Fonte de la calotte groenlandaise : l’effet loupe

C’est l’une des dernières études parues depuis l’été dernier. La calotte glaciaire du Groenland a fondu quatre fois plus vite que prévu entre 2003 et 2013. Ce serait un effet direct et rapide du réchauffement actuel de l’atmosphère.

Groen19-01.jpgEmballement

Dix ans d’étude sur le comportement de l’inlandsis c’est court. À l’échelle climatique c’est quelques secondes. Mais l’effet loupe permet d’amplifier notre perception du phénomène. Sans pouvoir dire si ce phénomène est ponctuel ou significatif d’une tendance longue, voire irréversible, éventuellement causée par les activités humaines.

La fonte des glaces est tributaire de la température de surface. Celle-ci dépend des vents, des pressions – donc des masses d’air en circulation, de l’ensoleillement, et des courants océaniques qui la baignent. On connaît la température moyenne de la surface de l’île depuis 1880 environ.

L’image 1 (clic pour agrandir) a été réalisé par Troels Bøgeholm Mikkelsen et al., de l’Institut danois pour les glaces et le climat. Il fait référence dans son domaine. Sur cette image la moyenne lissée est en rouge, le tracé bleu montrant l’importance des variations.

Groen19-5-1000ans.jpgOn constate de nombreuses variations avec un battement maximal de plus de 20 degrés dans la ligne brisée bleue. Ces variations annuelles apparaissent dans des périodes qui ont la même tendance. On voit aussi des périodes plus chaudes et d’autres plus froides. De 1940 à 1990 la tendance est à la baisse alors que le CO2 est déjà relâché massivement dans l’atmosphère.

Il est difficile de parler d’un emballement actuel vers le chaud en lisant ces données. Le recul de 140 ans relativise l’effet loupe. Mais 140 ans est encore un autre effet loupe en regard d’une période de 1’000 ans.

 

 

Groen19-03.jpgVariations

L’image 2 (document NOAA, source ment. sur l’image) associe les températures en vert et l’irradiations solaire  en noir, reconstituées, sur 1’000 ans. Notre période actuelle est dans une logique et une marge de variations déjà repérées dans le passé.

L’image 3 (relevés GISP2 source NOAA et François Gervais, réviseur du dernier rapport du Giec) représente les températures cette fois sur 6’000 ans. Elles ont été reconstituées entre autres par les carottes de glace.

On retrouve toujours un battement, comme une respiration du climat, et des variations très brusques de l’ordre de quelques décennies. Avec 6’000 ans de recul l’effet loupe est annulé. Notre période serait même parmi les plus fraiches de ces dix millénaires.

Avec encore plus de recul les températures montrent des variations importantes et parfois brusques. Selon un article du CNRS sur le projet de forage GRIP on a même évalué une hausse des températures de 7 degrés en 50 ans à la fin du Dryas récent.

Groen19-04-england.jpgOn ignore comment cela s’est produit. En tout cas les espèces ont survécu et le climat a continué ses variations. Il est cyclique, comme nombre de phénomènes naturels.

Et dans ses cycles la principale menace est le froid. Heureusement nous semblons nous en éloigner.

Une étude sur les températures du centre de l’Angleterre (image 4) montre que le réchauffement est continu et modéré depuis les années 1650, soit trois siècles et demi. Il ne s’agit que d’une région mais c’est intéressant. L’apparition du CO2 d’origine anthropique ne modifie pas fondamentalement cette progression – que certains considèrent comme un rebond naturel et nécessaire, une sorte de correction, après le petit âge de glace.

 

 

Sidération

L’effet loupe sur le Groenland tient aussi au fait que l’on a disposé de peu de données  précises et globales sur le terrain. On grossit le présent sans éléments comparatifs avec le passé.

Depuis les années 1970 et surtout 2000 des satellites mesurent avec plus de précision l’étendue des glaces, leur type et leur masse. Les équipes de chercheurs sont également plus nombreuses.

Groen19-02-gore.jpgMais avant cela que savait-on de la fonte des glaces et des températures du Groenland? Pas de quoi avoir une base de référence indiscutable.

Cela signifie que l’on ignore si de telles années de fonte ont déjà eu lieu dans le passé et si, à d’autres périodes récentes, l’inlandsis a repris de la glace.

L’île a connu une très longue période quasiment sans précipitations en ce début de XXIe siècle, et ce malgré le réchauffement. Il est normal qu’elle ait perdu de la masse. Très récemment la neige est revenue en abondance. Ce sont les variations, bien visibles dans une mise en perspective.

L’effet loupe permet de grossir un fait ou un événement hors de sa mesure réelle. Il est utile pour une étude précise et bien délimitée d’un sujet. Mais on ne peut en déduire une tendance longue et encore moins en tirer une prédiction pour 2100 ou 2500. Or aujourd’hui il est pratiqué massivement.

Loin de la sidération produite par l’effet loupe, la mise en perspective est une bonne source de questionnements sur une vérité moins unique qu’on ne le croit.

 

 

 

 

 

4 commentaires Lien permanent

Commentaires

  • Comme nous ne nous trouvons plus dans un débat scientifique mais dans l'affirmation de dogmes ne reposant que sur des croyances, il est hélas vain de vouloir faire réfléchir les gens qui boivent les paroles du dieu GIEC tel un élixir censé calmer les ardeurs d'un réchauffement voué à notre punition collective.

    Encore un peu et nous serons bientôt mis en examen pour non assistance à climat en danger.

  • Bonjour Homme Libre,

    Comme toujours, bien documenté et illustré votre article.
    On parle souvent du Pôle Nord, des fontes trop rapides, mais jamais je ne lis rien au sujet du Pôle Sud...
    Mais il est vrai que je ne suis pas spécialiste des changements climatiques!

    En ce moment il vente et grêle sur Majorque, pas besoin de loupe pour le voir:-))
    Bon week-end à vous.

  • Bonjour Colette,

    Eh bien le Pôle sud... c'est tout aussi contradictoire. Ç'aurait été trop long de le rajouter au billet, mais j'en ai eu envie. Car là aussi les annonces sont contradictoires. D'un côté la Nasa disait il y a peu que l'Antarctique gagnait de la glace, de l'autre elle en perdrait. Cela dépend en partie de l'angle de vue, de la durée de l'observation, de la grille de lecture initiale. Les chiffres commencent à se mélanger, et ce qui reste hélas c'est une masse confuse et anxiogène d'informations. Je ne dis pas que c'est fait exprès mais à force le crédit à donner à la thèse s'effrite. Ça part dans beaucoup de sens.

    Je garde une autre bizarrerie pour le prochain billet.

    Ici nous avons eu un peu de neige, aujourd'hui c'est brumeux et bien gris. Bonne soirée.

  • Oui Michel, il y a de ça...

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