Pacte des migrations et Aquarius : les routes du sud

L’intention des rédacteurs du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières est certainement bienveillante. On pourrait le résumer ainsi: sécurité pour les émigrants, liberté pour les accueillants. Alors pourquoi tant de résistances?

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Le pacte dit de Marrakech, non contraignant juridiquement, reconnaît la souveraineté des États. Certes l’ONU ne peut pas faire autrement. Mais c’est ici posé comme une base de réflexion sur la question migratoire, sans que des anathèmes moraux ne viennent polluer le débat. Pour l’ONU la souveraineté n’est pas le Mal.

Il affirme par ailleurs ceci: « Les réfugiés et les migrants jouissent des mêmes libertés fondamentales et droits de l’homme universels, qui doivent être respectés, protégés et exercés en toutes circonstances. »

Il invite à poser un cadre pour traiter les mobilités non désirées, c’est-à-dire l’immigration illégale. Il recommande d’en faire davantage pour atténuer les défauts structurels qui poussent les émigrants au départ, et pour améliorer leur retour au pays d’origine.

Ce Pacte des migrations use d’un langage surprenant pour un texte onusien. On peut lire par exemple:

« Nous nous engageons à donner aux migrants et aux diasporas les moyens de renforcer leur contribution au développement, ainsi qu’à tirer parti des avantages que présentent les migrations pour le développement durable, et réaffirmons que les migrations recouvrent des réalités multiples qui revêtent une grande importance pour le développement durable des pays d’origine, de transit et de destination. »

En quoi le départ de milliers de cerveaux et de bras est-il un avantage pour le pays d’origine? Et pour les pays de transit? Que vient faire le développement durable dans cette affaire, sinon introduire l’angoisse climatique dans cette problématique?

 

 

pacte des migrations,afrique,onu,europe,aquarius,giono,troupeau,harcèlement,immigration,le pen,marrakechConditions favorables

L’ONU n’en dit rien mais insiste:

« Collecter, analyser et exploiter les données sur les effets des migrations et les avantages qu’elles présentent et sur les contributions des migrants et des diasporas au développement durable »

L’agence insiste sur les avantages et veut « optimiser l’ensemble des avantages de la migration, tout en tenant compte des risques et des difficultés auxquels elle donne lieu pour les individus et les communautés des pays d’origine, de transit et de destination. »

On parle cependant peu des problèmes soulevés par le grand nombre de migrants et par la voie d’illégalité choisie et perpétuée. Certains y voient l’établissement d’une autoroute à l’immigration, comme le suggère par exemple le libellé de Wikipedia:

« Le texte indique qu’il faut « créer des conditions favorables qui permettent à tous les migrants d’enrichir nos sociétés grâce à leurs capacités humaines, économiques et sociales ». Il souligne le fait que les États doivent porter secours aux migrants empruntant des itinéraires dangereux. »

Parmi les conditions favorables le pacte propose d’organiser mieux les départs, de baliser les grandes routes des migrations, de faciliter le regroupement familial, de dispenser des aides diverses, entre autres. Les besoins sont énormes – infrastructures, formation, santé – qui conditionneront le développement de l’économie et donc de la véritable indépendance des nations africaines.

 

 

pacte des migrations,afrique,onu,europe,aquarius,giono,troupeau,harcèlement,immigration,le pen,marrakechHarcèlement

Ce pacte est qualifié « d’immigrationniste »par les opposants, dont Marine Le Pen qui le dit ignominieux (décidément je déteste la rhétorique grailleuse et martyroïde de MLP). Il faciliterait trop les déplacements illégaux, la solution proposée paraissant être de légaliser l’illégalité, qui ainsi ne serait plus un problème.

L’ONU a tort de mentionner à plusieurs reprises les avantages de l’immigration. Elle n’a pas à en faire la promotion. Elle doit se contenter de proposer l’organisation des conditions matérielles des populations en mouvement, et de tenir compte des populations d’accueil. Cette promotion faite par l’ONU est un biais majeur du texte. Plus: une sorte de contrainte morale déguisée.

Pourtant la mobilité et les migrations ont toujours existé, par les échanges commerciaux entre autres. Il semble logique que les personnes disposent de la même liberté de mouvement que les biens.

Il faut cependant faire une distinction entre les départs choisis, même s’ils sont dûs à une mauvaise situation économique du pays, et les réfugiés qui quittent leur maison sous la menace des armes. Tendre la main à un réfugié d’un pays voisin, lui offrir l’hospitalité jusqu’à ce qu’il puisse retourner dans son homeland, c’est normal et c’est bien.

L’immigration économique n’entre pas dans ce cadre. Les migrations économiques doivent être traitée en amont, dans le pays de départ, par les ambassades des pays d’accueil. C’est une règle planétaire. Forcer la main, outrepasser ces règles, venir en masse aux frontières, c’est une forme de harcèlement. On ne respecte pas les décisions souveraines des européens.

 

 

pacte des migrations,afrique,onu,europe,aquarius,giono,troupeau,harcèlement,immigration,le pen,marrakechLe grand troupeau

La régulation de l’immigration a pour objectifs de choisir les compétences et l’origine d’immigrants potentiels ainsi que d’assurer que l’on dispose des conditions et infrastructures nécessaires à leur bon accueil et intégration. Cela suppose d’en limiter le nombre. Il n’y a rien de mal à cela. Tous les pays font pareil. Le problème migratoire est avant tout un problème de nombre de personnes. Plus celui-ci est important plus le risque de communautarisation est grand. Or en invitant à protéger les routes migratoires le pacte onusien semble valider cette immigration illégale et veut la rendre légale.

Il manque un pan majeur et des moyens pour que le pacte soit autre chose que la chronique du grand troupeau ou l’aménagement des routes de l’exil. Je fais référence au titre d’un roman de Jean Giono. Ce roman parle de la guerre 1814-1918.

Selon Wikipedia:

« Le titre du roman joue sur la métaphore du bétail humain qu’est devenue la masse de soldats broyés dans la guerre et qui fonctionne en miroir avec l’immense troupeau de moutons qui dans les premières pages du roman descend à marche forcée de l’alpage car les bergers sont mobilisés pour aller à la guerre. (…) … un récit qui alterne les scènes au village où les femmes et les vieux assurent les travaux agricoles dans l’affrontement à la nature vivante et dans la frustration des désirs, et les scènes au front dans la violence des combats ponctués par les morts, les mutilations volontaires ou encore les désertions dans la recherche de la survie primitive. »

 

 

pacte des migrations,afrique,onu,europe,aquarius,giono,troupeau,harcèlement,immigration,le pen,marrakechAge of Aquarius

 

En Afrique ou en Amérique du sud les émigrants sont comme ce grand troupeau. Ils laissent les femmes et les vieux au village et partent sans savoir s’ils arriveront, comme à une loterie. Leurs routes sont creusées par cette étrange transhumance. Ils dépensent des milliers d’euros pour leur exil.

De l’argent qui va aux mafias et non au pays, des bras et des cerveaux qui partent en masse, la nouvelle traite négrière qui s’est développée en Libye, la noyade pour beaucoup d’entre eux, la zone pour ceux qui arrivent en Europe. Bref: les migrations illégales sont une plaie pour tous les acteurs.

L’Aquarius, le bateau de SOS Méditerranée et MSF a cessé ses activités faute de pavillon. Les déboires qu’il connaît servent encore à accuser les européens. Il faut être prudent avec ce jeu des accusations: elles ne font que durcir les positions et préparer d’autres vagues de Gilets jaunes ou assimilés.

L’Aquarius a sauvé nombre de personnes migrantes de la noyade (30’000 selon les estimations). Mais combien de morts a-t-il provoquées par appel d’air, en incitant implicitement les candidats à la traversée? On l’ignore.

Que l’on me comprenne bien. À la place des responsables de l’Aquarius il me serait insupportable de voir des gens jetés à la mer et se noyer dans l’inaction générale. Mais en conduisant les rescapés vers des ports européens on a laissé ouverte la route du supposé Eldorado. Pourquoi l’Europe? On aurait pu conduire ces rescapés dans un port africain, en Égypte ou au Maroc, qui vient justement d’organiser la conférence de signature du Pacte des migrations.

 

 

pacte des migrations,afrique,onu,europe,aquarius,giono,troupeau,harcèlement,immigration,le pen,marrakechTutoyer les grands

Les amener en Europe est une manière de forcer la main au point où l’on se demande si l’association a un intérêt dissimulé à réaliser ses sauvetages. S’il n’y avait aucun bateau le flux cesserait probablement rapidement. Avec des morts, hélas oui, mais pas forcément plus que maintenant. Peut-être même moins. Nos indignations étant limitées dans le temps on s’accommoderait vite de ces derniers morts.

Si l’on ferme l’Europe le flux va probablement se tarir. Et fermer l’Europe n’est pas un mal si sa population se sent menacée. Ce n’est évidemment ni du racisme ni de la xénophobie. C’est la souveraineté, c’est du ressenti, c'est la liberté.

L’Europe donne 20 milliards d’euros par année aux pays africains au titre d’aides publiques au développement. Deux autres programmes totalisent plus de 3,5 milliards d’euros. Sans compter toutes les petites associations qui ont des circuits peu dispendieux – presque tout l’argent récolté auprès de proches va à destination – et des projets locaux traçables.

À cela s’ajoutent les revenus du sous-sol, les taxes carbones payées par les pays émetteurs, les locations de terres vivrières, etc. Pourtant le continent africain donne habituellement une image d’assisté, de dépendant, de non autonome. Où va l’argent? Quelles sont les politiques de développement propre à chaque pays? Questions presque sans réponse.

L’émigration depuis Afrique ou en Amérique du sud sont des mauvaises réponses au mal-développement local. L’accueil en masse en Europe est une forme d’égoïsme: on a besoin de bras pas chers pour le business tout en se donnant bonne conscience.

Avant de sécuriser et pérenniser les routes migratoires, et de légaliser l’illégalité, attendons de voir ce que l’ONU suggérera de concret pour encourager les populations autochtones à rester dans leur pays et s’y développer.

Et malgré ses faiblesses diverses, l’Afrique, pour parler d’elle, aura un jour les moyens de  tutoyer les grands.

Enfin, peut-être, si tous n’en partent pas...

 

 

  

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Commentaires

  • Ce pacte est la pus grande esbroufe du 21 siècle. Si un pacte est non contraignant pourquoi le signer ???

  • C'est surtout la volonté d'accélérer la destruction de l'Europe!

  • Vous êtes un peu gentil avec l'Aquarius. Ce n'est rien d'autre qu'une escroquerie permettant à de pseudo-humanitaires de faire passer illégalement la frontière à des gens qui pratiquent un chantage au suicide assez répugnant. Suffisamment répugnant en tout cas pour qu'on ait envie de les laisser se suicider...

  • Dans le "Camp des saints", Jean Raspail dépeint une gigantesque migration, partie des Indes en direction de l'Europe, et les conséquences de l'arrivée de cette multitude en France. Or, les instigateurs de ce flux migratoire sont des Européens présents dans le sous-continent au titre de l'aide humanitaire ainsi que l'Eglise, qui pensent laver ainsi leur mauvaise conscience d'Occidentaux blancs colonisateurs.
    Or, il me semble que les ONG et l'ONU immigrationnistes d'aujourd'hui sont exactement dans le même état d'esprit que les Européens du livre. Accueillons la détresse du monde et sauvons nos âmes! Rien de bon ne peut sortir de cela.
    Cordialement Jacques Louis Davier

  • Sur votre dernier chapitre;
    L'Afrique doit faire son propre travail, qu'elles se libère de ses potentats qui ponctionne ou détourne l'aide au développement, qu'elle prenne en main sa destinée à sa manière, qu'elle se libère de ses entraves ataviques.

    Mais c'est là que l'organisation des pays développés devrait faire profil bas le FMI par exemple; les crises de la dette des pays africains est de fait du néocolonialisme et de l'esclavagisme financier (cela dit cela commence aussi à venir pour les nations de l'Europe du sud, France comprise)

    Lorsque l'on observe la trajectoire d'un Thomas Sankara, on constate la somme d'obstacles et de travail pour parvenir à l'assainissement économique d'une nation africaine. Et son assassinat sent très fort le néocolonialisme européen et français, comme pour Lumumba quelques années plutôt.

    Y a t'il une relève ?

    En tous les cas et selon toutes raisons, L'ONU aurait plutôt dû empoigner le problème par ce côté.
    Loin du mea culpa permanent au nom du colonialisme passé, il faut reconnaître que le néocolonialisme n'est pas vraiment mort

  • L'immigration légale et illégale coulera l'Europe et marquera la fin de cette civilisation car elle créera des peuples beaucoup trop hétérogène, sans culture, sans vision, sans religion commune, uni seulement dans un besoin de consommer. Ne nous leurrons pas, l'UE organise l'immigration pour des arguments falacieux (payer nos retraites, enrichir notre culture, etc.) alors que c'est uniquement par intérêt économique: plus de gens donc plus de travailleur, donc plus d'argent, donc plus de consommation. Ils ne viennent donc pas (directement) pour payer nos retraite, il vienne pour produire et acheter. Apple ne gagne rien quand un vieux iPhone est revendu à vil prix dans un pays pauvre. Il a besoin que des gens achètent leur nouvelle camelote à chaque renouvellement de gamme et ce ne sont pas nos vieux et nos futurs vieux qui vont le faire. Dans tous les cas, accepter un texte non-contraignant n'a aucun sens. Il sera contraignant pour ceux qui vont avoir la bêtise de le prendre comme tel, c'est à dire les pays fortement immigrationniste, autrement dit à peu près tous les pays européens. Il faut rejeter ce texte, ne serait-ce que pour montrer que l'on a pas le temps à perdre à signer des textes "qui ne servent à rien".

