Mondiale de foot 2019 et présentation féminisée : au milieu, comme une tache

La coupe du monde féminine de foot débute le 7 juin en France. Fonctions des joueuses, affiche: la présentation a été féminisée comme le montre l’Équipe. Ou presque: trois fonctions sur quatre sont concernées. Par exemple, gardiennes de but.

 

foot,mondial féminin,france,bleues,féminisation,genreLes fonctions

Gardien, gardienne: le mot existe au féminin depuis longtemps et c’est dans le dictionnaire en ligne cnrtl.fr. Par exemple: gardien de prison, gardienne d’enfants, gardienne de troupeaux.

Attaquant, attaquante: c’est à la fois un participe présent, un adjectif et un substantif. On a ajouté un e final pour féminiser la forme. Pour gardien, le e final ajouté est précédé du redoublement de la dernière voyelle de la forme masculine: gardien, gardienne. Jusque là tout va bien. 

Premier écueil: défenseure. Comme substantif on peut le féminiser sur simple décision, alors qu’un adjectif devrait accompagner un substantif dont il prendrait le genre. Ce n’est donc pas un gros écueil. Celui-ci réside surtout dans le fait qu’aucune règle ni aucun fondement théorique n’impose un choix standardisé qui serait ici bien utile. On dit: allumeur, allumeuse; chanteur, chanteuse. On pourrait dire: défenseur, défenseuse.

foot,mondial féminin,france,bleues,féminisation,genreBon, va pour défenseures. Mais qui fait le choix d’une forme plutôt que d’une autre, et selon quelle justification?

Enfin le dernier terme n’est pas cohérent avec la démarche: milieux, pour milieux de terrain. C’est un substantif masculin. Il n’est pas féminisé alors que les trois autres le sont: ça fait tache.

Pourquoi ce choix? Les décideurs invisibles (qui ne nous demandent en général pas notre avis, mais bon on ne va pas faire un référendum pour ça) ne sont-ils pas allés au bout de leur intention? N’ont-il trouvé aucune solution gracieuse?

Ce terme manque d’audace et affaiblit l’intention première. Comment pourrait-on le féminiser? Il faut comparer avec un mot en -eu, pas en -eux. Par exemple: cheveu, cheveux. Problème: tous les mots en -eu (comme milieu) sont masculins et prennent un -x au pluriel.

foot,mondial féminin,france,bleues,féminisation,genreLe mot milieu n’a aucun féminin prévu. Il fallait alors l’inventer. Les décideurs (la FIFA? La FFF?) ne l’ont pas fait. Dommage, une occasion ratée alors que cet événement sera fortement médiatisé en France.

Pour ma part j’ose dire: milieues de terrain. La forme ne manque pas d’élégance et sa simplicité pourrait la faire intégrer naturellement dans la langue. Et puis on dit partout: les Bleues. C’est donc déjà en partie fait.

De même j’ai mis en titre: Mondiale, au féminin, en symétrie du Mondial masculin. Pourquoi pas? La coupe du monde féminine est une épreuve mondiale dans un sport majeur.

J’incline à penser que les décideurs ne sont pas allés au bout de leur intention. Ils ont reculé devant l’écueil et laissé le bébé à qui le veut.

Pire: ils ont lâché le volant en route et le sexe de leurs filles de foot avec. Sur la présentation officielle de l’équipe des Bleues (image 2, clic pour agrandir), on peut lire en bas à droite: «#Fiers d’être des Bleues ».

Fiers au masculin, Bleues au féminin. Je reste sans voix. Je veux bien admettre que l’époque pousse à la confusion des genres et des identités, mais quand-même, la grammaire… Serait-ce un coup des LGBTetc? Ou le résultat de l’analphabétisation rampante qui mine la France et certaines de ses élites? Raaahhh...

foot,mondial féminin,france,bleues,féminisation,genreEnfin l’affiche officielle (image 3) mérite une mention spéciale. Elle est un mélange de Andy Wharol, d’icône mystique, de manifeste républicain, de graffiti féministe et de publicité de mode de chez Marie-Claire ou Yves Saint-Laurent.

L’affiche est certes visuelle mais son traitement tient plus de la revue de mode ou du programme politique, voire de la quête mystique teintée New-Age, que du foot.

En regardant bien on comprend que les yeux de biche, les cheveux déliés et le rouge à lèvre écarlate ne sont pas le fait d’un top model ou d’une gravure de mode, mais qu’ils représentent censément la tête d’une dure à cuire du foot insérée dans un rond – le ballon.

Mettre la tête d’une femme sur un ballon? Un ballon dans lequel on donne des coups de pieds? Eh bien, en cherchant la petite bête, je trouve le symbole discutable et l’association assez malheureuse par les temps qui courent.

Sur ce, je souhaite à la France et à son excellente équipe bleue-black-blonde autant de plaisir qu’avec le mondial masculin de 2018.

 

 

 

 

Catégories : sport 16 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Hum hum, pas tout à fait d’accord avec votre milieue (mille lieues ?)

