Vanille amère, la face cachée de la violence familiale

Une mamie dépose des fleurs devant le centre d’accueil où vivait la maman. Une manière de donner une miette d’existence à cette fillette d’un an. Une fillette dont la mère avait programmé la mise à mort depuis des semaines, selon ses aveux relayés par un procureur.

 

vanille,infanticide,Omerta

On touche à l’impensable dans les stéréotypes modernes: les femmes ne peuvent être que victimes, pas criminelles. D’ailleurs, régulièrement, ces crimes sont mis au compte d’une fragilité psychologique ou de troubles psychiatriques, comme si les auteures n’y étaient pour rien.

On accrédite ainsi, en creux, une idée de plus en plus présente dans les médias: celle d’une moindre responsabilité féminine en matière criminelle.

L’infanticide dont Vanille est la victime rappelle cette autre face de la violence commise au sein des familles: celle de femmes, mères, épouses, concubines. La violence commise par les hommes est largement médiatisée et théorisée comme un comportement systémique (dixit). Celle commise par les femmes, et surtout par les mères, est moins visible, moins racontée.

Il y a évitement du sujet. Peut-être même une omerta. Comment expliquer vanille,infanticide,autrement le fait que la presse ne relate quasiment jamais les chiffres de la violence domestique faite aux hommes? Ou alors, exceptionnellement, comme une anecdote ne valant pas développement ni réflexion?

Un chiffre en particulier est gardé loin des projecteurs: celui de la maltraitance faite aux enfants. Elle peut être physique, émotionnelle, sexuelle, psychologique.

 

 

Focalisation

Elle va de la réprimande systématique à la négligence grave, aux coups ou au meurtre. Les auteurs sont majoritairement des parents, comme on peu l’imaginer.

Aux États-Unis différentes statistiques existent, dont les chiffres varient selon les administrations et les sources utilisées: données originelles ou méta-analyse de plusieurs sources. Dans tous les cas elle la maltraitance est majoritairement commise par des mères.

vanille,infanticide,Par exemple, selon le Département de la Santé, en 2012 les mères étaient deux fois plus auteures de toutes maltraitances que les pères (36,6 % contre 18,7 %). Selon ces autres chiffres du Ministère de la Justice, les mères seules sont responsables de 41 % des maltraitances, les pères seuls de 22 %, et les deux ensemble de 20 %.

D’autres chiffres présentés par l’American Society for the Positive Care of Children. Le ration mères-pères est moindre: mères auteures à 54 %, pères à 45 %.

Une autre statistique (image 2) indique que des mères sont deux fois plus nombreuses que les pères dans les auteurs de maltraitance des enfants. En image 3 (clic pour agrandir) ce graphique de l’administration US des familles et des enfants montre encore un rapport pères/mères du simple au double.

Les chiffres bruts, sans nuances ni développement, sont tyranniques. Gardons-nous d’en faire une généralité ou de pencher trop d’un seul côté. Le sujet est sensible et biaisé, focalisé uniquement sur les violences commises par des hommes. Rappelons-nous que toutes les violences domestiques doivent être prises en compte. Père, mère, peu importe qui en est responsable.

 

 

 

 

 

obama,kuala lumpur,femmes,hommes,meilleuresÀ lire, létude très documentée de Patrick Guillot, "Misogynie, misandrie, il y a deux sexismes". Le livre est paru aux Editions de Varly. Peut être commandé en ligne aux Editions de Varly, sur Amazon, Rakuten, ou chez nimporte quel libraire.

Jen ai parlé dans ce billet.

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories : Divers, société 8 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Connaît-t-on toutes les circonstances de ce drame ?
    J’imagine sans peine qu’il s’agit d’une mère célibataire, puisqu’on ne semble faire aucune mention du père. Après la petite graine, ils s’en lavent les mains et vont faire carrière peinards....

    Peut-être qu’elle était à bout, sans argent (comment travailler /payer une nounou quand on est seule ?) Peut-être que la fillette avait une maladie ou un handicap qui rendait la situation encore plus lourde. Peut-être que la femme souffrait de troubles psychiques, un peu comme tous ces braves gens qui tuent autour d’eux, au hasard.

    Un film vient de sortir avec Dubosc : un pauvre papa qui doit se débrouiller seuls avec les enfants pendant DIX JOURS, parce que maman n’est pas là. Ohlàlàlà.... qu’elle galère !

  • J´ajouterai encore que les gens font de moins en moins d´enfants..... on se demande pourquoi.