  • Aoki@ "Lorsque l'on observe la trajectoire d'un Thomas Sankara, on constate la somme d'obstacles et de travail pour parvenir à l'assainissement économique d'une nation africaine. Et son assassinat sent très fort le néocolonialisme européen et français"
    Encore des affirmations fleurant bon la pensée mainstream de la gauche européenne...
    Pour avoir vécu 4 ans au Burkina, deux ans au sud et deux au nord, j'ai eu l'occasion de parler de Sankara avec les Burkinabés. Sankara avait pris le pouvoir avec deux autres officiers mais décidait tout seul. Il jouait au despote éclairé et ne consultait personne. Les Burkinabés, même les plus pauvres, ont commencé à se fatiguer de ses lubies. Par exemple, l'obligation de porter du Faso dan Fani et plus de vêtements occidentaux. Or des milliers de tonnes de fripes arrivent régulièrement sur l'Afrique et très franchement, cela représente de véritables affaires pour ses habitants. Vous n'avez qu'à aller jeter un coup d'oeil dans les endroits où on vend des habits de seconde main ici pour comprendre ce que je dis. De plus, ses idées de bolchévisation de la société nuisait à tous ceux qui vivaient du commerce, du tourisme. La prise du pouvoir par Blaise Compaoré n'a donc pas été trop mal vue par la population et n'a vraisemblablement rien à voir avec les Français. Le Burkina est un pays trop pauvre pour ça...

  • Géo
    Je suis parfaitement au courant de ce que l'on peut ou pourrait reproché à T Sankara. Je ne suis pas spécialement porté vers la pensée gauchisante.

    Néanmoins je peux imaginer que dans certaines circonstances cette pensée a momentanément du sens pour renverser des carcans et guérir des pays de certaines empreintes nocives du colonialisme; en Afrique particulièrement.
    A considérer plus comme un outil que comme une fin en soi.
    Ce que vous racontez de Sankara relève de l'anecdote par rapport à l'enjeu et la France est bel et bien soupçonnée d'avoir soutenu son assassinat (à travers Houphouët-Boigny) non pas pour des richesses directes mais à causes du symbole de révolte contre la présence française en Afrique et les liens triangulaires avec la Côte d'Ivoire et peut être aussi le Mali voisin.

  • J'espère que ce pacte sera approuvé par nos chambres fédérales afin de pouvoir lancer un référendum et connaître une fois pour toute l'avis de la population au sujet des migrations (il faudra néanmoins tenir compte de la puissante désinformation qui sera alors mise en oeuvre par les politiciens et médias).
    Je note que, pour les journalistes, quelques milliers de manifestants en faveur des migrants impliquent que toute la population y est favorable ! Or, à ce jour, aucun pays, Suisse incluse, n'a osé consulter sa population sur ce thème et il serait donc intéressant, pour commencer, d'avoir l'avis des Suisses à ce sujet.
    D'autre part et pour info, si la Suisse avait connu la même croissance démographique que l'Afrique depuis les années 50, nous serions actuellement 20 millions ! N'est-ce pas là l'une des causes principales des problèmes de l'Afrique ? (Mais je ne nie pas les problèmes liés à la colonisation et aux potentats installés par l'Amérique et les Européens).

  • Je continue clairement de ne pas être d'accord avec vous. Ce qui est anecdotique et sans importance, c'est la pensée de la gauche européenne. Regardez un peu ce qu'en font les gilets jaunes, de cette bouillie puante.
    Et votre commentaire sur la "civilisation amazigh" dans un autre billet montre bien que votre point de vue est celui d'une gauche hors sol et très très peu cultivée sur la réalité des choses. Je n'ai pas vu votre réponse sur le fait que pour un observateur objectif, les beaux, les merveilleux "Hommes Bleus" du désert se comportent, se sont comportés et vraisemblablement ont l'intention de se comporter encore longtemps comme d'ignobles esclavagistes envers les gens de couleur noire. J'ai vécu une année à Tombouctou, voyez-vous. Cela fait une sacrée différence entre vous et moi. Tombouctou, c'est le lieu où se rencontre les Touaregs, et les excédentaires, comme ils disent, parce qu'ils maîtrisent très bien la langue française, pour des raisons de pouvoir...
    Et quatre ans au Burkina.
    Sankara a un peu malmené Mitterrand, certes. Les Français n'ont certainement pas désavoué le Blaise, certes. Ils ont eu bien raison.
    Sankara, Che Guevara e tutti quanti. Vous êtes quoi, un romantique révolutionnaire de plus ? Vous n'avez plus l'âge, Aoki.
    Ce qu'il faut à l'Afrique, ni vous ni moi ne le savons. Ou plutôt si : des théoriciens africains. Mais où est donc passé Axelle Kabou ?

  • Géo

    vous ne percevez pas que je ne me situe ni en dessus ni en dessous ni à droite ni à gauche et que c'est pour cela que je me sens très libre.
    Si j'évoque Sankara cela ne veux ps dire que je rêve de Che ou d'autres héros.
    Cette vision politisée vous fait apprécier Campaoré alors que ce n'était qu'un arriviste qui n'a jamais arrêter les assassinats politiques juste parcequ'à vos yeux sont prédécesseur avait une étiquette. Là c'est moi qui fait appel à votre âge, la raison devrait se placer au-dessus de ce genre de considération :-).

    Mais je vous rejoins complètement en ce qui concerne Axelle Kabou

  • Je n'ai jamais dit que j'appréciais Compaoré. Ce n'est pas mon rôle, ce n'est ma place. Mais je me souviens d'un infirmier très fûté de Léo qui me disait qu'il fallait garder le Blaise, parce que lui il avait fortune faite, alors que le suivant...
    Jamais arrêté les assassinats politiques ? Je me souviens de l'affaire Zongo. Il y en a eu d'autres ? Vous avez été intoxiqué par des gens de là-bas, qui ont un grand goût pour l'exagération.
    L'Afrique vue par des Européens, c'est toujours une catastrophe. J'ai fait vingt ans dans ce continent, et plus j'y passais du temps, moins je comprenais les gens. Ou plutôt, dès que vous croyez les comprendre, qqch intervient qui vous fait comprendre que votre compréhension était à côté de la plaque.
    Et pour dire, sans prétention : des gens assez malhonnêtes prétendent que les races n'existent pas. Après quelques temps en Afrique, vous allez vous dire que ces gens font partie d'une autre espèce...

  • " De plus, ses idées de bolchévisation de la société nuisait à tous ceux qui vivaient du commerce, du tourisme. La prise du pouvoir par Blaise Compaoré n'a donc pas été trop mal vue par la population et n'a vraisemblablement rien à voir avec les Français. "
    Aaaaahhhh!!! Le tourisme en Haute-Volta...
    géo maintenant fait dans le révisionnisme.
    J'en connais peu comme lui qui ont autant brûlé ce qu'ils ont adoré!
    Passer de mao à facho... Après tout, c'est peut-être la même chose.

    Pour Sankara, c'est ici:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Sankara

  • @ aoki Anne

    "guérir des pays de certaines empreintes nocives du colonialisme"

    " je ne nie pas les problèmes liés à la colonisation"

    Ah, les Africains devraient remercier les colonisateurs, la colonisation les a sorti de leur primitivisme, alors critiquer la colonisation c'est rien que moins que cracher dans la soupe.

  • Bof à lire les commentaire de Géo ou de Leclercq, tout est tellement déjà prémâché et redit.

    Leclercq, je suis bien d'accord que l'autoflagellation type gauche "truc chose" est délétère et passée de temps, mais votre argument l'est tout autant et vous ne faîtes pas mieux finalement, juste de la symétrie réactionnelle.

    @Anne

    Je crois que la confédération s'est retirée, précisément je pense, pour ne pas à avoir affronter le peuple sur ce sujet.

    L'immigration est un problèmes trop téléguidé pour être très clair. Et les vagues massives n'ont aucun sens, sauf pour les intérêts supranationaux. Ils faut bien se dire qu'à ce niveau point d'humanisme, au contraire. Juste du brassage de matière première à produire et consommer.

  • Géo,

    j'ai passé un peu de temps en Afrique pas autant que vous c'est sûr !
    De par les activités de mon père je peux dire aussi que "l'Afrique est souvent venue à la maison" alors que je n'allais pas encore à l'école. Certes , les africains en Afrique ne sont pas toujours faciles à comprendre dans toutes leurs facettes et bien des résidant blancs ont souffert du syndrome "black under the skin". Ce n'est pas qu'une histoire de race... Vous vous êtes intéressé à Jung. Ses impressions d'Afrique dans son autobiographie sont très intéressantes à ce sujet.

    Je suis bien certain que la négation des races est purement politique.
    Mais comme dirait Einstein, la solution d'un problème réside dans un autre plan de conscience que celle qui conçoit la question.

    Bien amicalement

  • Leclercq,

    Primitivisme? Je ne sais si c'est du second degré. Il y a eu de grandes sociétés organisées, des cultures, des cosmogonies.

  • Et une petite dernière:

    Non les gilets jaunes ne sont pas qu'une "bouillie puante de la gauche européenne" c'est de nouveau de étiquetage à l'emporte pièce.
    Au lieu de vous "gaver" de C dans l'air ... je vous soumet l'analyse d'un économiste libéral tout ce qu'il y a de droite.

    https://www.youtube.com/watch?v=skddjC5j4cc

  • Aoki@ Alors là, contre-sens :
    "Non les gilets jaunes ne sont pas qu'une "bouillie puante de la gauche européenne"
    J'ai écrit ça :
    "c'est la pensée de la gauche européenne. Regardez un peu ce qu'en font les gilets jaunes, de cette bouillie puante."

    HL@ "Il y a eu de grandes sociétés organisées, des cultures, des cosmogonies."
    Et de joyeux lurons qui construisaient leur palais avec la tête des guerriers des tribus voisines, du cannibalisme, pas d'écriture, pas la roue, pas de textiles, et la pratique de l'esclavage partout. Chaque fois qu'une tribu sortait un peu la tête de la survie, ses voisins lui tombaient dessus et pillaient tout. C'est la raison principale qui explique que l'Afrique ou les Africains n'ont jamais pu se développer...

  • HL@ Les Belges n'ont pas encore passé "Tintin au Congo" au pilon. Par contre, ils ont supprimé le Musée de l'Afrique de Terwuren...
    https://agenda.brussels/fr/place/3885/musee-royal-de-l-afrique-centrale.html
    C'est complétement idiot. Il fallait construire un nouveau musée, mais pas détruire un ancien musée, dont la présentation est jugée politiquement incorrecte...

  • Je recommande à tous ceux qui s'intéressent à l'Afrique de lire ce livre :
    https://www.amazon.fr/White-Nile-Alan-Moorehead/dp/0060956399
    C'est absolument passionnant et très révélateur de ce que signifiait il y a peu de pénétrer en Afrique...
    Ce livre donne (un peu) les clés d'entrée de ce qu'il faut savoir pour essayer de comprendre.

  • @ Géo

    "Et de joyeux lurons qui construisaient leur palais avec la tête des guerriers des tribus voisines, du cannibalisme, pas d'écriture, pas la roue, pas de textiles, et la pratique de l'esclavage partout. Chaque fois qu'une tribu sortait un peu la tête de la survie, ses voisins lui tombaient dessus et pillaient tout. C'est la raison principale qui explique que l'Afrique ou les Africains n'ont jamais pu se développer..."

    oui c'est tout à fait ça primitivisme.

    "Qu'est-ce qu'était l'Afrique centrale quand les Français ont
    commencé la pénétration? Une mosaïque de tribus plus sauvages,
    plus cruelles les unes que les autres; connaissant des famines, une
    mortalité infantile effroyable; un anthropophagisme institutionnel!
    Nous savons comment le vieux Bandassa évoquait l”époque
    de ce bon temps durant lequel quand il faisait des prisonniers de
    tribus voisines, ces malheureux étaient attachés à des arbres et le
    palabre concernant l”attribution de chaque morceau de viande se
    faisait devant “l’animal sur pieds”, si l'on peut dire, qui, ainsi, avant
    d’avoir la gorge tranchée avait le douteux plaisir de savoir, qui allait
    manger son foie, son cœur ou ses abattis.
    fai vu certaines des limites tribales au-delà desquelles tout homme,
    femme, enfant étaient attrapés et immédiatement dévorés.
    La culture, la civilisation de L’Afrique centrale dont les speakers
    de Radio Bangui nous parlent souvent sans rire, cӎtait cela!
    La réalité de la colonisation a été d'apporter d°abord ce menu
    bienfait qui s'appelle “la paix” et de donner à tous les Africains de
    nos colonies, avec la sécurité, la possibilité de voyager, de se déplacer
    sans crainte hors de leurs limites tribales.
    La colonisation a marqué la fin des famines grâce à une orga-
    nisation administrative ayant rapidement regroupé sur des voies
    accessibles les villages perdus de brousse et en organisant une
    agriculture de base.
    C”est l’effort sanitaire de nos médecins qui a permis de venir à
    bout du fléau de la lèpre, de faire reculer toutes les grandes maladies,
    et parvenir à la quasi-disparition des épidémies.
    La colonisation, c”est elle qui a créé les routes, les villes, donner
    un début d’infrastructure économique, construit des écoles, qui
    a entièrement créé tous les éléments permettant aujourd'hui à ces
    pays de revendiquer leur indépendance."

    Non! En aucune façon les peuples d”Afrique centrale ne peuvent
    dénoncer l’époque coloniale. Elle a été nécessaire pour eux; elle,
    et elle seule, leur a permis de sortir d”un complet primitivisme et
    de pouvoir prétendre accéder à la civilisation;

  • J'ai rarement lu autant de mensonges et de saloperies sur l'Afrique. Cela relève de la psychiatrie. Considérer les massacres et les déportations comme des bienfaits pour l'Afrique, il faut être complètement givré. Et raciste. Le racisme, c'est considéré qu'une race est inférieure, et c'est exactement ce qui est fait ici. Et du moment que les Noirs sont inférieurs, on peut (et on doit?) les "civiliser" en les massacrant et en les génocidant. Pour mieux les piller. Bien sûr.
    http://criticamasonica.over-blog.com/2017/05/les-crimes-de-guerre-du-colonialisme-francais-2/la-guerre-oubliee-au-cameroun-1955-1962.html

    géo va nous trouver un "argument" pour l'assassinat à Genève de Félix Moumié.

