14 octobre 2018

Ouragans, zombies et terrorisme

Il y a quelque chose à tirer de la lecture des médias à propos des ouragans. Par exemple, alors que Leslie a touché le Portugal en catégorie 1, la couverture médiatique est moins grande et moins dramatisée que pour ceux, récents, qui ont touché les États-Unis.


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Manque de préparation des rédactions à cause de la rapidité du phénomène? Je rappelle que Leslie errait depuis trois semaines au coeur de l’Atlantique. C’est le deuxième plus long temps de vie pour un ouragan.

Personne n’en parlait tant qu’il ne touchait aucune terre habitée. Et surprise, des experts l’ont défini de manière spécifique comme un ouragan « zombie », un terme que je n’ai encore jamais lu ni entendu dans ce contexte. Selon Le Monde:

« Ouragan qualifié par les experts de « zombie », car il errait au-dessus des eaux de l’océan Atlantique depuis le 23 septembre… »

Quels experts? On ne sait pas. On ne sait donc pas qui, ni de quelle autorité des personnes qualifiées d’expertes ont décidé de créer une nouvelle sous-catégorie pour un ouragan, le zombie. En ont-elle référé à l’OMM? Est-ce une décision collective prise à la fin d’un congrès sur le sujet? Aucune source que j’ai pu examiner n’en fait part (mais je n’ai probablement pas tout trouvé).

Pourtant le mot zombie n’est pas un choix de hasard. L’ouragan Leslie, bien que tournant en rond sur l’Atlantique depuis trois semaines, n’était pas un mort-vivant. Ni même un ouragan fantôme. Selon Ouest-France il a touché le Portugal avec des vents à 176 kmh (image 1 et 2). Le terme zombie est inapproprié. Mais il suggère une menace supplémentaire pour les humains: l’attaque des zombies!

 

zombie,fantome,ouragan,guerre,paradisUne comme-guerre

Le choix des mots d’un journaliste ou d’une agence de presse, l’organisation de ces mots dans un texte, n’est jamais dû au hasard. Ce choix représente l’idée qu’on veut faire passer. Quand on associe un phénomène naturel comme un ouragan aux zombies, on veut exprimer une sorte de dangerosité supplémentaire, surnaturelle même, à un phénomène purement naturel.

La foi alarmiste pose ses repères dans l'inconscient, la peur, la culpabilité.

En qualifiant Leslie de zombie on le déshumanise, ce qui signifie qu’on le plaçait initialement dans le registre de l’humain. En le qualifiant de zombie, de mort-vivant, on humanise sa puissance comme s’il s’agissait d’une colère ou de toute autre intention malveillante telles qu’on en rencontre cher l’Homme. C’est de l’animisme, pas de la science. Certes le terme zombie n’exprime qu’une comparaison. Soit. Mais elle n’est pas neutre.

Autre aspect du langage autour des ouragans: la guerre terroriste. En Floride, après le passage récent de Michael, des témoignages parlent de « bombe » ou de « paysage de guerre ». C’est la rhétorique utilisée lors d’attentats terroristes. La guerre terroriste est une sorte de guerre, une comme-guerre, imprévisible comme les ouragans.

Mais en cas de guerre on ne parle pas de paysage de guerre, on est réellement en guerre. Et lors d’un ouragan il n’y a ni snipers, ni quartiers qui brûlent, ni bombes non explosées, ni chars fumants, ni odeurs suffocantes, ni cadavres éventrés un peu partout, ni émanations toxiques dues au fait de guerre, etc.

 

zombie,fantome,ouragan,guerre,paradisSur la pointe

Il faut comprendre les sinistrés: ils ont besoin de raconter leur ressenti. Un ressenti dont les mots sont peut-être contaminés par d’autres mots similaires tenus par d’autres personnes lors du passage d’autres ouragans. Mais il y a quand-même un point commun entre la force du vent et une l’explosion d’une bombe: l’effet de souffle, qui peut mettre en pièces une structure ou renverser des véhicules.

À propos de la vitesse du vent, justement. L’ouragan Michael, qui vient de traverser le nord-ouest de la Floride, était l’un des plus creusé du point de vue de la pression du coeur: 919 hPa. Mais la vitesse de ses vents n’était pas la plus élevée:

« Quand l’ouragan s’est fracassé sur cet État avec des pointes à 250 km/h, vers 19h30 heure suisse mercredi, … »

Des pointes à 250 kmh: il ne s’agit pas de la vitesse constante des vents mais de rafales. Une pointe ou une rafale peuvent être très localisées, très courtes donc pas toujours décelables, et éventuellement influencées par une topographie locale ou par une turbulence d’altitude.

On est en droit de penser que les ouragans du passé, ceux d’avant la surveillance par satellites ou par avions, comportaient des pointes de vent qu’aucun appareil n’a pu mesurer à l’époque. Ce sont de possibles records ignorés.

Les rafales sont elles mesurées sur quelques secondes, et sont parfois assimilées à l’ouragan entier. Il faut avoir l’habitude de ce langage pour comprendre que les pointes à 250 kmh ne sont pas une représentation fidèle de l’ouragan.

