Mazda droite dans ses jantes face au camp du bien

La firme nippone l’a fait. En pleine frayeur climatique et anti-bagnoles il fallait oser. Cette pub iconoclaste, à contre-courant et provocatrice, joue sur la rupture d’avec les nouveaux codes vertueux et sur le retour du désir.

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La pub de la nouvelle Mazda CX-5 propose de rouler pour rouler. Horreur! Malheur! Alors que les sirènes de l’Apocalypse hurlent jusque dans le port d’Alexandrie, Mazda se paie le luxe d’un éloge de l’inutile!

C’est pire que l’Holocauste l’Hollowcost des vols bons marchés, cibles des Verts. Et cibles de  Greta Thunberg, le miracle annoncé par le très bien sur lui Yann Arthus-Bertrand. L’écologie est une nouvelle religion.

Car quoi de plus inutile et païen, voire athée, que de rouler pour rouler? C’est pourtant le sens du slogan de Mazda: « Quand rouler devient une fin en soi ». La bagnole est érigée en icône, coupée de son utilitarisme social ou professionnel.

Elle retrouve l’un de ses moteurs culturels premiers: la liberté et la facilitation des déplacements. Ici l’objectif n’est pas utilitaire: c’est le rêve, et le désir de liberté qui vient contrer l’utilitarisme moralisant. Si socialement beaucoup de gens diront que ce n’est pas bien de rouler pour rouler, à cause du gaspi, toussa toussa, beaucoup d’autres aspirent secrètement à cette liberté.

C’est à ceux-ci que la pub adresse cette image positive. La bagnole, cette malédiction puante, envahissante et énergivore, redevient une automobile.

Au fait, est-ce bien de rouler pour rouler? Cela m’est arrivé. Partir sans savoir où – mais suivre le soleil! Trouver un coin agréable et s’arrêter pour un soir ou davantage. Poser la tente, ou dormir dans l’habitacle (vivent les breaks). Rouler pour son plaisir, comme un marcheur marche par goût plus que par besoin. Chacun fait ce qu’il veut.


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Mais l’époque est à la moralisation, à la vertu ostentatoire, à la police du comportement. Vous êtes bien si vous dites que vous êtes bien et que vous soutenez visiblement les marqueurs du bien (et tant pis pour ce que vous faites par derrière). Par exemple la voiture c’est un marqueur du mal, alors qu’aimer la PMA pour tous c’est bien. Simple, non?

La pub Mazda ne plaît pas à tout le monde. Elle est carrément incorrecte, selon la moderne correctitude. Ainsi ce site pro-vélo:

« Qui s’étonnera que la première saleté publiée ici soit celle d’un vendeur de bagnoles ? (…) Rouler pour rouler. Je roule, tu roules, il roule, elle roule, nous émettons des tonnes de CO2 pour satisfaire nos petits fantasmes égoïstes. Et enrichir patrons et actionnaires. »

Saleté, bagnole, tas de ferraille, fantasmes égoïstes, des termes pour cracher sur la bagnole et culpabiliser les automobilistes. Ouaip. Moi je pense que le certificat de bon comportement écologiste est tout aussi égoïste.

Cette pub célèbre sans complexe les noces de la voiture, de la nature et de la liberté. La voiture près d’une route au pied des massifs, c’est une grosse provocation: Mazda étale sur des affiches un désir devenu presque inavouable.

Notez qu’en montagne, des groupes de vététistes sur les sentiers et chemins forestiers, c’est moins bruyant et malodorant qu’une automobile (à part la sueur) mais néanmoins très chiant pour les marcheurs.

Il y a plus d’un siècle Alphonse Allais, l’humoriste français, proposait de construire les villes à la campagne pour les désengorger et les rendre plus propres. Dans la même idée on pourrait envoyer les voitures à la montagne. Les villes seraient plus tranquilles.


 

Si l'on n'a pas les moyens d'acheter une Mazda, on peut acheter un Gilet rouge, un casque et un vtt rouge. C'est aussi très joli à la montagne:

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Catégories : Humour, société 17 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Si j'en avais les moyens, j'achèterais un Mazda pour ... à défaut d'une Bentley. Je dépasserais ainsi, dans quelque temps, nos écoliers en voyage de fin d'année à pied pour Compostelle, Barcelone, Berlin, Pairs, quand on aura fait les calculs adéquats pour interdire aussi le train.