    Aussi:
    https://www.algerie1.com/focus/oui-le-colonialisme-est-un-crime-contre-l-humanite-286

  • leclercq

    Vous souffrez de visions caricaturales propre à l'égocentrisme que les états européens ont développé à travers les siècles.

    La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 en est l'emblème resplendissant !

    Pendant des années ont nous a dépeint des gaulois brut de décoffrage, des barbares pour le colon romain. On ne découvre que maintenant l'organisation et la culture celtique avec un œil neuf.
    Les voies romaines en Gaule ont étés réalisées sur le réseau préexistant, par exemple !

    Il y a une archéologie africaine réellement passionnante dont personne ne parle ici et ce n'est parce qu’elle n'a pas d’existence dans la conscience européenne qu'elle n'existe pas !
    Du reste bien des civilisations ont existé en Afrique à une époque où l'Europe contenait sa dose de primitivisme.
    1000 av JC, bien avant les premiers philosophes de la nature en Grèce; la culture Nok (nord Nigeria) disposait d'une société très développée socialement. Une cours de justice aussi complexe que les nôtres.


    http://www.topito.com/top-civilisations-africaines-fascinantes

  • Aoki@ Attention à l'idéalisme gentillet de nos chers tiers-mondistes. Ces sociétés étaient esclavagistes et très cruelles. Les palais construits avec les têtes des adversaires...
    Daniel continue de plonger dans son fanatisme aveugle. Quelle est la crédibilité d'un individu qui pense que les Américains ne sont jamais allé sur la Lune, que c'est la CIA ou le Mossad qui sont derrière le 9/11...
    La colonisation a certainement aidé les Africains de sortir de leurs sociétés primitivistes et fortement arriérées, et à dépasser le facteur de sous-développement que j'évoquais ci-dessus : les guerres tribales perpétuelles empêchaient tout progrès...
    Cela dit, il est absurde d'en faire une question morale. Il s'agit avant tout de "thermodynamique sociologique" : des relations entre un corps chaud et un corps froid, quand il n'y a pas d'isolation. L'humanité partout a fonctionné et évolué de cette manière. Y compris entre Celtes et Romains, comme indiqué par Aoki...Gengis Khan ne s'est pas posé plus de questions au sujet du sort des populations qu'il a soumises...

  • Thermodynamique sociologique ? Vous m’en apprenez de belles, Géo, les sociologues feraient joujou avec les statistiques qui décrivent les grands systèmes en équilibre… Entropie quand tu nous tiens. Je savais déjà que pas mal de fumistes et gourous divers s’étaient appropriés la physique quantique, mais pas que les sociologues se servaient du deuxième principe pour décrire l’évolution des groupes humains par analogie. Ignare que je suis. Pourquoi pas après tout, ce sont de grands ensembles aussi. Mais plutôt en déséquilibre… Bon, Boltzmann, sur son nuage gazeux, doit en être tout fier et se marrer dans sa barbe.

    Un article d’Agoravox pour sourire un poil (de barbe), illustré avec l'exemple d'une poêlée de patates (si, si) : « L’entropie en veux-tu en voilà », certains commentaires valent leur pesant d’incertitudes… Apparemment loufoque, mais cela se tient.

    https://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/de-l-entropie-en-veux-tu-en-voila-69861

  • leclercq

    Vous souffrez de visions caricaturales propre à l'égocentrisme que les états européens ont développé à travers les siècles.

    La découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492 en est l'emblème resplendissant !

    Pendant des années ont nous a dépeint des gaulois brut de décoffrage, des barbares pour le colon romain. On ne découvre que maintenant l'organisation et la culture celtique avec un œil neuf.
    Les voies romaines en Gaule ont étés réalisées sur le réseau préexistant, par exemple !

    Il y a une archéologie africaine réellement passionnante dont personne ne parle ici et ce n'est parce qu’elle n'a pas d’existence dans la conscience européenne qu'elle n'existe pas !
    Du reste bien des civilisations ont existé en Afrique à une époque où l'Europe contenait sa dose de primitivisme.
    1000 av JC, bien avant les premiers philosophes de la nature en Grèce; la culture Nok (nord Nigeria) disposait d'une société très développée socialement. Une cours de justice aussi complexe que les nôtres.


    http://www.topito.com/top-civilisations-africaines-fascinantes

    http://proudpeople.fr/afrique-avant-l-esclavage/

  • HL@ Les Belges n'ont pas encore passé "Tintin au Congo" au pilon. Par contre, ils ont supprimé le Musée de l'Afrique de Terwuren...
    https://agenda.brussels/fr/place/3885/musee-royal-de-l-afrique-centrale.html
    C'est complétement idiot. Il fallait construire un nouveau musée, mais pas détruire un ancien musée, dont la présentation est jugée politiquement incorrecte...

    Heu.... le musé d'Afrique Centrale n'est absolument pas supprimé, il vient même de ré-ouvrir ses portes, certes avec une nouvelle muséologie "différemment conçue", mais les collections sont toujours présentées, modernisées. On apprécie ou pas la modification de l'orientation plus "politiquement correcte", mais ça se borne à ça.

    PDO

  • Tel que c'était présenté sur Arte (sauf erreur), on comprenait que tout ce qui était présenté était mis dans les caves pour être remplacé par des objets démontrant que l'Afrique est à la pointe de la recherche en technologie etc, etc...
    On nous présentait par exemple l'"homme-léopard" (cf.Tintin au Congo") comme donnant une image de l'Afrique qui n'avait plus cours et était insultante...
    Je n'ai jamais dit que le Musée avait été démoli, j'ai cru comprendre que son contenu avait complétement changé. Or, cette vision de l'Afrique et cette Afrique même avait beaucoup d'importance. Désolé pour les tenants du mensonge permanent, j'ai vécu en Afrique durant une vingtaine d'années, de 1986 à 2006, et "Tintin au Congo" représentait encore dans ces années une grande part de la réalité de L'Afrique...

  • "Tintin au Congo" représentait encore dans ces années une grande part de la réalité de L'Afrique...
    Sur quel autre continent allez vous voir une Toyota pick-up avec des dizaines d'énormes sacs sur le pont et une bonne vingtaine de passagers par dessus ces sacs ? Un type en moto avec une centaine ou plus de poules attachées autour de lui pour les vendre sur je ne sais quel marché ? Un Pigeot bâchée avec cinq mètres de matelas mousse entassés sur son pont ?
    Au bas de chaque descente d'une quelconque montagnette, des carcasses de camions les unes sur les autres, chaque accident ayant crée des dizaines de mort ? Des bateaux sur des fleuves ou des lacs, tellement surchargés qu'ils coulent régulièrement, avec toujours des centaines de morts à la clé ? Des trains sans frein s'écrasant au bas des pentes ?
    Je suis passé à côté d'un camion de ce genre dans le Fouta Diallon, les cadavres du chauffeur et de son aide à côté. En Mauritanie, un camion tellement chargé de bois qu'il n'a pas réussi à gravir une des dunes de la route de l'Espoir et qu'il est reparti en arrière, sans pouvoir freiner...
    En Angola, en plus, les mines, posées dans quel but ? Tuer ses propres frères juste pour le plaisir ? Et là-bas, pourquoi donc l'UNITA, avec son bureau à Vevey, a descendu un C-130 amenant de la nourriture pour sa population, tuant outre l'équipage américain (avec un Stinger, s'il vous plaît !), une jeune secrétaire CICR valaisanne ?
    Et des dizaines d'enfants, des centaines d'enfants, des milliers d'enfants, sales, malnutrits, malheureux, parce que là-bas, Monsieur ou Madame, on fait des gosses sans jamais se soucier une seule seconde de qui va les nourrir, les éduquer, les loger...
    Et toujours ces crétins des ONG, qui depuis les années 60, veulent nous faire croire que cela sert à qqch de les aider. C'est exactement le contraire. Dead Aith, comme l'a écrit Dambisa Moyo.
    Le discours que nous sert Aoki et les siens, je le supporte de plus en plus mal. L'hypocrisie ne passe plus.

  • Pour le musée africain de Tervuren, voir ici:
    https://www.africamuseum.be/fr/discover/focus_collections

    On ne dirait pas qu'on y présente des sciences et technologies de pointe. Ils ont sans doute dépoussiéré la façon d'exposer les choses. J'imagine aisément que dans les années -50 et alentours, l'approche a forcément été de type "Tintin au Congo". Ce n'est pas un reproche, c'est simplement qu'à l'époque, on ne savait pas faire autrement (au sens belge du mot " savoir" lol !)

  • Le musée de Tervuren, que j'ai visité en 1974, m'est apparu à l'époque comme le musée de la vision que certains Belges ont pu avoir de l'Afrique et de leur présence là-bas.
    Certes, on pouvait regarder les objets exposés pour ce qu'ils étaient, c'est à dire réellement exotiques et apprendre des choses sur la culture des ex-colonies. Mais on ne pouvait pas échapper à la une certaine auto-félicitation des Belges.
    Le plus amusant et à la fois un peu choquant pour quelqu'un venant d'un pays sans colonies : les statues monumentales dans le hall d'entrée qui représentaient "La Belgique amenant la civilisation, le progrès, le savoir au Congo".

    Je cite les titres de mémoire, mais me souviens bien de ces grands personnages néo-classiques portant un enfant visiblement africain dans les bras ou l'ayant à ses pieds etc.
    Un exemple :

    http://www.sculpturepublique.be/3080/Matton-BelgiqueApportantLeBienEtre.htm


    C'était tellement simpliste et du premier degré !
    Je me demande ce que ces statues sont devenues. Elles témoignent d'une époque de bonne conscience institutionnalisée. Faut-il en avoir la nostalgie ?
    Comme en 50 ans d'indépendance, la situation ne s'est pas formidablement améliorée pour la population des ex-colonies, il est difficile de se réjouir de quoi que ce soit.

  • Bonjour

    Kemi Séba:

    https://www.youtube.com/watch?v=UeBzsjGersk

  • Je ne sais pas, j'irai voir, j'aime bien l'endroit.

    Mais pour autant que j'aie pu voir par médias interposés, il y a des créations d'artistes de l'Afrique contemporaine qui ont été rajoutées, mais il existe une (ou plusieurs) salle(s) reprenant les éléments vus comme "politiquement incorrects"
    à l'heure actuelle qui est tout à fait visitable. Comme d'hab, j'ai un petit côté St Thomas, j'irai voir et je conclurai.

    Ceci dit, je trouve les positions "bonne conscience" tout à fait regrettable: ces périodes et les événements concernés on eu lieu, il n'y a aucune honte à avoir les concernant, et aucune raison d'utiliser à tort la gomme morale bienséante: les conditions étaient telles, les choses se sont passées ainsi, point. L'époque avait ses raisons et ses logiques.

    PDO

  • Absolom@ Votre Kémi Seba dit la même chose que moi et cela fait très plaisir. Mais en discutant en 2006 avec de jeunes négro-africains sur la plage de Nouakchott où on venait de récupérer une douzaine de cadavres de migrants, il en ressortait clairement qu'ils étaient très peu enthousiastes à l'idée de risquer leur peau de cette façon.
    Il faut donc faire entrer dans la tête des idiots de chez nous que ceux qui partent sont ceux qui obéissent aux injonctions de leur famille, qui a économisé des années durant pour payer leur voyage.
    Pour rappel, leur voyage de 10'000 euros, c'est comme un million pour vous. Vous mettrez autant de temps qu'eux pour arriver à cette somme...
    Ce sont donc des investissements censés rapporter une rente à leur famille.
    Il faut le dire et le répéter aux idiots de chez nous. Thomas Wiesel, par exemple, qui organise une soirée en faveur de SOS méditerranée...

  • Gislebert@ "Thermodynamique sociologique ?"
    Cette image est de moi, n'allez pas chercher midi à 14 heures...
    Un corps chaud, un corps froid, pas d'isolation (ou plutôt l'invention de la navigation hauturière...), vous saisissez ?
    Le Portugal, avec un million d'habitants, a colonisé la moitié de sa planète à cette époque. Pendant ce temps, les Suisses inventaient le coucou. Chacun son génie, comme dirait Orson Welles...

  • @ Aoki
    ce ne sont que des faits d'une personne ayant vécu 17 ans au Congo.

