Félix Vallotton, peintre pré-féministe ? Pas exactement.

La question illustre un biais de société dans lequel nous sommes entrés comme des éléphants. Elle m’est venue en lisant le récent billet d’Anne Cendre. J’apprécie le ton et le regard de cette journaliste, qui tient blog ici. Pourtant un passage m’a interpellé. Un bon désaccord valant parfois mieux qu’un mauvais accord, je réagis ici à ce passage.

 

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Je ne suis pas spécialiste en peinture, encore moins du peintre suisse Félix Vallotton. De mes lectures il reste la trace d’un homme plutôt mal à l’aise avec la gent féminine, se sentant enfermé par l’engagement affectif et les obligations qui en découlent.

Dans son billet en deux parties, Anne Cendre présente le nouveau Musée Cantonal des Beaux-Arts à Lausanne. La deuxième partie traite des oeuvres et en particulier de Félix Vallotton. Dont un tableau étonnant: un homme nu est terrassé par une femme volante. L’intitulé du tableau est: Le crime châtié (image 1, clic pour agrandir).

Voici son commentaire:

« Vallotton a touché à des sujets très divers : scènes urbaines, domestiques, mythologiques, et paysages, de sorte qu’on le retrouve dans plusieurs salles. J’ai choisi Le Crime châtié, 1915, pour montrer à quel point, à travers un style très personnel, il participe à un thème bien actuel, la revendication de la femme. »

À lire ces quatre derniers mots du commentaire, « la revendication de la femme », on imagine un Vallotton pré-féministe ayant anticipé la condamnation généralisée du mâle par la femelle vengeresse et triomphante.

Le crime châtié? Mais de quel crime parle-t-on? Le commentaire de la journaliste renvoie directement au féminisme, soit au statut victimaire universel de toutes les femmes. En effet le propos et essentialisé à l’extrême. C’est un aspect fort du sexisme misogyne qu’Anne Cendre endosse ici: suggérer que toutes les femmes sont une seule femme, victime et revendicatrice.

Car selon ces quatre mots il ne s’agit pas de certaines femmes, ni même des femmes, mais de la femme. Objet unique, universel et global, dont la condition serait identique entre elles toutes. Une femme qui les serait toutes, ancrée sur la revendication. Une seule revendication. Selon ce discours il n’y a donc pas de diversité chez les femmes. Toutes les mêmes…

 

 

felix vallotton,peintre,le crime chatiéLa revendication

Bref toutes les femmes, toutes pareillement victimes et revendicatrices de la même et unique revendication.

Pas de quoi faire bander un mâle, mais ce n’est pas le but apparemment.

On le voit, ce discours ne s’embarrasse plus de nuances. Qu’une seule les représente toutes est plus médiatique que de dire: certaines femmes. Cela grossit artificiellement les troupes et appelle à la loyauté des récalcitrantes par réflexe de clan et d’absorption par le nombre.

Mais cette loyauté est toxique.

Car la revendication victimaire est endossée même par des femmes libres et indépendantes. Et en creux, n’oublions pas que ce discours repose sur une une autre toxicité: l’accusation toute aussi universelle de l’homme (des hommes mâles dans leur ensemble). Le crime est supposé être d’essence masculine.

Le tableau de Vallotton peut à première vue aller dans ce sens: le crime que châtie la femme serait celui de tous les hommes dont toutes les femmes seraient victimes parce que femmes. Mais voilà, cette interprétation est erronée. Je dirais plus. abusive parce que biaisée. Le féminisme réécrit l’histoire à sa convenance, mais c’est faux.

Un élément visuel crève les yeux mais on ne le voit pourtant pas à sa juste mesure: la violence vient de la femme, qui étrangle l’homme. La femme tue, mais comme l’image et le commentaire accusent l’homme, ce meurtre paraît normal, comme une vengeance légitime, ou une légitime défense a posteriori. En gros, quand une femme tue c’est la faute de l’homme.

La revendication de la femme serait-elle de se donner enfin le droit de tuer, et surtout de tuer le mâle dépouillé, mis à nu et privé de statut (ici, de vêtement)? L’affaire Jacqueline Sauvage, et d’autres, montrent malheureusement une tendance de société allant dans ce sens.