  • L'évolution technologique a permis une diminution spectaculaire de la consommation d'essence, à tel point d'ailleurs que l'impact écologique est remis en question avec les véhicules hybrides lorsqu'on prend en compte tous les paramètres de gestion des déchets notamment lorsqu'il faut recycler les batteries.
    Au delà du plaisir de piloter qui peut déjà être éprouvé de manière très réaliste avec les simulateurs, il s'agit de comprendre que les déplacements en voiture sont nettement plus avantageux que par les transports publics en général et le train en particulier.
    J'ai fait le calcul pour un voyage seul Genève-Zürich-Genève j'ai dépensé le prix du billet demi-tarif en essence. Il faut évidemment ajouter une modeste somme qui couvre l'usage et l'amortissement du véhicule mais il faut comprendre que j'ai déjà payé moitié prix par l'abonnement demi-tarif et le prix des billets de train est subventionné à 50% donc je paie la différence par les impôts.
    Dès la deuxième personne les économies deviennent spectaculaires. Et je ne parle pas des avantages lorsque vous allez par exemple à la montagne avec skis, équipement, valises etc.
    La voiture a encore de belles années devant elle et je dénonce vigoureusement ceux qui l'enterrent un peu tôt en imposant leur dictature bien-pensante sur les usagers qui ne peuvent tout simplement pas envisager d'alternative.

  • @hommelibre,

    Avec tout ce que j'écris sur les 4x4, depuis des années, je me dois de réagir ! ;-)))

    C'est effectivement très à contre-courant de faire une telle pub. On verra bien ce que ça donne, puisque c'est le marché qui décide. Mazda va peut-être faire un carton au nom d'une idée de la liberté.
    J'ai vu cette pub et je me suis juste dit : C'est ringard.
    L'idée qu'il faille monter sur des chemins de montagne en tout-terrain et que c'était le signe de la liberté suprême.
    Le monde de la pub a ses raisons que la raison ne connaît pas.
    Et que dire de l'expérience de monter à un sommet à la force de ses mollets ?
    A chacun ses aspirations et ses moyens pour parvenir à les réaliser.

    Pour moi, cette pub fait partie de ceux qui vantent tous les produits-miracle qui sont censés nous rendre heureux, beaux et meilleurs.
    Il y a aussi un camp du bien dans l'univers de la pub !

  • Oui, enfin, le site pro-vélo en question est tout de même un must de l'extrémisme à tout point de vue. On ne peut pas vraiment dire que, quelque soit le sujet (car il commente pas mal de pans sociétaux, toujours de son petit bout de lorgnette s'entend) les avis de ce garçon ne sont pas très équilibrés ou tolérants.

    PDO

  • Il n'y a jamais de bouchon dans les publicités d'automobiles. On nous vend du rêve.

  • "L'idée qu'il faille monter sur des chemins de montagne en tout-terrain et que c'était le signe de la liberté suprême"
    Je ne pense pas qu'il existe beaucoup de monde en Suisse qui aurait le culot de faire ça. Il y beaucoup de pierres sur les chemins de montagne...
    J'ai rencontré dans ces circonstances il y a une trentaine d'années un type qui faisait du hors piste avec son 4x4 sur une piste de ski en été. Je l'ai arrêté et je pense avoir été très dur et très agressif. Je pourrais mettre ma main au feu que c'était un célèbre animateur de télévision en Suisse romande. Il était très arrogant et sûr de lui et je crevais de rage. Mais son 4x4 était plein d'enfants et lui casser le nez aurait été du plus mauvais goût en ces circonstances. Mais ce n'est pas passé loin. Et de nos jours, cela se passerait très mal pour cette sorte de gens.

  • PDO, j'ai repris un site un peu extrême en effet. Ce n'est cependant pas un cas isolé, et c'est un peu la musique de fond de beaucoup de pro-vélos. À Genève les manifestations régulières à vélo, les "critical mass", se déroulent depuis des années dans un climat d'affrontement.

    Perso j'aime le vélo et j'en fais autant que possible, par plaisir en même temps que par besoin. Je suis donc acquis à son usage large y compris en ville.

  • Je ne pense pas que le site de pro-vélo soit extrême. Tout au plus la prise de position sur ce sujet qui n'engage que son auteur.
    Et j'observe que Rolin Favre en est le vice-président et il défend envers et contre tous la boucle de Weibel. C'est assez courageux pour le relever.
    http://wavrerolin.blog.tdg.ch/archive/2019/02/24/cornavin-l-extension-est-elle-vraiment-la-bonne-solution.html

  • @ Riro & Calendula: oui, c'est du rêve. C'est beau, tout y est beau, pas de bouchons, pas de camion.