    Contrairement aux précédents, ce terme définit la position du joueur, pas sa fonction. C’est en somme une réduction de « celui qui se tient au milieu du terrain » (midfielder en anglais). Si l’on féminise « celle qui se tient au milieu », on a toujours le même substantif. D’où la logique de nommer des femmes milieu de terrain. Selon la même logique, il est d’ailleurs erroné d’écrire milieux au pluriel.

  • @ Olivier:

    Je vous remercie pour cette rectification. D'accord avec vous sur la position et non la fonction, ce que je n'avais pas envisagé.

    Le masculin est dès lors juste. Et le pluriel erroné, en effet.
    Dont acte et merci encore.

  • PS: j'abandonne donc mon "milieues", dont j'aime bien la sonorité mais qui n'a plus de raison d'être...
    :-)

  • Mille lieues? Peut-être. C'est peut-être cela que la sonorité me rappelait et qui me plaisait, comme un parfum de voyage – Vingt mille lieues..,

  • Pourquoi pas Paule? On aurait alors une fonction et la cohérence de l'ensemble serait établie. Pour les hommes on dirait "médian". À creuser.

  • De la neige un peu partout en Suisse, du jamais vu depuis 1945 ! Qu'attendent ces crétins de jeunes pour manifester contre le refroidissement climatique ?

  • Quelqu'un connaît-il une étude sérieuse sur la corrélation entre le sexisme et l'usage du genre grammatical dans nos pays ou ailleurs ?

  • Non Mère-Grand, je n'en connais pas. J'ai lu des articles théoriques sans base scientifique et souffrant d'un présupposé victimaire.

  • Une étude sérieuse ?
    Il faudrait définir les critères de l'étude sérieuse avant d'en proposer à la lecture.
    En effet, tout ce qui concerne le domaine des genres et des sexes est forcément sujet à caution.
    Est-il seulement possible d'avoir un positionnement neutre ?

  • Je pars de l'idée qu'aucune étude ne pourra vraiment être considérée comme "sérieuse", puisqu'il s'agit de sciences humaines et que tout chercheur ( soit-il homme ou femme) peut être soupçonné d'à-priori.
    Malgré cela, j'ai essayé de trouver des études. Je les propose sans prétendre qu'elles soient sérieuses.

    Celle-ci a été faite par deux chercheurs de l'université de Clermont-Ferrand et publiée en 2008.
    Elle fait 30 pages, la discussion générale se trouve aux pages 26-28 du pdf.

    http://psych.wisc.edu/Brauer/BrauerLab/wp-content/uploads/2014/07/Brauer-_-Landry-2008-AP.pdf

    Il me semble que la méthodologie est sérieuse, le ton n'est pas militant et les conclusions sont mesurées.

    introduction:
    "À l’aide de cinq études, nous avons examiné les repré-sentations mentales qui sont activées en mémoire si un interlocuteur utilise un générique masculin. Pour anticiper tout de suite les résultats, il s’avère que le générique masculin est loin d’être aussi neutre que certains l’affirment."

    conclusion :

    "Les études présentées dans cet article montrent que le générique masculin active plus de représentations masculines que d’autres types de générique. Ainsi, ces études soutiennent l’idée de Whorf (1956) selon laquelle les particularités de la langue, autrement dit ses contingences, ont un impact sur les pensées. Le générique masculin, qui n’est finalement qu’un moyen arbitraire d’éviter les répétitions trop lourdes, un « héritage » remontant à l’indo-européen commun (Dumézil, 1984), semblebien avoir un impact sur les pensées. Il ne suffit donc pas d’invoquer l’absence d’ambiguïté de la règle grammaticale du générique masculin et d’insister sur le fait que le masculin est le genre non marqué. Il ne suffit pas non plus d’affirmer que le masculin ne conquiert pas l’autre sexe,mais efface le sien. Deux questions sont pertinentes :
    (1) Le générique masculin favorise-t-il l’émergence de représentations plus masculines que d’autres génériques ?
    Et (2) Y a-t-il des situations où l’utilisation du générique masculin crée un désavantage pour les femmes.
    Les travaux présentés ici permettent de répondre par l’affirmative à la première question. De futurs travaux nous donneront la réponse à la deuxième question."

  • Une étude publiée en janvier 2013 par Cambridge University Press.

    https://www.cambridge.org/core/journals/bilingualism-language-and-cognition/article/gender-inferences-grammatical-features-and-their-impact-on-the-representation-of-gender-in-bilinguals/60ECD53D868B666628152445F1587A6E

    Résumé :

    "We investigated the effects of grammatical and stereotypical gender information on the comprehension of human referent role nouns among bilinguals of a grammatical (French) and a natural gender language (English). In a sentence evaluation paradigm, participants judged the acceptability of a gender-specific sentence referring to either a group of women or men following a sentence containing the plural form of a role noun female (e.g., social workers), male (e.g., surgeons) or neutral (e.g., musicians) in stereotypicality. L1 French and L1 English bilinguals were tested both in French and English. The results showed that bilinguals construct mental representations of gender associated with the language of the task they are engaged in, shifting representations as they switch languages. Specifically, in French, representations were male-dominant (i.e., induced by the masculine form), whereas in English, they were stereotype-based. Furthermore, the results showed that the extent to which representations shifted was modulated by participants’ proficiency in their L2, with highly proficient L2 participants resembling native speakers of the L2 and less proficient L2 participants being influenced more by their native language."