    Belle analyse du colonialisme par jean d'Orgeix

    "Que notre analyse des mobiles de la politique française de l°époque
    soit juste ou non, indéniablement la faute capitale fut d'admettre
    le dénigrement de l’époque coloniale française.
    Lorsque j’écris « admettre le dénigrement ››, c’est un euphémisme.
    Au lieu d’admettre” on peut dans un très grand nombre de cas
    dire “encourager”. Les opinions politiques obligeant, chez nous, à
    des prises de position systématiques sur certains problèmes comme
    celui de la colonisation, il n'y a plus étude des faits, recherche de
    vérité, mais seulement prises de positions idéologiques. Il y eut une
    époque, à Bangui, où les discours violemment anti-blancs tenus par
    des dirigeants noirs étaient écrits par certains attachés de l'ambassade
    de France. Combien de ces derniers sont arrivés avec l'opinion préé-
    tablie que tout Français résidant là-bas ne pouvait être qu'un ignoble
    exploiteur de la sueur du peuple centrafricain, auquel il fallait faire
    rendre gorge. Cette autodestruction a eu des effets dramatiques.
    Nous avons admis, encouragé tous les propos, tous les écrits
    présentant l”époque coloniale comme si elle avait été une infamie,
    une ignoble exploitation d’un vainqueur asservissant un vaincu.
    L'écrasement d'un pauvre peuple par un autre. C'est au point, et
    cela fait partie de la grande intoxication mondiale, qu'une majorité
    de Français éprouve de nos jours un certain complexe de culpabilité
    envers l'histoire coloniale de notre pays.
    On croit rêver!
    Qu'est-ce qu'était l'Afrique centrale quand les Français ont
    commencé la pénétration? Une mosaïque de tribus plus sauvages,
    plus cruelles les unes que les autres; connaissant des famines, une
    mortalité infantile effroyable; un anthropophagisme institutionnel!
    Nous savons comment le vieux Bandassa évoquait l”époque
    de ce bon temps durant lequel quand il faisait des prisonniers de
    tribus voisines, ces malheureux étaient attachés à des arbres et le
    palabre concernant l”attribution de chaque morceau de viande se
    faisait devant “l’animal sur pieds”, si l'on peut dire, qui, ainsi, avant
    d’avoir la gorge tranchée avait le douteux plaisir de savoir, qui allait
    manger son foie, son cœur ou ses abattis.
    fai vu certaines des limites tribales au-delà desquelles tout homme,
    femme, enfant étaient attrapés et immédiatement dévorés.
    La culture, la civilisation de L’Afrique centrale dont les speakers
    de Radio Bangui nous parlent souvent sans rire, cӎtait cela!
    La réalité de la colonisation a été d'apporter d°abord ce menu
    bienfait qui s'appelle “la paix” et de donner à tous les Africains de
    nos colonies, avec la sécurité, la possibilité de voyager, de se déplacer
    sans crainte hors de leurs limites tribales.
    La colonisation a marqué la fin des famines grâce à une orga-
    nisation administrative ayant rapidement regroupé sur des voies
    accessibles les villages perdus de brousse et en organisant une
    agriculture de base.
    C”est l’effort sanitaire de nos médecins qui a permis de venir à
    bout du fléau de la lèpre, de faire reculer toutes les grandes maladies,
    et parvenir à la quasi-disparition des épidémies.
    La colonisation, c”est elle qui a créé les routes, les villes, donner
    un début d’infrastructure économique, construit des écoles, qui
    a entièrement créé tous les éléments permettant aujourd'hui à ces
    pays de revendiquer leur indépendance. Combien de temps dura
    cette période coloniale pour parvenir à ce résultat? Un... deux...
    trois siècles? Non! Les tout premiers Français ayant commencé
    à pénétrer en Afrique centrale l”ont fait il y a moins de cent ans;
    soixante ans à peine pour certaines régions.
    Cette implantation coloniale s'est-elle accomplie par une invasion
    brutale, dans un bain de sang? Aucunement. Dans la plupart des
    contrées elle fut pacifique grâce à des “traités” avec les chefs locaux.
    Les combats qui eurent lieu ne mirent jamais aux prises plus de
    quelques compagnies. Toute la pénétration française en Afrique
    centrale provoqua beaucoup moins de morts qu'une seule bonne
    journée durant la guerre du Biafra, et certainement moins que le
    nombre d'êtres massacrés chaque année par les expéditions tribales
    avant la colonisation.
    Cette période coloniale fut-elle entachée de brutalité, d'abus
    d’exploitation ?
    Brutalité? Il ne faut pas oublier quels hommes ont organisé ces
    pays. Le militaire pénétra et ensuite assura la sécurité de tous. Ce
    furent les administrateurs civils qui assurèrent la direction du pays,
    parallèlement à L’implantation des missionnaires.
    Imagine-t-on ces derniers instaurant avec nos fonctionnaires civils
    un règne de terreur, de cruauté, de mépris de l’être humain? Soyons
    sérieux! Que la fameuse “chicote” ait fonctionné, certes oui. Pour
    obliger les villages à créer des plantations, les cultures nécessaires
    pour empêcher les famines, les administrateurs durent employer
    souvent des moyens énergiques et les chefs responsables des villages
    n’ayant pas accompli le travail fixé recevaient un certain nombre
    de coups de chicote sur les fesses. Quelle horreur? Encore une fois,
    soyons sérieux. À cette époque les punitions corporelles existaient
    encore dans la marine britannique et que je sache les marins de
    Sa Majesté n'étaient pas de pauvres esclaves méprisés et avilis. Vers
    les années 1970 le président Tombalbaye, au Tchad, réínstaura
    ofliciellement les condamnations au chicotage pour les chefs de
    villages n’ayant pas accompli le programme des travaux de culture
    fixé par le gouvernement... qui y a trouvé à redire? Actuellement
    dans de nombreux États on coupe les mains des voleurs... quand
    ce niest pas plus. (]'ai fait un court séjour au Cameroun en 1975
    et dans le journal Cameroun-Tribune du 27 janvier, j'ai pu lire un
    écho annonçant l,exécution de deux étudiants qui avaient volé un
    transistor dans la chambre d,un de leurs camarades.) A-t-on jamais
    vu de pareilles peines pour de simples vols durant l'époque coloniale?
    Il est d'ailleurs plaisant aujourd’hui d’entendre dénoncer l’au-
    toritarisme de cette époque par ceux-là même qui proclament que
    ces peuples sont encore trop jeunes pour accéder à la démocratie;
    que seul un parti unique, c'est-à-dire une dictature avec tout ce que
    cela implique, peut assurer le développement économique; et ces
    personnes ne s”émeuvent aucunement (ou de façon vraiment discrète)
    sur les incroyables abus de nombreux gouvernements africains.
    Le voilà, le véritable esprit raciste. Il est chez ceux qui ne se
    soucient pas qu'un noir tue un autre noir mais qui s’indignent si
    un blanc donne une gifle à un noir.
    Abus? Certainement il y en a eu! Dès qu'une communauté en
    domine une autre, des individus en profitent, en usent et abusent.
    C’est fatal. Mais les abus particuliers qui ont existé ne peuvent peser
    dans la balance face à tous les bienfaits apportés durant l’ensemble
    de l’époque coloniale.
    Nul doute que durant les cinq siècles d’occupation romaine
    nous ayons, nous Gaulois, subi bien des abus individuels. Mais
    par ailleurs nous reçûmes tout l”apport de la civilisation romaine
    et méditerranéenne.
    Astérix nous ravit, mais, historiquement parlant, il est heureux
    que le brave Vercingétorix ait été vaincu à Alésia.
    Que sont d'ailleurs les abus qui furent commis par quelques par-
    ticuliers en Afrique en comparaison de ceux commis actuellement
    par les fonctionnaires africains?
    Exploitation? Il aurait été normal que la France colonisatrice cherche
    à tirer un maximum de profits des territoires qu’elle contrôlait. Hélas,
    ce sens de l”exploitation rationnelle n'a pas été, comme chez les Anglais,
    l’apanage des gouvernements de la III° République. Les quelques
    richesses mises en valeur en Afrique centrale ne contrebalançaient
    pas les sommes que nous a coûtées l'équipement de ces territoires.
    Non! En aucune façon les peuples d”Afrique centrale ne peuvent
    dénoncer l’époque coloniale. Elle a été nécessaire pour eux; elle,
    et elle seule, leur a permis de sortir d”un complet primitivisme et
    de pouvoir prétendre accéder à la civilisation; et cela en un laps de
    temps très court et à un prix infime.
    Quelle importance dira-t-on, des discours anticolonialistes à
    l”usage de la population sont normaux; ils font partie d’un certain
    défoulement compréhensible et sans conséquences! Mais si, juste-
    ment, les conséquences en sont graves. L'Africain à tous les éche-
    lons est un affectif. C'est aussi un comédien né; il joue des rôles,
    se grise lui-même de mots. À force de dénoncer l’époque coloniale
    sans que nous remettions les choses au point, le dirigeant africain
    s'est convaincu lui-même.
    Il est tristement de bonne foi aujourd'hui quand il affirme que
    nous avons volontairement détruit la “culture” africaine, la “civili-
    sation” africaine, les “monuments” africains [sic], tout ce qui faisait
    la gloire et la grandeur de l°Afrique noire, et ceci afin de parvenir à
    asservir de pauvres peuples, de les réduire en esclavage en détruisant
    leur histoire et leurs traditions.
    Il y croit d'autant plus qu”il veut y croire. Il faut beaucoup de
    courage pour admettre que l”on appartient à des peuples restés en
    retard des autres dans l'évolution du monde, qui ont eu besoin
    d,une direction étrangère et qui ont encore des efforts importants
    à réaliser pour combler ce retard.
    Il est plus simple et plus agréable de se poser en malheureuses
    victimes dont le développement, l'épanouissement ont été entravés
    par de féroces peuples guerriers ayant imposé leur loi par la force.
    Or c'est très grave. D'abord parce que l’irréalisme est le pire
    ennemi de toute politique créatrice; ensuite, cette vision totalement
    fausse de leur histoire donne à l'Africain une agressivité, si ce n'est
    de la haine, envers le blanc.
    C'était le point de départ fondamental de tous nos rapports
    présents et à venir. Où ces pays reconnaissaient que la colonisation
    française a été nécessaire pour eux, profitable, alors une coopéra-
    tion amicale, fraternelle était possible, et serait source de progrès.
    Ou bien ils considèrent avoir été spoliés, exploités, et alors cela
    engendre à notre égard une méfiance, une agressivité, un goût de
    “revanche ”complètement stupides.
    Un ne peut s,empêcher de penser que la condamnation sys-
    thématique, sans appel, sans même envisager qu”il puisse en être
    autrement, de l,époque coloniale appartient à la très vaste action
    visant à la décomposition par l°intérieur de l'Occident.
    Dans cette guerre larvée qui caractérise notre époque, l'Est s'ap-
    puie sur l'arme idéologique grâce à laquelle il utilise des “cinquièmes
    colonnes révolutionnaires” à l’intérieur des pays de l,Ouest, et par
    ailleurs il cherche à gagner en influence dans le Tiers-monde.
    Quel meilleur moyen que, d'un côté, attiser le sentiment de
    revanche raciale contre les anciens colonisateurs, et de l'autre détruire
    les forces morales de l'Occident. Dans la mesure où celui-ci renie
    son passé, n'a plus conscience de ce que sa civilisation a apporté au
    monde, éprouve un permanent complexe de culpabilité sa faculté
    de résistance s”effondre.
    D'où la mise en œuvre depuis des années de ce gigantesque
    lavage de cerveaux visant à donner à l'homme blanc un sentiment
    de culpabilité par rapport aux peuples afro-asiatiques.


    Morceaux choisis

    "L'intérêt du gouvernement est d'ailleurs le même que celui de ces sociétés. Elles acquittent en effet les droits prévus pour les diamants récoltés alors que les pierres volées partent directement par les mille et un chemins de la brousse vers le Tchad et vers le Congo.
    Il y a au Tchad un service officiel d'achat de diamants alors que le sous-sol de ce pays n'en a jamais contenu un seul. Il est évidemment inutile de demander d'où proviennent les pierres sinon de notre frontière toute proche. C'est une véritable hémorragie nationale.
    Dacko est un ancien instituteur, grave, sérieux, "faisant très bien" dans une réception officielle aux discours bien préparés à l'avance.
    Au cours du dîner il écoute les plaintes des directeurs, longtemps sans répondre. Enfin il dit :
    «... Enfin, messieurs... ces diamants... appartiennent à la Centrafrique... Vos travailleurs sont des Centrafricains... Donc ces diamants sont à eux... Il est normal qu'ils les prennent... »
    D'abord sidérés, les directeurs argumentent : ce peut être un point de vue mais alors, dans ce cas, il faut dénoncer les contrats de leurs sociétés ; et si le gouvernement leur accorde des concessions en échange de droits de location, obligations d'investissements dans le pays, taxes sur leur production, etc., elles doivent alors être protégées par la loi.
    À tout cela, Dacko répond imperturbablement la même phrase :
    — Les diamants appartiennent aux Centrafricains, je ne peux pas empêcher les Centrafricains de les prendre...
    Au point que soudain un des directeurs, excédé, dit :
    — Bon ! Je vois, monsieur le premier ministre, qu'il est vraiment inutile de parler avec vous...
    Pour détendre l'atmosphère, quittant le problème des diamants, je parle de l'intérêt d'une politique de développement touristique. David Dacko m'écoute gravement en hochant la tête jusqu'au moment où j'ai ce mot :
    — De plus, un des intérêts du tourisme est qu'il peut être une source importante de rentrées de devises.
    Alors il se tourne vers moi et dans un silence devenu tristement général il réplique :

    — ... Les devises... les devises... tout le monde m'en parle... moi je n'en ai jamais vu... d'abord c'est de quelle couleur ? ^
    Cette phrase, j'en atteste l'authenticité sur l'honneur!
    Quelques mois plus tard, le président de la République centrafricaine, David Dacko, sera fait grand-croix de l'ordre de la Légion d'honneur.
    Mais j'avoue être un peu inquiet à l'issue de ce dîner."

    "Quelques jours plus tard, alors que je me prépare à partir en safari, un administrateur français affecté au titre de la coopération comme conseiller technique auprès du gouvernement centrafricain passe à Ouadda en inspection. Il vient d'assister à Bangui aux fêtes de l'indépendance et un incident l'a indigné.
    Un grand défilé a eu lieu, formé de chars symbolisant les diverses activités du pays.
    — Soudain dans ce cortège, nous dit-il, je vis arriver une vingtaine de soldats portant des fusils de bois peints en tricolore pour qu'il n'y ait aucun doute sur la nationalité qu'ils symbolisaient. Au milieu d'eux une douzaine d'hommes, femmes, enfants portant de lourdes chaînes se traînaient par terre pendant que les "soldats" faisaient semblant de les rouer de coups. Ce spectacle était donc censé représenter l'époque coloniale. Etant dans la tribune officielle,
    j'ai regardé notre ambassadeur. À la vue de ce cortège il a ri aux éclats et applaudi ostensiblement ainsi que ses jeunes attachés de cabinet. Tous frais émoulus des officines politiques parisiennes et n'ayant jamais vécu ici auparavant.
    Un des miniers de Ouadda, car nous sommes quatre ou cinq à prendre un verre avec cet administrateur lorsqu'il raconte la chose, dit:
    — Oh, ce n'est pas bien méchant ; il faut bien qu'ils se défoulent. J'entends encore, car ces propos me sont revenus à l'esprit beaucoup plus tard, l'administrateur, qui était un vieux du pays, répondre :
    — Si ! Il est très grave que notre ambassadeur n'ait pas réagi. Un pays qui renie publiquement les soldats, les fonctionnaires qui l'ont servi, qui ne respecte pas son passé et son œuvre, ne peut pas espérer être respecté lui-même."

