L’apparition

Le terrain est en bordure d’un espace public, une pelouse, qui le sépare de la route. Un petit passage au bout du terrain fait raccourci entre cette route et des immeubles. En cette fin d’après-midi nous sommes six joueurs. Deux épouses accompagnent leur homme.

 

Une silhouette blanche apparaît depuis la route. Elle s’engage sur la pelouse. Elle approche. C’est une femme. Une très jolie femme. Robe blanche à bretelles qui s’arrête à mi-cuisses, cheveux blonds arrangés en boucles, et lèvres rouge vif sur son visage clair.

Elle semble chercher son chemin. Elle est maintenant à côté du terrain de pétanque. L’une des épouses demande si on peut la renseigner. Elle cherche un numéro. Un numéro pair, soit du côté où nous sommes.

En deux secondes les hommes suspendent la mène, posent leurs boules et vont à sa rencontre.

Et c’est à qui saura capter son attention, attirer son regard et boire la lumière de son visage. Cette étrangère est si familière. L’un dit: C’est en face, là bas, de l’autre côté. Il confirme du doigt. Un deuxième renchérit: Oui, en face! Or nous sommes du côté pair, ce n’est donc pas de l’autre côté.

Je comprends ce qu’elle cherche et lui indique la bonne direction. Mais je peine à me faire entendre: tous les hommes parlent en même temps comme des étourneaux, fascinés par la beauté de la dame. Elle n’est pas troublée, nous remercie et reprend son chemin. Les hommes, en demi-cercle sur le terrain, la regardent partir.

Alors les épouses rient, et nous rions aussi. J’appelle encore la dame blanche et, de loin, lui lance ce compliment: Voilà l’effet d’une jolie femme sur les hommes!

Elle se retourne, nous regarde et sourit. La distance ajoute à son statut temporaire d’apparition. Elle fait un geste de la main et repart sous nos regards attendris, un peu plus brillant que d’habitude.

Ah, les hommes!...

Je pense qu’ils gagneraient à être parfois plus réservés, mais c’est si agréable et friendly quand femmes et hommes s’entendent sans défiance.

 

 

Très schématiquement et vu d’en haut, ça donne à peu près ça:

femme,homme,les hommes

 

 

 

 

 

Catégories : Divers, Humour 22 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • J'ai une amie qui monte souvent au Salève le dimanche. Rdv à 10 h au pied...
    Elle m'a souvent raconté l'effet assez pénible des nouvelles arrivées sur le cheptel des vieux cons sexagénaires. Elle a 20 ans, tous les vieux bavocheurs se ruent vers elle...
    Cela se termine souvent assez mal. Elle a vu une jolie asiatique exploser et enguirlander le vieux con qui ne la lâchait plus. La fille a terminé la course avec elle, encore fumante de rage devant l'insistance baveuse des vieux schnoques.
    Pas sûr de partager votre sympathie pour la concupiscence stupide des débris, qui devraient un peu apprendre à se tenir en société...
    J'ai l'âge de ces débris, et je mourrais de honte de me comporter de cette manière.

  • Mais non, c'était bon enfant et la dame ne s'en est pas trouvée mal. Et ma foi, l'instinct du mâle et la compétition entre eux ne s'éteint pas tout-à-fait avec l'âge...

  • Bon enfant dites-vous, et je vous crois bien sûr. N’empêche que cet "émoustillement" d'hommes plus trop jeunes font rigoler (tout bas) les femmes plus trop jeunes elles non plus; en tout cas moi je ris tant qu'ils ne deviennent pas trop collants et lourds.
    Bon week-end John, la journée sera encore chaud, 30º ici, c'est l'été pardi!

  • Mais qu'est ce que vous avez tous avec le facteur "âge"? C'est vraiment anecdotique. Et si on a 60 ans et plus, on devrait être considéré comme ce pot de yaourt périmé qui traîne au fond de votre frigo?
    La séduction homme-femme (et inversement) ne s'éteint pas comme à l'aide d'un interrupteur à une date donnée, bon sang.
    Et pour vraiment faire ch.er les grincheux, ça débouche parfois sur de belles histoires très partagées. Les love-stories entre personnes de 60-70 ans qui épousent des filles de 30 ou 40... que sais-je?... ans ( et inversement dans des proportions variées) sont courantes, maintenant. On n'a plus trop tendance à se cacher.
    Sauf peut-être en Suisse ou quand on s'appelle Geo?

