Chronique coronavide : 2’400 feuilles avant le collapse

Cela ressemble à la guerre, telle que ma mère la racontait. Des rues vides, un couvre-feu, les italiens interdits de sortir de chez eux sous peine d’être amendés ou emprisonnés.

 

covid,virus,corona,pénurie,papier toilettes,pq,australie,eucalyptus,files,confinement,collapse,printemps,pandémieCombien?

Ailleurs des files se forment devant les épiceries encore ouvertes. La différence est qu’il n’y pas de sirène annonçant les missiles V1 et V2, pas de tirs ni de bombes, pas d’armée partant à la conquête du monde. Ce n’est pas la guerre.

La vie continue. Mais ce sera compliqué pour les indépendants, les PME et certaines grandes entreprises (de transport entre autres) qui partiront peut-être en faillite.

Nous sommes samedi matin 14 mars. Je prends la liste des courses posée sur la table et je sors. Les rues sont animées. La chaîne de distribution aux couleurs orange et noire est à quelques minutes.

À l’entrée le rayon fruits et légumes est dégarni, vide par endroits. Je pense d’abord que l’on modifie la disposition du lieu. Mais un employé répond aux clients: plus de pommes de terre, plus de ceci, plus de cela.

Ah. Bon. C’est le virus. Pour l’instant je reste concentré: distance d’un mètre, ne pas serrer la main – le geste est si naturel, ancré, que je me surprends parfois à la tendre. Hop, je retire mon bras et lève la paluche en guise de salutation.

De loin je vois les caisses prises d’assaut. On fait des réserves. On stocke. Et si les magasins n’étaient pas réapprovisionnés? Alors anticipons: préparons-nous à manger moins pour faire durer nos réserves.

Et si les boulangeries ne délivraient plus notre pain quotidien? Ici le rayon est encore bien achalandé. L’inquiétude ne vient pas du pain. D’où vient-elle alors? De nos avidités mises à nu, les leurs et les miennes?

Non: du rayon papier de toilette. Il est vide! Partout, d’ailleurs, m’a-t-on dit. Il n’y a plus de PQ en rayon. Certains en ont rempli leur caddie et poussent devant eux cette montagne de paquets comme des navires en déroute. Mais pourquoi une telle quantité? Ils n’ont pas pu acheter au hasard. Ils ont dû compter. Combien? C’est une vraie question.

Petite parenthèse décalée: aujourd’hui des personnes font la queue pour avoir un ou deux rouleaux du précieux papier. Dans un autre temps et un autre lieu, on faisait la queue pour du pain. Les temps, les décors et les musiques changent; les hommes demeurent les mêmes.

 

 

covid,virus,corona,pénurie,papier toilettes,pq,australie,eucalyptus,files,confinement,collapse,printemps,pandémieCœur de carton

Combien de feuilles sont utilisées par personne et par jour? C’est un sujet quelque peu trivial, et pourtant. Je n’ai jamais fait ce compte. Allons-y,  imaginons l’affaire, par exemple avec 12 rouleaux de 200 feuilles par rouleau. Soit 2’400 feuilles. C’est le stock habituel maximal chez moi.

Pour un pipi, deux à quatre feuilles devraient faire l’affaire. Les économes se débrouillent avec une seule. Pour l’autre besoin, sans entrer dans les détails, cela dépend de la texture de la matière et de la fréquence d’évacuation. J’irai jusqu’à 20 feuilles par personne. Utilisées en double épaisseur cela permet 10 gestes de nettoyage intime.

Un geste de nettoyage intime, c’est une jolie façon de dire se torcher, je trouve.

Dans mon exemple, en tout, 24 feuilles par jour et par personne seront utilisées au maximum. 2’400 feuilles (donc 12 rouleaux de 200) suffiront pour 100 jours chez un ou une célibataire. Dans une  famille de 4 personnes c’est 25 jours de stock. Un peu moins d’un mois. Ça va vite! Pour tenir 100 jours cette famille a besoin de 48 rouleaux.

