Sexism - no sexism à TF1 (2) : la finale de Koh-Lanta

À première vue ce que dit Denis Brognard est plutôt gentil pour les gagnantes. Il souligne avec insistance la présence de deux femmes en tête de la finale. Il y ajoute l’aura du petit qui gagne contre le grand. La légende de David et Golliath sert la victimisation féminine.

 

tf1,sexisme,koh-lanta,maudLe sexe faible

Ses propos, cités part Voici:

« On va maintenant accueillir les deux finalistes. Deux femmes. Ce n’est pas arrivé depuis 15 ans dans Koh-Lanta. Et ce n’est que la deuxième fois que ça se produit dans toute l’histoire de Koh-Lanta! C’est vous dire la performance de Maud et Cindy, les deux finalistes de cette guerre des chefs. »

Il y revient une autre fois encore. Et présente cela comme un exploit d’autant plus exceptionnel que ce sont des femmes. Ce qui veut dire, en creux: les femmes auraient moins de chances de gagner et d’être à deux en finale. Parce qu’elles seraient plus faibles? Je ne vois pas d’autre explication.

Denis Brognard livre là un stéréotype spectaculaire, plutôt dénigrant sous son apparente bienveillance puisque les femmes sont perçues a priori comme faibles. C’est parfois vrai sur les épreuves physiques – et encore, certaines candidates n’ont rien à envier aux hommes.

Mais Koh-Lanta diversifie les épreuves et tout le monde a sa chance.

Les propos du bateleur en chef veulent d’autant plus élever les femmes que celles-ci sont supposées inférieures. C’est bien ce que laisse entendre le bateleur. Il faut donc les en féliciter spécialement. Sexisme.

Ses propos ont été adoptés par l’ensemble des membres du jury final, qui ont opiné en silence. L’air grave, celui qui convient à un événement exceptionnel. Cette réaction du groupe est un exemple de sexisme collectif. Un sexisme invisible car inclus dans un supposé hommage au sexe féminin, qui du coup redevient un peu le sexe faible.

Deux femmes en finale en quinze ans, soit en 18 éditions? Elles auraient pu faire mieux. Voyons les statistiques.

 

 

tf1,sexisme,koh-lanta,maudZombie

L’image 1 (clic pour agrandir) indique les vainqueurs par sexe (genre). Surprise: les femmes ont gagné l’épreuve des poteaux plus souvent que les hommes.

« À noter tout de même qu’à partir de la saison 10, le jeu des poteaux a été réformé car «cette épreuve était systématiquement remportée par une femme». »

Celui ou celle qui gagne les poteaux désigne son challenger pour le vote final du jury. Cela signifie que les gagnantes ont majoritairement choisi un challenger homme, et les gagnants hommes ont le plus souvent choisi des challengers femmes.

Terminer à deux personnes du même sexe est présenté comme un exploit pour les candidates féminines. C’est simplement plus rare, pour les deux sexes. On imagine à tort que c’est beaucoup plus facile et plus fréquent pour les hommes. Mais en 18 éditions cela n’est arrivé que 3 fois. Trois vs deux.

Présenter ce résultat 2019 en tant qu’exploit du sexe féminin, comme un papa féliciterait des enfants, est une forme très détestable de condescendance sexiste. Quant aux membres du jury final, qui opinent du chef aux propos du Denis, c’est un très court instant d’anthologie catégorie féminist zombie (dès 1:39:09, durée 20 secondes).

Brognard fait du buzz avec presque rien. L’assemblée opine cependant, parce qu’il le présente comme exceptionnel.

Une seule chose à retenir au final: l’épreuve des poteaux, mythique et décisive, a été gagné à 62% par des femmes. Mais après le vote final le jeu a été gagné par 61% d’hommes.

À part cela les deux finalistes 2019 ont bien mené leur barque, pour les bouts d’émission que j’ai regardés.

 

 

tf1,sexisme,koh-lanta,maudTypical sexism

Maud a gagné (image 2), elle dont le bateleur répétait à plusieurs reprises, même lourdement, qu’elle avait plus de 50 ans. C’est une sorte de mère courage et de titi accrocheur. Indice de sa capacité à fédérer discrètement autour d’elle: elle n’a jamais été menacée d’élimination. Que l’on aime ou non le jeu, c’est une belle victoire.