    PDO

  • PDO un poil présomptueux.
    (blanc le poil bien sûr... ;-)

  • Géo@

    Usez de l’ellipse, mon Cher, vieux con sûrement, vieux débris jamais… Vous allez ainsi dézinguer toutes les illuzes de notre climatologue, impénitent séducteur …Suis plus âgé de quelques ans, je joue donc dans la même catégorie, dois-je pour autant lui parler des écueils qui l’attendent, implants divers pour pallier aux ratiches qui se font la malle, arthroplasties hanche/genou/épaule pour suppléer à l’érosion condylienne, colonne en capilotade, je vous fais grâce de l’appareil uro-génital en bandoulière ou en mode alternatif. PDO me fait bien rire avec ses unions transgénérationnelles, le Monsieur âgé use d’un chausse-pied ? Dans le cas inverse, à moins de goûts gérontophiliques affirmés, la libido des mecs étant ce qu’elle est, il faut vraiment aimer le Veau d’or…

    Non, John, notre Belgian lover les tombe sans lourdeur, attirées comme les phalènes par les lumignons du 1er août qu’elles sont ces dames, par son charme et son jeu de boules (de pétanque, faut-il préciser ?). J’arrête là, il va moins rire, me censurer et m’interdire de blog.

  • Gislebert, je connais pas mal de jouets qui font plaisir, du blaireau (pas l'animal) a l'olisbos, en passant par la gamme sidérante des objets contondants et confondants, Et le choix, ainsi que la créativité sont larges
    Mais le chausse-pieds, c'est nouveau. :-). J'aimerais voir. Quant à essayer, on verra après.

    Et quant à la séduction, puisque c'est le sujet, pour les femmes, il n'y a qu'un seul moteur qui peut être largement décliné: c'est l'admiration.
    Et pour ça, l'âge est souvent un facteur porteur.

    On n'y pense jamais, mais c'est fondamental.

    PDO

  • Comment dire?
    Tout est affaire ici de connotations. Il y a trente ou quarante ans une telle scène aurait fait les délices des spectateurs d'un film français.

    Je précise à toutes fins utiles:

    - l'ambiance était plus proche du "Grand chemin" que du "Dernier tango à Paris". De toutes façons on n'avait pas de beurre;

    - ce n'est pas non plus une ambiance "vieux débris";

    - la dame n'a exprimé verbalement ou par le corps aucune gêne particulière;

    - je crois qu'elle a été surprise et amusée de voir et d'entendre ces hommes (de différents âges) tenter chacun d'être le premier à lui donner la bonne indication.. Ils parlaient comme des étourneaux: tous en même temps, chacun voulant lui rendre le plus et le mieux service.

    Peut-être pour recevoir une miette de son regard et de sa reconnaissance?

    Je comprends que les femmes rient. Les hommes aussi ont ri. Ils savent parfois rire d'eux-mêmes.

    Je pensais que mes mots contenaient ces connotations, la scène est amusante, et quand les hommes se sont rendus compte de leur comportement alors ils ont ri.

    Pour le reste, ce sont encore des mâles, pas très méchants, éduqués, teigneux parfois, rieurs souvent. Et si je m'engueule parfois vertement avec eux, je ne les considère pas comme des vieux cons. Ils sont qui ils sont à ce moment de leur vie. L'un d'eux est un grand-père adorable qui donne beaucoup de bonheur à sa petite-fille. C'est tout sauf un vieux con.

    J'en parlerai peut-être une fois.

  • Sans y penser vraiment, je pense que j'ai traité de la puissance d'une femme et de son pouvoir sur des hommes. Mais, d'après les commentaires, ce n'est pas ce qui a été perçu.

  • PDO@

    Vous avez raison PDO, l’admiration des jeunes femmes à l’égard de leurs barbons d’époux ou compagnons, c’est effectivement fondamental et très porteur… Au porteur même auriez-vous pu préciser, comme les titres et les biens dont elles héritent et qui leur redonnent la joie de survivre…

    Vanitas vanitatis viri. Acerbus risus.