    La bibliographie est très longue. Il y aurait probablement des études fouillées à trouver.

    Je trouve l'idée de tester des personnes plus ou moins bilingues ( français-anglais) très intéressante.
    L'anglais ne fait pas trop la différence entre le masculin et le féminin des noms de métiers.
    Si j'ai bien compris, les textes en français induisaient des représentations masculines. Les textes anglais provoquaient des images masculines ou féminines sur la base des stéréotypes de genre pour les métiers.

  • @Calendula
    Merci de nous présenter ces études. Je suis en train de lire attentivement la première qui me rappelle bien des choses, notamment la position de Dumézil, que j'ai beaucoup étudié en histoire des religions. Je me souviens aussi de l'usage qu'un participant (masculin ou féminin, je ne spécifierai) avait fait lors d'un colloque de son exemple des nom de neige utilisés par les Inuits, sans entraîner l'adhésion de personne. C'était en fait un exemple de ce qui était dénoncé dans l'affaire Sokal, bien que non strictement dans le champ scientifique.
    Revenons à nos moutons. J'appelle "sérieux" une étude qui cherche à l'être, notamment en faisant un effort d'objectivité dans ses arguments et ses conclusions (jusqu'à reconnaître éventuellement son impuissance), fait référence à des auteurs reconnus dans leurs disciplines et présente les arguments pour et contre ses conclusions.
    Ces conditions me semblent remplies pour ce qui est de l'étude française et je ne sais pas si j'y consacrerai assez de temps et d'efforts (ni si j'en ai encore la capacité intellectuelle) pour porter un jugement utile sur ses conclusions.
    Quoiqu'il en soit, j'avoue avoir posé la question de manière plutôt rhétorique, convaincu de deux choses: quelque soient les conclusions, elles n'éteindrons pas le débat sur l'usage du langage, tant il me paraît impossible d'y apporter une solution satisfaisante du point du vue de l'usage du langage d'une part et tant le problème de l'inégalité des sexes dans les rapports humains à la satisfaction de l'un ou de l'autre (ou des autres) me paraît un défi éducatif difficile à relever.

  • @Mère-Grand,

    Oui, le nom de Georges Dumézil évoque de bons souvenirs de grande stimulation intellectuelle.
    Le langage humain est d'une complexité telle qu'on n'arrivera probablement jamais à le décrire de façon exhaustive. Et je ne crois pas vraiment en la traduction par ordinateurs. Je crois que pour de sérieuses traductions, l'ordinateur ne peut être qu'un assistant.
    Le multilinguisme pourrait éventuellement amener des clés de compréhension, mais représente un défi pour les chercheurs.
    Il faut pouvoir paramétrer les recherches de façon très subtile.

    Ma langue maternelle ( non-indo-européenne, le finnois) n'a ni masculin, ni féminin, ni articles. Je suis donc arrivée désarmée dans le domaine germanique et français.
    Enfant, je me suis demandée pourquoi on s'encombrait de tout ça, puisqu'on pouvait "parfaitement" se débrouiller sans ces trucs quand-même assez difficiles à justifier au-delà des noms désignant des êtres humains, puisque d'une langue à l'autre, un même objet pouvait être soit masculin, soit féminin.
    Et ce neutre allemand qui complique encore un peu plus une logique déjà boiteuse à mes yeux.

    Ainsi, au-delà de toute étude, je me dis que chaque langue européenne a son histoire propre, une évolution plus ou moins anarchique, avec des tentatives d'encadrement dès le 17ème siècle.
    A ma connaissance, le domaine du français est plus normé que celui des autres langues et les affrontements entre les Anciens et les Modernes sont plus explosifs.
    L'anglais évolue dans tous les sens, dans une sorte de foisonnement très peu contrôlé. Je ne le comparerai même pas à un jardin à l'anglaise ! C'est plutôt une sorte de forêt tropicale, puisque tout le monde y va de son accent, de ses créations, de ses versions.
    Le français ressemble à un jardin à la française. Rien ne doit dépasser, tout doit être pensé, structuré et fidèle aux règles censées être connues et maîtrisées par tous. La plupart des locuteurs sont respectueux de cet état des lieux et leur maîtrise est un marqueur social fort. Les élites ont un sacré avantage ...

    La langue ne peut être dissociée de la culture. Surtout en France, toucher à la langue et l'orthographe n'est vraiment pas anodin. Alors je comprends que la féminisation soit un enjeu si douloureux.
    L'évolution ( s'il y a une) ne peut être que lente. Je pense que la transformation de la réalité devra précéder les changements de la langue. A un moment, il faudra bien se résoudre à appeler les personnes par ce qu'elles sont.
    Ou disons plutôt : nommer les êtres humains par des mots qui les décrivent à peu près correctement.

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