Mai frisquet : mais que fait El Niño ?

Le dicton « En avril, n’ôte pas un fil », pourrait s’appliquer à ce mois de mai 2019. Dans l’ensemble les températures ont été mesurées entre 2 et 6 degrés en dessous de la moyenne par la station de Genève-Cointrin (image 1, clic sur les images pour les agrandir, source ici).

 

mai,frais,réchauffement,c02,climat,record,el nino,thermocline,soleil,Déficit de chaleur

Si janvier a été le plus froid depuis 30 ans, mai pourrait battre de plus anciens records.

Des records de froid? La météo, chronique du climat, est un système variable. On l’oublie un peu en lisant habituellement les records de chaleur – on ne nous sert que ceux-là. La publication répétée de records même ponctuels tend à donner une représentation fixe et linéaire d’un système qui est éminemment mobile et complexe. 

Par exemple en 2018, l’été fut long et bien chaud mais sans record ni grosse canicule. Comme le printemps fut nettement plus chaud que la moyenne, Météosuisse a trouvé une astuce: annoncer un record sur la période de 6 mois printemps-été.

L’image 1 montre la période de janvier à mai 2019. Février et début mars ont été très doux cette année. Avril est globalement plutôt doux mais c’est trompeur. Une partie du mois a été sensiblement fraîche, et seules les journées chaudes à partir du 18 avril ont compensé les froids du début.

mai,frais,réchauffement,c02,climat,record,el nino,thermocline,soleil,Sur les cinq mois écoulés le déficit par rapport à la moyenne 2000-2019 est de 0,26 degrés, mais avec des pointes de déficit journalier de près de 7 degrés! Entre deux et trois dixièmes de baisse malgré les compensations dues aux semaines plus douces, c’est beaucoup.

C’est évidemment trop court pour en tirer une conclusion à long terme, d’autant moins sur des données régionales.

 

 

El Niño 2019

Mais cela montre que les variations naturelles sont très puissantes. Depuis quelques temps nous retrouvons aussi de très fortes bises, ou des bises dont l’installation est durable même à plus faible intensité.

Après des années de courant dominant de sud-ouest doux, la configuration météorologique depuis début 2019 ressemble à des météos d’il y a une cinquantaine d’années, plus fraîches avec plus de vent de nord à est (bise). Ce serait à vérifier en épluchant des séries de données depuis les années 1960. Je le ferai peut-être un jour.

mai,frais,réchauffement,c02,climat,record,el nino,thermocline,soleil,Bon, ce joli mois de mai est plutôt frais. Pourtant un épisode El Niño se déroule depuis 2018. Ce phénomène océanique est souvent associé à une hausse ponctuelle des températures mondiales. On l’attendait pour l’été, cette hausse. Or El Niño n’est que d’intensité moyenne, et semble en résorption.

L’image 3 (Noaa) présente une série de coupes verticales des températures de l’eau dans l’océan Pacifique, à différentes profondeurs, en avril et mai 2019. La tache bleue est de l’eau froide qui remonte progressivement vers la surface, et disperse la couche chaude significative d’El Niño.

La couche chaude est épaisse d’une centaine de mètre. Entre 100 et 200 mètres on trouve la thermocline, soit la zone de transition entre les eaux chaudes et froides. La différence peut être de 15° à 20° en quelques centaines de mètres. En dessous de 1000 mètres de profondeur, 90 % des masses d’eau océanique sont entre 0° et 4° (image 4).

 

 

mai,frais,réchauffement,c02,climat,record,el nino,thermocline,soleil,Dans la bulle

On ne doit donc pas trop compter sur le niño pour avoir un été chaud. À suivre, comme toutes les variations qui émaillent les courbes des températures.

Cependant rien ne dit que le rebond à la hausse depuis le petit âge de glace au 17e siècle, soit terminé. La pause, les quelques baisses observées depuis bientôt vingt ans, et le découplage d’avec les émissions de CO2, ne signifient pas que le réchauffement soit déjà durablement arrêté.

D’ailleurs les relevés par satellites des températures de la basse troposphère montrent (image 2) que cette pause à laissé place à une nouvelle hausse, consécutive au très intense El Niño de 2015-2016. Après la forte baisse de 2017-2018, on observe une remontée relative, peut-être due à l’épisode actuel.

La diminution en cours de l’activité solaire peut conduire à quelques décennies de refroidissement. La part et l’action réelle du CO2 restent objet de controverse d’après ce que j’ai déjà lu.

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Mais revenons à ce jour. Une bulle anticyclonique traverse l’Europe. Son décalage vers l’est devrait aspirer de l’air chaud du sud ce dimanche (image 5). L’air suit ce que je nomme l’autoroute espagnole: le parcours emprunté passe par l’Espagne (qui ferait bien de reforester ses 31% de territoires désertiques qui amplifient l’apport de chaleur saharien). Le premier dimanche de juin pourrait être même très chaud: Météosuisse annonce 29° dans l’après-midi.

Le ciel veut-il se faire pardonner? Pas sûr: les premières modélisations sur Windy allant jusqu’à mi-juin montrent une tendance instable avec des températures en dent de scie. À vérifier, comme toujours.

 

 

 

– C’est pas encore le temps d’aller batifoler dans les prés, Mâme Michu.

– On économise sur les préservatifs, Msieur Tintouin!

– Certes mais j’aimerais des temps meilleurs.

– Bah, consolez-vous: si le meilleur n’est jamais sûr, le pire n’est pas automatique.

 

 

 

Catégories : Environnement-Climat, Météo 0 commentaire Lien permanent

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