Rage et déchirements à Washington

Le Donald est acquitté par le Congrès. Il pavoise tranquillement. C’est encore lui qui fait le spectacle. Et Nancy Pelosi qui écope du blâme. Quoi qu’ils tentent les Démocrates semblent ne parvenir qu’à renforcer Trump dans sa posture conquérante.

 

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Leurs errements: quatre ans d’acharnement anti-Trump, sans développer de programme réaliste et solide, ruminant leur défaite ad libitum et sur tous les modes, et laissant finalement toute latitude aux ultra-gauches du parti de déployer des idées anti-libérales, racialistes et clivantes.

L’acquittement, prévisible, n’est soudain plus que le miroir poussiéreux d’une anecdote de voyage. Le président en exercice ne semble pas affecté. Les supposés méfaits ne sont pas démontrés, sa popularité est au plus haut: 49% d’opinions favorables selon un sondage Gallup mentionné par Le Temps.

Méfions-nous des sondages, qui donnaient Joe Biden en tête des intentions de vote avant le caucus de l’Iowa, et qui annonçaient la victoire d’Hillary Clinton en 2016. Néanmoins en prenant les résultat d’autres sondages il semble bel et bien progresser: de 38% en octobre à 41% le 10 décembre, puis 43% avant d’être annoncé aujourd’hui à 49%.

« À quelques jours d'un vote historique sur l’impeachment à la Chambre des représentants, le président Donald Trump a obtenu sa meilleure cote de popularité de tous les temps ». avec 43% d'opinions favorables contre 52% d'opinions négatives, écrit l'université Quinnipiac, qui réalise régulièrement ce type d’enquêtes. »

 


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Il semble que son style et ses manières, si souvent critiqués et détestés, lui réussissent. En réalité il n’a rien créé: il est en phase avec l’époque, avec la communication twittérienne, avec les clivages qui minent les débats politiques.

C’est à mon avis une stratégie délibérée. Il parle le langage des exclus, par un miracle que les américains savent nous servir: un milliardaire qui parle au nom des petites gens, c’est quand-même cocasse.

De plus sa politique est de mieux en mieux comprise. Les résultats vont dans le sens du programme pour lequel il a été élu. La situation a quelque chose d’impressionnant et d’abyssal dans le fossé qu’elle révèle: Trump, calme, fort, confiant, annonce de bonnes nouvelles à la nation, alors que Nancy Pelosi, visage crispé au bord du rictus ou du réflexe vomitif, déchire les feuillets du discours du président dans un geste visiblement préparé.

C’est looser et petit bras. Certes certains relèvent la muflerie de Trump, qui a provoqué l’élue démocrate en refusant de lui serrer la main – à moins qu’il ne l’ait pas vue. Elle a marché au-delà de toute espérance. Elle a joué son jeu à lui. Elle a réagi avec ses tripes, sans langue de bois.

 


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Déchirer les écrits du président, en pleine assemblée, devant le monde entier, illustre la rage, le dépit, le comportement diviseur (autant que le Donald), et quelque part le peu de respect de l’institution.

Si elle avait pu écraser Trump du talon elle l’aurait fait. Regardez son visage (vidéo ci-dessous). C’est l’image de « l’inclusivité » à la sauce démocrate.

Mais, à moins qu’il n’ait rien vu sur les écrans retour (s’il y en a), ou qu’il n’ait pas entendu le bruit de la liasse de feuilles qu’on déchire, lui s’en fout tout aussi visiblement.

Chose remarquable, les médias parlent aujourd’hui du président Trump avec plus de nuances que depuis trois ans. On comprend qu’il a bien un programme et que celui-ci ne mène ni au fascisme, ni au racisme, ni à l’isolationnisme (à différencier du protectionnisme), ni à la guerre (enfin, pourvu que ça dure).

C’est un programme dans la philosophie républicaine, ni plus ni moins, sans la diplomatie du langage et plus proche des classes populaires ou défavorisées que celui des démocrates. Il est bien plus dans la tradition américaine en même temps que dans un modernisme d’attitude qu’on ne veut le reconnaître.

Et jusqu’à preuve du contraire il n’est pas un danger pour la démocratie.

 

 

 

 

Catégories : Politique 9 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Ce qui est étonnant c'est cette volonté, presque unanime dans les médias, de discréditer, à la fois, l'homme et sa politique. Sa politique était mauvaise parce que protectionniste et donc contraire à la mondialisation encensée par nos élites. L'homme était raciste, homophobe et misogyne, discours permanent du "camp du bien" qui a pris l'habitude de condamner sans preuve. Et il faudrait les croire sur parole. Triste époque...