    "Pourtant de larges régions d'une richesse prodigieuse en animaux de toutes sortes commencent à se dépeupler complètement. Non que l'agriculture se soit développée, la brousse est toujours la même. Ces destructions ne sont pas le fait de villageois pour la nécessité de leur ravitaillement mais celui de véritables entreprises de braconnage ; et ces entreprises appartiennent à des "dirigeants" des échelons les plus élevés. Elles nécessitent en effet un camion, quatre ou cinq carabines et l'accord officieux des autorités.
    L'opération est simple : quatre ou cinq chasseurs appointés se rendent en camion dans une région giboyeuse. Là, ils tirent sur tout ce qui bouge, mâles, femelles, petits, sans distinction. Au fur et à mesure des abattages quelques hommes engagés dans le village le plus proche boucanent la viande. Celle-ci perdant au cours de l'opération environ les 5/6e de son poids, il faut pour remplir un camion, de quatre tonnes abattre un total de 24 000 kg de viande fraîche ;
    soit, compte tenu des os, des têtes, des entrailles non comestibles,
    l'équivalent de trente tonnes d'animaux vivants...
    Dans les régions giboyeuses d'Afrique, quatre chasseurs peuvent
    réaliser ce tableau en quatre à cinq jours. Aussitôt le camion ramène
    son chargement à Bangui où le produit de la vente, à 200 francs CFA
    le kilo, avoisine les 800 000 francs CFA (16 000 francs de l'époque).
    La semaine suivante le camion repart à nouveau...
    Aucune faune au monde ne peut résister à ce régime ; alors les chasseurs vont plus loin. Si des régions comme celle où je vis restent encore intactes, c'est en raison de leur éloignement des grands centres et de l'état effroyable des pistes y donnant accès. Les braconniers craignent d'avoir plus de frais en réparation de leur camion que de
    recettes.
    Ainsi au lieu d'organiser le ravitaillement en viande par des troupeaux domestiques et conserver au pays cette richesse que représente la faune sauvage, les dirigeants réalisent des fortunes en la détruisant. Le grave est que dans ces régions les villages ne peuvent plus se ravitailler par la chasse comme ils le faisaient jusque-là. Il leur faut acheter sur les marchés une viande de plus en plus rare et
    de plus en plus chère.
    Cela n'empêche pas le gouvernement centrafricain, comme ceux de beaucoup d'autres États, de promulguer des lois concernant la protection de la nature avec l'approbation et souvent une aide matérielle des différents comités mondiaux intéressés.
    Les dirigeants africains sont contents, les membres des comités aussi, il n'y a que les animaux, et nous, ceux qui les aimons et vivons sur le terrain, à connaître la triste réalité."

    "Jamais, à aucun moment, la France ne fit respecter les techniciens qu'elle fournissait. Ceux-ci comprirent rapidement qu'en cas de conflit avec les autorités africaines, Paris leur donnerait systématiquement tort; l'accusation minimum étant qu'ils ne « savaient pas s'adapter aux nouvelles circonstances ».
    Rapidement nos compatriotes techniciens se découragèrent, laissant aller les choses sans plus trop s'en soucier, les dirigeants africains les accusant alors de ne pas coopérer réellement avec eux.
    La raison initiale de ce climat provenait de ce que la France, loin de se faire respecter, elle, et son œuvre coloniale, laissait les Africains se persuader que cette époque avait été criminelle. Dès lors l'aide française n'était plus un acte d'amitié, de fraternité envers ces nouveaux Etats, ce n'était qu'une "réparation" (toujours trop faible bien sûr) des torts causés.
    L'Africain a un sens aigu de la fraternité raciale. Je suis ton frère... tu es mon frère... nous sommes des frères... c'est une phrase qui se conjugue en permanence. Bien des chefs d'Etats africains réprouvèrent la sauvagerie d'un Amin Dada, eurent honte de l'image qu'il a donnée au monde et qui desservait l'Afrique; or, pourtant, jamais au sein de l'Organisation de l'unité africaine, une voix ne s'est élevée pour le condamner. Cela pour la seule raison qu'il n'est pas possible, à la face du monde, de condamner un "frère de race".
    Il faut donc comprendre la réaction des Africains lorsqu'ils ont lu sous la plume de "blancs" (n'ayant, ceci dit en passant, jamais vécu dans ces pays et en jugeant avec l'autorité depuis leurs bureaux parisiens) des condamnations violentes de l'époque coloniale, des accusations forcenées contre les "atrocités", les "crimes", les "spoliations" accomplis par nos compatriotes durant cette période.
    Comment faire comprendre aux bons Africains que "les choses étant ce qu'elles sont" en France, quand on touche à la politique, aux principes idéologiques, tout peut se dire, se crier, s'affirmer, même avec la plus parfaite mauvaise foi si cela peut servir les intérêts du moment. Nous, Français, sommes habitués depuis longtemps à savoir faire la part de la "politicaillerie" ; à ne pas donner aux discours enflammés des uns comme des autres plus d'importance qu'ils n'en ont. Les excès de langage de tant "d'intellectuels" nous laissent relativement froids car nous savons tellement qu'une affirmation absolue aujourd'hui sera remise en cause demain... souvent par les mêmes.
    Mais les Africains ? Eux n'ont pas cette habitude. Ils réagissent simplement, je dirais même sainement. Et leur réaction est : « Pour que des blancs disent cela d'autres blancs, faut-il que ceux-ci soient coupables. »
    La masse de la population qui a vécu l'époque coloniale comme une chose absolument normale, respectant et aimant les Français qui "savaient plus de choses qu'eux", découvrent que ces mêmes Français les ont rendus malheureux, les ont "volés".
    Désormais, les rapports entre les deux communautés vont peu à peu changer. C'est le gouvernement français qui porte la plus grande part de responsabilité en ce domaine car, soucieux de s'attirer à toute force la sympathie du Tiers-monde, il préféra par démagogie aller lui-même dans le sens de cette condamnation coloniale.
    Va alors naître cette nouvelle race, ceux dont on dira plus tard : « Ils sont là pour faire du CFA. » C'est normal. Comprenant leur impuissance devant le caprice, le bon plaisir et l'incohérence des dirigeants dont ils dépendent souverainement, nombre de coopérants cessent de se passionner pour cette Afrique à laquelle les anciens se donnaient corps et âme. Ayant la garantie de la fonction publique, tranquilles pour leur avenir, ils n'ont plus qu'un souci : passer le plus agréablement possible leurs séjours africains et... faire des économies, le franc CFA étant le double de l'ancien franc métropolitain.
    Pour l'instant, nous, les "privés", attachés par la force des choses beaucoup plus solidement à cette Afrique où nous sommes venus vivre, commençons à craindre que le laisser-aller qui s'installe partout ne pose bientôt des problèmes pour toutes nos activités."
    "Lorsque je suis à Ouadda entre deux safaris, je vois souvent le sous-préfet Nado. Il est drôle et sympathique, nous nous entendons très bien. Avec lui je vais prendre conscience de certaines réalités africaines.
    Ma case est, par rapport à la sous-préfecture, sur l'autre rive de la Pipi. Nous sommes distants d'environ 600 m et il faut, pour nous rendre mutuellement visite, emprunter l'unique petit pont.
    Un après-midi, Nado vient sur son vélomoteur faire une partie de boules et prendre l'apéritif. À la nuit tombante il s'apprête à partir quand je lui dis :
    — Reste donc dîner ici.
    quand il me dit sur un ton se voulant plaisant mais dont je sens le sérieux réel :
    — ... Bon... d'accord... j'espère que les Bandas ne m'attaqueront pas cette nuit quand je rentrerai...
    C'est alors qu'il m'avoue ne jamais dormir sans ses deux fusils chargés sous son lit. Je suis stupéfait : ainsi il vit ici, à Ouadda, avec la sensation d'être un "occupant" ; de façon bien plus forte que n'a jamais dû l'éprouver un administrateur français.
    C'est que Nado appartient à une race du sud, comme tous les dirigeants centrafricains, et qu'ici il vit dans les tribus du nord.
    C'est là une des grandes causes du déséquilibre de l'Afrique. Rares sont les pays qui correspondent à la moindre réalité nationale. Les limites coloniales n'avaient eu pour origines que les hasards de la pénétration, la facilité de communications administratives, sans souci des réalités ethniques et même souvent géographiques. Le Loiret ou le Calvados sont des départements, pas des réalités nationales. Du jour au lendemain, on décréta que l'Oubangui-Chari, le Tchad, le Congo, etc. devenaient des États, alors que ces limites administratives réunissaient seulement des foules de tribus, de races, très différentes et parfois violemment hostiles les unes aux autres. Tout le monde sait ce que cette aberration a provoqué au Nigeria; on oublie déjà les holocaustes de l'ex-Congo belge; le monde ignore en général les génocides du Soudan où les arabisants du nord ont massacré les "nègres" du sud ; qui se souvient du Burundi où les Tutsis (ethnie minoritaire du chef de l'Etat, le président Nicombéro) massacrèrent les Hutus (environ 85 % de la population). Un témoignage du R.P. Pizard précisait : « J'ai vu personnellement des centaines de personnes obligées de passer entre des haies de jeunes gens qui les battaient à coups de gourdin jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les camions prenaient ensuite livraison des corps pour les déposer dans des charniers. » Le Tchad est en perpétuel conflit comme le fut un temps le Cameroun.
    La Centrafrique, ex-Oubangui-Chari, eut la chance de réunir un ensemble de tribus assez pacifiques et, jusqu'à présent, aucune ethnie ne s'est dressée contre une autre.Mais, c'est un principe sacré en Afrique, l'immense majorité des postes principaux, leviers de commande, fonctions officielles, sont partagés entre membres de la tribu du chef de l'État. Aussi, aux premiers temps de l'indépendance, tous les nouveaux administratifs implantés dans ma région (nord-est du pays) venaient du sud (région du président-fondateur Boganda, puis de son successeur Dacko).
    Comme la vieille méfiance atavique de l'Africain envers tout ce qui n'est pas sa tribu engendre la peur, ces administrateurs venant du sud vivaient dans une certaine angoisse.
    J'ai un soir avec Nado une conversation que j'aurais aimé enregistrer. Elle aurait étonné beaucoup de nos compatriotes et même de nos dirigeants car nombre de ceux-ci ignorent le vrai visage de l'Afrique.
    Comme je l'ai dit, Nado est un garçon intelligent, charmant; contrairement à la plupart de ses collègues sous-préfets, il ne détonnerait absolument pas dans une grande soirée parisienne où il serait un très agréable compagnon. Un soir, toujours après une partie de boules, il reste dîner ainsi que le commandant de la brigade de gendarmerie de Ouadda; j'ai donc là les deux plus importantes autorités de la sous-préfecture.
    Le dîner est joyeux et, après quelques digestifs, les propos très libres. À un moment la conversation vient sur la sorcellerie. Je sens l'occasion favorable.
    — Écoute, Nado, on a beaucoup parlé et écrit sur la sorcellerie africaine. Franchement j'ai du mal à y croire. Mais cela m'intéresse d'avoir ton opinion, à toi, Africain, dont je connais le bon sens, l'esprit de synthèse...
    Il me regarde en hésitant, ses yeux se ferment à demi. Puis soudain :
    — Bien sûr tu ne peux pas comprendre, parce que chez vous, en Europe, les choses sont rationnelles ; mais chez nous, en Afrique, elles ne le sont pas...
    Ce ne sont pas des choses dont les "évolués" africains aiment à parler. Devant un Européen, ils se taisent ou sont les premiers à se moquer ostensiblement des vieilles croyances. Mais moi je suis déjà un vieux du pays... et les boissons portent aux confidences. Encore, aurais-je l'air de sourire ou d'insister trop, il ne dirait rien, mais je semble sincère et sans ironie, même prêt à croire si un homme évolué comme lui me certifie certains faits. Alors il se lance dans des histoires de sorcellerie, vite rejoint par le commandant de brigade. Durant une heure, Eliane et moi nous les écouterons avec passion car c'est toute la véritable Afrique qui se met à nu.
    — ... Tu connais "tel" village, ici, à 20 km ; ne fais jamais quelque chose qui déplaise à ses habitants, parce qu'ils peuvent te mettre un animal dans le ventre...
    — Comment cela ?
    — Oui... oui. L'animal qu'ils veulent. Un chien, une panthère, un singe; et l'animal crie. Toi, tu ne l'entends pas, mais les gens qui t'entourent l'entendent. Alors tu peux partir aussi loin que tu veux... En Amérique... Toujours tu as cet animal qui crie dans le ventre. Et puis, un jour, tu l'entendras... alors tu mourras la nuit suivante...
    Il fut question aussi d'un autre village des environs qui, une nuit, voulait attaquer ceux du village voisin. Comme les hommes approchaient silencieusement des cases endormies, ils se sentirent soudain mordus par des fourmis. Ces fourmis les attaquaient tellement qu'ils mirent le feu à la paille sèche pour les faire fuir. Alors les fourmis se transformèrent en hommes... car c'étaient ceux du village menacé qui s'étaient volontairement changés en fourmis pour berner ainsi les assaillants.
    Je ne parle pas des histoires de morts que l'on enterre et qui soudain, une fois que la terre les a recouverts, apparaissent bien vivants à l'entrée du village, etc.
    Une heure durant, sous-préfet et commandant de gendarmerie nous racontèrent vingt histoires de la sorte. Je ne leur reproche certes pas ces croyances. Le grave est qu'elles sont profondément partagées par la quasi-unanimité des ministres et chefs d'État africains. Bien sûr, jamais ils ne l'avoueraient face à leurs collègues européens et l'inquiétant est que ceux-ci voyant les seules apparences, et Dieu sait si l'Africain sait donner le change en ce domaine, ne comprennent pas qu'un monde nous sépare. Nos représentants parlent raison, persuadés qu'elle doit triompher, seulement, comme l'a dit mon sous-préfet en cet instant de sincérité :
    « Bien sûr, chez vous les choses sont rationnelles, mais en Afrique, elles ne le sont pas. » "

