aussi....

    Prenez grand soin de vous John,

  • La communauté du bruit, tu parles ! ça se voit que vous avez pas mon voisin, qui est venu maugréer parce que j'ai marché jusqu'aux toilettes la nuit. C'est pas comme si je faisais quelque chose d'exceptionnelle ! jsais pas la zik à fond à 2h du mat ! Il a même pris des tofs de ma fenêtre allumée pour prouver que c'est bien moi. Non mais vous voyez faire le tour du pâté d'immeuble en pyjama pour aller prendre une tof à 2 h du mat ? Me dite pas qu'il en tient pas une couche ! Voilà c'est dit !

  • D'une initiative somme toute un peu conventionnelle et très politiquement correcte, celle de témoigner sa solidarité et de reconnaissance de manière collective et symbolique; se transforme gentiment grâce ou à cause de ce confinement, l'opportunité de redécouvrir bien d'autres choses celle de notre communauté de lien de manière spontanée et créative, en ce sens oui c'est de nature spirituelle. Celle qui s'estompe par l’anonymat citadin.

    Et sans énumérer des exemples qui foisonnent, je trouve que cette situation dispose de bien des vertus

  • Je ne sais quoi penser de cette manifestation de gratitude bruyante. D'un côté nous savons que ce sont sur ces gens que repose notre santé, voir notre suvie. D'un autre, je me dis que la situation doit déjà être bien grave pour que nous en soyons déjà à nous dire que ces encouragements sont nécessaires. Les soignants font leur travail, comme tout le monde. La situation est bien sûr particulière, et même exceptionnelle, mais ils font ce pour quoi ils se sont engagés. Cela n'en mérite pas moins un soutien réel car ils sont admirables.

    Cela dit, il ne faudrait surtout pas oublier les gens qui font tourner la machine en ce moment, et qui eux, ne se sont pas engagés pour risquer leur vie et qui sont en première ligne, ceux à qui on ne peut proposer de télé-travail: les employés de magasin, de caisse en particulier. Je connais le métier, je l'ai pratiqué pendant 2 ans. Et le samedi, c'était pas moins de 400 tickets que je faisait, c'est à dire probablement 600-700 personnes que je voyait. Avec plus d'une personne sur 1'000 de touchée officiellement, et sachant que de nombreux malades sont peu symptômatiques, impossible que ce personnel passe une journée sans croiser un malade et parler avec lui à moins d'un mètre.

    On parle de personnes qui prennent ce risque 5 jours par semaine, 8 heures par jour, pour un salaire de misère. Ce sont peut-être eux les héros en fait... Il faudra à l'issue de la crise donner de la considération (de l'argent donc) à ces gens qui font vraiment tourner le pays et dont on ne peut se passer: agriculteurs, journalistes, vendeurs, livreurs, grossistes, éboueurs, kioskier, postiers, etc. (et soignants bien entendu). Si demain ça tourne vraiment mal, ce sont eux qui seront réquisitionnés, Cette crise est l'occasion unique d'une revanche des "sans-dents". Il s'agirait pour eux de ne pas la râter.

  • Vous avez raison. Il ne faut pas oublier ceux qui travaillent pour nous ravitailler, en nourriture, en énergie, en information, etc, et qui nous permettent de vivre confinés à l'abri du danger. Les soignants sont en première ligne sur le front, face à l'ennemi invisible et méritent nos encouragements. Les travailleurs de l'arrière aussi prennent des risques. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de suivre les consignes de confinement.
    Mais, pour cela, nous n'avons pas besoin des injonctions d'une grande prêtresse et de ses fidèles qui font, de la peur entretenue, leur fonds de commerce. Nous devons écouter les médecins et les scientifiques étrangers aux groupes de pression, pas les ayatollahs de l'écologie qui n'ont cessé de dénigrer la vaccination dont on voit l'importance aujourd'hui.

  • Ça fait quand-même un peu « je suis Charlie ».

    J'aime pas trop, c'est trop facile, ça ne mange pas de pain...

    J'estime que si des gens veulent manifester leur gratitude envers les soignants, qu'ils le fassent par voie de pétition aux autorités. Qu'ils réclament un réajustement des salaires de misère de certains de ces personnels, qui ne peuvent même pas dignement nouer les deux bouts.

    C'est ça le scandale !

  • "Je suis Charlie" c'est exactement l'expression que je cherchais.... C'est un truc qui ne coûte rien et permet de se donner bonne conscience. Et dès qu'il faudra passer à la caisse, y'aura plus personne, on connait la chanson. Comme pour "Je suis Charlie", c'était les premiers "Charlie" qui faisait la chasse aux voix dissidentes (les antiféminstes par exemple).

    Pour en revenir aux question économique, dans certains pays européens, on a imposé l'austérité en vidé les caisses des états et on avait plus de moyens pour les services publics, on se souvient des revendications des gilets jaunes, c'était prémonitoire. Certains soignants sont furieux d'ailleurs, qu'on ne les aies pas soutenus pendant des années et que maintenant, on se rende compte que beaucoup repose sur leur épaules.

    Certes les encouragements leur font plaisir, mais ils voulaient des moyens. En France d'ailleurs, un groupe de médecin (C19) a porté plainte contre Agnès Buzyn et E.Phillipe pour "mensonge d'état".