  • Tout le cérémoniel déployé lors de la plupart des manifestations nationales importantes aux Etats-Unis vise à mettre en évidence l'aspect extraordinaire de l'événement, à l'élever ainsi au-dessus de l'ordinaire du quotidien et lui conférer une aura de dignité.
    On peut relever la part d'hypocrisie à laquelle sont invités à se prêter tous les participants, hypocrisie justifiée par le fait qu'à ces occasion les personnes sont elle-mêmes élevées au-dessus de leur vie personnelle par l'incarnation de la charge publique à laquelle elles ont été désignées.
    Lorsque la sincérité (même si elle est en partie mise en scène) vient à se mêler à ce genre de cérémoniel, on peut en venir à regretter que l'hypocrisie n'est pas supérieure, d'autant plus qu'à part la confrontation entre deux dénis de respect aucun message de quelque valeur n'est offert aux citoyens spectateurs.

  • Bonjour Mère-Grand,

    Je partage votre conclusion: déni mutuel de respect. C'est Règlement de comptes à OK Corral.

    Vous touchez un point intéressant: faut-il préférer une soft hypocrisie à une sincérité crue?

    C'est peut-être ça le message, en partie: on redescend du "nirvana" politique consensuel pour revenir au ventre, aux limites, On se reconnecte à "là où les choses se passent".

    Je trouve cela intéressant dans une période où le politiquement correct s'étend comme une pieuvre.

    La transgression et la boxe politique sont aujourd'hui un mode de communication. On transgresse à qui mieux mieux. Même les avocats et les magistrats étalent les aspects sordides d'affaires normalement couvertes par le secret de l'instruction. Déballer, cracher, est à la mode.

    Les mots sont choisis souvent pour leur violence et pour la marque qu'ils laisseront après avoir sidéré l'adversaire. Même une humoriste de catégorie B utilise des mots qui claquent, par exemple dire d'une situation que "ça pue!" alors que "ça sent mauvais" aurait eu, dans son cas, exactement le même sens et la même clarté dans l'intention, ou aurait laissé une distance de nature à amplifier la drôlerie attendue du propos.

    On n'est au fond pas très loin d'en venir aux mains dans diverses situations. Je trouve cela à la fois rafraîchissant et très casse-gueule. Rafraîchissant parce que cela ramène au réel habituellement non-dit mais si présent en sous-couche. Reste à savoir s'il faut tenter d'explorer vraiment ce réel ou s'il est préférable (selon quoi?) de rester en surface. Tout peut se discuter.

    Mais casse-gueule parce que le niveau qui monte de tension, de presque "guerre civile" morale, est comme les feuilles d'eucalyptus au sol: il suffit d'une étincelle pour déclencher un grand incendie. Et même sans aller jusque là, les fractures internes de la société s'aggravent à mon avis. Trump rend visible ce qui était implicite.

    Cela dit, du point de vue de l'impact médiatique, Mme Pelosi a probablement eu tort. Se plaçant dans le camp du bien (l'anti-trumpisme en est le signe) elle ne peut qu'être jugée à l'aune des jugements qu'elle a portés elle-même.

    Trump ne se plaçant pas sur le terrain de la morale, il est bien moins impacté par ses propres comportements.

  • Le style de Donald Trump n'amène pas de la sincérité, mais plutôt à une sorte d'hystérisation des moeurs politiques. Et à un rapport de force grâce à l'intimidation.
    Et Twitter y est pour beaucoup.
    Même les politiciens qui le soutiennent disent poliment : ce serait mieux qu'il renonce à tweeter.
    Les Républicains ne s'opposent pas à Trump ( ou seulement en des termes prudents et très corrects, pour le coup), par crainte de tweets rageurs. Il semblerait qu'il est désormais politiquement mortel d'être ciblé par Trump sur Twitter. Est- ce un progrès ?!
    Les plus courageux osent dire que le célèbre coup de fil avec le président ukrainien était " inadéquat". Pas digne d'une destitution.
    On en est là. On fait le dos rond et on attend que ça passe, La discipline règne.
    En face, les Démocrates rament et ne trouvent pas la solution.

    J'espère avoir tort, mais je ne peux pas y voir une histoire positive. La polarisation de la politique aux USA est arrivé à un tel stade qu'il n'y a simplement plus de dialogue. La parole féroce a gagné. Pas de débat au parti républicain, on se soumet au chef.

  • @hommelibre
    Je suis plutôt vieux jeu en matière de comportements publiques, attaché à l'idée (peut-être bien illusoire) qu'une certaine retenue et dignité devraient l'emporter sur le déchaînement des passions ou la simple vulgarité.
    De même que les idées devraient l'emporter sur les passions en politique, le vocabulaire faisant appel à la raison me paraît plus adéquat et efficace que celui qui fait appel aux sens: je n'aime pas les termes de "nauséabond" ou "remugles" utilisés parfois pour combattre des idées, même si je comprends ce que celles-ci peuvent avoir d'écoeurant et même de criminels.
    Je n'aime pas non plus la mode de tirer la langue en public à tout propos, car je pense qu'exposer l'intérieur de son corps devrait éventuellement être réservé aux reportages sur la chirurgie ou aux films pornographiques.

