Jour du dépassement : une bonne nouvelle

Retour de la légende urbaine: la Terre vivrait à crédit depuis fin juillet. Elle dépenserait (par notre consommation) plus qu’elle ne pourrait régénérer, tous domaines confondus. Mais la Terre ne peut pas vivre à crédit. C’est impossible. Le crédit suppose deux partenaires. Quand nous contractons un crédit nous nous adressons à une personne ou un organisme qui met à notre disposition ce qui nous manque.

 

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La Terre, elle, ne peut demander à personne. Il n’y a pas de banque galactique ni de grossiste extraterrestre en mesure de nous livrer des tomates bleues de la banlieue de Proxima du Centaure.

Nous consommons ce qu’elle produit (même en anticipant sur l’état des puits de carbone). Si donc nous avions consommé tout ce qu’elle peut théoriquement produire, logiquement il ne devrait rien rester. Or personne n’est privé de nourriture pendant les cinq mois restants de l’année, sauf les régions où la famine est déjà endémique.

Je signale à ce sujet le billet argumenté de Pierre Kunz.

L’indice du Jour du dépassement que diffuse le WWF existe depuis 50 ans. Son calcul est opaque. Il mélange des objets sans cohérence, comme si l’on additionnait des pommes et des kilomètres multipliés par le nombre de puces sur le chien du voisin. Calcul ardu. Il ne manque que la baignoire qui déborde parce qu’on a oublié de fermer le robinet. Et vu qu’un seul chiffre veut représenter l’ensemble de la planète on ne sait pas précisément de quoi il est question.

Depuis de début du compte en 1969 le cumul est d’environ 160 mois soit environ 13 ans (image 1). Avec un tel déficit accumulé la planète devrait avoir déjà tourné au désert – ou au moins avoir engendré des sécheresses et des famines inouïes.

 

 

jour du dépassement,catastrophes,wwf,famines,crédit.Inondations

Ce n’est pas le cas. Je note au contraire que la malnutrition recule dans le monde depuis les années 1960, malgré une légère recrudescence depuis 2014 (image 2).

Selon la FAO et d’autres agences onusiennes, cette recrudescence serait due en partie au changement du climat. En particulier en raison de l’augmentation du nombre de catastrophes liées à des événements climatiques extrêmes (image 3).

Sur ce schéma les tempêtes, les sécheresses et les températures extrêmes sont en faible hausse. Une hausse non significative et pour une période trop courte, et pour laquelle des éléments de comparaison avec le passé manquent. J’ai déjà commenté les sécheresses et canicules extrêmes du passé. On sait que les extrêmes ne datent pas des seules vingt dernières années.

Je reste circonspect devant ce graphique. Dans son rapport la FAO ne fournit pas d’indications sur la classification des catastrophes. Quand j’étais enfant j’entendais parler souvent d’inondations en Europe. J’ai même traversé la Bourgogne sous l’eau. De plus, nombre d’inondations sont causées par l’urbanisme, comme on le voit par exemple sur la Côte d’Azur.

Je parle des inondations parce que, d’après le graphique (ligne bleu ciel), ce sont les seuls événements qui aient augmenté de manière significative.

 

 

jour du dépassement,catastrophes,wwf,famines,crédit.Sans regret

Une bonne nouvelle cependant: dans le même temps la même FAO annonce que des innovations agricoles testées ces dernières années sont prometteuses:

« Nombre d’innovations agricoles «résistantes aux catastrophes» - évaluées par la FAO dans le cadre d’essais sur plusieurs années au sein de plus de 900 exploitations, dans 10 pays différents – sont facilement accessibles pour les agriculteurs pauvres et ne nécessitent pas d’investissements importants. Qui plus est, ces innovations n’ont pas uniquement servi de rempart aux dommages causés par des catastrophes – dans de nombreux cas, elles ont grandement contribué à l’amélioration des rendements agricoles et des gains financiers, même en l’absence de catastrophes naturelles. »

Le réchauffement n’est donc pas qu’un épouvantail pour collégiens en manque de batailles, c’est aussi une opportunité pour laquelle les solutions s’organisent déjà et sont applicables immédiatement.

Le titre de l’étude est explicite et porteur d’espoir:

« Réduire les risques de catastrophes au niveau des exploitations agricoles: de nombreux avantages, sans regret. »

Sans regret. S’il en est ainsi le jour du dépassement ne rend pas compte de la réalité, et la vérité est ailleurs.

Ce genre d’information anxiogène sert surtout à faire parler du WWF et à susciter des dons et subventions. La peur rapporte.

