26 novembre 2018

Zorro vs féministes : 1-0

Suzy est rassurée. L’affiche n’est pas illégale et son promoteur ne sera pas condamné. On ne rendra pas Suzy invisible ni aveugle. Avant le crash elle verra le ciel une dernière fois. C’est mieux pour mourir. Parce qu’elle aurait bien pu se retrouver la tête dans le sac avant d’être jetée sur la voie.


tgv,béziers,ménard,femme,violence,train,rails,bordeaux,schiappa,rossignolL’air du temps

L’incident qui avait défrayé la chronique il y a près d’un an a connu son épilogue.

Cela a commencé à Béziers. La municipalité de cette ville, située entre la Méditerranée et la Montagne Noire, veut une ligne TGV vers Bordeaux, à construire. D’autres élus régionaux font la même demande.

Pour appuyer l’idée auprès du public et des médias, la municipalité de Béziers, dont Robert Ménard est le maire, a lancé une campagne d’affiches. J’en parlais ici. L’affiche, en image 1, reprend une scène classique du western avec un second degré évident.

À l’époque des féministes avaient dénoncé ces affiches et « l’odieuse campagne lancée par le maire de Béziers », terminologie reprise de Sébastien Denaja, porte-parole du parti socialiste et membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

L’ancienne ministre des « Droits des femmes » demandait des poursuites contre « l’ignoble » Ménard. Au passage, on peut constater que Trump n’a pas inventé le tweet insultant et réducteur ni l’attaque ad hominem. Madame Rossignol s’y prête avec la jouissance d’une coupeuse de tête qui sent l’odeur de sa proie. C’est dans l’air du temps, hélas.

 

 

tgv,béziers,ménard,femme,violence,train,rails,bordeaux,schiappa,rossignol« L’immonde »

Il faut dire que madame Rossignol a chanté une vilaine fausse note en amalgamant l’affiche à un fait divers. Un homme avait attaché sa compagne sur les rails et s’était suicidé après le passage du train.

C’est pratique: elle peut relier l’affiche à au concept à la mode de violence faite aux femmes. Elle n’a cependant pas choisi d’évoquer le meurtre raciste d’un Algérien en 1983, dans le drame dit du « Train d’enfer », défenestré sur la ligne Bordeaux-Vintimille. Normal, c’est un homme. Les féministes sont très douées pour le tri sélectif.

Sa successeure, Marlène Schiappa, a réagi de manière tout aussi pavlovienne:

« Campagne une fois de plus odieuse, de surcroît venant d’un élu de la République. J’ai saisi ce matin le Préfet afin que tous les recours possibles soient étudiés et activés. Merci pour vos signalements ».

Ils se sont mis d’accord sur le langage, ma parole! Comme c’est convenu, politiquement correct, bien-pensant. C’est le niveau du débat en France en 2018. Déployer la haine, politique ou raciale en se parant d’angélisme, vieux mécanisme manichéen, ça ne mange pas de pain. Bullshit!

Le quotidien Sud-Ouest fait usage du terme « immonde », ça fait penser à la Bête. Raaahhh, fûté…

En plus de la ministre, le groupe de Jeunes Insoumis avait également déposé une plainte contre monsieur Ménard pour « apologie des violences faites aux femmes et du féminicide ». Et pourquoi ne pas déposer une plainte contre Zorro alias son éditeur? Ou une plainte posthume contre Henri Salvador, avec embargo sur l’ensemble de son oeuvre?

 

 

tgv,béziers,ménard,femme,violence,train,rails,bordeaux,schiappa,rossignolBrûler la culture

Il faut être un peu foldingue – ou paranoïaque – pour y voir ça. Mais c’est l’époque et toutes les manipulations sont permises.

Bon, l’épilogue: Zorro-Ménard a gagné ses procès. Selon Ouest-France du 21 novembre:

« Au total, cinq plaintes avaient été déposées. Mais le tribunal avait une première fois rejeté la demande de retrait de ces affiches. La justice considère cette fois que «les affiches ont pour objet de promouvoir la présence d’une ligne TGV à Béziers, qui est un objectif d’intérêt général. Elles ne constituent pas une promotion des violences faites aux femmes et ne visent pas un genre de personne en particulier».