    Ce rêve est fort. Ici il est mis en opposition tacite avec tout ce que l'on trouve aujourd'hui de limitations, de règlements, d'injonctions morales. Et forcément, avec une telle voiture, on sera "bien" au volant. S'il y a un camp du bien dans la pub, Calendula, c'est moins un "bien" moral qu'un bien qui vient du plaisir personnel de conduire une telle auto. Enfin il me semble.

  • @Calendula: oui, ringard, bon... mais comme disait l'autre, c'est un peu court tout de même.

    Ne pas oublier que ce qui est tendance aujourd'hui constitue le ringard de demain. Et qu'on sera tous potentiellement le ringard de quelqu'un, qui sera plus avancé que nous dans l'adoption des nouvelles modes.

    Donc, ces considérations sont bien futiles. Et si l'on s'attachait simplement à ce qui nous fait plaisir, à nous, en laissant les autres choisir leurs propres centres d'intérêt, sans les juger ni les dénigrer.

    Personnellement, sortir dans une boîte de nuit m'assomme, je n'y trouve pas le moindre intérêt ni plaisir. De même, je m'emmerderais profondément si l'on me mettait devant la télé pour regarder un match de la ligue des Champions avec une bière à la main. Mais de quel droit devrais-je mépriser celles et ceux pour qui ces plaisirs sont essentiel?

    Laissez donc chacun choisir, tant qu'il ne porte pas atteinte à votre propre liberté.

  • @ O. Levasseur,

    Le fait que trouve cette pub ringarde ou irréaliste ne veut pas dire que je cherche à interdire !
    Exprimer une crirtique , même si elle n'est pas assez argumentée à vos yeux, ne signifie pas que je suis en train de monter sur une barricade.
    Le commentaire de Géo est à lire attentivement.
    Il n'est probablement pas interdit de faire de la Mazda sur une piste de ski en été, mais est- ce que le randonneur passant par là au même moment devrait se dire, de façon zen :
    "Je respecte la liberté de cette personne de s'éclater en voiture ici, d'autant plus que la pub lui a promis cette possibilité. Je chercherai un endroit plus reculé la prochaine fois pour ne pas devoir cohabiter avec la liberté de ce genre d'automobiliste qui a besoin de venir ici. C'est à moi de faire l'effort."
    On pourrait se demander quelle montagne on aimerait avoir...
    La voiture n'est pas une vache sacrée, à la rigueur une vache à lait.

  • @ P. Jenni,

    Afin que le calcul des frais soit vraiment complet, ne faudrait- il pas prendre en compte le fait que les routes et autoroutes, murs anti- bruit etc sont financés par l'impôt, donc chacun de nous? Comme c'est le cas en partie avec les CFF.
    De plus, on paie une vignette, qui est certes pas d'un prix dissuasif.
    A part ça, je suis complètement d'accord que le train est vraiment très cher !

  • Bonjour John,

    Rien à voir avec Mazda et les vilains 4x4 qui sillonnent nos verts pâturages, vous publiez ou non.

    Vous citez Alphonse Allais avec son aphorisme tapé au coin du bon sens sur les villes à la campagne. Il fut certes l’humoriste que l’on connaît (mal), parfois assez corrosif pour les institutions comme en témoignent son canular pictural ou sa Marche funèbre (liens ci-dessous), mais il fut aussi l’inventeur du café lyophilisé avant Nestlé qui racheta le brevet dans les années 30 pour lancer son Nescafé, il fut également, aux déjeuners servis chez Lucien Guitry, le plus délicieux des convives, compagnon un peu lunaire de Jules Renard et Tristan Bernard, un peu trop porté sur l’absinthe hélas, ce qui abrégea son existence.

    Toute l’histoire de cette amitié à cinq (il y avait pour compléter le quintette le directeur du Figaro de l’époque, Alfred Capus) est montrée à partir de leurs réparties dans une pièce qui se donne actuellement à Paris « Et si on ne se mentait plus ? ». Le texte pétille d’intelligence, les acteurs sont épatants dans leur rôle respectif (ah, la diction !) et cela a encore le mérite de finir dans l’émotion. Assez rare dans le théâtre d’aujourd’hui pour être souligné.

    C’était l’intermède théâtral de la rubrique autos.

    http://classes.bnf.fr/essentiels/grand/ess_2004.htm

    https://www.youtube.com/watch?v=LCOMrTyorkc

  • Personne n'est obligé d'acquérir une auto, n'est-ce pas?
    Pourquoi ces verts miliciens de la mobilité doivent-ils être si aigris, agressifs dans leurs propos, et parfois dans le monde réel.
    Quelle sera la prochaine cible des savonaroles climatiques? La machine à laver peut-être. Quelle meilleure façon d'entretenir le lien social que d'aller frotter son linge sale au quai du Seujet ou à la lavoir du village. Economies d'eau potable et d'électricité garanties.
    Basta ya que el verde mande!

