Amazonie : les acteurs du problème, la responsabilité de Bolsonaro

Voici quelques extraits d’un rapport détaillé sur la déforestation en Amazonie. Il est écrit par François-Michel Le Tourneau, géographe français, directeur de recherches au CNRS, et spécialisé dans les territoires peu peuplés – en particulier l’Amazonie.

 

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Il aborde la déforestation sous plusieurs angles: économique, social, environnemental, migratoire. Il commence par un rappel historique:

« Le déboisement est un processus ancien en Amazonie, corrélé à la présence humaine depuis les origines de celle-ci, puisque toute activité agricole implique l’ouverture, au moins temporaire, de la couverture forestière. Denevan (1992) et Barlow et al. (2012) notent que la présence de très vastes étendues de terres noires – dont l’origine est sans aucun doute anthropique - , implique qu’ont existé en Amazonie des concentrations humaines plus élevées que celles des populations amérindiennes contemporaines, et que celles-ci disposaient de systèmes agricoles relativement pérennes. »

Le déboisement plus massif dont on parle aujourd’hui

« … est très récent, datant, pour la plupart des régions, des années 1970 ». Ses inconvénients sont « … le remplacement non plus temporaire mais définitif (ou au moins à long terme) de la couverture forestière, l’abandon du système de rotation à long terme (10 ou 20 ans) qui permettait l’établissement de forêts secondaires denses et diversifiées et l’échelle du phénomène ».

 

 

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Si le président Jair Bolsonaro n’est pas responsable de l’ensemble du processus de déboisement, s’il ne souscrit pas à la théorie du réchauffement purement anthropique et de la dangerosité supposée du réchauffement, il doit cependant se saisir de la gestion des terres. C’est un objet d’intérêt national et trans-partisan.

Le rapport liste et commente ensuite les utilisations des terres déboisées. Pâturage et agriculture occupent 482’085 km2 sur un total déboisé de 707’017 km2. L’image 2 synthétise la question.

Dans les cause et acteurs de déboisement il désigne d’abord la propriété de la terre. La loi sur les terres « … permet en effet à tout citoyen de demander la propriété de terres publiques non affectées s’il y réside et les met en valeur. Or la déforestation est l’une des manières les plus claires de démontrer une « mise en valeur ». »

La spéculation foncière qui s’en suit fait qu’un terrain « … vaudra toujours beaucoup plus une fois déforesté, si bien que le propriétaire, grand ou petit, peut à la fois tirer un profit immédiat de la vente du bois, puis à court terme avec l’implantation d’un élevage bovin extensif et à moyen terme en revendant les terrains convertis en pâturages à un prix bien supérieur au prix d’achat (ou aux investissements dans le cas de terres publiques appropriées). »

 

 

amazonie,foret,feux,incendies,causes,développement,bolsonaroMigrations

Le rapport aborde ensuite l’élevage du boeuf, dominant dans la région d’Amazonie. Les grandes cultures agricoles mécanisées convertissent également de grande surface boisées en terres agricoles.

Enfin le rapport aborde la question des migrations intérieures:

« En dehors des grands chantiers, une partie de la déforestation en Amazonie a été due à des déplacements spontanés ou suscités de population en provenance d’autres régions du pays. Cette migration demeure importante puisqu’entre 2000 et 2010 près de 1,8 millions de personnes se sont installées dans les états amazoniens, contre 1,5 millions de 1990 à 2000. La migration externe de paysans à la recherche de terres reste donc sans doute un moteur du déboisement. »

On ne peut que constater la complexité de la question, et les multiples causes de la déforestation. Ce mouvement dure depuis au moins 50 ans et n’a pas de raison de cesser rapidement. Qu’on le veuille ou non cela fait partie, actuellement, du développement économique du Brésil. Et il y a, comme souvent, les bons et les mauvais côtés de toute entreprise humaine.

Les mauvais côtés, comme les conséquences écologiques mentionnées plus haut, peuvent-ils être transformés par une bonne gestion des sols et de la forêt? Pourquoi pas? Certes le cycle actuel de l’eau sera modifié par une diminution de la surface forestière. Cela peut influer sur une vaste région. Il vaut mieux anticiper qu’attendre.

 

 

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C’est pourquoi le gouvernement de Jair Bolsonaro doit s’en occuper, au nom même de la souveraineté qu’il soutient, et hors de toute idéologie apocalyptique. L’écologie est conservatrice et s’inscrit naturellement dans une pensée qui valorise une certaine forme de souveraineté locale ou régionale. Une bonne gestion du développement du pays implique une gestion de la forêt rationnelle et raisonnable à long terme, en accord avec les populations de la forêt qui ont également droit à une place pour vivre.

Aujourd’hui certains accusent massivement le président Bolsonaro. D’autres implorent le ciel en priant pour l’Amazonie. Ils doivent comprendre qu’il ne suffit pas d’admonestations ni de prières, ni de clamer à l’urgence avec de bonnes paroles pleines de contrition. Ces feux représentent 50 ans de la vie d’un immense pays.

À cette aune les accusations contre Bolsonaro, dont on peut accepter l’orientation souverainiste sans partager la totalité du programme ni du personnage, semblent plus politiques que désintéressées.

