La chute de Mélenchon : Le Pen en force tranquille

Trop c’est trop. Trop d’excès de langage et de comportement. Le tribun populiste, dont la marque de fabrique semble être la crise permanente, chute dans l’opinion. Le socle contestataire qu’il a alimenté de sa personnalité colérique et autoritaire s’effrite sous l’effet de ses propres rodomontades.

 

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Il était déjà difficile de lui accorder l’humanité qu’il revendique en creux derrière ses colères: ses violentes agressions verbales avaient construit une légende sombre autour du personnage. La séquence quasi hystérique lors de la perquisition au siège de son parti, pour quoi il vient d’être condamné cette semaine, était la goutte en trop.

Il y a quelques jours il parlait de procès politique et ne craignait pas le ridicule en annonçant risquer 10 ans de prison (en réalité 3 mois avec sursis). Il jouait massivement la victime expiatoire – et publiait un livre en même temps.

Ce procès mérité et qu’il dénonce pourtant devrait le servir plus que lui nuire. Il espère raffermir son leadership sur une gauche qu’il a contribué à diviser et casser. Mais l’image du leader charismatique au ton de justicier cède peu à peu la place à celle de l’homme agressif, qui ne tient pas ses nerfs, et surtout qui n’agit que par et pour lui.

Sa personne n’est plus symbole d’une révolte ancrée dans la culture française, dont il se voyait l’héritier. Elle n’est plus représentative que de lui-même, clownesque, nu et caractériel, embourbé dans un égocentrisme mal maîtrisé.

Peut-il encore une fois rebondir? Je crains que ses anciens alliés, trop piétinés par un JLM autoritaire et incapable de dialoguer, ne le lâchent à la défaveur des sondages qui chroniquent sa chute.

Avec La France Insoumise il joue à gauche une partition compatible avec celle du Rassemblement National à droite. La critique du système, des élites, de la mondialisation, présente dans les deux programmes, facilite une porosité des électorats.

Le recul de Mélenchon et par contre-coup de LFI, incitera-t-il des électeurs à se tourner vers le RN de Marine Le Pen?

 

 

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Une telle dynamique me semble possible, bien que rendue toujours difficile par l’image négative du RN dans une partie de l’opinion. L’ombre du père plane encore sur ses oeuvres. Pourtant le RN n’est pas un parti fasciste, pas plus que LFI n’est bolchévique ou le PCF stalinien (il l’a été, il a changé).

Marine Le Pen travaille sur l’image de son parti, mieux qu’avant il me semble. Elle paraît moins crispée, moins en posture d’opposante éternellement victime. Elle se pose moins en petite mère du peuple souffrant et davantage en recours politique apaisé et crédible.

Je suis sensible à la notion de souveraineté. Pour autant le parti de MLP me paraît donner plus d’importance à la défense de cette souveraineté qu’à la régulation des échanges internationaux indispensables. Or le marché européen reste attractif pour beaucoup. La part des choses n’est pas simple à faire entre la Nation, bien vue des français, et le nationalisme qui reste entaché par les horreurs de l’Histoire.

Le RN est également centralisateur, ce qui n’est pas ma tasse de thé.

À vrai dire, si je suis attaché philosophiquement au libéralisme et à un certain degré de souveraineté, je ne trouve pas dans les mouvements politiques de droite actuels de discours modernisé et dépoussiéré.

Malgré les obstacles politiques encore importants, malgré l’effet repoussoir du parti dans l’opinion, le RN est fort en voix (cf européennes). La chute de Mélenchon pourrait, par la porosité des électorats, faciliter l’accession éventuelle de Marine Le Pen en 2022 ou 2027, ou de sa redoutable nièce Marion Maréchal en 2032.

Rien n’est certain. Le déficit d’image positive du RN peut être rédhibitoire. Mais s’il gagnait? Il n’est plus un étranger, un alien. Les thèmes politiques du parti sont aujourd’hui assez largement débattus dans les autres formations: régulation de l’immigration, préférence nationale quand c’est possible, entre autres.

 

 

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Ce discours se banalise. C’est normal et c’est bien. Mieux vaut parler publiquement et argumenter que laisser gonfler dans le silence, en marge du monde, dans un ghetto moral, un ouragan de colère dont le mouvement des Gilets jaunes peut être considéré comme un symptôme.

Il faut en finir avec l’amalgame Nation-nazisme. Nation et souveraineté ne sont pas encore sortis de l’Histoire. Un certain degré de souveraineté nationale n’est ni du racisme ni de l’égoïsme. Cet amalgame produit un blocage intellectuel et empêche de prendre en compte des aspirations légitimes, comme la régulation des mouvements de populations.