 

 

Catégories : Environnement-Climat 13 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Sans rentrer dans l'aspect politique de cet exercice de pensée, je pense que l'on peut effectivement estimer un état d'équilibre entre l'exploitation d'un système et sa régénération.
    Le monde agricole d'avant l'industrie agraire pratiquait l'assolement triennal qui comprenait le tournus de culture dont une année de mise en jachère afin de régénérer les sols.
    On sait que la surexploitation est possible, mais il manque toujours quelque chose. Les sols appauvris ne donnent que des aliment appauvris également. Et c'est bien ce qui se passe.. On le constate aussi avec la perte des arômes. On a beau rajouter des produits azotés de chez Lonza pour fouetter la production rien y fait ! On fait de la quantité, mais ce sont des calories vides.

    Un autre exemple avec le stress oxydatif pour le corps humain.La pollution, le manque de sommeil de qualité, le stress nerveux en sont les causes habituels. Tant que l'organisme est jeune, moins il est visible. Alors on se dit que tout va bien et qu'il n'y a aucune raison de gérer sa vie autrement. Puis on ressent les touts premiers symptômes de fatigue, alors compense un peu avec des excitants, on s'habitue. Mais petit à petit la balance est bien déséquilibrée et l'organisme vieillit irrémédiablement et on meurt. Donc malgré le déséquilibre, la vie se poursuit quand même...
    Ce que je veux dire c'est qu'avec un système vivant, il y a toujours une latence entre les excès et la facture finale, alors oui on peut taper excessivement dans le crédit sans en voir immédiatement l'effet. Le vivant est certes très résiliant, mais c'est notre espèce qui en ferait les frais.

    Cela dit, je n'ai pas d'avis sur le mode de calcul du WWF et je partage votre irritation face au fascisme écologique, mais sur le principe tout n'est pas faux.

  • "Si donc nous avions consommé tout ce qu’elle peut théoriquement produire, logiquement il ne devrait rien rester."
    Par cette phrase - caricaturale - vous semblez ne pas comprendre la différence entre stock et renouvellement du stock ainsi que la notion de surplus. La Terre est très riche en ressources, mais quand on puise dans le stocks, finalement il ne restera rien. La production de pétrole conventionnel est déjà passée par un pic. A suivre...

    La production alimentaire mondiale repose massivement sur le pétrole: engrais, pesticides, tracteurs, serres. Le jours où cette source d'énergie et de produits chimiques deviendra moins abondante, les prix vont s'envoler et la production alimentaire commencer à chuter. Bien sûr vous ne serez plus là pour l'observer, Greta si. Ainsi va la vie.

    @aoki
    "face au fascisme écologique"
    Dommage. J'avais jusque là bien aimé votre commentaire. Ce qui est excessif est insignifiant. Vos parents ou vos grand-parents ne vous ont pas raconté ce qu'était le fascisme?

  • ouaip, pour cette fois je suis aussi d'accord avec vous, le mot est un peu excessif

  • La notion de stock ne me paraît pas pertinente pour ce qui concerne la production agricole, à part pour les surplus que l'on engrange en prévision de mauvaises récoltes locales ou de famines dans le monde. La plupart des aliments sont produits en continu et selon la demande. Il ne peut y avoir de déficit.

    Manger sa salade à crédit n'a pas de sens.

    Caricatural? Ou compréhension des mots selon des exemples simples et accessibles à tous.

    Pour les ressources en matières premières on peut parler de stock, et leur utilisation dans l'agriculture associe produits dont la réserve est épuisable et produits qui se renouvellent constamment. Cette association est discutable alors qu'il s'agit de deux classes de produits totalement différentes.

    D'autre part on peut comptabiliser le coût/bilan de fabrication d'un produit, d'usage des hydrocarbures dans cette fabrication, de recyclage, etc. Mais alors on ne doit pas prendre en compte pour lui-même le coût/bilan de l'extraction, transformation, etc, s'il est déjà comptabilisé sur le produit.

    Pour bien faire il faudrait reprendre toute cette étude avec une plus grande transparence des critères détaillés.

    Prix alimentaires et pétrole: il existe déjà du pétrole à base d'algue, et les réserves semblent encore assez abondantes. Mais si on payait le prix réel aux paysans, sans subventions, ce serait déjà l'envolée. Au prix payé sur un marché on doit ajouter une part de nos impôts. Un choix que j'approuve.

