Hommage aux hommes, femmage aux femmes

Ça vient de sortir. C’est plutôt drôle. Et ça ne casse pas trois pattes à un lapin. Pas besoin d’être agrégée de philo pour sortir ce lapin (ou est-ce une lapine?) du chapeau d’OLF et du très féministe Planning familial de Haute-Loire.

hommage,femmage,olf,de haas,vardaSoumission

Tant l’association Osez le Féminisme que l’agence du Planning ont rendu un « femmage » à la cinéaste Agnès Varda, récemment décédée. Femmage? La dernière trouvaille pour extirper le grand méchant patriarcat du langage où, déguisé en agnelet linguiste, il opprime la fragile Caroline de Haas au bord du shut down.

Le Wiktionary l’a déjà « validé »:

« Hommage fait à une femme, dans un contexte féministe. »

Deux ou trois choses à propos de cette distorsion langagière – car c’en est une.

Premièrement, qui pense à un homme en rendant hommage à Marie Curie, Simone Veil ou Alexandra David-Néel? Personne. Il n’y a ni erreur ni confusion possible.

J’entend déjà la Gorgone en chef: Oui mais la racine hom- c’est encore la « domination masculine », et toussi toussa, et gna gna. 

Deuxièmement, pourquoi Caro ne lit-elle pas le dictionnaire? Le sens premier du mot hommage est, selon le cnrtl.fr et altrii:

« Promesse de fidélité et de dévouement absolu d'un vassal envers son seigneur. »

À l’origine cela n’a rien à voir avec une quelconque discrimination sexiste. Il signifie la soumission totale d’un homme d’arme à son maître. Les guerriers étant des hommes (pour des raisons déjà évoquées de préservation de l’espèce par la préservation des femmes), ce sont eux qui pouvaient offrir ce gage de leur personne à un seigneur.

Le site Le Bon Usage précise par ailleurs:

« J’en suis désolé : la langue française interdit à une femme de présenter ses hommages !

 

 

hommage,femmage,olf,de haas,vardaL’hommagée

L’explication en est évidente : le terme est formé sur le mot homme, mais la raison en est plus précise. Le suffixe -age désignant une action (laver, lavage), l’hommage est le fait de devenir l’homme d’un seigneur féodal, c’est-à-dire son vassal.

Il s’agissait au moyen âge d’une des procédures les plus éminentes de la féodalité :  la promesse de dévouement absolu d’un vassal envers son seigneur. Cet engagement social et politique ne concernait, bien sûr, que des hommes. »

Le mot hommage a peu à peu glissé vers un sens plus général:

« Marque, témoignage de respect, de reconnaissance, de gratitude envers quelqu'un ou quelque chose. »

À l’époque moyenâgeuse le fait d’être un homme conditionnait le sens de cette marque de respect et d’allégeance. Puis ce sens s’est étendu en se retirant de son objet d’origine. Aujourd’hui il s’applique dans toutes situations non identiques socialement mais qui ont en commun l’objectif de valoriser quelqu’un ou quelque chose, de montrer son respect et l’importance de « l’hommagé ou hommagée » à nos yeux.

Cékoiça? « Hommagé, -ée, adj., dr. féod. Qui est tenu en hommage. Terre hommagée (Ac.).

2. Hommager, subst. masc.,dr. féod. Celui qui devait l'hommage. Emploi adj. Vassal hommager (Ac.). » 

En comparaison je ne suis pas dérangé quand, d’un homme qui pouponne, on dit qu’il materne. Je n’y vois ni sexisme ni matriarcat caché.