  • "Qu'ils réclament un réajustement des salaires de misère de certains de ces personnels, qui ne peuvent même pas dignement nouer les deux bouts."

    les personnels soignants sont quand même pas au SMIC, si eux ne peuvent pas joindre les deux bouts qu'est qu'on doit dire des smicards qui sont quand même nombreux en France.

  • M. Homme Libre,

    Ne trouvez vous pas très belle cette solidarité, entre autres, avec l Italie face au corona virus, pays le plus touché en Europe et 3 ème dans le monde après la Chine et l Iran?

    Pas seulement belle mais c est une forme d espoir de Résilience autant pour les Italiens, Chinois, Iraniens ...etc...que pour soi-même

    https://www.youtube.com/watch?v=xyDk9hEeinE

    Bien à Vous et Merci!
    Charles 05

  • @ Jean-Paul: votre exemple détaillé montre mieux le risque encouru par ces professionnels non-soignants. On met les soignants en avant parce qu'ils sont plus exposés et parce qu'ils symbolisent directement notre préservation.


    @ Pétard: je n'ai pas ressenti le côté "Je suis Charlie". J'y vois plutôt comme le soutien à une équipe, un ajout de coeur à l'ouvrage.


    @ Charles 05: en effet.

    Des initiatives très sympathiques sont prises également en Italie même:

    https://telquel.ma/2020/03/21/dans-le-monde-des-initiatives-citoyennes-pour-faire-face-au-coronavirus_1674488

  • Hola Colette,
    Vous pourriez faire de la musique chez vous. Taper sur quelques pierres ou bois sonnants, en pleine nature, cela devient vite fascinant. Dans le sud on trouve de bonnes pierres sonnantes.
    Cela me rappelle mes pérégrinations provençales...

    Bien à vous, bonne journée.

  • J ai suggéré sur d autres blog tdg ch de participer, si on veut, des applaudissements à chaque 21 hrs pour saluer le personnel soignant et en solidarité avec les malades soignés et aux familles endeuillés par la mort due à ce virus. J ai m^me suggéré d associer, entre autres, les cloches des Eglises et les autres moyens des mosquées et Synagogues ou autres non mono-théistes, non croyants, agnostiques, boudhistes...etc...(Il me semble que le terme Cloches avait rendu qqs blogueurs eczémateux :))

    On pourrait même penser que les paysans s y mettraient avec les cloches de leurs vaches, les vélotistes avec les sonneries-cloches de vélo ou de la musique en plus des applaudissements au bord de sa fenêtre et sa porte...si on veut...

    N oublions pas que sous peu et au début d Avril, trois fêtes s y trouveraient plus ou moins voisines chronologiquement parlant par les 3 religions mono-théistes et que toute réunion est grande dans leurs lieux de culte et qui ne serait pas médicalement parlant la bienvenue...sauf avis autre des scientifiques et des Médecins...

    Bien à Vous Homme Libre et Merci à vous et à votre blog
    Charles 05

  • Comme vous je pense qu'une telle crise mondiale doit nous faire dépasser nos clivages ou oppositions de toutes sortes. Les batailles d'opinions et de croyances reviendront, de même qu'une analyse lucide de la gestion pour mieux se préparer une prochaine fois. Mais ce n'est pas leur temps maintenant.

  • Merci pour votre réponse M. Homme Libre plein du bon sens. J adhère à 100%.
    Bien à vous.
    Charles 05

  • C'est pourquoi je sonne une fanfare de circonstance à la trompe de chasse, lors du charivari de 21 heures. Histoire d'apporter un cérémonial «Régence» à ce décor post-moderne.

  • C'est marrant, je pense exactement l'inverse. Il ne faut pas voir les choses plus belles qu'elles ne le sont... Il y a beaucoup de solidarité, de belles initiatives, mais il y aura des leçons à retenir et d'autres à donner. Le monde va changer durablement et certains équilibres doivent impérativement être brisés, sous peine de voir des répliques de cette crise. De toute façon, l'économie sera fortement remodelée, difficile de faire des prédictions, mais certains doivent faire entendre leur voix.

  • Bravo Rabbit pour votre fanfare de chasse! Oui, chasse à l individualisme et à l indifférence! Mettons nous qqs minutes en pensée à la place du personnel soignant, les malades et les familles endeuillées.

    En espérant que vous êtes Champion comme les sonneurs de trompes de chasse St-Hubert de Delémont (de Bonne réputation et que je connais bien)

    https://www.youtube.com/watch?v=iMGMErhDrk8

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • @Jean Paul dit à juste titre ci-dessus:"De toute façon, l'économie sera fortement remodelée, difficile de faire des prédictions, mais certains doivent faire entendre leur voix."

    Lénine (que beaucoup déteste sans savoir pourquoi!) a dit: Le peuple n'a pas besoin de liberté, car la liberté est une des formes de la dictature bourgeoise. Le peuple veut exercer le pouvoir. La liberté ! Que voulez-vous qu'il en fasse ?

    Et si on donne la liberté au peuple afin qu il accède au pouvoir, n est il pas encore mieux?

    Néanmoins, Paul Valéry a dit: "La politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde".

    Bien à Vous.
    Charles 05

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