    Les références de base de ce calcul du jour du dépassement devraient aussi être analysée et toilettées si besoin. Il y a eu un choix dans les références et critères, et cela oriente l'étude.

    Et puis la faim et la malnutrition baissent depuis environ 70 ans alors que la population augmente. Signe que la Terre peut produire plus que ce que l'on pensait. Epuise-t-on de la sorte les sols? Les ingénieurs agronomes ne chôment pas et trouveront des solutions.

    PS: à propos de votre opposition des générations, allez savoir combien de temps vivra Greta...

  • Vous n'avez pas encore parlé de cette personne, mais elle vaut la peine d'être connue, vu le discours actuel :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jocelyne_Porcher

  • "La notion de stock ne me paraît pas pertinente pour ce qui concerne la production agricole"
    Bien sûr qu'elle est pertinente. N'avez-vous jamais entendu parler d'érosion et de dégradation des sols, pour ne pas parler de leur empoisonnement?
    https://duckduckgo.com/?q=d%C3%A9gradation+des+terres+agricoles&t=ffsb&ia=web

    Encore une fois, si l'industrie agricole (intensive) parient à produire assez pour nourrir la population, c'est grâce au pétrole qui est une ressource qui ne se renouvelle pas à l'échelle humaine.

  • La révolution verte aurait solutionné la faim dans le monde ?
    Ce n'est pas si sûr.

    Pour faire court, la malnutrition relève moins de techniques agricoles plus ou moins adaptées, que de problèmes politique et socio-économiques. Du reste les plus grandes famines sont profondément liées aux guerres.
    La mainmise de grand groupe sur les semences impose un déplacement des revenus, ainsi la malnutrition persiste non pas par crise alimentaire , mais par manque de revenus. Cela a aussi favorisé de l'exode rural ou d'immigration d'une population appauvrie.
    L'embellie d'après guerre n'est que momentanée, voir artificielle, du fait de l'appauvrissement des sols et la pollution qui génèrent d'autres problèmes.
    Les solutions sont moins technologiques que purement techniques et de connaissances de base, effacées par le mirage industriel.

    Pour exemple, les maraîchers de Paris a la fin du 19 ème siècle, nourrissaient 2 millions d'habitants avec 2000 hectares.
    Le rendement était bien supérieur aux techniques modernes.
    Comment ? En pratiquant simplement la rotation et l'association qui permettait de faire 9 récoltes sur un an.
    Cela demande simplement des connaissances et de la réflexion

    Cela fait des décennies que des anciens membres de l'INRA, plaide pour des solutions simples pour modifier les modes de cultures désastreux qui détruisent l'équilibre des sols. A une époque où l'on ne parlait même pas de réchauffement.
    Le couple Claude et Lydia Bourguignon pour ne pas les nommer

    En réalité, il s'agit à nouveau de lutter contre des intérêts de multinationales qui disposent de toutes les armes pour imposer leurs activités.
    Par exemple: La France qui opérait un retour vers de la production locale de qualité se voit imposer le CETA, grâce à la complicité de l'oligarchie politique de l'Europe et de la Macronie.

  • "ainsi la malnutrition persiste"
    Il est difficile de se nourrir avec du coton, des ananas, du café, du cacao, du thé, etc. L'indépendance passe par une autarcie alimentaire. En consacrant la moitié des surfaces à des cultures alimentaires plutôt que commerciale, 1 la population pour se nourrir sur les plantes qu'elle cultive, et 2 les prix des cultures commerciales augmentera puisque la production baissera.

    Bien d'accord avec votre commentaire.

    Et merci pour la vidéo!

  • "Il est difficile de se nourrir avec du coton, des ananas, du café, du cacao, du thé, etc. " Il est difficile d'avoir des services de santé, des routes, des écoles, de payer les salaires de trop nombreux fonctionnaires avec le coton, les ananas et le café. C'est pour cela que les Européens balancent chaque année des milliards et des milliards d'euros pour payer tout ça à ces malheureux Africains, qui sans nous mourraient comme des mouches.
    Et il y a encore des tiers-mondistes qui prétendent qu'on exploite l'Afrique...
    Rappelons ici que l'individu qui signe "Daniel" est persuadé que personne n'est jamais allé sur la Lune...C'est vous dire la crédibilité du bonhomme.

  • "C'est pour cela que les Européens balancent chaque année des milliards et des milliards d'euros pour payer tout ça à ces malheureux Africains, qui sans nous mourraient comme des mouches."