 

 

felix vallotton,peintre,le crime chatiéLa guerre

Les coins inférieurs gauche et droit du tableau donnent deux indices invalidant la thèse féministe. D’une part une épée, attribut du guerrier nu antique, et d’autre part les pieds d’une personne visiblement allongée, peut-être morte, peut-être tuée par le guerrier terrassé.

Épée, guerrier antique: on n’est pas dans la violence domestique. Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève en dit déjà un peu plus:

« Pendant ces années de guerre, une partie de la production de Félix Vallotton va s’inscrire en écho à son amertume et à son inquiétude, suscitées par les visions d’une Europe ravagée qu’il constate en visitant le front, à l’instar d’autres artistes, sur l’autorisation que lui octroie le gouvernement français. Il peint alors des allégories (Le crime châtié, Le deuil, L’Espérance, 1915, triptyque aujourd’hui conservé au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne), et des scènes de guerre, de ruines et d’incendie ».

Le thème est donc la guerre. Le crime est la guerre. La femme volante du tableau peut bien tenter d’étrangler ce qui est un guerrier, elle ne fait qu’ajouter un meurtre à la liste. Et puis, les femmes n’ont-elles pas, collectivement, soutenu de départ des soldats dans les guerres passées? Dans ce sens, ne sont-elles pas complices des guerriers envoyés pour les protéger?

Dans une revue numérique d’histoire de l’art, Deuxième temps, un article signé Samuel Fély analyse le tableau dans un article intitulé La peinture criminelle:

« Félix Valloton nous livre par exemple une image terrifiante des échanges entre homme et femme, dans laquelle la seconde devient à la fois un sujet de fascination et de rejet. Elle apparaît toujours comme inquiétante et dominatrice, c’est un thème transversal dans son œuvre. Ainsi dans ce tableau sans équivoque la femme tue l’homme, elle lui est supérieure, le subjugue, devenant un être quasi surnaturel. »

 

 

felix vallotton,peintre,le crime chatiéVaincu

Un psychiatre, Jean-David Nasio, a rédigé une présentation psychanalytique du peintre à l’occasion d’une grande exposition. Après une courte mise en garde il décrit les images archétypales par lesquelles Vallotton perçoit les femmes:

« Les tentatives de psychanalyse appliquée aux oeuvres artistiques sont toujours risquées, même si, comme dans le cas présent, elles s’appuient sur des écrits de l’auteur (son journal et ses romans en l’occurence, et notamment, parmi ceux-ci, “La vie meurtrière” qui serait partiellement autobiographique). »

Pour Vallotton, selon le psychanalyste, il y a deux types de femmes:

  • d’une part la mère, aimante et protectrice, sans fards, endormie, au bain, ou occupée à sa toilette, indifférente au regard que l’on pourrait porter sur elle; nue mais ne suscitant pas le désir: Le bain au soir d’été (1892-1893), La maîtresse et la servante (1896-1897), Femme au bain se coiffant (1897), Femmes à leur toilette (1897)…
  • d’autre part la femme séductrice et désirable, mais intéressée, menteuse, infidèle, menaçante, dangereuse, avec laquelle la relation ne peut être que guerrière: La chambre rouge (1898), Le mensonge (1898), Femme nue lutinant un silène (1907), La haine (1908), Homme et femme ou le viol (1913), Orphée dépecé (1914)... »

Le psychiatre rappelle cette phrase de Félix Vallotton:

« Qu’est-ce que l’homme a donc fait de si grave qu’il lui faille subir cette terrifiante ”associée" qu’est la femme. Il semble qu’il ne doive y avoir de possibilité entre les sexes que comme vainqueur et vaincu. »

Nasio d’ajouter qu’un homme qui tient de tels propos ne peut se ranger que dans le camp des vaincus. » 

Bien plus qu’une allégorie de soutien à la revendication de la femme, je pense qu’il exprime avec une étonnante modernité un questionnement masculin: de quoi le mâle est-il donc si coupable aux yeux de la femelle?

