Balance ta basse-cour : un dommage collatéral

Le mot-dièse #balancetonporc s’est donc retourné contre son autrice. La justice a rappelé que les militantes sont soumises aux mêmes lois que les gens normaux. Sandra Muller a tenté l’esquive à l’annonce de cette condamnation. Elle n’a pas commenté le jugement qui lui donne tort.

 

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Elle s’est ensuite posée en représentante de la parole des femmes, auxquelles on envoie selon elles un message négatif: « Taisez-vous! ».

Or il ne s’agit pas ici des femmes mais d’une femme dont la parole a constitué un délit grave: une diffamation aux conséquences extrêmes.

Au fait, quel est le bilan de #balancetonporc, créé en 2017? Les délations nominatives ont été rares. 292’946 personnes ont twitté le mot-dièse près d’un million de fois en tout. Sur ces personnes une signataire sur deux n’est pas une femme: 47% sont des hommes, dont on ne sait s’ils soutiennent ou critiquent la méthode.

Je ne défends pas automatiquement les hommes et je ne doute pas systématiquement des faits énoncés dans certains témoignages, dont beaucoup sortent largement du cadre de harcèlement au travail, mais je regrette l’absence d’une possibilité de vérification.

Je pense que, comme pour les délits commis par des femmes, on doit se garder d’interprétations trop rapides. Les situations de ce type ne sont pas toutes identiques ni évidentes à qualifier. Les relations femmes-hommes sont un sujet complexe, imprégné d’injonctions contradictoires en matière amoureuse.

Entre une spontanéité déplacée ou une lecture erronée des signaux d’une part, des mots lourdingues et parfois crispants d’autre part, ou encore une volonté de s’en prendre à l’autre, de manière répétée, contre sa volonté ou contre la bienséance, en d’autres termes entre le faux-pas idiot et l’agression sexuelle qui suppose contrainte, l’éventail est large.

 

 

balancetonporc,sandra muller,eric brion,harcèlement,grague,sexualitéPogrom

Et ma foi, autant on doit entendre le ressenti de nombre de femmes, autant il faut faire une place à la masculinité sans stigmatiser par principe tous les comportements associés. Un homme n’est pas un porc parce qu’à un moment il passe une limite, pas plus qu’une femme qui drague activement n’est une truie, une dinde ou une salope.

Donc en cas d’incident, homme ou femme, on doit réagir rapidement, mettre une distance claire et exprimer notre désaccord en gestes et en mots. Des excuses en situation et face à la personne permettent souvent de repartir d’un bon pied.

Mais à cause de l’anonymat de #balancetonporc, il est impossible de vérifier les propos et trier le vrai du faux, la provocation de l’agression. Le mieux est donc bien de parler immédiatement, entre les personnes concernées afin de reposer un cadre et dissiper les désagréments.

C’est aussi le meilleur moyen pour la personne qui se sent offensée d’exprimer son ressenti et d’être entendue. Une dénonciation publique n’a pas de valeur pédagogique permettant une meilleure compréhension mutuelle. Ce qui devrait pourtant être le but car on n’est pas « sage » à 20 ou 30 ans. Si l’on cherche des saints, il mieux vaut lire la bible que regarder par sa fenêtre.

De plus la dénonciation anonyme rappelle de sinistres mémoires, l’affaire Dreyfus par exemple. Les raisons et le contexte de la curée sont différents mais l’esprit est le même et la méthode digne d’anciens pogroms.

 

 

balancetonporc,sandra muller,eric brion,harcèlement,grague,sexualitéDommage collatéral

Ce ne sont pas les méthodes d’un « nouveau monde inclusif ». C’est un régime de terreur. Madame Muller semble s’inscrire dans la guerre des sexe:

« Dans une interview accordée au journal Libération, Sandra Muller évoquera le risque de « dommage collatéral ». « Je ne suis pas un dommage collatéral, je suis une frappe chirurgicale de Sandra Muller », a estimé le plaignant. »

Dommage collatéral? Le propos de l’auteuse du tweet diffamatoire est glaçant de violence polie et d’absence d’empathie.

J’entends bien que des femmes ont à se plaindre des hommes. L’inverse est tout aussi vrai, mais les hommes judiciarisent peu leurs déboires et rechignent à se percevoir en victimes. Je recommande cependant aux hommes de développer davantage de réserve, si ce n’est déjà fait, à cause de la dissymétrie des positions et des relations.

De son côté la victime de cette diffamation, Éric Brion, déclare au Point:

« J’ai discuté avec beaucoup d’amies, notamment des féministes, depuis deux ans ; je peux essayer de comprendre le ressenti de Sandra Muller. Mais, au fond, cette colère qu’elle a lancée contre moi, je ne peux pas en être la cause. La cause est ailleurs. (…)

 

 

balancetonporc,sandra muller,eric brion,harcèlement,grague,sexualitéRenversement et introspection

J’ai essayé de comprendre pourquoi, à cause d’une goujaterie, on avait envie de tuer quelqu’un… Cette notion de « meurtre social » est intéressante. Mais je ne veux pas payer pour la souffrance globale de Sandra Muller. J’ai eu l’impression qu’on m’utilisait pour régler d’autres comptes. Toute cette histoire était fondée sur du sable ! »

Par ailleurs la féministe évolutionniste Peggy Sastre déclarait dans Le Point en 2018:

« Je ne vois pas quels peuvent être les apports « civilisationnels » d’une essentialisation des femmes en pauvres petites marionnettes du bon vouloir des hommes, tellement privées d’agentivité qu’elles ne savent toujours pas, quinze ou trente ans plus tard, si elles ont réellement « consenti » à un contact sexuel.

Une illustration de ce renversement est très criante chez Monica Lewinsky. Au moment de l’affaire Clinton, elle s’était dite parfaitement consentante et amoureuse, au moment de #MeToo, elle a fait le tour des télés, un Kleenex à portée de main, pour dénoncer l’atroce abus de pouvoir dont elle a été victime et sans lequel elle ne se serait jamais mis de cigare dans le vagin. »

Ce mouvement a provoqué une introspection chez certains hommes et c’est plutôt un bien. Il ne s’agit néanmoins pas de pousser les hommes à s’autoflageller ni à adopter les thèses victimaires féministes, mais de s’examiner plus attentivement après avoir entendu cette clameur que beaucoup, de bonne foi, n’imaginaient pas.

 

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Catégories : Féminisme, société 0 commentaire Lien permanent

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