13 novembre 2018

Le manteau de Martin

Il n’y a pas que les pêcheurs qui s’appellent Martin. Celui-ci est né un 11 novembre dans les plaines du Danube au IVe siècle. Son père, militaire de haut rang, le destinait à la même carrière. Il finira évêque.


martin,gaule,romains,saint-martin,manteau,étéSoir d’hiver

Martin portait un manteau prestigieux, signe de son engagement militaire: une chlamyde. C’est une pièce d’étoffe rectangulaire attachée à l’épaule. Les Gaulois en avaient adopté l’usage après l’invasion romaine.

D’abord soldat, charge héréditaire par tradition à l’époque, Martin se fait remarquer par son empathie (sa miséricorde):

« Pendant toute cette période, ses chefs le reconnaissent excellent officier, déjà, il aide les faibles, distribuant son argent aux pauvres, soulageant les misères des malheureux et soignant les malades. Sa vie de tous les jours est simple, sans luxe ostentatoire, il traite son unique serviteur avec grand respect, en frère. »

Cependant c’est surtout par ce manteau qu’on le connaît. Alors qu’il n’était pas encore converti au christianisme, il eut ce geste qui le rendit célèbre à travers les siècles:

« Un soir d’hiver glacial particulièrement rigoureux, n’ayant sur lui que son beau manteau blanc d’officier et ses armes, Martin rencontre à la porte de la ville d’Amiens (…) un pauvre dépourvu de vêtements (…). Le malheureux avait beau supplier les passants, personne ne s’arrêtait par un temps pareil. (…) Martin ne possédait que sa prestigieuse chlamyde. (…) Sans hésiter, saisissant son épée, notre fol en Christ partagea en deux son superbe manteau, en donna un morceau au pauvre et remit sur ses épaules l’autre moitié. »

Geste simple, geste d’humanité qui transcende les conditions sociales et fait partager les risques de la vie – ici le froid – pour les alléger. Une sorte de mutualisation avant la lettre.

 

 

martin,gaule,romains,saint-martin,manteau,étéMinuit

Oui. Mais… pourquoi seulement la moitié? Pourquoi ne pas avoir donné son manteau tout entier? Une demi-chlamyde suffit-elle à effacer la misère? À couronner de mérite un officier qui ne connaît pas le besoin?

Dans notre époque riche en débordements sentimentaux et en postures convenues, aimer c’est tout donner. Une affirmation reprise entre autres de Thérèse de Lisieux. Dans certains cas, oui, on peut donner sa vie par amour, comme d’autres le font par devoir. Cependant je suis revenu de cette idée.

Donner tout ce que l’on a ne fait que transférer la misère de l’un à l’autre. Si le pauvre devient riche, celui qui donne tout devient pauvre. Ce n’est pas un bon contrat, un bon « deal ». Alors qu’en évaluant la situation, en réfléchissant, en calculant les plus et les moins, Martin prend une décision qui laisse aux deux hommes une chance de ne pas mourir de froid.

Une décision redoutable de bienveillance et de sagesse, d’altruisme nécessaire et d’égoïsme pragmatique. Il ne donne pas uniquement mu par l’élan d’un coeur plein de compassion, mais aussi par une lucide conscience éclairée.

La mort de Martin n’aurait pas été d’une grande utilité, alors qu’en restant en vie il a oeuvré jusqu’à 80 ans en faveur de la justice en tant qu’évêque de Tours. Il est considéré comme le saint patron des Gaules.

Aujourd’hui son exemple, si simple, si naturel pour la plupart d’entre nous, a pris valeur de symbole. Au point où le commentateur se demande:

« Que diraient nos contemporains si, à la sortie d’une messe de minuit de Noël, une chrétienne imitait Martin avec son manteau de vison ? »

 

 

 

 

09:44 Publié dans Histoire, Philosophie, société | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : martin, gaule, romains, saint-martin, manteau, été | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Et dire que je croyais que la Saint Martin était la fête du cochon parce qu'il avait refilé la moité de ses chlamydiae à un pauvre. Ô_ò

Non, conneries mises à part je me demande d'où vient cette proximité étymologique entre le manteau luxueux et ces bactéries parasites ?

Écrit par : aoki | 13 novembre 2018

Aoki @

De mes souvenirs des cours de microbiologie : les Chlamydiae ont été mises en évidence au début du XXe par une équipe allemande en étudiant le trachome. D’où le nom de la première découverte : Chlamydia trachomatis. Les Chlamydiae ne sont pas uniquement à l’origine de MST comme la maladie de Nicolas-Favre, Wiki est très pointu sur le MST et IST pour ceux que cela intéresse. Or le trachome non soigné aboutit à une nécrose de la cornée, qui s’opacifie comme recouverte d’un manteau, d’un voile.

St Martin devait être clean, d'après mes sources :))

Écrit par : Gislebert | 13 novembre 2018

@ Aoki & Gislebert:

L’étymologie est identique, selon le cnrtl.fr et wiktionary. Le mot d’origine grecque signifie: « manteau »:

cnrtl:

« Étymol. et Hist. Av. 1502 clamide (Octavien de Saint-Gelais, Enéide, éd. 1540, 87 vods Barb. Misc. 18, no8). Empr. au lat. class. chlamys, -idis « manteau luxueux », lui-même empr. au gr. χ λ α μ υ ́ ς « casaque de cavalier ». Fréq. abs. littér. : 28. ».

Wiktionary:

« Étymologie
Du grec ancien χλαμύδα, khlamúda (« manteau ») ».

Pourquoi « manteau »?

Hypothèse, à valider ou infirmer: parce que, comme un manteau couvre le corps et l’occulte à la vue, le chlamydia attaque les yeux et provoque une conjonctivite pouvant aboutir à la perte de la vue, comme si un manteau occultait le monde aux yeux de la personne.

Écrit par : hommelibre | 14 novembre 2018

Juste Homme libre, ai été un peu rapide et succinct. Le trachome produit une prolifération granuleuse de la conjonctive de la paupière qui se retourne en entropion et qui finit par recouvrir l’œil à la manière d’un « manteau » et léser la cornée. Une des causes prioritaires de l’OMS. Votre explication est farpaite... :)

Écrit par : Gislebert | 14 novembre 2018

Sans parler de l'entropion, on constate déjà des lésions qui recouvrent la cornée d'un manteau blanc.

Ouais ça se tient tout ça !

Je loue saint Martin qui a inspiré ce partage de connaissance ! Amen :-)

Écrit par : aoki | 14 novembre 2018

Les commentaires sont fermés.