 

 

felix vallotton,peintre,le crime chatiéRécup'

Autre regard sur ce blog philosophique et littéraire, Humus:

« Pas de place à la sentimentalité, il montre les paysages torturés et les feux dévastateurs de la guerre. La boucherie, les morts en chaîne ressortent d’autant plus. S’exprime aussi le désir de revanche, surtout à travers son frappant triptyque : Le deuil – le crime châtié – l’espérance (1915), allégorie de la vengeance de la France. »

Le biais féministe est non seulement de réécrire le passé et de lui appliquer une grille d’analyse orienté selon les théories modernes. Il est aussi de réduire les individus à un objet idéologique. On lui ôte sa dimension personnelle, avec son ressenti, sa bonne foi, ses craintes des femmes en même temps que sa passion pour elles, ses contradictions. On lui ôte son histoire.

Alors non, le tableau Le crime châtié ne fait pas référence à la revendication de la femme. Il n’est pas le crime de l’homme sur la femme, ni même d’un homme sur une femme. Ni d’une femme sur un homme malgré l’étranglement.

La récupération idéologique grignote progressivement la vraie culture, basée sur le vécu partagé librement des gens, et hors de tout soupçon. Le reformatage féministe du passé pourrait valoir un jour quelques déboires au peintre. En effet on ne serait pas étonné de le voir accusé de tendances pédophiles ou voyeuristes à cause de son tableau « Adolescente entrant dans l’eau » (image 5).

S’il vivait encore il peindrait peut-être « Miley Cirrus en scène offrant sa chatte aux doigts de spectateurs » (image 4). Après tout, l’intimité sexuelle est aujourd’hui un produit public qui se vend bien.

 

 

Les images 2-3 et 6-7 sont des tableaux sans lien avec le sujet mais illustrant la touche picturale de l’artiste. Dans son billet Anne Cendre présente d’autres œuvres du musée.

Dans un autre billet je reviendrai sur le conflit femme-homme et anti-bourgeois selon son tableau La haine.

 

Image 2: Le rayon, 1909, huile sur toile

Image 3: Le vent, 1910, huile sur toile

Image 6: Coucher de soleil, 1900, huile sur toile

Image 7: Baigneuse aux roseaux, 1895 , huile sur toile

 

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Tryptique Le deuil, Le crime châtié, L'espérance.

Photo d'Andres Pardey, http://bigsta.net/andrespardey/

 

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Catégories : Art, Art et culture, Féminisme, Politique 30 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Je n'ai pas la culture artistique de "homme-libre". Il m'est difficile d'imaginer ce que pensait le peintre et pourquoi il choisissait ce sujet. L'interprétation des motivations de l'artiste est forcément subjective. Mais il a raison d'en donner une version différente, à l'opposé de ce féminisme victimaire. Et puis, on commence à être saturé de toute cette misandrie et on se demande aussi quel est le but poursuivi par ces femelles accusatrices et qui ne cessent de diaboliser le mâle. L'apartheid sexuel, sans doute.

  • "Qu’est-ce que l’homme a donc fait de si grave qu’il lui faille subir cette terrifiante ”associée" qu’est la femme."
    Contemporain de Paul Valéry : "Dieu créa l'homme, et ne le trouvant pas assez seul, il lui donna une compagne pour lui faire mieux sentir sa solitude".

  • @ Henri:

    Merci mais je n'ai pas tant de compétence, je lis et cherche. Les motivations de l'artiste sont attestées par les oeuvres de cette période, et par l'analyse de plus savants que moi. C'est toujours en partie subjectif mais il n'y a pas d'éléments pictural qui suggère autre chose.

  • Géo: m'ouais, la phrase de Valéry peut aussi s'appliquer à certaines femmes.

  • Soutiendriez-vous que le sixième jour, Dieu créa la femme et que plus tard, après s'être bien reposé le septième jour, il lui donna (ou plutôt lui imposa) un compagnon créé à partir d'une côte de la dame, qui se sentait seule?

    Dites-nous tout*: Dieu est une femme, n'est-ce pas?