  • Merci pour ces infos Gislebert.
    Ce serait bien de retrouver l'esprit de ces personnages et de se moquer davantage des nouvelles précieuses et des savants paranoïaques.

    Allais avait aussi formulé cette question qui est une de mes devises: "N'être qu'un, oui, mais lequel?"

    Bien à vous Gislebert.

  • Calendula, mon commentaire sur la ringardise se voulait plus générique qu’une simple défense du droit de dévaler des pistes de ski en 4X4 ;-) (d’ailleurs je n’ai jamais fait cela, n’ayant moi-même pas de 4X4...) Bien sûr je ne vous reproche pas un volonté d’interdire (que je n’ai pas décelée dans vos propos, contrairement à ceux de Géo), mais plutôt une certaine condescendance qui me semblait en l’état un peu déplacée.

    Je ne suis moi-même pas exempt de reproches sur le fait de juger les activités des autres, comme tout le monde j’ai tendance à me laisser aller à regarder de travers ceux qui n’agissent pas comme moi ni n’ont les mêmes centres d'intérêt... mais au fond, je pense qu’on devrait tous mettre cela de côté et tenter de considérer avec un regard bienveillant ce qui passionne nos semblables, à défaut d’y adhérer, pourvu que cela n’aille pas à l’encontre du bien-être des autres, c’est une des clefs pour une société apaisée (non, je ne prononcerai pas les mots « bien vivre-ensemble »!)

    En l’occurrence, s’il s’agit de mettre fin à une activité de loisir particulière, ce ne sera pas sous le reproche de ringardise; la seule raison pour ce faire doit être une atteinte fondée à l’intérêt général.

  • @olivier levasseur,

    Mon "ringard" ne se se voulait pas plus générique que cette pub-là ! S'il n'y avait pas eu le panorama montagnard, le message aurait été différent.
    Je trouvais ringard d'en être encore à vouloir induire l'idée que la place d'une voiture serait en haute montagne et que ce serait un plaisir à découvrir, qu'il faudrait s'acheter une 4x4 pour accéder au plaisir de conduire ( puisqu'il n'y en a plus ailleurs). Cela me semble relever d'une idée dépassée.
    J'accepte tout à fait qu'on puisse penser le contraire, mais il ne faut pas me demander d'avoir une bienveillance pour ce genre de désir ou besoin.
    Je ne suis pas anti-voiture, je trouve seulement qu'il y a une place pour chaque chose et à mon humble avis, la place de la voiture n'est pas en montagne, pour le plaisir. Pour le travail ou pour accéder à une habitation c'est autre chose.

    "Ringard" ne me semble pas être un terme très violent. On peut parfaitement assumer d'être ringard. J'ai 63 ans, il m'arrive très souvent d'être ringardisée et pour le moment, je m'en relève ! ;-))

    Je comprends bien le désir de rouler, le plaisir d'être au volant. Je suis automobiliste moi-même.
    Mais comme ça a déjà été dit par d'autres ici, la quantité de voitures en circulation est en train de tuer le plaisir de rouler. Et je ne parle pas de la ville, car ça n'a jamais été le lieu de la conduite de plaisir, mais plutôt l'espoir d'arriver le plus confortablement et rapidement d'un point à un autre.
    A la fin des années 60-début des années 70, il m'arrivait de faire le tour du lac en voiture avec mon père, le dimanche. C'était pour le plaisir de voir du pays, on discutait et mon père adorait conduire. J'en garde d'excellents souvenirs.
    S'imaginer faire ça aujourd'hui ? Je n'arrive pas à trouver de créneau favorable... Le dimanche entre 5 et 9h du matin, peut-être ?
    Le problème n'est pas la bienpensance, mais l'encombrement.
    Oui, on pourrait élargir les routes - mais à quel prix et au détriment de qui ?
    Pour reprendre vos mots "pourvu que cela n’aille pas à l’encontre du bien-être des autres".

    Une pub pour voiture me revient souvent à l'esprit, et pas seulement sur la route :
    "Et si le vrai luxe était l'Espace ?" (Je ne sais plus s'il faut écrire "espace" avec majuscule ou minuscule.)
    Ça, ce n'est pas un slogan ringard, et pourtant, il a au moins 10 ans ! :-)))

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