Réchauffement (4-1) : que sera notre climat en 2100 ?

Juin 2003: le quotidien Le Temps rend compte des simulations du climatologue Martin Beniston. Selon lui: « … à la fin du XXIe siècle, la Suisse aura le climat de la Provence, tandis que celle-ci subira le climat aride actuel du sud de l’Espagne. »

 

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceProspérité

L’article met dans l’ambiance:

« Nos arrière-petits-enfants iront se balader dans les garrigues du Moléson, enivrés par le parfum du thym et des pins, tandis que, sous un soleil implacable, les cigales feront bruisser l’air brûlant. »

Selon M. Beniston la limite climatique pourrait remonter de 400 à 500 km vers le nord. Soit la latitude approximative du 46e parallèle et la région Bourgogne-Franche-Comté-Plateau suisse, jusqu’en Europe centrale.

Pour mémoire, l’emplacement de Genève était recouvert par le glacier du Rhône il y a 25’000 ans (image 1, clic pour agrandir). Selon ce Guide publié par la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, les précédents réchauffements du climat depuis 10’000 ans ont modifié positivement l’environnement:

« Le réchauffement climatique, qui débute vers 8500 ans avant notre ère, conduit à une évolution importante du paysage. La couverture arboréenne clairsemée fait place à une forêt dense, dans laquelle dominent les feuillus, par exemple le chêne, le noisetier, l’orme et le tilleul. Les espèces animales froides sont remplacées par une faune forestière, plus adaptée à ce nouvel environnement. »

Nouvelle montée des températures vers l’an 7000 avant le présent:

« Un optimum climatique survient vers 5000 ans avant J.-C., la température moyenne de nos régions est supérieure à l’actuelle. Des premières communautés paysannes issues de la Méditerranée s’installent sur le plateau suisse et dans le Valais, apportant avec elles l’agriculture et l’élevage apparus quelques 3000 ans plus tôt au Proche-Orient. »

Le passé nous confirme encore ceci: le réchauffement c’est la prospérité, le refroidissement c’est la disette.

 

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceAu sud

« De 1350 à 1850 environ, la température moyenne chute de manière considérable sur l’ensemble de l’Europe, on nomme cette période le «Petit âge glaciaire». La famine s’installe dans plusieurs régions de moyenne montagne. Ce refroidissement de longue durée contraste avec la période plus chaude qui l’a précédée autour de l’an 1000, qualifiée d’optimum climatique médiéval. »

Revenons au présent pour tenter d’en déduire un futur éventuel. Sur la période 1982-2012, températures et pluviosité moyennes annuelles à Genève sont respectivement de 10,3° et 934 mm (source climate-data.org).

Cherchons quelles villes illustrent aujourd’hui le climat que nous pourrions connaître dans 80 ans. Selon le climatologue cité plus haut il faut chercher entre 400 et 500 km au sud. Cela correspond en effet, logiquement, à la remontée depuis le sud de la ligne climatique qu’il annonce. Soit la côte méditerranéenne.

La candidate  idéale devrait être située au sud entre Gênes et Perpignan. Les villes suivantes sont distantes de moins de 500 km à vol d’oiseau et dans un axe de courant atmosphérique sud-nord. Ce sont des villes de taille moyenne ou grande, créneau qui convient à la taille de Genève. Une différence majeure cependant: elles sont en bord de mer. Les épisodes méditerranéens, par exemple, ne pourront pas remonter jusqu’à nos portes.

Comparons les températures et les précipitations moyennes de Genève à celles de cinq villes.

À Marseille (328 km): 14,2° et 588 mm. À Nîmes, 13,8° et 731 mm. À Perpignan (467 km): 15,4° et 586 mm. À Nice (292 km): 14,8° et 811 mm. À Gênes: 14,7° et 1086 mm.

 

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceIncertitudes

Problème: ces villes ont une moyenne annuelle supérieure de 4° à 5° à celles de Genève. Cela ne colle pas avec les 1,5° à 2° (selon le point de départ), ni avec la montée très ralentie (voire nulle ou négative) des températures globales entre 2000 et 2015.

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceDe plus ces villes ont une pluviosité nettement plus faible que Genève (sauf Gênes dont la situation favorise les fortes précipitations). Les étés sont habituellement presque secs. Pas à Genève. Car si même l’influence du climat méditerranéen vient à remonter vers Rhône-Alpes et la Suisse, celle-ci restera sous une forte influence de vents d’ouest humides, et d’incursions continentales ou polaires.

Divers facteurs conditionnent cela, dont la géographie, les jet stream, la position des hautes et basses pressions semi-permanentes sur l’Atlantique.

Ces villes entre 400 et 500 km de Genève ne sont donc pas de bonnes candidates. Je cherche une ville dont la température annuelle moyenne soit aujourd’hui de 1,5° au-dessus de la nôtre.

Ce faisant je suggère qu’entre 2019 et 2100, soit en 80 ans, la moyenne globale aura augmenté d’autant. C’est incertain au vu de l’évolution des relevés et du 0,8° de réchauffement global depuis le début du XXe siècle (ce chiffre varie selon les régions). Cela pourrait être moins.

Je cherche alors une ville dans un rayon plus petit, soit 250 km. J’écarte l’Italie à cause de la barrière des Alpes, alors que la vallée du Rhône est un couloir météorologique plus direct.