    C´est pourtant simple : c´ est épuisant et on doit renoncer à trop de choses.... J´ai surpris une conversation entre jeunes filles un jour, elles disaient précisément ca : avoir des enfants, d´accord, mais pas question que je renonce à sortir avec les copines.

  • En réalité, la petite était placée en famille d’accueil et elle a été étranglée lors d'un droit de visite qui n'était pas encadré, puis que la mère n'était pas reconnue comme "à risque"

  • Arnica, vous faites bien d'élargir le champ des questions. Ce que nous ignorons est toujours plus vaste que ce que nous savons.

    Cependant elle a choisi de l'avenir de son enfant, en le lui ôtant. Un homme ferait cela pour la même raison on dirait qu'il voulait tout contrôler et punir quelqu'un. Pour elle c'est un trouble psy, de ce que l'on sait un peu par la presse.

    Homme ou femme criminels, ces situations sont difficiles à appréhender, si l'on veut aller plus loin que la seule condamnation.

  • Oui, pourquoi ne parle-t-on pas davantage du fait que les femmes en général et les mères en particulier peuvent être physiquement violentes et même infanticides ?

    Je propose une hypothèse.
    L'infanticide est un sujet douloureux et en quelque sorte inenvisageable. Même si la tradition théâtrale ou les contes ont pu le traiter par le passé.
    Si on pense à l'histoire de Médée, c'est un peu le paroxysme de la femme furieuse et véritablement maléfique.
    Les méchantes sorcières ( ou belles-mères) des contes ont été interprétés comme la figure possiblement violente ou meurtrière de la mère, comme dans "Hänsel et Gretel" ou "Blanche-Neige",

    Les faits-divers et les statistiques nous mettent devant la réalité et je pense que petit à petit, le sujet va pouvoir être discuté plus largement, comme ça a été le cas avec le tabou de l'inceste ou la pédophile dans l'Eglise catholique.
    On en parle désormais, même si c'est très compliqué et douloureux. Le deuil de la figure maternelle forcément bienveillante sera probablement à faire.

    On idéalise toujours la maternité, c'est important pour la société de donner envie d'avoir des enfants. Ce n'est pas un complot, mais plutôt une sorte de projet consensuel.
    Si on insiste trop lourdement sur le côté pénible et conflictuel de la parentalité, on ne va pas œuvrer en faveur d'une démographie heureuse.
    Il se fait que ce sont les femmes qui passent davantage de temps avec les petits enfants et se retrouvent donc plus souvent face à des situations de crise et de fatigue cumulée. Il y a une sorte d'injonction à être parfaite et ça peut mener à des impasses, à une sorte de solitude face à l'impossibilité d'être parfaite.

    Je dirais donc qu'en plus de la victimisation dont vous parlez, hommelibre, il y a ce besoin de protéger une image idéalisée de la maternité.
    Ce serait le côté "face" de ce déni de problématisation publique des statistiques d'infanticides et de violences maternelles.

  • Intéressant développement Calendula. Je partage en bonne partie vos propos sur l'idéalisation de la maternité et les charges que cela implique.

    Je pense aussi qu'il faut tenir compte de la proportion de ces actes par rapport à l'ensemble des couples et des familles. On ne peut pas généraliser ni trop étendre sur ce sujet. J'ai encore une pudeur à en parler, malgré ce billet. Une idée me vient tout soudain: ne faut-il pas des mères complexes et multiples pour ensuite avoir des femmes multiples? Alors il faut aussi intégrer les mères violentes dans notre conscience, je ne sais pas de quelle manière.

    Je suis fan des mères, je suis toujours heureux de croiser une femme enceinte. Je sais l'engagement du corps et de l'esprit cela représente. J'admire les femmes pour cela, entre autres.

  • Cela ne m’étonne pas vraiment que « les mères sont deux fois plus nombreuses que les pères dans les auteurs de maltraitance des enfants ».
    Pour en déduire que les mères sont plus violentes que les pères, il faudrait des données comparatives à mettre en corrélation avec ces statistiques.
    Si les mères s’occupent à 90% des enfants, cela laisserait aux pères un 10 % qui pourrait expliquer pourquoi les pères apparaissent moins dans les violences exercées sur les enfants.

  • @ Michèle:

    Les chiffres brut ont quelque chose d'implacable, ils dédaignent les nuances et les contextes. Il serait intéressant, en effet, de connaître les détails, les conditions dans chaque cas. Je ne sais pas si cela permettrait de prévenir de tels cas, mais au moins on ne serait pas dans une trop grande simplification.

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