 

 

hommage,femmage,olf,de haas,vardaCliver

Le mot hommage a glissé encore davantage quand il a pris le pluriel. Si Mes hommages à votre épouse reste une formule de civilité bien accueillie, Rendre ses hommages à une dame est nettement plus glissant…

Frédéric Dard écrivait en 1952 son quatrième San Antonio, intitulé: Mes hommages à la donzelle. On y trouve des phrases comme celles-ci, lues sur Boulevard Voltaire:

« Moi, les gonzesses qui chialent me courent sur le système glandulaire. » Ou : « Elle essaie de me faire du charme, de me vamper : pour cela, elle veille à ce que le haut de son corsage baille comme un crocodile occupé à lire un roman de Mauriac. »

Plus sérieusement Le Figaro, sous la plume du linguiste Jean Szlamowicz, est fâché. Extrait:

« Dernière fantaisie en date, on a pu lire des militants vouloir rendre un «femmage» à Agnès Varda pour contrer — visiblement sans le moindre second degré — un hommage jugé trop viril. L’irrationalité de tels propos est en soi intéressante pour l’analyse du discours: dans l’usage, le mot «hommage» ne fait pas référence à l’homme. Ce pseudo-féminisme invente du sexisme. C’est un coup de force symbolique qui n’a d’autre effet que de rendre la cause détestable par sa futilité. Pire: cela constitue une intimidation sexiste qui tente de cliver la société pour créer deux camps opposés. Ce sont des initiatives pareilles qui produisent le paradigme sexiste qu’elles récusent! Autrement dit, elles produisent du patriarcat là où il n’y en a pas. Par ailleurs, ces revendications lexicales tournent à vide: qu’un mot possède la racine «homme» ne constitue en l’espèce aucune injustice à corriger. »

 

Avec Caro, la fabrique à grand méchant patriarcat tourne à plein.

 

 

 

 

Catégories : Féminisme, Humour 12 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • "Alexandra David-Neel?" Alexandra David-Néel ! Se prononce Néhel. Son mari idiot utile et bon payeur, sans lequel elle ne serait rien, mais alors là rien du tout, n'était pas anglais mais français.

  • Corrigé!

  • @Géo vous-meme ne seriez rien mais alors rien du tout sans votre maman qui vous a mis au monde et votre papa dont l`argent vous a permis de vivre assez longtemps pour faire des études. Nous sommes tous interdépendants mais cela ne nous empeche pas de nous accomplir et d`apporter quelque chose a la société, ne croyez-vous pas. Avez-vous au-moins lu les livres de ADN?

  • Homme libre est-il homme-lige d'une reine?

  • Pardon... j'ai oublié: rendre ses hommages n'est pas du tout glissant.

  • "Avez-vous au-moins lu les livres de ADN?" Connaissez-vous le CV de ADN ?

  • Du moment que la langue accepte omelette et femmelette... Pourquoi chipoter?

  • Chassez le naturel, il revient au galop...:-)

    https://www.20minutes.fr/planete/2490595-20190412-marche-climat-bouffe-chatte-planete-quoi-eco-feminisme

  • hommelibre

    "(pour des raisons déjà évoquées de préservation de l’espèce par la préservation des femmes)"

    pourtant j'en ai vu dans la série Vikings !!!

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Katheryn_Winnick
    À vingt-et-un ans, elle maîtrise trois styles d'arts martiaux différent et devient garde du corps2, ce qui de son aveu lui a été très utile pour son rôle dans la série télévisée Vikings.[réf. nécessaire] Puis, elle décide d'entamer une carrière d'actrice et suit des cours d'art dramatique pour tenter sa chance au cinéma.

    trêve de plaisanterie

    http://www.air-defense.net/forum/topic/18025-les-%C3%A9normit%C3%A9s-et-clich%C3%A9s-du-cin%C3%A9ma-et-s%C3%A9ries-t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%A9es/?page=2

    "ce qui est devenu, environs depuis les années 90, un code ultra-dominant, sinon absolu: les femmes gagnent toujours un combat contre un homme (ou plusieurs, ou plein) à l'écran. C'est désormais une convention (et si ça arrive pas de façon quasi permanente, c'est du sexisme). Ca se voit en séries, en films, et dans d'autres spectacles (démos d'arts martiaux, comme le Gif plus haut, diverses ligues de catch....)"