Et l’on voit à quel point nos médias sont conditionnés par cette mouvance progressiste-néo-colonialiste qui utilise la dramatisation climatique comme cheval de Troie. Elle veut imposer son agenda aux nations. Or on n’améliorera pas ce qui doit l’être sur Terre sans tenir compte des réalités historiques, politiques, économiques, régionales, desdites nations.

Enfin, alors que j’ai apprécié les qualités intellectuelles d’Emmanuel Macron dans l’interview qu’il a accordé à madame Lapix, je ne peux que regretter qu’il ait lui aussi bêlé avec le troupeau. Il a relayé la fake news en affirmant, lui aussi, que l’Amazonie est le poumon de la planète et produit 20% de l’oxygène que nous respirons.

Non: le poumon de la planète ce sont les océans. Ensuite, la plus grande forêt du monde: la taïga en Fédération de Russie. En troisième, la forêt amazonienne.

 

 

PS: les illustrations 2, 3, 4 sont reprises du rapport.

 

 

Catégories : Environnement-Climat 8 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • J'apprécie ce billet tout en nuances qui suggère de prendre du recul et observer la situation dans son ensemble.
    Je relève tout de même l'aberration de la cause première du déboisement évoquée qui provient d'une loi du droit du sol qui doit impérativement être corrigée.

  • Onyx Lorenzoni, directeur de cabinet de Jair Bolsonaro, a suggéré aux pays européens ayant offert au Brésil de participer financièrement à la lutte contre les incendies en Amazonie d'utiliser plutôt ces fonds pour reboiser l'Europe.

    Voilà qui donne à réfléchir. L'Amérique du sud n'aurait pas le droit de déboiser, à l'image de ce qui s'est fait en Europe et ailleurs?
    On peut comprendre les Brésiliens de ne pas apprécier qu'on leur face la leçon en leur disant (en substance): nous, nous l'avons fait mais vous, si vous le faites, c'est très mal.

  • Mario,

    Comparer une forêt tropicale à une forêt tempérée, franchement... Et les Amérindiens qui vivent de et dans la forêt, on les passe par pertes et profits? Comme tout bon colonialiste? C'est vrai, ils ont des bidonvilles très accueillants au Brésil.

    Et pour info les forêts européennes sont en croissance.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/For%C3%AAt_en_Europe

  • Qu'on nous explique pourquoi ces déforestations. Ne serait-ce pas principalement lié à la mondialisation heureuse pour tous?

    Sur wikipedia, voici comment est présentée l'agriculture:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Br%C3%A9sil#Agriculture

    "Le Brésil a aussi fortement augmenté le nombre de champs de canne à sucre, dont la moitié sont consacrés à la production d'éthanol (un « biocarburant ») (en particulier dans la région de Ribeirão Preto et Lençóis Paulista, à 300 km de São Paulo, ou d'Araçatuba). Dans la dernière décennie (2000-2009), sa part dans les exportations mondiales de sucre brut est ainsi passée de 7 % à 62 %. Avec les États-Unis, le Brésil produit à lui seul 70 % de l'éthanol mondial253, dont la plus grande partie (85 %) est consommée sur le marché intérieur."

    Petit rappel sur les raisons de l'élection de Jair Bolsonaro:

    https://www.youtube.com/watch?v=WzxSG0r3Uus

    Les socialistes ont été au pouvoir pendant 16 ans. Difficile d'incriminer Bolsonaro de la déforestation de l'Amazonie.

  • Daniel@ "Et les Amérindiens qui vivent de et dans la forêt, on les passe par pertes et profits?" Comme vous et vos semblables passent par pertes et profits les Suisses de souche. La théorie du Grand Remplacement est une foutaise ? Dans le Canton de Vaud, le Conseil d’État est quasi exclusivement composé de femmes socialistes d'origine espagnole, de parents communistes qui les ont élevées dans la haine de la Suisse. Et donc des Suisses, qu'il convient d'éliminer si ce n'est physiquement, du moins de tous les postes à responsabilité. Dans dix ans, à Lausanne, tous les cadres du secteur public comme privé seront des femmes, d'obédience socialiste et d'origine hispanique...

  • "Comme vous et vos semblables passent par pertes et profits les Suisses de souche."
    ******

    J'ai voté oui le 9 février, j'ai voté oui à écopop, et ceux qui passent la Suisse par pertes et profits, ce sont les 7 nains qui sont au pouvoir.

    Et excusez-moi, mais ceux que vous dites "socialistes" ne sont que des arrivistes sans autre idéologie que la conquête du pouvoir pour satisfaire leur égo. Comparez seulement Torracinta et Amarelle à André Chavanne... La nuit et le jour. Une gestion au jour le jour plutôt catastrophique versus une vision à long terme.

  • 366 hectares de forêts détruits par le Kasakstan afin de permettre à la France d'exploiter un gisement d'uranium ! Là, Macron ne dit rien puisque il a envoyé Le Maire pour finaliser le contrat !!

  • Moi aussi je suis triste chaque fois que l'on mentionne nos socialistes d'aujourd'hui.

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