  • @Homme libre et @Mario,

    Bonjour. Oui Dieu a créé la femme au 6ème jour et il a même travaillé le 7ème jour et c était un dimanche. Donc il a pris congé le lundi de la semaine suivante comme les coiffeurs et les curés, non? Reck Perry , ex-ministre de l énergie des états Unis a affirmé ceci: "Puisque Obama a été "élu" comme Président des Etats Unis , c est parce que Dieu l a décrété et de même pour Trump". Comme quoi....

    Bien à Vous.
    Charles 05

  • @ Charles 05, qui a écrit:
    “(...) c est parce que Dieu l a décrété et de même pour Trump". Comme quoi.... ".

    Comme quoi c'est Dieu qui fout la merde...

  • Ne pas oublier que le féminisme va jusqu'à valider le meurtre réel, non symbolique, des hommes, quand l'humoriste nulle et ringarde Muriel Robin incarne madame Sauvage, la bien nommée, dans un film hagiographique. Rappelons pour toutes les féminazies et alliés que la Grâce présidentielle, accordée généreusement à madame Sauvage est une exemption de peine mais non une amnistie. M. Sauvage reste une meurtrière au yeux de la justice et de la société. Film adoubé comme il se doit par les progressistes mais en vérité pré-génocidaires.

  • @Mario,

    Vous me dites:"@ Charles 05, qui a écrit:
    “(...) c est parce que Dieu l a décrété et de même pour Trump". Comme quoi.... ".Comme quoi c'est Dieu qui fout la merde..."

    Vous le savez mieux que qui ce soit que Dieu n existe pas. C est l Homme qui a créé Dieu et non pas Dieu qui a créé l Hommel inverse...Donc et comme toujours c est l homme qui fout la merde au nom de quelqu un qui n existe pas. Aujourd hui et certainement que ceux sont les Femmes/ Hommes politiciens au pouvoir aux Etats Unis (God is Dollar) qui foutent le bordel partout raison que "God" bless America et in "God" we trust" et ceci est même mentionné sur leur billet vert, comme quoi ...

    Les Etats Unis ont mené 217 guerres extra-territoriales depuis leurs 250 ans d existence ce qui leur fait presque en moyenne 1 guerre par année d existence en ayant commencé déjà par faire la peau à leur 1 million de Peaux Rouges (les Amérindiens)...comme quoi...

    Bien à Vous Mario,
    Charles 05

  • Au sujet de la femme, tout a été dit dans la Bible.
    Au chapitre 7, verset 26 de son livre (sans doute le plus beau de l'Ancien Testament), l'Ecclésiaste nous donne sa version :
    "J'ai découvert quelque chose de plus amer que la mort: c’est la femme, dont le coeur est un piège et un filet, et dont les mains sont des chaînes".

  • Mahomet eut au moins treize épouses (sans parler de Maria et de Rayhana, ses concubines), laissant neuf veuves à sa mort. C'est donc en connaissance de cause qu'il a déclaré:
    "aucune affliction n'est plus nocive aux hommes que les femmes" (sahîh d’al-Boukhârî, volume 7, livre 62, n° 33).

  • Mario,

    Pour moi, ils n'engagent qu'eux. La généralisation me semble être, dans ce cas, une forme de protection, Mais le thème de l'homme subjugué, enchaîné psychiquement à une femme, est plausible.

    À la première occasion ils fondront comme de la guimauve devant des charmes féminins. Sans avoir pris leur part dans ce qui a causé leur amertume, ils recommenceront tout pareil. Et ils se plaindront à nouveau. Derrière ces textes pointe une victimisation masculine que ne ne soutiens pas.

    Et puis, bien des femmes en ont autant pour les hommes. Stéréotypes pour stéréotypes, femmes et hommes se valent.

  • Comme je l'ai laissé entendre, la Bible dit tout et son contraire. La preuve:
    Proverbes 18:22 affirme que "Celui qui a trouvé une femme a trouvé le bonheur; c’est une grâce qu’il a obtenue de l’Éternel".

    Personnellement, je me méfie des grâces de provenance douteuse...