  • Mère-Grand, j'apprécie aussi le fait que l'on garde parfois une réserve. Mais est-ce souhaitable quand la population est traversée de tensions comme c'est le cas (migrations, inégalités, etc)? Le langage de cette tension peut-il être épuré, lisse?

    Parfois les politiques ramènent en haut ce qui graille et crie en bas. Mais les passions en politiques peuvent être dangereuses. Toutefois Trump semble le savoir aussi et, par exemple avec l'Iran, il s'est arrêté avant l'irréparable.

    Je trouve le climat politique détestable dans beaucoup de pays. Cette période de verbe sans filtre est aussi une antidote à l'étouffement intellectuel dans lequel nous nous enlisons.

    Personnellement je sature de plus en plus avec la moralisation galopante, les cycles vertueux, la défense exhibitionniste du bien, la leçon permanente donnée par certains à d'autres, entre autres. Je sature aussi des anathèmes et de la police de la pensée.

    Alors tant pis pour les bonnes manières. Non parce que je les trouverais stupides, mais pour respirer un moment et rétablir la légitimité de certains thèmes politiques. Je pense que si Trump avait été poli, Hillary aurait été élue. Et ça, ç'aurait été le pire.

  • Bonjour Calendula,

    Oui la parole féroce tient le haut du pavé. Un peu partout. Elle va de pair avec la polarisation. Peut-être qu'après des décennies de ravalement de parole, il fallait que cela revienne en premier plan.

    Nous ne tomberons pas d'accord sur Trump, je sais. Il n'entre pourtant pas dans ma sensibilité et dans ma culture du dialogue, mais il sert à quelque chose dont je vois le sens et qui me paraît positif malgré (ou grâce à) la polarisation.

  • @ hommelibre,

    C'est vrai, Trump ne nous mettra pas d'accord ! :-))

    Le sachant, j'hésite souvent à intervenir. Mais il y a cette envie de débat et aussi l'idée que tout ça n'est pas d'une clarté absolue.
    La politique et les choix qui vont avec sont souvent régis par une part d'intuition ou de préférences plus générales.
    On peut apprécier un leader affirmé et iconoclaste. Ou pas.
    Je crois que je me méfie du pouvoir personnifié aussi fortement que c'est le cas avec Trump.
    C'est chouette, si le leader affirmé défend des dossiers auxquels on tient. Dans le cas contraire, on peut être critique, sans tomber dans la moralisation.
    Pensons simplement au cas d'E. Macron, qui a aspiré à etre jupitérien. Ca n'a pas passé.
    Trump dit ouvertement, que tant qu'il est président, il a le droit de tout faire comme il le veut. Aux USA, bien des gens pensent que les " pères fondateurs " ne voulaient justement pas de roi. C'est une question politique, pas morale.
    Le style et la manière peuvent aussi être envisagés avec circonspection. Trump déroute les alliés traditionnels des USA. Pourquoi pas , mais il ne faut pas s'attendre à ce que ça soit accepté sans un pli.
    En résumé : on peut critiquer Trump pour ce qu'il fait et pour la manière dont il le fait, sans pour autant être une petite nature ou d'un conservatisme rigide.

  • @hommelibre
    Que répondre? Je suis en grande partie d'accord avec vous, notamment sur tout ce qui touche à la langue de bois et au moralisme, d'autant plus qu'ils n'ont rien à fait avec une véritable morale, qui ne s'accommode pas des diverses formes de mensonge.
    Il est tout à fait possible, par ailleurs, que la vision que je présente n'est que le revers d'une (trop) grande capacité de haine d'origine enfantine (donc infantile), qu'elle m'a permis d'apprivoiser.
    Quoiqu'il en soit, elle correspond néanmoins à ma conviction que l'agression, non pas l'agressivité comme force de vie, ne peut qu'engendrer l'agression en réponse, ou alors une soumission forcée qui ne mène jamais à la paix. Les exemples ne manquent pas pour nous le rappeler.
    Pendant la période où je ne me suis consacré en partie non pas à la politique mais à une forme de syndicalisme, j'ai pu mesurer à quel point la recherche de l'entende (plutôt que du compromis, lorsque c'est possible) peut être épuisante et demander de sacrifices personnels.
    J'ose espérer que ce n'est pas la raison principale pour laquelle le monde politique, au plus haut niveau du moins, abonde de personnalités tellement éloignées de ce que nous souhaiterions. J'essaye aussi de me persuader que ma position n'a pas pour simple origine l'idée illusoire que l'on puisse vivre et servir sans se salir du tout les mains. Je suis opposé à tout idéalisme qui a pour prétention de pouvoir se réaliser. Là aussi les exemples ne manquent pas.

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