  • Eh bien, mon pauvre vieux, si vraiment vous n'avez été confronté qu'à des filles intéressées, je reconnais que vous avez du avoir une triste vie!
    Moi, ça va, merci. :-)

    PDO

  • "Il n'y a pas d'amours heureux" chantait Brassens. Chacun jugera selon son expérience de la vie ou son destin personnel. Ce qui est certains, c'est qu'il y en a beaucoup de malheureux et que la recette de ce bonheur-là, comme celui des autres, nous échappe comme la pierre philosophale.
    Réjouissons-nous donc lorsque nous pouvons assister au témoignage d'une aventure (au sens de parcours) plus réussie qu'une autre, plutôt que de nous échigner à proposer des recettes et à faire des pronostics qui reposent souvent sur nos propres déceptions.

  • Poème d'Aragon.

  • @ Mère-Grand:

    Comme vous je pensais à Brassens.
    Passerait-il encore aujourd'hui sans être accusé de sexisme?

  • "Comme vous je pensais à Brassens.
    Passerait-il encore aujourd'hui sans être accusé de sexisme?"
    Tiens donc. Pourriez-vous nous indiquer à quoi vous pensez ? Quelle chanson, quel texte ? Je le vois plutôt féministe, pour ma part...Je ne le vois pas défendre le droit des vieux barbons de jouir de la chair fraîche, et je crois bien connaître mon Brassens...

  • @Gislebert
    Merci du complément. Un de ses nombreux emprunts à ce poète.
    @hommelibre
    Il est certain que non. Soit on s'aveugle totalement sur ce qu'est l'être humain (difficile d'utiliser homme dans ce genre de contexte, même si on rechigne à se soumettre à la mode), soit soit on s'imagine échapper à l'aveuglement et à l'hypocrisie anciennes en suivant les slogans du moment, qui ont pris la place des espoirs idéologiques du siècle passé.
    Difficile d'imaginer que nous puissions devenir des êtres de paix. La damnation édénique me semble être une simple et lucide traduction de notre nature biologique.

  • @ Géo:

    Êtes-vous fixé sur la gérontophillie?

    Je pense à Margot, Gare au Gorille, par exemple. Pas vraiment féministes comme chansons.

    PS: Brassens l'était un peu, lui, gérontophile.

  • PDO@

    "Pauvre vieux"
    Votre compassion, vous pouvez vous la carrer où je pense ! Il existe dans le langage françois d'autres tournures, un peu plus subtiles

  • Bah, je la trouvais de circonstance. Non?
    Ah bon..
    :-)

    PDO

  • "Brassens l'était un peu, lui, gérontophile."
    Tant mieux. Il équilibrait un peu la tendance. Et, sans vouloir vexer qui que ce soit, le gérontophile serait plutôt un bienfaiteur, tant il y a de solitude dans le monde. Bien plus que son pendant féminin.

  • "Je pense à Margot, Gare au Gorille, par exemple. Pas vraiment féministes comme chansons."
    On ne parlait pas de féminisme comme aujourd’hui en ces temps reculés. Ces chansons-là décrivent des gens sans jamais tomber dans le mépris envers les femmes. Par contre, à l'égard du petit juge qui venait de faire couper le cou à un criminel...
    De même, les victimes de Brassens dans "au marché de Brive-la-Gaillarde" sont les gendarmes, pas les vendeuses de bottes d'oignons...

  • Brassens misogyne, féministe ? Cela n’a pas grand sens, un débat vain, tant son œuvre compte de textes aussi bien rosses sur la rouerie et la malice manœuvrière du beau sexe (Une jolie fleur), voire des pochades carrément outrancières et picaresques (Misogynie à part) que des hommages à la féminité (Le Blason), à la mère, à l’épouse, à l’hôtesse, à la fille de joie (La Jeanne, Pénélope , La Femme d’Hector). D’ailleurs existe-t-il dans la chanson française plus délicate analyse sur la psychologie de nos compagnes que Quatre-vingt –quinze fois sur cent ?
    Le seul texte qui pourrait tous nos rassembler, vieux internautes un peu cons que nous sommes (sauf PDO), c’est évidemment Le temps ne fait rien à l’affaire ...

    Un pauvre vieux, inconditionnel ayant eu le bonheur de connaître l’âge d’or de la chanson française.

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