Le juge explique même que «ces affiches ne sont pas une atteinte à la dignité humaine et ne constituent pas une forme de harcèlement à l’égard des personnes de sexe féminin. »

Ouf! Encore heureux que le nouveau maccarthysme féministe n’ait pas embrigadé tout le corps judiciaire. L’humour, la provocation et le second degré ne sont pas (encore) condamnables. Ou alors, il faudrait brûler presque tous les films de western (et pas seulement ceux-ci) pour cause de violence faite aux hommes.

Ou, comme le suggère mon correspondant français Henri L’Helgoualc’h, qui écrivait déjà en 2017:

« Remarquons au passage que les scènes représentant des hommes suppliciés sont légion au cinéma, sans parler des chemins de croix dans nos églises. Pourtant ces dames ne montent jamais au créneau contre les violences faites aux hommes.

 

 

tgv,béziers,ménard,femme,violence,train,rails,bordeaux,schiappa,rossignolZorro arrivera-t-il à temps?

Il est clair que cette indignation sélective relativise l’appellation du ministère de Mme Schiappa qui prône l’égalité des sexes.

Alors nos censeurs devront sans doute partir en guerre contre les illustrations qui figurent dans le célèbre conte du Petit Chaperon Rouge se jetant, en toute innocence, dans les griffes du grand méchant loup qui n’en fera qu’une bouchée. Il est évident que ce message sera susceptible d’exciter une haine sexiste envers les petites filles. (…)

Sans compter que ces justicières devront aussi éradiquer, des séries télévisées, la moindre évocation de meurtre de femme. Il y a du boulot car, chaque soir, le petit écran est rempli de fictions qui font de ces violences leur sujet de prédilection. »

 

Pour conclure, je recommande aux féministes de surveiller de près l’affaire du TGV Béziers-Bordeaux. Jo le Bouffi rôde, comme le signalait avec pertinence le regretté Henri Salvador (clip audio en haut à droite). Zorro n’est pas encore arrivé.

Si le vent tourne au sud il pourrait même être retardé par une grosse pluie cévenole. La belle Suzy aurait alors du souci à se faire. À moins qu’une Zorrette ne surgisse par miracle. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

 

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10:24 Publié dans Humour, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : tgv, béziers, ménard, femme, violence, train, rails, bordeaux, schiappa, rossignol | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bonjour HL,

Vous allez peut être me trouver tatillon et un peu hors sujet (quoique ?), mais lorsque vous écrivez "sa successeure" vous le faites pour vous moquer de la futilité des combats menés par M. Shiappa ? Ou tout simplement, petit à petit, vous vous accommodez de ces nouvelles règles grammaticales venues de nul part et imposées sans aucune légitimité par un petit nombre d'excitées ?

Je pose cette question sans animosité :) peut être ne s'agit-il que d'humour de votre part ?

Écrit par : steppenwolf | 26 novembre 2018

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Bonjour Steppenwolf,

J'ai hésité: successrice? Successeuse? J'ai choisi celle-ci.
Pour vous répondre il y a des deux.

Je ne suis pas opposé à une féminisation, selon la manière et le domaine. Cela me semble logique dans la mesure où le féminin existe et est déjà utilisé pour de nombreux mots. Mais je renâcle sur la forme. Le E final est le plus élégant: docteure, p.e. Le EUSE n'est pas toujours lisse à l'ouïe. Le TRICE est le mieux marqué.

Par contre je suis à la peine avec les fonctions: le maire, la maire, la mairesse. Je préférerais garder la fonction neutre, donc dans la forme masculine qui lui est attribuée en français, car une fonction n'est pas un métier et ne devrait pas être contingentée par les genres à mon avis.

Quant aux accords et aux préséances, le F de femme précède le H de hommes. Mais je pense que l'ordre des mots doit aussi servir le sens ou l'intention, et doit rester malléable. Par exemple cette phrase:

"Au casino femmes et hommes, joueurs et joueuses, se pressent devant les tables"

Femmes en premier, joueuses en second, cela ne semble pas cohérent. En principe les qualificatifs sont posés dans le même ordre que les mots qu'ils qualifient. Mais dans ce cas l'ordre alphabétique tombe:

"Au casino femmes et hommes, joueuses et joueurs, se pressent devant les tables"

Dans mon billet "sa successeure" aurait pu rester en terme de "son successeur", dont on sait qu'elle est femme en la citant nommément. Je fais des essais pour voir.