    C'est pas aussi simple que ça. Cette aide est bien ambiguë et pas très transparente.
    D'abord ce n'est pas toute l'Afrique qui est concernée.
    La plupart de cette aide va aux États de l'Afrique centrale tels que le Cameroun, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, le Gabon et la Guinée équatoriale. En gros en région subsaharienne et d'Afrique central plus particulièrement.
    Ces pays reçoivent effectivement des sources diverses d'aides (APD, donateurs privés, ONG) , pourtant ces pays restent parmi les plus pauvres. Alors qu'en est -il ?
    1) l'argent gonfle les gouvernements, mais l'économie du pays et l'aide à la population ne reçoivent que des miettes. Les PIB stagnent quand ils ne reculent pas. Les donateurs connaissent parfaitement le problème mais continuent de faire la même chose année après année ! Pourquoi ?

    2) Plusieurs gouvernements occidentaux sont là pour appuyer en fait leurs activités d'exploitations des ressources, ce dont les populations locales ne retirent absolument rien. La Chine fait pareil actuellement.
    L'aide au développement devrait en principe aider des pays à tirer profit de leur propre ressources naturelles, mais ce n'est pas ce qui se passe.

    3) Le pompon; bon nombre d’aides versées sous forme de prêts servent aux Etats africains pour rembourser leurs dettes, ce qui se traduit par un aller-retour de fonds. Globalement il y a plus de fonds sortant que rentrant, C'est limpide. Jusqu'en 1995, les pays endettés devaient réemprunter à des taux croissants, et les aides ne servaient qu'à faire fonctionner la machine. Ce cercle vicieux a été cassé sous la pression d'ONG, mais les dettes ne s'effacent qu'avec l'aide actuelle !

    Je trouve que vous ramenez un peu beaucoup l'Afrique à sa caricature, alors que c'est un continent immense et multiple.Et s'îl y a un fléau que les occidentaux devrait tenir compte en Afrique c'est de la corruption qui pourris tout. Mais voilà, les Aides Publiques au Développement, ne sont pas toujours désintéressé et purs. Une activité de façade couvre parfois les autres plus obscures. Mais il y a des ONG qui font de l'excellent travail.
    J'aime vraiment beaucoup celle-ci:

    https://maison-artemisia.org/

  • "vous ramenez un peu beaucoup l'Afrique à sa caricature, alors que c'est un continent immense et multiple." Ah oui ? Eh bien citez-nous un pays africain qui s'est sorti de l'ornière ? La première chose qui m'a frappé sur ce continent, c'est son unicité culturelle, tout le contraire de ce que prétendent les ethno-anthropo-socio machins-trucs qui se veulent connaisseurs de ce continent et de ses habitants...
    (J'ai commencé au Mali (Tombouctou, 1986), puis Angola, Burkina, Guinée Conakry, Mozambique et Mauritanie sur une vingtaine d'années).

  • Comme je l'ai écrit, le problème n°1 reste la corruption qui maintient la pauvreté ( c'est ça l'unicité culturelle ?).

    Vous savez comme moi que le PIB d'un pays ne fait pas forcément la richesse de tous ses habitants. Le champion est le Nigeria avec son pétrole et une économie diversifiée qui atteint un PIB approchant celui de la Suisse en 2017.
    Mais cela n'éloigne pas la pauvreté pour autant. Les 5 gros milliardaires du pays investissent à l'étranger et les multinationales disposent des facilités fiscales comme partout. Malgré son pétrole , aucun investissements dans des raffineries qui éviterait ce paradoxe d'être producteur de pétrole mais importateur de carburant.
    Toutes ces raisons qui font que l'aide internationale est vaine, puisqu'elle promeut les inégalités structurelles.

    Seulement malgré ( ou à cause ) de la corruption qui maintient la pauvreté, n'empêche pas beaucoup de pays occidentaux et asiatique d'y faire des affaires. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

    Vous m'aviez raillez lors d'une évocation de Thomas Sankara dont le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation pour les Nations unies déclarait à son sujet: « Il a vaincu la faim : il a fait que le Burkina, en quatre ans, est devenu alimentairement autosuffisant »
    Il a lutté contre la corruption, à rejeté l'aide alimentaire. Puis a cessé de payer ces dettes structurelles ( voir mon autre commentaire) ce qui lui a valu son assassinat téléguidé par la France.
    Je trouve étrange cette caricature globale de l'Afrique tout en dénigrant un pays qui a essayé "de sortir de l'ornière" pour de basses raisons d'idéologie politiques.
    Encore un paradoxe , qui va va si bien à l'Afrique

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