Écriture inclusive : la RTS et son aligneur de ponctuation

La télé romande n’a plus de sous pour payer des rédacteurs et rédactrices compétentes. Ils mettent des novices prêts à bien faire. J’en ai découvert un. Un prosélyte zélé qui vient de lire la leçon 0 du cours de genre, celle intitulée: Tiret à gauche, tiret à droite, tiret à vue!

 

écriture inclusive,rts,féminisme,rente viagèreChaotique

Je l’ai découvert sur le site de la très féministement correcte RTS. L’article se termine par un un encadré sur la rente à vie des anciens membres du Conseil d’État. Le rédacteur ou la rédactrice a voulu faire de l’écriture dite inclusive, où les deux genres-sexes sont représentés (inégalement mais elles l’ont voulu).

Exit le neutre en forme de masculin.

Ça donne ça – extrait:

« En 2018, plus de 13 millions de francs ont été versés pour les rentes d’ancien-ne-s membres du Conseil d’Etat et conjoint-e-s survivants d’ancien-ne-s membres du Conseil d’Etat par les chancelleries romandes, contactées par la RTS. Dans le détail:

  • Genève: 3,12 millions de francs (comprend aussi les rentes versées aux ancien-nes chancelier-ères). »

Six tirets dans la première phrase. C’est beaucoup. Le tiret est un signe graphique qui force le regard. Les deux premiers, je reconstruits dans ma tête, c-à-d. je traduis le mot-tirets en mots-concepts désignant les fonctions anciennement tenues par des personnes de sexes différents.

Les deux suivants sont si près des premiers que la reconstitution est plus chaotique. C’est accentué par le mot « conjoint », concept de la vie privée mélangé ici à la vie publique, et dont je ne vois pas immédiatement la pertinence.

 

 

écriture inclusive,rts,féminisme,rente viagèreCo-errance

Les deux derniers arrivent tout de suite. C’est trop. Trois îlots de bordel dans une phrase qui perd son rythme et le fil de la communication.

C’est moche, c’est idiot, c’est bête, c’est nauséeux, c’est bloquant, c’est navrant. Voilà à quoi sert la redevance, ou ce qui en reste quand les retransmissions pharaoniques de sport laissent des miettes.

Je ne partage pas cette errance rédactionnelle. Pour être fluide et comprendre rapidement l’information je dois sauter ces mots.

Et puis, ce n’est pas tout. Il reste un malaise. À cause de deux mots.

Le premier, ancien-ne-s membres, répété deux fois, est délicieux, enfin, presque. La RTS est fluide sur le membre. Membre serait-il un substantif autant féminin que masculin? Non: membre est masculin. Il ne peut donc y avoir d’ancienne membre, mais seulement d’anciens membres tous genres confondus. Ancien-ne-s membres est une grosse bêtise. Ça n’a pas de sens. Shame, shame, shame! Shame on you!

Le second, survivants, dans et conjoint-e-s survivants, reprend le neutre soit ici le masculin pluriel générique. Soit on écrit et conjoint-e-s survivant-e-s, soit on ne tente pas d’inclure sans grand à-propos ni cohérence, et l’on revient au final à la formules du masculin générique.

 

 

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Deux détails encore: ancien-nes chancelier-ères. Ici ancien-nes groupe le -ne féminin avec le s, sans tiret comme dans conjoint-e-s.

Ce s ne concerne donc pas inclusivement ce qui est avant le tiret. On doit en déduire que parmi les anciens chanceliers il n’y a qu’un seul homme (pas de deuxième tiret ni de s final générique) et plusieurs femmes.

Enfin la forme dite inclusive de chancelier-ères est passable, voire malheureuse. Tant qu’à inclure graphiquement autant le faire avec fluidité et élégance, pour rendre la lecture attractive et plaisante.

On évite autant que possible la répétition de syllabes, comme c’est le cas ici, syllabes dont la fonction principale semble être de combler une incapacité technique à féminiser sans en faire un repoussoir.

Tiret, tiret, alignez les tirets!

Avec la RTS, j’ai découvert un nouveau métier, appelé à remplacer celui trop compliqué de rédacteur: aligneur de signes et ponctuations. Ou aligneuse: c’est peut-être une femme. Faut partager la couverture.

Et là j’entends poser la question qui tue:

– Alors, aligneureuse?

 

Merci la RTS.

 

 

 

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Commentaires

  • Dès la première phrase, on est choquée (j'écris volontairement "choquée" au féminin car si le neutre n'est plus "en forme de masculin", comme vous l'avez bien compris, il faut se faire à l'idée qu'il est du genre féminin): comment pouvez-vous, Monsieur le blogueur, écrire:
    "(...) pour payer des rédacteurs et rédactrices compétentes"?
    Ne savez-vous point que depuis le 14 juin, on place le féminin avant le masculin? C'est
    "pour payer des rédactrices et rédacteurs compétentes"
    qu'il fallait écrire"!
    Il faudra voir pour vous adapter, cher Jojo. Les temps changent. N'avez-vous pas appris qu'on commence un discours ou une lettre en disant ou écrivant: "Mesdames, Messieurs"?

    Concernant le mot "membre", il est temps qu'il devienne du genre féminin et que l'on écrive, par exemple, "la membre virile". Car de nos jours, dans les couples hétéros, l'homme c'est bel et bien la femme. Ou, comme je l'ai lu dans ce blog «sur Sexism - no sexism à TF1 (2) : la finale de Koh-Lanta» (tiens, il y deux tirets dans ce titre), "les femmes sont des hommes comme les autres" (posté avant-hier par l'excellent Gislebert, qui citait Wolinski).

    Quant aux conjointes, elles vous dérangent? Leur reprocheriez-vous par hasard de s'être jointes à un con pour qu'il prenne soin du leur?

    *****

    PS 1: seriez bien aimable de publier mon commentaire en caractères violets. Merci.
    *****

  • @ Mari0o,

    Dans l'option alphabétique, Rédacteur précède Rédactrices. Et Mesdames précède Messieurs.

    :-)

  • Encore merci à Sandrine Salerno, la grande femme de Genève.

  • Je me suis fendu d'un commentaire sur le blog d'Aurélie Friedli qui relève ces dérives.
    http://aureliefriedli.blog.tdg.ch/archive/2019/06/21/quand-tout-disparait-le-temps-d-un-concert.html

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