    à ces époques là la force physique était primordiale, donc une femme, avec le dimorphisme sexuel important entre hommes et femmes n'avait aucune chance face à un guerrier homme.

  • suite

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Patriarcat_(sociologie)

    Selon Colin Spencer, le patriarcat apparaît avec la fin du nomadisme. Le nouveau mode de vie sédentaire aurait entraîné la nécessité de protéger l'accumulation des richesses alors que ce n'était pas nécessaire auparavant. La nécessité de protéger la richesse (accumulés pas la sédentarité) entraîna l'obligation d'une organisation militaire. Les hommes s'attribuèrent les tâches politiques et militaires puisqu'ils étaient physiquement plus forts* et parce que les femmes étaient en meilleure position pour s'occuper des enfants**. Bref, l'ensemble des pouvoirs politiques tombèrent dans les mains des hommes avec l'apparition de la sédentarité.
    • NB justification patriarcale d'une inégalité sociale massive : le monopole des affaires publiques, des moyens de productions et des moyens symboliques; cf. à ce propos Paola Tabet, les mains les outils les armes, in La construction sociale de l'inégalité ...
    • On voit mal comment un fait relevant de la physiologie pourrait être une "justification patriarcale". Le dimorphisme sexuel existe bel et bien dans l'espèce humaine. Les hommes sont en moyenne plus grands (de 10 cm), plus lourds (d'une dizaine de kilos) et plus forts (ils possèdent une masse musculaire nettement supérieure et une moindre masse graisseuse que les femmes, notamment sous l'effet anabolisant des androgènes). La force physique allant de pair avec la masse musculaire, la taille et le poids, la force isométrique maximale (moyenne de 25 groupes musculaires) de la femme moyenne ne représente que 60% de la force isométrique maximale de l'homme moyen (source Traité de physiologie de l'exercice et du sport, éditions Masson, 2002). Ces différences sont par ailleurs plus importantes pour les muscles du haut du corps (bras, épaules) que pour les muscles des jambes.

    o NB cette affirmation n'est motivée par rien : c'est la division sexiste du travail qui explique les affinités électives des individus à certaines tâches : les productives et socialement et économiquement valorisées sont attribuées aux dominants, les tâches répétitives et gratuites, absorbées dans l'économie virile, sont dévolues aux femmes (entretien matériel des enfants et des invalides du groupe, entretien matériel des hommes valides du groupe... pour la description du rapport d'appropriation totale que constitue la division sexuée du travail1.
    o "division sexiste du travail" est à nouveau une expression peu scientifique. On lui préfèrera l'expression "division sexuelle du travail". L'idée selon laquelle les femmes sont "en meilleure position pour s'occuper des enfants" ne semble pas tant manquer de motivation que cela ! En effet, les humains sont des mammifères et comme dans toutes les espèces mammifères (par définition pourrait-on dire) la mère nourrit le nouveau-né de son lait après l'avoir porté dans ses flancs. Ce qui est plutôt rare dans la nature, ce sont les espèces où les mâles se préoccupent des petits.

  • Bonjour HL,
    Ce néologisme m'amuse plus qu'autre chose. La langue est en éternelle transformation et seul le temps garde ou fait disparaître les "inventions". Je doute que celui-ci persiste, prenons-le du côté ludique.
    Je me demandais si "homologue" par exemple allait prendre le même chemin;-)
    Bon week-end John, ciel bleu par ici.

  • Bonjour Colette,

    Cela m'amuse aussi.
    Le tri du temps est adéquat, il est lent, et un néologisme doit trouver sa place. J'apprécie cependant de chercher si le nouveau mot a une construction solide, s'il représente quelque chose d'immédiatement identifié et dont les connotations plus ou moins familières nous parlent bien.

    Ici le but me paraît publicitaire. OLF a besoin d'être vue pour justifier des demandes de subventions, et pour gagner une influence politique.

    Ici ciel bleu aussi, avec un petit vent cru. Avril est frisquet. Bonne soirée.

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