  • Voir dans ce tableau autre chose qu'une allégorie est d'une stupidité sans nom. En 1915, le crime c'est la guerre. L'homme représente la guerre, la femme la justice.
    https://duckduckgo.com/?q=repr%C3%A9sentation+de+la+justice&t=ffsb&iax=images&ia=images
    Elle vient du ciel: justice divine. Les yeux bandés, on ne voit pas son visage. Le guerrier en étant saisi au cou est désarmé. Rien n'indique qu'il est tué. Bref, rien à voir avec les relations hommes-femmes. Mais tout avec une haine de la guerre..

  • Si on veut savoir ce que Valloton a voulu exprimer avec le tableau en question, il faudrait distinguer notre vision de 2019 du contexte de 1915 et de l’œuvre de Valloton.

    Les différents auteurs cités dans le billet ont cherché à comprendre le message, chacun selon sa spécialité.

    Il me semble que si on admet qu’il faut du contexte, le plus élémentaire serait le triptyque en lui-même ! Comment sont représentés « Le Deuil » et « L’Espérance » ? Y a-t-il d’autres femmes et dans quelle posture ?

    Sur Wikipédia, il y a un grand récapitulatif de tableaux de Valloton, mais pas l’ensemble, puisqu’il en a peint plus de 1700 !
    Je n’ai pas trouvé Le Deuil et l’Espérance.
    On peut penser qu’ils ne sont pas aussi poignants et visuellement réussis que « Le crime châtié ».
    Comment les éventuelles femmes y sont-elles représentées ? Ont-elles quelque ressemblance avec la femmes en vert du « Crime » ?

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_peintures_de_Félix_Vallotton

    Toute interprétation a une partie de projection et je vais donc tenter de donner la mienne.

    Un crime a été commis. L’homme nu a tué un autre homme.
    Selon le titre, on comprend que la figure féminine verte qui s’abat depuis le ciel est « le châtiment ». Elle est tout sauf une faible femme !
    Cette femme représenterait donc le châtiment céleste ( elle serait donc envoyée par Dieu) et si on pousse un peu le parallèle biblique, on est dans la configuration de Cain et Abel.
    Cette figure du châtiment pourrait être masculine, d’autant plus que le mot est du genre masculin en français.
    Valloton choisit de peindre une femme avec une robe verte, extrêmement graphique. Cette femme tenaille l’homme avec ses mains. L’image est très violente, d’autant plus que la robe a quelque chose d’un glaive.
    Serait-ce la conscience de l’homme nu ? Tuer quelqu’un n’est pas sans conséquence, à moins d’être un sociopathe.
    Cette femme pourrait aussi représenter celle qui donne la vie ( qui donne les soldats pour la guerre) et qui rappelle douloureusement que de tuer est un crime.
    C’est pour ça que j’aimerais voir les deux autres parties du triptyque, j’imagine que le deuil est l’espérance pourraient aussi avoir des formes féminines.

    Il s’agit d’une allégorie peinte en temps de guerre. Valloton est d’une efficacité visuelle impressionnante.
    Même si nous sommes tentés de voir dans cette image la lutte entre hommes et femmes, avec la concrétisation brutale du statut précaire de l’homme, qui serait à priori en position d’infériorité, je ne suis pas sûre qu’on soit totalement juste envers Valloton.

    Est-ce que quelqu'un saurait trouver "Le Deuil" et "L'Espérance" ?

  • "Un crime a été commis. L’homme nu a tué un autre homme."
    "Explication" très terre à terre qui n'a rien à voir avec une allégorie. Et qui évacue la portée symbolique de l'oeuvre au profit d'un fait divers sordide. Pour rappel, dans une guerre il est légal de tuer un ennemi.

  • Calendula, Je n'ai trouvé qu'une photo du triptyque complet.
    C'est sur une page google, en cherchant Andres Pardey Vallotton, ou en cliquant sur ce lien:
    ¨
    https://www.google.com/search?q=Andres+Pardey+vallotton&client=firefox-b-d&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=2ahUKEwiQ3rW2o6PmAhXHZVAKHb0-CVsQ_AUoAXoECAsQAw&biw=1764&bih=1180#imgrc=EYSpVnexL7Th1M:

    Les deux autres tableaux représentent des femmes. Le visuel est différent mais l'assemblage des trois a du sens.