À part ça ce que j’ai vu m’a quelque peu déçu. Si les femmes tenaient plutôt bien la route, je peine avec les hommes pleurnichards comme Steve, Nicolas ou Cyril. Le premier clame haut qu’il fait le jeu pour ses enfants. Il y met du pathos sans modération. C’est lourd pour eux. Steve n’assume pas le nécessaire, le lumineux égoïsme du candidat qui veut gagner.

Laissez vos enfants de côté, ne les prenez pas comme des sortes d’otages affectifs. Le mot est trop fort mais c’est l’idée.

Le deuxième pique des crises parce qu’il n’a pas de contact avec ses enfants. Il n’avait qu’à pas y aller! Oh cong… Et les caméras qui s’attardent avec voyeurisme sur ces moments qui attachent et fidélisent les téléspectateurs. Les larmes et les émotions ont une bonne rentabilité à la télé.

Cela changera quand les gens refuseront l’exhibitionnisme lacrymal.

Le troisième, Cyril, se met sous la protection des filles. Quand il sourit on dirait qu’il va mordre. Est-ce une séquelle d’une violente agression qu’il a subie il y a quelques années? Ou une nature puissante et autoritaire refoulée, dernière le masque pleurnichard? Il y avait aussi Maxime, un candidat fort, vaguement ténébreux et incapable de fédérer autour de lui.

La victoire des deux femmes me paraît normale. Alors, la monter en épingle parce que ce sont des filles, les élever (en les abaissant, en réalité, puisque cela confirmerait leur faiblesse) en « rattrapage post-victimaire » comme le fait Denis Brognard, c’est presque une aumône faite aux femmes.

 

– Oh, shoking! This is typical sexism!

 

 

 

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Commentaires

  • Ce que le football féminin ne devrait pas devenir a été démontré par l'attitude des joueuses du Camerooon: crachats, pleurs, refus de jouer, intimidation de l'arbitre (une femme) et ainsi de suite. Débauche d'hystérie rarement égalée par l'anti-leu et la violence des joueurs hommes.
    Un arbitre homme aurait-il eu le courage de sanctionner ces comportements comme elles le méritent ou se serait-il aussi laissé intimider par peur du scandale qu'aurait causé la sortie du terrain de l'équipe du Cameroon?
    Heureusement qu'il nous reste le souvenir des joueurs masculin de ce pays, les lions indomptables des belles années dont je me souviens.
    P.S. Au moment même où j'ai décidé de regarder le foot féminin j'eu dû assister à ce spectacle lamentable. Difficile de ne pas se décourager.

  • Relativisons, Mère-Grand, il n'y a eu ni échanges de gnons, ni crêpage de chignons... Elles rentrent dans le moule, les sports de contact rapprochent les hommes pour qu'ils puissent mieux se mettre sur la tronche, c'est bien connu, et les femmes sont des hommes comme les autres.comme le disait et croquait feu Wolinski.
    Moins de problèmes avec la pétanque John ?

  • "C’est parfois vrai sur les épreuves physiques – et encore, certaines candidates n’ont rien à envier aux hommes."

    après la réunification, quand il y a des épreuves physiques les hommes et les femmes concourent séparément donc oui les femmes sont effectivement plus faibles dans les épreuves physiques, les gagnants de koh lanta ne sont pas les meilleurs aux épreuves mais les plus stratèges.

  • Mère-Grand,

    Je découvre les incidents maintenant. Ça remet les pieds sur terre... Il y aura probablement des suites, comme ce serait le cas pour les hommes. La règle est la même.

    L'équipe masculine faisait rêver, oui. Pas celle-ci.
    J'attends France-USA.

  • Ça n'est pas toujours très calme non plus. Des caractères bien marqués, des engueulades mémorables, mais le côté très "viril" nous permet en fait de délimiter nos territoires psychiques. Ça a du bon la force masculine. c'est structurant. Il faut se positionner, et aussi savoir prendre sur soi.

    Toute une histoire, qui nourrit aussi, même parfois indirectement, mon blog.

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