    "Seulement j'ai oublié que je suis en Afrique. Dès mon arrivée à Bangui une nouvelle douche mon bel enthousiasme. David Dacko semble décidé à interdire la chasse à partir de la saison suivante.Je suis effondré. C'est toute ma vie qui est remise en question. Quelles raisons motivent cette décision du président de la République ? Nous ne le saurons jamais exactement. Ce n'est aucunement une mesure de conservation des animaux car la chasse doit être interdite uniquement aux "non-résidents", c'est-à-dire aux touristes, c'est-à-dire à ceux qui font rentrer de l'argent dans le pays. Elle restera autorisée pour les "résidents", c'est-à-dire les Africains et les blancs vivant en Centrafrique, ceux justement qui chassent sans contrôle et en ne payant que des taxes d'abattage extrêmement réduites.
    C'est aberrant!
    Je parviens à être reçu par Dacko. Avant d'être introduit dans son bureau, son chef de cabinet de cabinet me fait enlever ma cravate et ma veste.
    « II ne faut pas s'habiller de façon bourgeoise, le président n'aime pas ça. »
    La mode a changé ! Revenu maoïste après un séjour à Pékin, Dacko en est au style "prolétarien" ; la cravate et la veste absolument obligatoires l'année précédente sont maintenant intolérables, symboles d'un Occident que l'on méprise.
    Je dis à Dacko mon étonnement car l'organisation de safaris professionnels est une source de rentrées pour le pays ; je ne parle plus de "devises"... il a dû apprendre depuis son dîner à Ouadda ce que c'était, mais sait-on jamais?
    Dacko me répond :
    « Mais, monsieur d'Orgeix... vos clients sont des blancs... ils viennent chasser avec vous qui êtes un blanc... ils vous payent vous, de blancs à blanc. À la fin de la saison vous rentrez en France ; où est l'intérêt des Centrafricains là-dedans ? »
    J'essaie bien entendu de lui expliquer que moi, pour organiser mes safaris j'achète des véhicules, du carburant, des vivres, des boissons, tout un matériel acquittant des droits de douane tels que 40 % de l'ensemble de ces achats vont directement dans les caisses du trésor; que par ces achats j'augmente le chiffre d'affaires des sociétés travaillant à Bangui et donc les impôts et taxes qu'elles payent au gouvernement; que je fais travailler des Centrafricains qui payent des impôts et augmentent le mouvement commercial du montant de leur pouvoir d'achat; que moi-même je paie mes impôts, patentes, taxes diverses; et que donc finalement sur ces sommes échangées "entre blancs" seul le montant de mon petit bénéfice personnel n'entre pas en Centrafrique.
    Je lui répète tout cela mais c'est une vue économique au deuxième degré qu'il lui est impossible de comprendre. Comme quelques années auparavant avec les directeurs des mines de diamants, il me répète •
    « Vous êtes un blanc... vos clients sont des blancs... cela n'intéresse pas la Centrafrique. »
    Je sors de son bureau complètement découragé."

    "À Bangui l'atmosphère n'est pas très gaie. La poussée maoïste s'accentue.
    Le Congo-Brazza, pays voisin, est tombé dans l'orbite de Pékin. Des bandes de gamins d'une quinzaine d'années sillonnent les rues, armés de mitraillettes, arrêtant toutes les voitures conduites par des Européens pour les "fouiller". Souvent ils obligent les occupants à se déchausser pour "leur apprendre à marcher à pied". Il n'est pas rare que pour faire un kilomètre le malheureux automobiliste soit arrêté à trois barrages différents.
    Il est intéressant de noter qu'à notre connaissance, Paris n'éleva jamais une protestation ferme concernant les brimades et sévices dont furent victimes nos ressortissants et l'aide technique et financière ne sera jamais arrêtée. Ainsi le contribuable français paye les pantins dont Pékin tire les ficelles.
    La Centrafrique est à la veille de succomber à son tour à la pénétration maoïste. Dako reçu à Pékin, en est revenu endoctriné, et on apprit par la suite qu'à quelques kilomètres de Bangui chez un des ministres, une "armée populaire" formée de tout jeunes gens et équipée par les Chinois était en voie de préparation. Beaucoup d'Européens, en raison de l'exemple de Brazzaville, envisagent de partir avant que les événements ne dégénèrent."

    "Il y a eu tout de même ces dernières années une petite évolution, mais elle est très faible et très lente. Une seule nouveauté plut aux Youlous : la pomme de terre. Seulement ils mangèrent régulièrement toute leur production sans garder ce qui est nécessaire aux semailles. Trois ans de suite le gouvernement renvoya de nouvelles semences, puis il se lassa...
    Les pommes de terre ont été le sujet d'une histoire intéressante, concernant les réactions de ces Africains.
    Comme je l'ai dit, les pommes de terre poussent très vite à Ouanda Djallé et de plus sont très bonnes. À Bangui, les magasins en manquent souvent, car la plupart des pommes de terre mises en vente viennent... de France. Le prix du kilo atteint donc un cours très intéressant pour le producteur. Mais le problème n° 1 est toujours celui du transport qui est excessivement cher, surtout s'il s'agit de régions de très mauvaises pistes. Notre camion 9 tonnes se rendant à Bangui toutes les trois semaines pour chercher notre ravitaillement je fais une proposition aux familles de Djallé : celle de leur transporter à chaque voyage jusqu'à 5 tonnes de fret-cadeau (pas plus de 5 tonnes car je ne veux pas risquer de casser les ressorts). Je fais pour eux les calculs de rentabilité. Une famille cultivant d'octobre à mai un hectare, ce qui ne nécessite pas un gros effort, réaliserait, étant donné l'avantage du transport gratuit, un bénéfice d'environ 120000 francs CFA. Or le salaire de base est fixé à ce moment à 3 250 francs CFA ! Ce simple hectare de pommes de terre pouvait donc rapporter environ trente-cinq fois la valeur du SMIC local. Jamais personne n'a été intéressé par cette proposition.
    Et nous sommes là, par rapport à notre monde abreuvé, saoulé de chiffres sur le "revenu national brut", "revenus bruts par tête d'habitants", "évolutions du pouvoir d'achat", nous sommes dans une autre dimension.
    À quoi peut-on attribuer la réaction (ou plutôt l'absence de réaction) de ces Africains, lorsque la possibilité s'offre à eux, d'augmenter très sensiblement leurs revenus ?
    Pour moi qui ai vécu si longtemps avec eux, je crois que les raisons sont de deux ordres.
    Tout d'abord, il existe chez eux une sorte de sentiment de refus, plus instinctif que raisonné d'ailleurs, de changer leur mode de vie. Peut-être le spectacle de notre permanente activité, de la frénésie de travail du blanc, leur fait-elle pressentir que s'ils adoptaient nos habitudes, ils acquerraient certes une plus grande richesse mais au prix de la perte de leur totale liberté.
    La deuxième cause réside dans le fait que leurs problèmes sont très différents des nôtres. Notre époque de standardisation a tendance à oublier une grande relativité : celle des besoins en fonction des facteurs géographiques et démographiques.
    Il nous est difficile de réaliser que l'on puisse vivre absolument sans argent; or, un habitant des villages de l'Afrique centrale le peut parfaitement.
    Logement ? Une case en parpaings de terre séchée et en bois se construit en quelques jours. Il faut voir là une des raisons de fréquents déplacements d'Africains allant visiter un parent ou un ami dans un autre village que le sien, et y séjournant parfois plusieurs mois. Avec trois ou quatre amis, et l'entraide dans ce domaine est très grande, il se construit une case personnelle qu'il abandonnera le jour de son départ.
    Nourriture ? Un petit champ de manioc, ou de mil, lui assure son ravitaillement de base. Dans tous les cours d'eau, les mares, il pêche sans difficulté du poisson. J'avais un campement situé au bord de la rivière Ouandjia; tous les ans les hommes des villages voisins venaient en fin de saison sèche faire leurs provisions, car ils conservent le poisson boucané. Ils avaient différentes manières de pêcher, notamment avec des filets, mais l'une de ces manières était la suivante : les hommes, en ligne, avançaient doucement dans la rivière, l'eau leur arrivant à hauteur de la taille. Chacun avait une sagaie qu'il lançait sans arrêt juste devant lui, au hasard, or tous les dix coups environ, l'homme ramenait au bout de sa sagaie un poisson pesant de 3 kg à 10 kg. On imagine la densité de poissons que cela représente.
    Pour la viande, les hommes partent souvent à trois ou quatre, passer quelques jours en brousse. S'ils n'ont pas un fusil de chasse, ou un fusil de traite (c'est le nom donné aux vieilles armes se chargeant par le canon), la sagaie et les pièges leur permettent de se constituer des réserves de viande boucanée. En outre ils ramènent du miel sauvage, très abondant dans la région, qui, après fermentation, leur procure l'alcool (douma ou hydromel).
    Ce que nous appellerions le "vivre et le couvert" leur est donc assuré naturellement. La rivière du village est la salle de bains commune, très fréquentée car ils ont le goût de la propreté. Le soir, le ciel étoile, un tam-tam et l'alcool remplacent avantageusement, du moins à mon goût, nos cabarets enfumés.
    L'argent, dans l'absolu, n'est donc pas indispensable, sinon pour payer l'impôt individuel."

    "Bien sûr, nous autres blancs, même vivant dans le même contexte géographique, ne pourrions que difficilement nous adapter à ce mode de vie absolument naturel, mais essentiellement en raison des habitudes acquises, des besoins que nous nous sommes donnés. En sommes-nous plus heureux ?
    Si un homme politique africain venait nous dire :
    « Laissez-nous ! Vous avez inventé des tas de choses, vous fabriquez, produisez, vous êtes riches ; seulement vous la payez, cette richesse, et d'un prix pour nous exorbitant. Il n'est que de voir dans vos grandes villes, chaque matin, ces troupeaux, du PDG à la secrétaire, du cadre au manœuvre, qui tous les jours, qu'il vente, qu'il neige, s'en vont, encore ensommeillés, qui par l'autobus, qui par le métro, qui dans sa voiture, enfermer huit heures de leur vie pour une activité la plupart du temps routinière, sans intérêt individuel.
    « Alors laissez-nous. Nous préférons ne pas avoir vos belles voitures, vos coûteux vêtements, vos confortables maisons... nous préférons rester libres. Libres de vaquer à nos occupations, à nos distractions, mais sans jamais aucune obligation. »
    Cet homme politique, pour ma part, je le comprendrais et le respecterais. Mais la mode du "développement économique" a gagné les sphères dirigeantes africaines ; des populations de plus en plus denses, commencent à s'entasser dans les bidonvilles entourant les capitales, avec, bien entendu, la naissance des problèmes de survie. Plus grave sans doute, la naissance de notre grande maladie : "l'insatisfaction", qui est un mal inguérissable puisque, quelle que soit sa situation sociale, l'homme pris dans cet engrenage, désire toujours plus de richesses, plus de possibilités financières."

    "Le budget annuel de la Centrafrique s'élève à 13 milliards de francs CFA. Donc cette province de la Vakaga, où il n'y a et où il ne pourra y avoir en tout état de cause, avant longtemps, aucune autre activité économique, peut rapporter 2,6 % du budget national, et ceci sans aucun investissement de l'Etat.
    La seule nécessité pour le gouvernement est d'interdire de façon totale et réelle la chasse à la population mais par ailleurs de ravitailler gratuitement cette dernière en viande et en poisson. Mon étude est très détaillée : en organisant systématiquement la distribution de la viande provenant des animaux tirés en safaris ; en organisant certaines battues officielles de ravitaillement dans les troupeaux non chassés (hippopotames et éléphants sans ivoire) ; et en achetant des bœufs domestiques ainsi que du poisson, selon un plan de distribution village par village, toute la population de la Vakaga peut être entièrement et gratuitement ravitaillée. Il en coûtera à l'État à peine une dizaine de millions.
    Près de 3 % d'augmentation du revenu national. Toute une population nourrie (en viande et poisson du moins) gratuitement en contrepartie de l'interdiction de chasse; vo"à ce qui est facilement réalisable
    Tous les chefs de village auxquels je parle de ce projet l'approuvent bien entendu totalement car, en plus du ravitaillement gratuit, l'augmentation du nombre de safaris créera un grand nombre d'emplois pour les habitants de la région.
    Mais cette politique économique se heurte à l'opposition des autorités locales. Préfets, sous-préfets, gendarmes, agents spéciaux. Ils ont, eux, les moyens et le droit de posséder une carabine et de faire chasser pour leur compte. Non seulement leur propre ravitaillement est assuré mais ils revendent ou exportent vers le sud du pays. À toute force ils veulent garder leur privilège.
    Durant des années je lutterai pour faire adopter ce plan, multiplierai les démarches auprès du gouvernement, les rapports, les notes d'informations, mais ce sera toujours en vain.
    Oh, sur le principe on est d'accord ! Mais pour passer à la réalisation il faudrait se mettre au travail, décider des mesures à prendre, établir des textes de loi ; nommer les agents d'exécution, imposer le respect de ces lois aux autorités administratives locales... Les ministres n'ont pas le temps, pris comme ils le sont dans un tourbillon permanent de voyages, de réceptions de délégations de pays "frères", de cocktails, de cérémonies commémoratives.
    Et puis... et puis il y a confusément le sentiment qu'il est inutile de faire des efforts, de se fatiguer pour augmenter le revenu national car, en fin de compte, si les finances publiques connaissent des difficultés les pays "ignoblement riches", cette chère France en tête qui en ce domaine ne veut céder sa place à personne, ainsi que la foule d'organismes d'aides internationales, financés eux-mêmes toujours par les mêmes pays, sont là pour renflouer les caisses vides, combler les budgets en déficit. Alors..."