Écrit par : hommelibre | 26 novembre 2018

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"Dans mon billet "sa successeure" aurait pu rester en terme de "son successeur""
Je propose
Dans mon billet "sa successeure" aurait dû rester en terme de "son successeur".
Restez ferme :-)
Amicalement

Écrit par : Mère-Grand | 26 novembre 2018

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Vous avez raison Mère-Grand.
Une fonction n'est pas genrée, elle est au-dessus du genre.

Écrit par : hommelibre | 26 novembre 2018

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Vous propose, John, histoire de se marrer un peu et sortir de ces débats stériles entre femmes et hommes, pour vous le vaillant défenseur de la gent masculine, un poème écrit en son temps par un prof d’anglais à Montpellier qui a bien compris ce que peuvent ressentir nos compagnes devant le machisme de certains. Comme quoi la pratique des langues délie l’esprit, comme le disait Aristote.

Cela s’intitule « Plaintes d’une femme déçue » et pour l’apprécier pleinement, faut avoir le goût de la contrepèterie et de la langue française, osons dire gauloise. N’en mets que trois quatrains, si les autres vous intéressent…
Coincés s’abstenir.

L’hommage de leurs vers qu’à l’envi les poètes

PLAINTES D'UNE FEMME DÉÇUE

L'hommage de leurs vers qu'à l'envi les poètes
À la femme déçue offrent toujours ardents
Flatte certes le but mais n'apaise la quête :
L'attente a des plaisirs qu'on ne fait qu'un moment.

Aussi, jouet des vents qui l’hiver me rudoient,
Sur des talus où vont se fanant mes appas,
En un dense réduit où je n’ai point de joie,
Veux-je conter ce don que Thyrsis bafoua.

Las ! Le pâle Thyrsis avait la mine austère :
Le sentant sur le banc près d’elle un peu tarder
L’amante bien des fois lui fit en vain la guerre
Ferme et froid cependant, jamais il ne doutait.

Écrit par : Gislebert | 26 novembre 2018

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Gislebert,

dur dur...
J'ai cherché sur le net pour m'aider:
https://taz42.wordpress.com/2011/01/18/plaintes-d’une-femme-decue/

:-D

Écrit par : hommelibre | 26 novembre 2018

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À propos Steppenwolf ça me fait plaisir que vous l'ayez relevé, c'était un peu fait pour... :-)
Merci.

Écrit par : hommelibre | 26 novembre 2018

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@ Gilles et Gislebert:

mauvaise manip en publiant, j'ai supprimé vos commentaires par erreur.

Pouvez-vous les remettre?

Veuillez accepter mes excuses.

Écrit par : hommelibre | 26 novembre 2018

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A propos du féminin de "successeur", le linguiste Claude Hagège (Collège de France), a publié, le 26 décembre 2017, dans Le Monde, le texte suivant : "Ce n'est pas la langue qui est sexiste, mais les comportements sociaux... C'est une illusion que de vouloir extirper de la langue les traces de la domination masculine. En revanche, c'est un combat sain et nécessaire que de s'en prendre au sexisme dans la société".
Il aurait pu ajouter que le sexisme est également féminin. Affirmer que l'illustration, représentant une femme promise à une mort certaine, est susceptible de pousser les hommes au féminicide est une autre façon de dire que ces derniers sont,par nature, soumis à un conditionnement génétique de la violence et prêts à tuer les femmes à partir d'une simple image. C'est, à la fois, stupide et misandre; et tout ceci en dit long sur la bêtise et la nocivité du néo-féminisme. A ce sujet, il est bon de lire le livre de Patrick Guuillot : "Misogynie, misandrie, il y a deux sexismes (éditions De Varly).

Écrit par : Henri | 27 novembre 2018

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Dernières nouvelles de la guerre des sexes: dans le Sidney Morning Herald, une lectrice rapporte la complainte d'une femme furieuse parce que son fils n'a pas été autorisé à faire partie d'un ballet de fin d'année en tutu.

Écrit par : Mère-Grand | 27 novembre 2018

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