100 jours cela fait trois mois et une semaine. C’est au-delà des prévisions de confinement. Mais alors pourquoi acheter 100 rouleaux d’un coup? À 4 personnes cela fait 6 mois et 20 jours de stock. C’est beaucoup. Peut-être fournissent-ils leur immeuble. Ou le revendent-ils au marché noir? Ou pire: ils sont extrêmement pessimistes sur leur avenir proche. Ou ils ont une gastro.

Concernant les déchets, certains ont trouvé d’originales utilisations du cœur de carton de ces rouleaux (image 3 et ici). De quoi remplacer les cours de poterie lors des longues soirées de confinement.

 

 

covid,virus,corona,pénurie,papier toilettes,pq,australie,eucalyptus,files,confinement,collapse,printemps,pandémieCollapse

J’ai lu l’étonnement de certains Verts: comment peut-on aussi vite débloquer de l’argent pour l’urgence sanitaire et économique et oser tout arrêter, alors qu’en comparaison les engagements climatiques traînent?

Ce n’est pas la même chose, on ne peut pas les comparer. Pour mémoire, la grippe espagnole tuait entre 20 et 100 millions de personnes il y a un siècle. Imaginons 100 millions de morts aujourd’hui en Europe: ce serait un terrible choc humain et économique. La pandémie doit être prise au sérieux, et si elle prend fin rapidement, tant mieux. C’est une véritable urgence. L’urgence climatique, elle, n’est qu’une projection théorique.

En attendant de pouvoir à nouveau se faire la bise, des français ont inventé la discussion de groupe en rond, à distance (image 4 ouest-france).

La collapsologie veut nous faire accroire que la civilisation va s’arrêter brusquement à cause de la variation haussière du climat. Il n’y a aucune raison objective à cela. Nous survivrons aux variations climatiques, comme toujours.

À mon avis les seuls risques d’arrêt brutal de la civilisation sont autres. Lesquels? D’une part une menace venue de l’espace, astéroïde ou méga-tempête solaire qui détruirait toute l’électronique mondiale, y compris les satellites, l’informatique, les systèmes médicaux, etc.

D’autre part des éruptions volcaniques monstrueuses comme l’explosion d’un super-volcan qui déclencherait un hiver pour des années.

 

 

covid,virus,corona,pénurie,papier toilettes,pq,australie,eucalyptus,files,confinement,collapse,printemps,pandémiePrintemps tardifs

Enfin, une pandémie plus sévère que celle que nous vivons. Elle pourrait réduire drastiquement la population mondiale, dont le nombre deviendrait insuffisant pour assurer les services et la production de vivres et de biens.

Bon. En attendant le week-end s’annonce ensoleillé et agréable. Le soleil fait un pied-de-nez aux consignes de confinement.  J’aime ce printemps précoce. J’y goûte avec bonheur, en pensant aux printemps froids de mon enfance et de ma jeunesse.

Tiens, je me suis demandé si je fantasmais sur mes souvenirs de jeunesse. Bien que les choses se diluent avec le temps, ma mémoire météo reste assez présente. C’est une passion depuis l’âge de 10 ans.

J’ai quand-même tenu à vérifier. J’ai trouvé cet article de MétéoSuisse, illustré par le graphique en vert (image 5, clic pour agrandir). De 1950 à 2020 deux périodes sont bien différenciées. La première en vert foncé indique des printemps tardifs ou très tardifs. La seconde en vert clair les printemps précoces.

Cela confirme mon ressenti et ma mémoire. Les printemps de ma jeunesse étaient plus frais puisque plus tardifs.

Sur ce graphique je retrouve la rupture abrupte des années 1980. On la constate également dans les courbes des températures mondiales.

Rien à ce jour ne permet d’expliquer cette rupture si abrupte.

Bon, je sors du sujet. Le collapse ne sera pas d’origine climatique, mais peut-être virale. Et si le confinement dure au-delà des 2’400 feuilles je redoute le collapse privé: quel livre de la bibliothèque familiale sera sacrifié en premier pour fournir le papier manquant?

 

 

covid,virus,corona,pénurie,papier toilettes,pq,australie,eucalyptus,files,confinement,collapse,printemps,pandémieEucalyptus

En Australie le papier cul s’arrache au prix parfois de rixes. Les dames ne sont pas en reste. La vidéo en fin de billet montre deux bagarres entre de douces créatures inclusives et partageantes, solidaires et pleines d’empathie quand le malheur frappe. C’est le Bonheur des Dames de Zola revu et corrigé par Virginie Despentes.