Pourtant cela ne signifie pas que le Rassemblement National soit à la hauteur de l’enjeu. La Marine s’est trop longtemps cantonnée dans un statut victimaire pour dégager une aura de chef d’État. Je n’oublie pas la prestation, dramatique d’insignifiance, accompagnée d’une attitude détestable, qu’elle a produite face à Emmanuel Macron en 2017.

Reste à savoir si le RN est aujourd’hui devenu fréquentable.

Mais pourquoi le serait-il moins que La France Insoumise de Merluche ou le groupuscule de Hamon Grandes Oreilles? On peut aujourd’hui considérer que l’ancienne filiation du RN avec des groupes réellement d’extrême-droite s’est effilochée et éteinte avec le temps, de même que le parti communiste ne fait plus référence à la dictature du prolétariat.

On peut admettre sans fausse pudeur que gérer les flux migratoires n’est pas de la xénophobie ni du racisme. C’est un devoir régalien de tout État organisé.

On remarque également que le RN n’a produit aucun concept pouvant porter atteinte à notre démocratie: pas de thèse raciste, pas de nationalisme agressif, pas de projet démesuré à la gloire du parti ou de son chef, pas de groupes paramilitaires organisés à son service.

 

 

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On constate enfin qu’aujourd’hui la violence politique ne vient plus des groupuscules d’extrême-droite que la France a connus, comme l’OAS. Elle est aujourd’hui, peut-être exclusivement, le fait de l’extrême-gauche: black blocs, antifas, activistes climatiques, racialistes, végan, etc.

Il reste que le parti dirigé par la Marine est centralisateur et moins libéral que Les Répub’s. Personnellement ça me dérange. Dans le segment de la souveraineté je préfère Dupont-Aignan, ou même un De Villiers dont j’ai découvert récemment qu’il n’est pas l’idiot fini que je croyais.

Mais je n’adhère totalement à rien ni personne. D’ailleurs, je ne saurais soutenir un projet politique sans en même temps exprimer des réserves sur tel ou tel aspect. L’odeur de naphtaline d’une certaine droite me prend au nez.

D’autre part le RN s’est ancré. Il a fidélisé un électorat et l’élargit. À force sa dangerosité supputée s’estompe. Il représente de plus en plus un recours possible. Une sorte de prime à l’endurance, peut-être?

Mélenchon en crise montre les limites du victimisme et de l’hystérie en politique. Malgré lui il prend le mauvais rôle. Par contraste Marine Le Pen, dont le victimisme est aussi le fond de commerce, peut la jouer plus en douceur, plus « apaisée ».

Un terme qui participe au nouveau slogan du parti: La France apaisée. Ce slogan est pourtant prématuré pour qualifier son parti. Mais l’image de MLP qui l’accompagne est forte. Certainement sa meilleure image depuis longtemps. Regard légèrement vers le ciel comme cherchant un peu d’espoir; posture familière, non frontale et non agressive; paysage rural au fond pour symboliser la France: c’est bien vu.

Reste à savoir si la Marine dispose de la dimension personnelle intérieure qui lui permettrait de surplomber les débats et de susciter une adhésion large. Elle ne l’avait pas en 2017.

 

 

 

Catégories : Politique 5 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Un certain degré de souveraineté nationale n’est ni du racisme ni de l’égoïsme."
    Si vous sortez de l'Europe (et encore, de l'Europe "avancée") vous constatez que presque partout les gens, en dehors de quelques révolutionnaires internationalistes, et encore, sont très attachés à leur pays et l'expriment par ce qui chez nous serait considéré comme du nationalisme.
    Mais, une fois de plus, nous avons le devoir, nous autres européens très "civilisés", de donner l'exemple à tous les autres, notamment à n0s anciens colonisés, pour leur propre bien cela va de soi, quitte à nous suicider si c'est nécessaire.

  • @Mère-Grand

    Pas d'accord pour me suicider, enfin pas tout de suite...

  • Gislebert, je pense que Mère-Grand faisait dans la raillerie sur le dos des bobos. ;-)

  • Merluche, c'est terminé, Il s'est débarassé de tous ceux qui auraient pû éventuellement le soutenir aujourd'hui (Kuzmanovic et Cocq). Il aurait pû éventuellement rallier les ouvriers du RN au moment du second tour puisque la Marine a été catastrophique, mais non... Clementine Autin ne rêve que de le remplacer pour courir faire une alliance avec Hamon. Obono et ses délires anti-blanc a infiltré plusieurs universités.

  • Je resterai en vie ... pour quelque temps encore ;-)

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