    "Me rendre à Bangui ! C'est vite dit. Les 1 000 km de piste nécessitent trois jours entiers de voiture à l'aller et autant au retour ; ou prendre l'avion hebdomadaire mais devoir attendre une semaine la liaison suivante... cela en pleine saison, en plein travail!
    Enfin, en raison de la gravité de la situation, je choisis cette dernière solution et me rends à Bangui. Dès mon arrivée je vais chez le sous-secrétaire d'Etat au tourisme. Celui-ci, nouveau venu à ce poste, me reçoit pour me dire : « Monsieur d'Orgeix, j'ai étudié le dossier de votre société... j'ai vu que vous étiez en règle et que vous avez acquitté toutes vos taxes. Je suis navré que vous ayez dû quitter votre travail mais... cela valait mieux... merci d'être venu. » et il ajoute : « Comptez sur moi pour qu'à l'avenir on ne vous fasse pas revenir de si loin pour rien. » Ce secrétaire d'État s'appelait Kossingon. En dix-sept ans d'Afrique c'est l'homme le plus intelligent, le plus constructif que je connus. Trop ! Il osa critiquer en conseil des ministres certaines manières de gouverner. Envoyé à la fameuse prison de N'garaba, personne ne le revis jamais.
    Voilà ! Toute cette tempête, entre les frais de voyages et le remboursement de plusieurs jours de safaris que je dois par honnêteté consentir aux clients que j'ai abandonnés, se solde par une perte d'environ 500000 francs CFA (10000 francs), tout cela pour s'entendre dire : il n'y a pas de raisons, rentrez chez vous ! Il y a des moments, en Afrique, où l'on se sent un pantin !
    Le lendemain, je suis à l'office du tourisme où je rencontre Jean Laboureur. Pour lui, la situation est différente. Il a, loyalement, comme sa convention avec le gouvernement centrafricain le stipulait, fait de lourds investissements de plusieurs dizaines de millions de francs CFA, mais son exploitation est déficitaire. Il me dit : « Oui, j'ai du retard pour payer certaines taxes. S'ils exigent le règlement immédiat, cela me sera impossible. » Je le sens très inquiet, se voyant menacé de la saisie de toute son entreprise et sans doute d'expulsion.
    Un gendarme arrive alors, annonçant que nous étions tous deux convoqués immédiatement chez le ministre d'État chargé du développement. Allons bon ! Je croyais en avoir fini et voilà que tout recommence !
    Nous entrons dans le bureau. Laboureur est nerveux. Le ministre d'État, Ange Patassé, nous reçoit. Il se tourne d'abord vers moi :
    « Pour vous, monsieur d'Orgeix, nos services ont enquêté, les choses sont en règle. »
    Bon ! Pour moi c'est terminé.
    « Mais pour vous, monsieur Laboureur, je ne suis pas content du tout... »
    Là, je vais pendant vingt minutes passer un bon moment, mais tristement significatif.
    J'ai raconté ma première rencontre avec Ange Patassé. Le sentiment qu'il m'avait donné d'être un homme intelligent, actif, un ministre valable.
    Mais les perpétuelles révolutions de palais l'ont fait tout le temps changer de ministère. Il passait de l'un à l'autre avec la rapidité d'une fusée sur orbite ; étant pendant six mois considéré comme le bras droit du chef de l'État pour ensuite connaître une semi-disgrâce. Cet homme a été insensiblement repris par le grand ennégraillement et je vais ce jour-là, dans son bureau, le constater avec tristesse.
    « Monsieur Laboureur... je ne suis pas content du tout... Ah non ! pas du tout... pas content. Si les choses ne changent pas, le gouvernement prendra des mesures énergiques... »
    Le visage de Laboureur se crispe. On va lui réclamer immédiatement les taxes qu'il ne peut provisoirement payer.
    « ... Je suis très mécontent... Il y a dix jours, je suis passé à votre campement de Gounda (un campement de vision du domaine de la Safric), j'avais soif... j'ai voulu boire... Eh bien le réfrigérateur ne marchait pas... J'ai bu de la bière chaude ! Comment... comment... Nous voulons développer le tourisme... et le réfrigérateur ne marche pas... Alors ? Les touristes viennent d'Europe... Ils ont chaud, ils ne sont pas habitués au soleil, ils veulent boire... et ils ne peuvent même pas avoir la bière fraîche... Ah non ! c'est intolérable... Le gouvernement ne peut accepter cela ; il prendra des mesures... Vous portez tort au développement touristique de la République centrafricaine... »
    Vingt minutes ! Durant vingt minutes, nous entendîmes le même leitmotiv. Laboureur reprend des couleurs.
    — Oui, je sais, monsieur le ministre. C'est un nouvel employé que j'ai et qui ne sait pas régler la flamme du réfrigérateur... Croyez que je vais prendre des mesures...
    — Ah oui ! Faites ce qu'il faut... sinon le gouvernement interviendra. .. parce que je suis très mécontent...
    Et voilà! Sur l'assurance que désormais le réfrigérateur marchera, nous sommes congédiés sans qu'il soit question de rien d'autre. Des invectives à la radio, deux patrons de sociétés de safaris arrêtés dans leur travail durant une semaine en pleine saison, des centaines de milliers de francs CFA perdus, des touristes mécontents, tout cela pour nous entendre dire qu'un réfrigérateur ne marchait pas ! "

    " Ce pays, je le hume par tous les pores. Peut-être est-ce la dernière fois. Inlassablement, je revis ce sanglot qu'Antoine a eu sur mon épaule. Ce sanglot, je sais que c'est celui de tous ceux ici auxquels j'ai donné un métier, le goût et le respect de leur travail, une élévation sociale. Ces braves gens, avec leurs qualités, leurs défauts, sont encore au stade d'une certaine enfance. Ils savent, eux, qu'ils ont besoin encore d'être dirigés, guidés, et ils le savent sans en faire de complexes, parce que cela est écrit dans le grand livre du monde.
    Eux, je les aime et ils m'aiment ! Cela n'a rien de commun avec ceux qui jouent aux chefs d'État, ministres, préfets, parasites de tout poil."

    "Aux débuts, j'ai eu bien du mal à combattre le sens de la hiérarchie et le goût du privilège tellement ancré dans ces pays. Le cuisinier s'occupe de sa cuisine, le chauffeur de sa voiture... Que le cuisinier doive préparer vite quelque chose et qu'il manque de bois pour faire le feu, nul ne l'aidera, comme lui n'aidera pas le chauffeur dont le camion est enlisé. Leur donner le sens de l'équipe, d'une solidarité et d'une entraide nécessaire a été assez long. Les y obliger m'aurait occasionné maints palabres. Seulement si le cuisinier manquait de bois je lui disais : « Prépare vite tes casseroles » et, comme une chose toute naturelle, j'allais lui ramasser du bois. Si le camion était enlisé, je partais le premier chercher les pierres nécessaires. Au début, à ce jeu, je risquais mon autorité. Un patron qui met lui-même la main à la tâche peut vite avoir la réputation de "petit blanc". Mais, puisque le "patron" le faisait, le chauffeur pouvait lui aussi ramasser du bois, ou le cuisinier des pierres sans perdre leur dignité. Ainsi ils ont acquis le sens du travail en équipe et compris dans une certaine mesure que l'on peut, pour le bien général, faire un travail en dessous de sa "condition" sans déchoir.
    Cette entreprise, c'est la nôtre à tous. Ils savent, eux, quel travail je fais pour qu'elle marche. Ils savent que jamais l'un d'entre eux ne vient me voir pour un problème personnel ou un drame familial sans que je fasse tout en mon pouvoir pour l'aider, l'assister. À n'importe quelle heure un malade peut me faire appeler, il sait que je serai toujours disponible pour lui. "

    " N'empêche qu'ils vont aller trinquer avec leurs "collègues" centrafricains ; on va faire un petit discours vantant la parfaite collaboration et l'esprit de coopération régnant entre les deux pays. Bien sûr, crédits, bourses diverses vont être octroyés généreusement. Pendant ce temps-là, nous, Français, sommes insultés, bafoués, humiliés ; taillables et corvéables à merci. La "grandeur" devrait, semble-t-il, être dans le fait d'exiger le respect de nos ressortissants."

    "IL EST BIEN CERTAIN que lorsque l'indépendance a été donnée aux colonies françaises d'Afrique noire, elles n'étaient, du moins toutes celles dont j'ai le droit de parler parce que j'y ai vécu, absolument pas prêtes à cela. Il n'existait aucun homme susceptible d'assumer valablement des responsabilités gouvernementales. La Côte d'Ivoire et le Sénégal étaient pratiquement les seuls États à posséder un homme d'envergure. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps et les présidents Houphouët-Boigny et Senghor ne symbolisent pas, hélas, l'Afrique.
    Cet octroi de l'indépendance était-il préférable dans le contexte international ? Cela touche à la politique mondiale et je ne m'estime pas en mesure d'en juger.
    Il reste que nous donnions l'indépendance à des pays pas prêts à l'assumer. Il importait donc que la chose se fasse au mieux des intérêts français, comme de ceux des peuples ainsi décolonisés.
    Toute l'infrastructure administrative devait donc être assurée initialement —et elle l'a été effectivement- par nos techniciens et nos cadres.
    Comme on ne pouvait tout de même envisager que la France assumerait éternellement les charges financières de ces États, l'objectif, il a d'ailleurs été maintes fois proclamé, était de "mettre la machine en marche". Petit à petit, former des cadres africains susceptibles de diriger, gérer leur pays et lui donner un équilibre économique lui assurant son indépendance totale.
    Pour ce faire, il était nécessaire que la France, puisqu'elle acceptait d'assumer la "mise sur rails" de ces nouveaux États, le fasse avec toute l'autorité, disons même, la fermeté parfois indispensable à sa mission éducatrice.
    L'indépendance n'était qu'un mot car elle ne peut être réelle dans un État n'ayant ni les hommes, ni les moyens économiques d'assurer son existence et son équilibre.
    Disons qu'elle était proclamée dans le principe, sa réalité effective étant le but à atteindre le plus rapidement possible. Nous devions donc veiller à ce que les jeunes dirigeants africains apprennent réellement leur métier, tiennent compte des réalités permettant le développement de leur pays.
    Mais il était bien certain que ces dirigeants, arrivant soudain au pouvoir, seraient grisés, auraient tendance à "jouer" aux hommes d'État et à écouter plus volontiers leurs passions, leurs caprices ou leurs intérêts propres qu'à œuvrer durement, difficilement, dans le silence des cabinets, à construire leur pays.
    C'est un apanage normal et humain de la jeunesse ; et c'est là que doit intervenir l'éducateur dans le propre intérêt de ses "élèves" et cela d'autant plus facilement s'il a, et c'était le cas, les moyens d'imposer son expérience et d'obliger à la sagesse.
    Aux premières incartades, aux premières décisions administratives, économiques, politiques relevant de la fantaisie, de l'incohérence ou de l'irréalisme, la France devait intervenir.
    Comment ? Par le langage le plus simple qui soit et que l'Africain, tous les Africains, comprennent fort bien :
    « La France a donné l'indépendance, et c'est une chose sur laquelle elle ne reviendra plus ; mais en même temps elle offre provisoirement les moyens de cette indépendance par ses techniciens et son aide économique. Cela, elle ne pourra le faire très longtemps et elle tient donc à ce que les dirigeants africains apprennent leur métier en suivant strictement les conseils des techniciens français qui ont mission de mettre sur rails l'administration et l'économie.
    « Si les dirigeants d'un pays refusent de suivre les conseils de ces techniciens expérimentés et se lancent dans des aventures, la France, forte de son expérience, prédit que ce pays ne pourra alors trouver son équilibre ; elle ne peut donc cautionner une politique contraire aux intérêts du peuple de ce pays et retire ses techniciens et son aide économique. L'indépendance étant acquise, les dirigeants africains peuvent parfaitement agir comme bon leur semble, de même la France si elle ne croit pas à leurs options politiques peut retirer l'aide qu'elle offre généreusement. Nous restons bons amis... chacun chez soi. »
    Cela aurait été un langage simple, clair et parfaitement compréhensible pour les dirigeants africains. Nul doute que la pensée de perdre l'aide française les aurait persuadés aisément de travailler dans les voies indiquées et cela, répétons-le encore, dans leur propre intérêt et surtout, surtout, dans celui de leurs peuples.
    Certains, par orgueil ou entêtement fanatique, auraient-ils refusé et accepté de renoncer à toute aide française ? Peut-être.
    Mais très vite, la banqueroute de ces pays laissés à eux-mêmes et à leurs dirigeants incapables aurait offert un tel contraste par rapport aux pays se développant grâce à l'action et aux conseils de nos techniciens que la France aurait vu grandir son prestige et son autorité dans toute l'Afrique.
    En cas de retrait de la France, d'autres grandes nations auraient pris la relève ? Lesquelles ? Les Russes ? On peut constater que deux années ont suffi aux dirigeants soviétiques pour comprendre l'Afrique noire. Ils avaient fait un effort certain lors des troubles du Congo, cherchant à cette époque à s'implanter dans tout le continent, mais en moins de deux ans ils ont réalisé le degré d'inconstance et de versatilité des dirigeants noirs et renoncé à faire des efforts sérieux dans ces régions. De bonnes paroles ? Certes ! Dénoncer le néocolonialisme occidental ? Bien sûr, cela n'engage à rien. Offrir généreusement des bourses d'étude à Moscou ou à Prague aux étudiants africains ? Oui, certes, cela permet de les endoctriner politiquement et pourra servir un jour. C'est un investissement qui ne coûte pas cher!
    Donner des aides économiques ? Holà doucement ! Des cadeaux de temps en temps, bien mis en valeur par la propagande, oui, mais de "petits" cadeaux; certainement pas assumer l'équilibre financier de ces pays... ou alors la contrepartie demandée serait importante... et solide. Après plusieurs années, l'URSS revint en force en Afrique, non par son "aide économique" mais militairement par soldats cubains interposés.
    Les Chinois ? Eux tentaient de parvenir à une implantation en Afrique mais cette implantation se heurtait aux différences fondamentales de races. Le Chinois maoïste, toujours actif, secret, mystérieux, grave, doctrinal, travailleur était rejeté immanquablement au bout de quelque temps par l'Afrique comme un corps étranger à son organisme.
    Les Américains ? Une certaine aide oui, mais eux non plus n'envisagent pas de tenir littéralement ces pays à bout de bras ou alors les avantages économiques demandés seraient lourds et solidement assurés.
    Non ! Il n'est que la France pour donner et sans réelles contreparties sérieuses. Ainsi les Africains en sont venus à estimer cette générosité absolument comme un dû ne motivant donc aucun sentiment de reconnaissance.
    Normal et humain ! A-t-on déjà vu une jeune péripatéticienne éprouver de l'admiration et de l'amour pour l'homme qui l'entretient, paye tous ses caprices et trouve normal qu'elle lui refuse sa couche quand bon lui semble ?
    Les masos n'incitent jamais à l'admiration, mais développent chez certains le goût du sadisme !
    Ainsi tous nos conseillers ont été de plus en plus bafoués ; les techniciens, payés par la France mais détachés et mis à la disposition des gouvernements africains ont été abandonnés, sans défense, aux fantaisies les plus incohérentes de leurs "patrons", leur dignité même n'a pas été protégée, or leur dignité était celle même de la France dont ils n'étaient que les représentants.
    À tous les échelons chacun sentit très vite qu'en aucun cas, Paris ne les soutiendrait. Un ambassadeur de France à Bangui, un jour de colère, alors que des Français venaient d'être spoliés, expulsés dans des conditions scandaleuses me dit : « Je ne peux rien faire ! Les ordres de Paris sont formels : pas d'histoires. Vous pensez bien qu'ils (les dirigeants centrafricains) le savent. Alors ils se moquent d'une ambassade désarmée. Si aujourd'hui j'intervenais, je serais immédiatement désavoué par le Quai d'Orsay. »
    J'ai entendu ces propos de la bouche d'un ambassadeur, je les ai entendus dans celle des administrateurs locaux, des gendarmes, de tous les fonctionnaires donnés par la coopération, et à tous les échelons."