 

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceValence

J’écarte Lyon. Très grande ville, son îlot de chaleur est trop marqué, et sa position est au coeur d'un effet de plaine qui se poursuit jusqu'en Alsace et réduit le brassage d’air que provoquent les reliefs plus à l’est et au sud. D’ailleurs les moyennes annuelles sont bien plus élevées qu’à Genève malgré la relative proximité: 16,7° de température et 1348 mm de précipitations.

J’écarte Grenoble, qui au contraire est entourée de trop de montagnes proches: en été un effet cuvette plus concentré que celui de Genève accumule la chaleur. De plus la moyenne annuelle est de 11,2, soit seulement 0,9° de plus.

Saint-Étienne est une bonne candidate en nombre d’habitants et altitude, mais l’influence du Massif central en fait une ville plus fraîche que Genève. Je l’écarte, de mêne que Clermont-Ferrand, plus à l’ouest, pour les mêmes raisons.

Montélimar et Valence peuvent être des modèles. Je choisis Valence.

Bien que plus petite (donc moins d’effet d’îlot de chaleur) avec ses 62’000 habitants (180’000 sur l'aire urbaine), et d’altitude plus basse que Genève et la Suisse, elle est située assez idéalement sur la route du réchauffement. Le mistral y est cependant plus fréquent et plus rugueux que la bise sur le plateau suisse. Autre différence de taille: l’absence de lac. Mais je pense que les grands changements climatiques engloberont les incidences topographiques locales ou régionales.

Valence est à la limite nord de l’influence méditerranéenne (image 2), avec encore une influence océanique. La plaine de Valence est de dimensions assez comparables à la région Genève-France (image 3 et 4), et entourées de montagnes.

Sa pluviométrie est assez régulière comme à Genève mais sensiblement moins abondante avec 798 mm par année en moyenne, soit près de 15% en moins.

 

réchauffement,climat,geneve,suisse,provenceVégétation

Si la pluviométrie en Suisse diminuait de 15 % en 80 ans ce serait en flagrante contradiction avec la théorie carbocentriste, selon laquelle l’humidité (et donc les pluies) augmente de 7% pour chaque degré supplémentaire.

Côté température à Valence, sa moyenne annuelle de 12,8° est supérieure de 1,5° à celle de Genève. Comme la Suisse et alentour d’ici 2100, peut-être.

En juillet la moyenne est respectivement de 20,6° contre 19,7°. La moyenne des maximales est de 28,6° contre 25,8° à Genève. Cette dernière est plus élevée de 3° à Valence. L’été y est donc plus chaud. La moyenne de janvier est de 1,1° à Genève et de 4,9° à Valence. Des hivers plus doux font consommer moins d’huiles de chauffage.

À Valence la végétation montre les premiers signes, encore discrets, de l’influence méditerranéenne. Le pin d’Alep, espèce expansionniste, y est présent. Mais à la vitesse de progression d’une forêt il se passera un chapelet de générations avant qu’il n’arrive éventuellement.

 

Suite au prochain billet.

 

 

Récapitulatif:

chapitre 1, sécheresses et canicules

chapitre 2, ouragans, glaciers, précipitations

chapitre 3, les températures

 

 

Catégories : Environnement-Climat 3 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "mais l’influence du Massif central en fait une ville plus fraîche que Genève. Je l’écarte, de mêne que Clermont-Ferrand, plus à l’ouest, pour les mêmes raisons."
    C'est hélas faux. Clermont-Ferrand a connu des records de chaleur cet été, plus chaude que toutes les autres villes de France.
    Je suis un grand spécialiste de l'Auvergne et du Puy-de-Dôme en particulier. Un amoureux du St-Nectaire, du jambon de par là-bas, des Salers, du Cantal entre-deux et je connais les meilleurs coins à champignons. L'Auvergne, c'est la Suisse en mieux. La Suisse d'il y a cinquante ans...
    Michelin et St-Nectaire, comme Nestlé et gruyère, mais sans l'arrogance suissarde...
    On ne me la fait pas...

  • Records de chaleur: cet été peut-être, mais pas en moyenne annuelle sur 1979-2009,

    https://fr.climate-data.org/europe/france/auvergne/clermont-ferrand-336/

  • Ouais, et en cela vous alimentez les réchauffistes, qui font feu de tout bois...
    Il en est du réchauffisme comme du féminisme. Comme tout le monde, je ne peux que constater qu'une année après l'autre, les températures dépassent fréquemment les moyennes saisonnières. Le blème, c'est que certains en ont fait une idéologie, anti-capitaliste évidemment - nous, l'avant -garde du prolétariat, nous allons vous concocter un système juste qui évitera les grandes pollutions, c'est la version 2.0 de Karl M. Il faut lutter contre cette secte néo-marxiste, dont Greta Thunberg est l'idole. Mais il faudrait aussi voir les avantages d'une remise en question de l'énergie dépendante des HC. Vous aimez le fascisme islamo-arabe ? Pas moi...
    Idem sur le féminisme. Le féminisme actuel, sous domination des théoriciennes lesbiennes qui haïssent tout ce qui est masculin est parfaitement inacceptable. Mais le fait que les femmes reprennent leurs droits (Euskadi TA ASKATASUNA !) est très positif. Vous avez raison de dénoncer les excès du féminisme tendance facho lesbien, mais les femmes ont raison de vouloir progresser dans leurs droits. Il faut juste éviter qu'elles nous écrasent...

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