Mondiale de foot : les canons du gazon et la pub essentialiste

Jour J: la coupe du monde féminine de foot commence ce soir. Pays hôte, la France ouvre les feux contre la Corée du Sud. On attend beaucoup de l’équipe de France, mais aussi du possible rayonnement du foot féminin.

 

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Contrairement à Alain Finkielkraut, que j’apprécie par ailleurs et qui regrette que les femmes veuillent être comme les hommes en tout, je trouve très logique et naturel que des femmes aient envie de taper dans un ballon.

Dès lors plusieurs s’y mettent, on forme des équipes, on organise des fédérations et des compétitions. Quoi de plus normal? Mais chacun a ses propres représentations. Il n’y a pas de blâme.

Je regarderai quelques matchs des Bleues. C’est une équipe forte d’individualités expérimentées. Une bonne partie vient de l’Olympique Lyonnais féminine, une des équipes les plus titrées de l’hexagone.

Des jeunes femmes talentueuses et bosseuses trouvent une place dans le sport. Mais le foot féminin fera-t-il spectacle? Cette coupe sera un test au moins pour la France. Si son équipe remporte le tournoi une grande bataille médiatique et populaire aura été gagnée.

Je n’ai pas de préjugé, je regarde parfois le foot – dont le féminin. Je n’attends pas forcément le même spectacle qu’avec les hommes. Les physiologies et musculatures sont différentes. Il n’empêche: certaines joueuses sont comme des boulets de canon, à l’image de Wendy Renard.


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Ces jeunes femmes gagnent peu d’argent en comparaison des garçons. En cas de victoire leur prime sera bien inférieure à celle des garçons. L’attaquante Gaëtane Thiney l’admet sans problème:

« Je ne suis pas du tout sensible à ça. C'est un sujet toujours un peu complexe. Je dis souvent que s'il fallait payer pour participer la Coupe du monde, je paierais. Je ne suis donc pas bien placée pour répondre à cela. Si on rapporte autant que les hommes, je n'ai aucun souci pour qu'on gagne autant. Mais mathématiquement, si on fait les comptes, je ne suis pas sûre qu'on rapporte autant que les hommes. »

Elles y vont par envie, pour elles-mêmes, mais aussi pour la lumière et la gloire. Les bleues vont-elles susciter l’enthousiasme? Le clip fait par TF1 pour présenter de cette coupe du monde passe à côté du sujet à mon avis. Voir la blonde Evelyne Dheliat faire des poses avec un ballon, ça se veut décalé mais c’est narcissique et cheap. (Vidéo 2 ci-dessous).

J’aurais préféré une présentation plus classique, qui donne envie, avec des extraits de match et des joueuses dont on pourrait ainsi commencer à mémoriser les visages.


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J’aurais aussi vu une touche d’originalité: par exemple, aux visages exultants des joueuses après un but on aurait pu glisser d’autres images jouant sur la séduction.

Et pourquoi pas? Ne montre-t-on pas les garçons les plus beaux dans des poses valorisantes ou nonchalamment appuyés sur le capot de leur Lamborghini? Chez les Bleues il y a des femmes aussi belles (même canons) sur papier glacé que déterminées sur le terrain. La très glamour skieuse suisse Lara Gut a de la concurrence.

Pour cette coupe la Fifa a féminisé quelques termes, ce qui est logique. Pas tous: entraîneuse n’a trouvé grâce ni aux yeux des organisateurs ni à ceux de l’entraîneur Corinne Diacre. Elle a également gardé l’emblème très macho du coq pour les filles (image 4).

La marque de serviettes hygiéniques Always fait sa pub depuis des années sur le foot, avec un fond de féminisme girl power. La vidéo 1, tournée avec une des gardiennes de l’Olympic Lyonnais, est amusante. Le texte dit:

« Parce que je suit une femme, vous pensez que je vais céder du terrain ou le conquérir? Rien, ni les règles ni les idées reçues ne devrait arrêter une femme. »

Il se termine par: « Changez les règles du jeu. »


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Cette pub est sexiste puisqu’elle laisse supposer qu’il y aurait une pensée de groupe possiblement dénigrante sur l’ensemble des femmes. La joueuse ici n’est pas une personne, sa première identité est d’être femme. Un essentialisme caché que l’on joue à dénoncer pour mieux le perpétuer et en tirer profit.

Always n’est pas une entreprise philanthropique. Elle joue sur une supposée fragilité ou indétermination féminine pour enjoindre les femmes à la toute-puissance et à la transgression – même si le mot « règles » a un double-sens amusant ici.

Les règles justement, qui semblent évanouies grâce à la magie d’Always: ce n’est pourtant pas si simple pour les sportives comme certaines en ont témoigné il y a quelques temps.

Je suis un peu gêné de parler de cela. C’est l’intimité des femmes. Mais la pub mentionnée le fait largement et de manière peu réaliste. Les sportives ont un point de vue plus, disons, nuancé.

C’est tout sur ce point. Pour le reste, le spectacle est à découvrir dès ce soir. À chacun de se faire son idée. Un jour, les filles de foot susciteront ou non le même engouement que les garçons. En attendant, place à Amandine, Wendy, Gaëtane, et les autres. Tout est prêt. La course au titre peut commencer.

 

 

Pub Always:

 

 


Clip TF1:

 

 

 

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Commentaires

  • Personnellement j?ai déjà fort à faire à regarder les sports "masculins" et, en ce qui concerne le football et le tennis j'en reste donc là.
    Lors des compétitions d'athlétisme retransmis à la télévision, je ne détourne pas le regard lors d'une épreuve féminine, mais j'avoue avoir un peu plus de plaisir à suivre le saut en hauteur que le lancer de boulet.
    Maintenant je ne sais pas pourquoi Finkielkraut n'aurait pas le droit à faire part de ses préférences. Comme lui, car je pense que nous sommes pour l'égalité des droits des divers sexes et ne pensons pas que l'un ou l'autre soit supérieur, ni lus intelligent ni moins stupide
    Je crois en outre qu'en l'occurrence (la compétition) les mêmes causes ont les mêmes effets, nous verrons autant de connes que nous voyons de cons parmi les spectateurs et les supporteurs des compétitions .... et que j'en serai un peux plus déçu.
    P.S. Cette dernière affirmation m'oblige à reconnaître que je souffre en réalité d'un certain sexisme, puisque je ne peux m'empêcher de vouloir, en mon fort intérieur ... qu'iil y ait moins de connes que de cons.

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