  • Calendula, c'est un peu difficile à trouver. J'ai fait une capture de l'image et l'ai ajoutée en fin de mon billet.
    J'espère que cela ne me vaudra pas d'ennuis avec le photographe, dont je mets le lien, mais votre question mérite une réponse.

  • @hommelibre,

    Merci ! Je l'ai trouvé.
    C'est logique : le triptyque est exposé au Musée cantonal à Lausanne.

    Je crois bien que la femme de droite ( L'Espoir ?) est la même que celle du châtiment. Même couleur de vêtement et de cheveux, mais elle semble avoir pris de l'embonpoint !
    Elle est symétrique avec le personnage du Deuil, qui est représenté tout enveloppé de tissu flottant noir.

    Je crois que ça a du sens de voir le tout en même temps. A moins qu'on n'ait envie de faire passer un message personnel à l'aide du panneau central.
    C'est légitime, mais ne rend pas forcément l'idée de départ du peintre.

  • Il y a une multitude de sens ou il n y en a peut-être même pas, c' est même ça qui est beau ! Au fond ce qui compte, c' est de s'interroger.

  • Elle porte un enfant dans les bras dans le Deuil. Ses bras sont toujours cachés sauf dans le Crime châtié.

  • Calendula, je suis du même avis: c'est mieux de voir les trois en même temps. Il y a une évolution dans le thème comme dans le visuel (couleurs, éclairage, etc).

  • Frieda, c'est possible en effet: le regard est dirigé comme celui d'une mère qui observe son enfant, et il semble bien qu'elle tienne une forme enveloppée dans les bras.

    Mais je ne suis pas sûr à 100%.

    J'ai agrandi l'image autant que je pouvais. La qualité y perd mais pas complètement. On peut penser en effet qu'elle tient dans les bras une forme enveloppée par son propre vêtement. Mais quand-même pas sûr.

    Détail: en agrandi, la couleur du visage apparaît apparaît bien en vert. Ses cheveux sont couverts en signe de deuil, alors que dans L'espérance ses cheveux sont déliés.

    Les symboles sont simples et forts.

  • Je lui trouve une dimension plus spirituelle que seulement la dénonciation de la guerre, notamment dans le fait que ce soit un tryptique et aussi le Deuil qui me fait penser à une image pieuse, Marie ne tient plus dans ses bras la vie, mais la mort, en annonciation de la mort de l'humanité (dû à la guerre et aux atrocités), l'homme nu serait alors le représentant de l'humanité, en proie à la justice divine, ou bien je suis un peu dubitative la dessus, à cause des bras nus, ça pourrait aussi vouloir signifier que l' être humain s' inflige le châtiment de la guerre à lui-même en accusant dieu, après ça vaut ce que ça vaut, c'est une parmi d'autres, je ne prétends pas détenir l'interprétation la plus juste. Mais bon, y voir de la lutte féministe me semble un peu tirée des cheveux. Ce n' est pas très glorieux, même si rien ne l' interdit en soi.

  • Que de délires ! L'explication de Daniel est évidemment la seule valable, parce qu'elle est dans le contexte. La Justice est toujours représentée par une femme aux yeux bandés. Ce qui est intéressant, c'est à quel point nos contemporains sont déconnectés des réalités passées et pensent ou disent n'importe quoi. La Suisse est la Grande Coupable de la Shoah, comme le pensent les jeunes Allemands...
    L'inculture, la méconnaissance, le mépris de la culture et de la connaissance règnent en maîtres dans ce monde-ci. Et même ceux qui pensent être clairvoyants disent d'énormes conneries. Nous savons tous que Daniel, qui a parfaitement bien vu ce coup-là, pense que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune. Ce qui est d'une stupidité abyssale. Il aurait fallu faire assassiner des millions de gens pour cacher cette mystification, et des millions d'autres qui auraient assassiné les millions précédents. Il n'y aurait en Amérique plus que le potus de vivant et tout le monde saurait pourquoi. Donc raté...
    Difficile d'avoir raison, n'est-il pas ?

