Lettre à Eugénie la bien-née

J’ai ouvert par hasard mon poste sur W9 hier soir. Un documentaire vous était consacré. J’ai vécu un grand moment de fraîcheur. Je suis pourtant circonspect. Je redoutais des effusions télévisuelles, desquelles je garde une distance.

 

lsommer-01.jpgLes gros plans répétés sur les larmes consacrent une sorte de pornographie émotive. Je me méfie également de la vertu ostentatoire que certains riches héros modernes pratiquent. La démonstration permanente de sa propre perfection m’est inaccessible.

Mais avec vous c’était tout le contraire. Vous voir, vous entendre, vous écouter parler de votre vie, de cette carrière commencée dans l’enfance, c’était naturel, intéressant, cela racontait les choses de la vie.

J’ai découvert votre histoire. Après l’enfance où votre passion s’est révélée, c’est le collège sport-études en internat à l’âge de 12 ans. C’était votre choix: l’immersion dans le foot.

On vous disait déjà mature sur le terrain. Vous étiez très déterminée. Vous vouliez être footballeuse professionnelle. Cette profession n’existait pas mais qu’importe, vous alliez la créer. La détermination semble être une seconde nature chez vous. C’est que vous êtes Bretonne, Eugénie Le Sommer! – vous le rappelez dans un sourire.

Quand vous parlez de vous, votre naturel l’emporte. Comment ne pas vous laisser entrer dans nos cœurs?

lesommer-02.jpgVous me paraissez normale, très normale. Normal ne rime pas avec banal, mais avec essentiel. Pas de prise de tête, de revendication féministe, de Wonderwoman de télévision, de pathos victimaire. Je vois simplement une vie, des gens, avec des histoires de gens normaux, malgré une carrière hors normes dans le foot féminin.

Vous ne vous excusez pas d’être où vous êtes arrivée aujourd’hui, et ne cherchez pas non plus à parader pour impressionner. Cela ne semble pas le genre de la maison. Il y a une belle confiance en vous, en l’autre, en la vie, enfin, si je puis me permettre, c’est ce que cela m’inspire.

La présence occasionnelle de votre fiancé à l’image était calibrée avec justesse. Douze ans de couple, un mariage l’été prochain, sa présence à lui qui vous accompagne, vous soutient, cette part privée détaillait mieux que deux livres de sociologie et trois de philosophie ce bonheur que vous donnez en abondance, comme ça, sans y penser. Ou aussi en y pensant.

Il y a quelques mois vous parliez de lui dans un magazine, d’une très jolie manière:

« J’ai la chance d’avoir rencontré quelqu’un capable de comprendre ma passion. Il a su s’adapter au rythme que m’impose le football. C’est important qu’il m'accompagne dans mon développement personnel et professionnel. Il suit les résultats, vient aux matchs, mais garde quand même du temps pour lui. »

lesommer-04.pngIl parle de votre déception suite à votre élimination en demi-finale de la Coupe du monde 2019. Il dit que ce sera une cicatrice à vie. Vous la battante, la compétitrice de fer, vous la vouliez avec les dents, cette Coupe, cette Mondiale! Ah, gagner chez vous, comme les garçons en 1998, non pour les égaler ou par un vain combat des sexes, mais juste pour vous, pour ressentir cet aboutissement de votre carrière et cette intense euphorie collective de la victoire.

Je vous ai découverte avec l’Olympique Lyonnais féminin. Vous avez largement contribué à en faire l’équipe féminine la plus titrée d’Europe. Votre carrière est déjà exemplaire, menée avec talent. Quel instinct, quelle clairvoyance!

Vous aurez donné envie de jouer à des myriades de gamines qui vous admirent avec raison. Car vous êtes un modèle, naturel, positif et bienveillant, de cette bienveillance qui n’a pas besoin d’être montrée. Et parce qu’une carrière bien menée, comme la vôtre, est admirable.

Eugénie signifie Bien-née. On ne saurait mieux dire. Qui sait, les bonnes fées n’en ont peut-être pas fini avec vous?

Cordialement vôtre.

 

 

lesommer-03.pngP.S.: Ce film de 52’, car c’est pour moi un film plus qu’un documentaire, c’est une vraie histoire avec une portée, ce film plein de tact a été diffusé ce samedi 7 mars sur W9. Il s’intitule Eugénie Le Sommer : le rêve bleu. Il devrait être en replay sur la chaîne W9.

 

 

 

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Commentaires

  • Un beau portrait de femme. Une vraie femme qui ne se lamente pas, qui ne se plaint pas de devoir subir un patriarcat fantasmé pour justifier ses échecs. Une femme qui se sent responsable de ses actes et en assume toutes les conséquences.
    On aimerait en voir plus souvent sur les plateaux de télévision où défilent sans arrêt les victimes du machisme, comme elles disent. Hélas ! Ces femmes-là se conduisent comme des mineures subissant les stéréotypes et incapables de s'en dégager, incapables de libre-arbitre.

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