    "Quelle importance dira-t-on, des discours anticolonialistes à
    l”usage de la population sont normaux; ils font partie d’un certain
    défoulement compréhensible et sans conséquences! Mais si, juste-
    ment, les conséquences en sont graves. L'Africain à tous les éche-
    lons est un affectif. C'est aussi un comédien né; il joue des rôles,
    se grise lui-même de mots. À force de dénoncer l’époque coloniale
    sans que nous remettions les choses au point, le dirigeant africain
    s'est convaincu lui-même.
    Il est tristement de bonne foi aujourd'hui quand il affirme que
    nous avons volontairement détruit la “culture” africaine, la “civili-
    sation” africaine, les “monuments” africains [sic], tout ce qui faisait
    la gloire et la grandeur de l°Afrique noire, et ceci afin de parvenir à
    asservir de pauvres peuples, de les réduire en esclavage en détruisant
    leur histoire et leurs traditions.
    Il y croit d'autant plus qu’il veut y croire. Il faut beaucoup de
    courage pour admettre que l’on appartient à des peuples restés en
    retard des autres dans l'évolution du monde, qui ont eu besoin
    d’une direction étrangère et qui ont encore des efforts importants
    à réaliser pour combler ce retard.
    Il est plus simple et plus agréable de se poser en malheureuses
    victimes dont le développement, l'épanouissement ont été entravés
    par de féroces peuples guerriers ayant imposé leur loi par la force.
    Or c'est très grave. D'abord parce que l’irréalisme est le pire
    ennemi de toute politique créatrice; ensuite, cette vision totalement
    fausse de leur histoire donne à l'Africain une agressivité, si ce n'est
    de la haine, envers le blanc.
    C'était le point de départ fondamental de tous nos rapports
    présents et à venir. Où ces pays reconnaissaient que la colonisation
    française a été nécessaire pour eux, profitable, alors une coopéra-
    tion amicale, fraternelle était possible, et serait source de progrès.
    Ou bien ils considèrent avoir été spoliés, exploités, et alors cela
    engendre à notre égard une méfiance, une agressivité, un goût de
    “revanche ”complètement stupides.
    Un ne peut s’empêcher de penser que la condamnation sys-
    tématique, sans appel, sans même envisager qu’il puisse en être
    autrement, de l’époque coloniale appartient à la très vaste action
    visant à la décomposition par l°intérieur de l'Occident"

    "Quel meilleur moyen que, d'un côté, attiser le sentiment de
    revanche raciale contre les anciens colonisateurs, et de l'autre détruire
    les forces morales de l'Occident. Dans la mesure où celui-ci renie
    son passé, n'a plus conscience de ce que sa civilisation a apporté au
    monde, éprouve un permanent complexe de culpabilité sa faculté
    de résistance s’effondre.
    D'où la mise en œuvre depuis des années de ce gigantesque
    lavage de cerveaux visant à donner à l'homme blanc un sentiment
    de culpabilité par rapport aux peuples afro-asiatiques."

    "Peu de temps avant notre retour il y eut le drame des 98 centimes !
    Un beau jour, Bokassa se dit que s'il fabriquait lui-même sa monnaie, il n'aurait plus jamais aucun problème monétaire ; la planche à billets pouvant tout de même émettre de la monnaie aussi vite que lui mettrait à la dépenser.
    Il fallait y penser et nul ne peut contester la rigueur de ce raisonnement !
    La Centrafrique appartient sur le plan financier à la zone franc régie par la Banque centrale des États de l'Afrique équatoriale et du Cameroun. Cette zone englobe en outre le Tchad, le Congo et le Gabon ; sa monnaie est le franc CFA qui est garanti sur le marché international par la France. Le conseil d'administration de cette Banque centrale est composé d'un représentant de chaque État, y compris de la France, qui conserve le contrôle des émissions monétaires.
    Bokassa avait donc soudain demandé avec violence que le siège de la Banque centrale ne soit plus à Paris, et que désormais la monnaie centrafricaine soit imprimée à Bangui. Bien entendu notre gouvernement avait répondu que la chose était impossible. Si un des États de la communauté d

  • @ Daniel

    vous faites fort pour trouver des blogs partisans recelant quantités d'affirmations sans aucune source fiable.

    "Les millions de victimes du colonialisme français depuis trois siècles seraient-elles quantité négligeable ? "

    "Partout, la conquête coloniale fut effroyable. Le colonisateur au drapeau tricolore l’a déshonoré, ce drapeau. Il l’a noyé dans le sang des peuples martyrisés par ceux qui prétendaient leur apporter la civilisation au bout du fusil. !!! "

    "Cette implantation coloniale s'est-elle accomplie par une invasion
    brutale, dans un bain de sang? Aucunement. Dans la plupart des
    contrées elle fut pacifique grâce à des “traités” avec les chefs locaux.
    Les combats qui eurent lieu ne mirent jamais aux prises plus de
    quelques compagnies. Toute la pénétration française en Afrique
    centrale provoqua beaucoup moins de morts qu'une seule bonne
    journée durant la guerre du Biafra, et certainement moins que le
    nombre d'êtres massacrés chaque année par les expéditions tribales
    avant la colonisation.
    Cette période coloniale fut-elle entachée de brutalité, d'abus
    d’exploitation ?
    Brutalité? Il ne faut pas oublier quels hommes ont organisé ces
    pays. Le militaire pénétra et ensuite assura la sécurité de tous. Ce
    furent les administrateurs civils qui assurèrent la direction du pays,
    parallèlement à L’implantation des missionnaires.
    Imagine-t-on ces derniers instaurant avec nos fonctionnaires civils
    un règne de terreur, de cruauté, de mépris de l’être humain? Soyons
    sérieux! Que la fameuse “chicote” ait fonctionné, certes oui. Pour
    obliger les villages à créer des plantations, les cultures nécessaires
    pour empêcher les famines, les administrateurs durent employer
    souvent des moyens énergiques et les chefs responsables des villages
    n’ayant pas accompli le travail fixé recevaient un certain nombre
    de coups de chicote sur les fesses. Quelle horreur? Encore une fois,
    soyons sérieux. À cette époque les punitions corporelles existaient
    encore dans la marine britannique et que je sache les marins de
    Sa Majesté n'étaient pas de pauvres esclaves méprisés et avilis. Vers
    les années 1970 le président Tombalbaye, au Tchad, réínstaura
    ofliciellement les condamnations au chicotage pour les chefs de
    villages n’ayant pas accompli le programme des travaux de culture
    fixé par le gouvernement... qui y a trouvé à redire?

    lisez pour en finir avec la repentance coloniale de Daniel Lefeuvre toutes ces affirmations bidons sont démontées par un historien honnête.

    http://est-et-ouest.fr/revue/HL029_articles/029_123.pdf

    vous ne savez même pas qu'il n'y a pas plus menteur qu'un musulman !!!

    Daniel toujours complétement déconnecté de la réalité à ce que je vois.

  • https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d'Orgeix

  • @ Aoki

    http://proudpeople.fr/afrique-avant-l-esclavage/

    "et de l’esclavage, des faits dont de nombreux captifs avaient entendu parler durant les centaines d’années pendant lesquelles les blancs avaient chassés et pourchassés les noirs en Afrique." !!!

    quand on écrit des mensonges de cet acabit, on comprend tout de suite le peu de véracité du site.

    quelles sont les sources de toutes les affirmations de se site ?

    si j'ai bien compris il y avait de l'esclavage entre Africains mais ce n'était pas de l'esclavage, euh il nous prend pas pour des cons celui qui a écrit ça.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Commerce_triangulaire

    "La production de captifs était une affaire quasi exclusive des Africains. L'écrivain et journaliste américain Daniel Pratt Mannix (1911-1997) estime que seuls 2 % des captifs de la traite atlantique furent enlevés par des négriers blancs"

    euh les écrits ci-dessus sont issus du livre de Jean D'orgeix "j'étais un Africain blanc"

  • Je pense Géo que l'Afrique (et pas que...) est un défi à l'intelligence humaine.

    On ne peut simplement tout fermer, mais on ne peut tout ouvrir...

    On en est là, que faire ?

  • Absolom@ "On en est là, que faire ?" La première chose, qui nous appartient, est de faire comprendre aux dirigeants africains qu'ils doivent stopper l'émigration sauvage et "culturelle" des jeunes. Comme déjà dit, la plupart voire tous sont des investissements de leur famille. La somme dépensée pour leur voyage, énorme à l'échelle africaine, devrait être utilisée pour investir - sans les risques habituels à l'Afrique...- à l'intérieur du pays. Donc création de banques sûres et populaires, de type mutuelle. La tontine en mieux, si vous voulez...
    Anecdotique mais important : cela déjà été fait cent fois, et dans 99% des cas, le caissier part avec la caisse, puis revient quelques années plus tard. Tout le monde lui pardonne mais plus question de commettre la même erreur. Vous voyez déjà que c'est mal barré...
    Il faut donc stopper cette immigration non voulue et non contrôlée par nous Européens. L'esclavage en Andalousie, cela suffit. C'est crapuleux et cela fait marrer de voir les Espagnols jouer aux grands tiers-mondistes et tolérer ce scandale...

    Et alors, il faut combattre l'idéologie alter-mondialiste, tiers-mondiste et socialiste, qui fait que les intellectuels africains ne combattent pas pour la bonne cause, le développement de leur continent mais s'épuisent à demander des compensations pour l'esclavage, pour la colonisation, pour le racisme et toutes ces conneries. Imaginez si on faisait la même chose en Europe...et d'ailleurs, France - Allemagne...

    Il faut donc favoriser l'émergence d'intellectuels africains capables de concevoir un développement à l'africaine et faire tout ce qu'on peut pour combattre la mauvaise influence de certaines personnes en Afrique.
    Anecdotique mais important : de retour de la plage de Nouakchott où j'ai vu les cadavres des jeunes émigrants, j'ai discuté avec le jeune et brillant patron du bureau local qui collaborait au projet que je dirigeais. Je lui ai demandé pourquoi il ne se mettrait pas au service des Européens pour mener une campagne contre l'émigration. Il devait y avoir pas mal d'argent à gagner pour un bureau tel que le sien, spécialisé dans la sociologie des projets de développement. Il m'a clairement dit qu'il ne vivrait pas longtemps s'il se lançait dans mon idée. Les douaniers sont les gens les plus puissants partout en Afrique et ils doivent toucher pas mal sur le dos des passeurs...

    Mais il faut que tout cela devienne le problème des Africains, non le nôtre. Après tout, comme nous parlions plus haut du Burkina, il faut noter que les Burkinabés ont réussi de se débarrasser du Blaise sans bain de sang. C'est plutôt bon signe. Reste à se débarrasser des fonctionnaires véreux, et ça c'est une autre paire de manches. Il faut bien comprendre que ce qui approche le plus un fonctionnaire africain, c'est la notion de "fermier général" du temps de Louis XIV : un droit que l’État accorde à certains, toujours de la même ethnie dominante*, de rançonner la population...
    Mais qu'est devenue Axelle Kabou ? Ce serait intéressant de le savoir. Mais Dambisa Moyo existe toujours, elle...
    * bambara au Mali, mossi au Burkina, etc, etc...

  • En conclusion de mon précédent commentaire : partez en guerre contre les gens qui soutiennent l'Aquarius, SOS méditerranée ou MSF. La raison principale d'être de MSF est de saboter l'économie suisse, la pharma en tout cas, en faisant voler ses brevets au profit de la pharma indienne, qui produit des médicaments sans avoir besoin de faire de la recherche.
    Allez oser critiquer la pensée dominante débile des pro-Aquarius, des partisans de cet humanitaire qui n'a aucune conscience de ce qu'il fait. Il faut lutter contre tous ces escrocs, qui ne font ça que pour valoriser leur ego malade...
    Micheline Calmy-Rey, Dubochet, Carla Del Ponte par exemple.

  • Merci pour vos réponses Géo, je les partage entièrement !

    Et veuillez excuser ma question de départ, un peu simpliste...

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