Pour parer à la pénurie un journal propose sa contribution: « En Australie, des mesures particulières ont été prises concernant le manque de papier hygiénique. Un journal australien a laissé son édition de huit pages vierge. Il a appelé les gens à utiliser les pages blanches comme du papier toilette. »

L’article ne dit pas si cette édition a été offerte ou vendue, et si oui à quel prix. Ni si elle a été tirée sur du papier à base d’eucalyptus globulus. Un excellent papier:

« Ses fibres courtes sont très homogènes et apportent au papier des caractéristiques spécifiques comme une grande douceur, une main élevée, une excellent rigidité et une grande stabilisation dimensionnelle. Toutes ces propriétés font que cette fibre est la meilleure de tous les feuillus. Elle arrive au même niveau de qualité que certaines fibres de résineux. »

Ce papier est très apprécié. Les grands incendies australiens de janvier ont fait place nette, on peut replanter ces arbres à croissance rapide. Par contre, « une excellent rigidité » n’est peut-être pas la qualité essentielle pour remplacer du papier de toilette. À moins de vendre du baume adoucissant avec l’exemplaire du journal. Du baume en tube de plastic. Les virus détestent le plastic. On n’a jamais vu un tube de plastic faire de la fièvre.

Bon, je suis encore sorti du sujet. En ces temps de confinement, c’est l’esprit qui vagabonde.

Mais il faut bien bouger le corps. Pour votre santé je poste en haut à droite de quoi faire quelques pas de danse devant votre écran. Une petite danse sur le rythme de la nuit.

Par Corona...

 

 

 

Comme des mecs! La sororité, il n’y a que cela:

 

 

 

 

 

Catégories : Divers, Environnement-Climat, Humour, Santé, société 6 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Pour l'instant, ça ne touche que les plus faibles. Rien de spécial somme toute...

    J'y verrai plutôt un exercice de style, grandeur nature...Faut bien commencer à mettre la gouvernance mondiale en place avec quelque chose...Quelque chose accepté de tous :-)

  • Quand tout va mal c'est chacun-e pour soi. J'utilise l'écriture inclusive, non pas pour faire plaisir aux féministes, mais pour leur montrer que, quel que soit le sexe, le comportement est le même. Il n'y a pas le camp des gentilles et le camp des méchants, la générosité féminine et l'égoïsme masculin, la douceur de madame et la violence de monsieur, le matriarcat bienveillant et le patriarcat destructeur. On redevient des individus de l'espèce humaine avec ses défauts et ses qualités, que l'on retrouve chez les deux sexes. Si cette crise a révélé une chose positive c'est bien cette universalité des conduites. Qu'on cesse alors d'opposer sans cesse les femmes et les hommes, en présentant les unes comme victimes et les autres comme bourreaux.

  • Faut rationner le pq, chaque feuille partagée en plusieurs bah oui lesson de survie, prenez soin de vous.

  • Hola, Lady Frieda, z’êtes bien gentille avec vos propositions de partage, mais que vont devenir les poètes de goguenots, ces grands romantiques qui aiment prolonger la fonction digestive libératoire, et qui sont souvent d’impénitents amoureux des alexandrins, va falloir, vu le format que vous leur réservez, qu’ils se convertissent aux haïkus ?

  • Ben je ne suis déjà plus tout seul...

    https://lilianeheldkhawam.com/2020/03/16/un-virus-sous-forte-influence-politique/

    Par ailleurs, le hasard étant ce qu'il est, si vous remplacez dans votre titre le mot "feuilles" par le mot "billets" (les vôtres donc...), à raison d'une parution de plus ou moins un billet tout les cinq jours, vous arrivez à plus ou moins 2'400 billets en 2050...

    Vous savez que c'est ma date fétiche ?

    Bon...c'est pour rire :-)

  • @Gislebert
    Vaste problème !

    Spasmes fébriles
    trône blanc à ses pieds
    Ci-gît la Muse

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