  • Vous vous avez fait un travail remarquable pour dénoncer la facilité à laquelle succombent nos contemporains (l'occurrence une femme, Anne Cendre), facilité qui consiste à faire de l'analyse idéologique ou psychologique hors de tout contexte, pourvu que cela soit en unisson avec l'idéologie du temps.
    Quand aux interprétations "sauvages" de tableaux, je peux en évoquer une, publiée dans la revu scientifique "New Scientist" il y quelques années: dans le "Retour de la chasse", le commentateur arguait de l'échec de celle-ci en pointant la démarche des chiens, tête baissée et cou tendu vers le sol. Or, c'est exactement ainsi que marchent les lévriers, quelle que soit leur humeur.

  • “Les coins inférieurs gauche et droit du tableau donnent deux indices invalidant la thèse féministe. D’une part une épée, attribut du guerrier nu antique, et d’autre part les pieds d’une personne visiblement allongée, peut-être morte, peut-être tuée par le guerrier terrassé.“

    Les pieds, dans le coin inférieur droit, semblent être ceux d'une femme. Peut-être, d'ailleurs, ceux de la femme en vert, revenue de l'au-delà pour réparer une injustice, pour “reprendre pied“.

    Je ne vois pas que l'on puisse exclure l'interprétation selon laquelle le crime que châtie la femme en vert serait celui “celui de tous les hommes dont toutes les femmes seraient victimes parce que femmes“.

    Cette interprétation et celle soutenue par Daniel (et approuvée par Géo) ne s'excluent d'ailleurs nullement. Le peintre a très bien pu investir son tableau de plusieurs significations, réunir plusieurs messages en une même image.

  • Mario, l'interprétation ne peut suivre votre subjectivité, votre bon plaisir ou votre fantaisie. Il y a assez d'éléments robustes qui lient clairement ce triptyque à la guerre. Votre imagination sur les pieds ne tient sur rien du tout.

  • S'agissant d'oeuvres d'art, il n'est pas rare que derrière un sens évident se cache un sens second, en quelque sorte sous-jacent, plus ou moins dissimulé/révélé, plus ou moins inavoué/avoué, plus ou moins inconscient/conscient.

    Dans le premier tableau, Le deuil, le corps de la femme - si l'on excepte une portion du visage - est entièrement recouvert de tissu. Impossible de savoir, par exemple, ce qu'il en est de ses pieds.

    Dans le deuxième tableau, Le crime châtié, la chevelure (nota bene: soigneusement retenue, conformément aux convenances) et les bras sont découverts. Par contre les jambes ne sont que suggérées, dissimulées qu'elles sont par le tissu. À l'endroit où se trouvent normalement les pieds, le vêtement se gonfle et flotte. Malgré cela, le tableau ne laisse rien apercevoir des membres inférieurs.

    Le troisième tableau, L'espérance, est un portrait en pied. La femme y est représentée le visage entièrement découvert et la chevelure flottant au vent. Un détail toutefois intrigue: tout en bas, cette fois dans le coin inférieur gauche - exactement dans le prolongement des pieds peints dans le coin inférieur droit du deuxième tableau, ce qui ne saurait être le fruit du hasard -, apparaît, couleur chair, dépassant de l'ourlet, ce qui ne peut être que le bas d'une jambe, mais sans pied, comme si celui-ci avait été volontairement coupé par... l'artiste.

  • Pourriez-vous agrandir davantage l'image? Votre description est erronée.
    Moi je vois bien deux pieds, avec les orteils, dans le prolongement de ce qui doit être les jambes, et le vêtement tombe juste sur le cou-de-pied..

    Donc pas de lien mystérieux avec les pieds du tableau central.

    Ou alors, à la rigueur, les pieds illustrent de manière secondaire le passage de la mort à la vie. Mais vu la sobriété des trois tableaux, je doute de cette hypothèse, qui serait redondante avec l'intention générale du troisième tableau, et serait un signal très affaibli par rapport à l'ensemble de ce tableau..

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