03 novembre 2018

Éléments de féminisation de la langue

Je réfléchis à la féminisation du langage depuis des décennies. Elle est logique et déjà partiellement réalisée. J’ai admis qu’en français le neutre, signifié par la même forme que le masculin, n’a pas toujours la précision souhaitée ou ne répond pas aux aspirations de l’époque.


Langue-03.jpgLe portillon

J’ai souvent été attentif à ne pas privilégier une forme masculine en raison de son sens global, et j’ai souvent pratiqué le redoublement,  même par oral, dans la mesure où c’était pertinent et léger.

Si dans une assemblée il y a des femmes et des hommes et que cela soit important d’en donner l’information, il pourrait être utile de disposer d’une forme spécifique.

Faute de cela je tiens compte du contexte pour savoir si je féminise ou non mon langage écrit et oral. Je soutiens une féminisation si l’on parle par exemple d’une épreuve sportive mixte.

Cela renforce le fait genré ou sexué que l’on décrit, et procure une présence manifestée pour chaque sexe en tant que groupe.

Dans d’autres circonstances je ne pense pas utile de féminiser. Par exemple, dans cette petite phrase: « Le président répond aux Français », je ne féminise pas. Cela n’aurait pas de pertinence particulière et l’on comprend très bien que aux Français contient aussi aux Françaises.

Concernant la forme à donner à cette féminisation, j’écarte évidemment l’écriture faussement nommée « inclusive ». Elle n’inclut rien. Elle sépare les femmes des hommes par un point ou un tiret, ou une parenthèse. Mauvais symbole, la femme mise entre parenthèses ou derrière un portillon! Ou devenue un appendice, ajoutée à la queue de l’homme à cause de cette forme d’écriture très politique.

Et je ne parle pas de l’arrêt visuel de lecture à chaque fois que l’on tombe sur ce cauchemar inclusif, qui n’est pas assimilable dans la construction rapide d’un texte que fait l’oeil pour accélérer la lecture.

 

 

Langue-04.jpgGéographie de l’écrit

Ni du fait qu’elle peut exister et rester à peu près lisible uniquement à l’écrit. Une transposition à l’oral n’est pas envisageable.

Je choisis donc une autre option, à l’oral comme à l’écrit: le redoublement. Soit dans une forme simple – par exemple: « tous les hommes et toutes les femmes » – soit dans une forme plus élaborée si le sujet le permet et en est enrichi.

Cependant le redoublement alourdit l’écriture. Je ne l’utilise donc pas systématiquement mais si l’usage est utile à la compréhension, souvent en début de texte ou de discours, pour en poser rapidement le cadre.

Il n’est pas utile, dans un récit ou un discours, de mettre partout des redoublements comme: « toutes celles et tous ceux » à chaque fois que l’on parle de l’ensemble des membres d’un groupe humain mixte.

L’auditeur ou le lecteur comprend rapidement les nuances de langage et leur utilité dans un contexte donné. Pour autant qu’il y ait une cohérence d’ensemble.

Mais ce n’est pas tout. Comment signifier une forme féminisée ou masculinisée sans tomber dans le biais géographique suivant: la forme féminisée vient en général après la forme masculinisée. Elle la suit, elle est géographiquement derrière. Dans la logique de la langue, elle vient en deuxième.

Ce qui ne manquera pas, tôt ou tard, d’être l’objet de récriminations pour cause de sexisme. Pourquoi dans une phrase le masculin devrait-il précéder le féminin? Encore une soumission au méchant patriarcat, probablement. Pour s’en défendre les hommes et femmes politiques commencent leurs diatribes par Mesdames, Messieurs. Ou aussi: Françaises, Français.

Mais alors pourquoi le féminin précède-t-il le masculin?

 

 

Langue-02-cranach.jpgIles, sans circonflexe

Dans ce cas c’est politique et démagogique. Comment s’en sortir? Un moyen est de s’en tenir à l’ordre alphabétique. Mesdames précède Messieurs en raison de sa quatrième lettre, un d qui précède le s (quatrième) de Messieurs dans l’ordre alphabétique.

Pour Elles et Eux, ou Celles et Ceux, c’est pareil: l’ordre alphabétique absolu fait placer la forme féminine avant la forme masculine. Par absolu j’entends un ordre alphabétique tenant compte d’un groupe de mots. Je reprends l’exemple cité plus haut, « tous les hommes et toutes les femmes »: ici c’est tous et toutes qui détermine en premier le genre. Le s, quatrième lettre de tous, vient avant le t de toutes dans l’ordre alphabétique.

Parfois, ce principe de l’ordre alphabétique absolu n’est pas heureux. Les sonorités, la place de ces termes dans la phrase, ou dans le contexte plus global d’un paragraphe, ne se prêtent pas à en faire un système fixe et définitif.

Parfois j’en reste simplement au système en place, à savoir que je fais usage du neutre qui englobe les deux sexes, mis dans une forme identique au masculin.

Je refuse l’emploi de pronoms supposés inclusifs comme iels (pour ils et elles). Pourquoi pas ilelles? Ou iles? On peut garder un redoublement, par exemple: elles et ils partent en voyage. Ici le elles précède le ils selon le principe alphabétique.

Je tiens aussi compte du texte dans son ensemble pour évaluer la pertinence et l’esthétique d’un redoublement. La cohérence de ce qui est écrit prime.

Il est trop tôt pour dire si la demande de féminisation de la langue française ira plus loin que la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Il est donc également trop tôt pour définir et fixer pour tous une forme unique et stable. Il est même urgent de ne pas se presser. Dans cent ou deux cents ans on verra ce qu’il reste des tentatives actuelles.

 

 

Image 3, Lucas Cranach le Vieux, 1526: Adam et Eve au paradis. 

 

 

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Commentaires

Correction:
Image 3, Lucas Cranach le Vieux, 1526: "Eve et Adam au paradis"

Écrit par : Mère-Grand | 04 novembre 2018

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Il semble que partout on tend aujourd'hui à supprimer les mot "il/ils" et "elle/elles" va t on les remplacer définitivement par le mot "ON"??? Sur les pages de conjugaison des verbes de "libé" et du "figaro" on a limité la 3 ème personne, sur libé il n'y a que les "il/ils" et sur celles du figaro il n'y a que les "elle/elles", et pas trace du ON! On a également peur des mots "masculin/féminin/homme/femme", donc sur les annonces d'offres d'emploies de la Ville, au bas des annonces de l'université, on n'ose pas écrire le mot "féminin", alors on le remplace par quelque chose du genre, (on favorisera "le genre" le moins représenté dans le professorat), en gros on va faire de la "discrimination de genre", pour avoir une parité au % près!!!!! Elle est pas "B'L" la vie????? Et vive les diners de ON'S!!!!

Écrit par : Dominique Degoumois | 04 novembre 2018

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