 

zombie,fantome,ouragan,guerre,paradisPilotis

Par exemple, on ne peut affirmer qu’Irma était une nouvelle classe d’ouragan au prétexte qu’une rafale a atteint 350 kmh. Le climat n’est pas suspendu à une rafale, que nous n’aurions pas pu mesurer il y a quelques décennies (faute de moyens techniques adéquats) si elle avait eu lieu.

La vitesse constante du vent doit, elle, être mesurée sur 10 minutes, au sol ou en altitude, pour être représentative de l’ouragan:

« Dans le cas des mesures au sol, l’anémomètre et la girouette fournissent des valeurs représentatives de la vitesse instantanée du vent et de sa direction instantanée, qu’ils saisissent à l’issue de très brefs intervalles de temps successifs (une fois toutes les demi-secondes, par exemple) ; il leur reste alors à calculer automatiquement sur un long intervalle de temps (généralement 10 minutes) la vitesse et la direction moyennes du vent, déduites de ces centaines ou milliers de valeurs instantanées. »

Pour accentuer la comparaison avec une guerre on a vu des images de Panama City en Floride. Certains quartiers de la ville sont soufflés, en particulier en bord de mer. Les maisons en bois, en particulier celles sur pilotis, n’ont pas résisté (images 3 et 4).

Le vent s’engouffre par-dessous et soulève la structure, que les vents latéraux rabattent ensuite au sol. De plus les pilotis indiquent que les habitants connaissent les grandes tempêtes et les ondes océaniques. L’eau devrait passer sous la maison en cas de submersion de la côte. Mais vu la pression extrêmement basse de Michael et la forte onde de tempête, cela n’a pas suffi.

Bref, si les zombies et la rhétorique liée au terrorisme s’allient aux ouragans, Daech sera vite oublié.

 

 

 

22:04 Publié dans Environnement-Climat, Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : zombie, fantome, ouragan, guerre, paradis | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bonjour Homme libre vous faite bien d'écrire terrorisme
Car finalement c'est le but de ce qu'il faut bien nommer ,vampirisation par les images subliminales ou autres
Voici un exemple des moyens utilisés par certains
Dans le mot Rohingyas il y la racine ,Rohypnol
D'une pierre deux coup ainsi on fait de la pulbicité pour mieux nous endormir sous prétexte qu'il faut voler au secours de ce peuple
Comme quoi pour vampiriser les humains il suffit juste de s'en donner les moyens
Ainsi ceux aimant manipuler peuvent s'en donner à cœur joie
Bonne journée

Écrit par : lovejoie | 15 octobre 2018

Le fait même de donner des prénoms aux ouragans permet leur personnification, à un point qui a amené des femmes à réclamer l'introduction de prénoms masculins.
Les autres métaphores en découlent.
Dont l'ouragan qui "erre" depuis des semaines sur l'Atlantique ou l'idée que les phénomènes venant du ciel seraient des bombardements.

Je ne suis pas sensible aux comparaisons et aux superlatifs. On a beau me bombarder avec ! ;-)))
Le vrai problème réside dans l'impact que ces phénomènes ont sur les habitants des zones touchées : les morts, les disparus, les blessés, les habitations et infrastructures détruites.
Je ne vois aucune relativisation possible.
Pour une personne touchée par un ouragan ou des pluies diluviennes, le résultat est dévastateur. Certes pas exactement comme par la guerre, mais j'imagine que le sentiment d'être dépassé, menacé, dépossédé par une force brute et par une situation imméritée doit ressembler à ce que ressent un civil touché par des bombes ou autres tirs de missiles.

Il se pourrait bien qu'une fois de plus, l'aspect financier de ces phénomènes finisse par donner la mesure du problème. Combien ça coûte à l’État et aux assurances ?
Est-ce que ça coûte moins ou plus ? Doit-on rembourser plus souvent ?
Si les zones touchées sont habitées, cela va forcément coûter davantage.
Et comme on construit de plus en plus et qu'on adore construire en bordure de la mer, les destructions sont programmées.
Peut-être que les primes d'assurance de plus en plus élevées vont décourager les reconstructions en zone dangereuse ?
Et là, je ne parle que des pays occidentalisés, avec des systèmes de remboursement.

Souvent, les sinistrés reconstruisent à l'endroit dévasté, comme par défi. Mais aussi parce qu'ils n'ont pas d'autre endroit où aller.

Pourtant, c'est aux hommes de s'adapter à leur environnement. S'il s'avère que certains endroits deviennent inhabitables ( pour des raisons non-spécifiées), il va bien falloir se déplacer ou trouver des façons de construire très résistants, y compris pour les infrastructures.
Et c'est là que ça devient un problème social, financier et politique. Comment bien gérer ce genre de défi ?

Je crois qu'il faut mettre son énergie dans cette réflexion-là, car c'est cela qui importe aux populations en zone dangereuse.

Écrit par : Calendula | 15 octobre 2018

Cette manie de donner des prénoms humains aux ouragans mais surtout aux animaux a eu des conséquences très comiques. Pas un film animalier sans nom des animaux observés...
Il y a Julie la lionne, Armande, Cunégonde et Sylviane les hyènes. Et il y a Amandine la femelle gnou.
Et ça donne le son suivant :
- Julie gronde face à Armande et ses soeurs qui pensaient pouvoir dévorer tranquillement Amandine...
Nous sommes environnés par 90% d'imbéciles et cela se voit tous les jours toujours mieux...

Écrit par : Géo | 15 octobre 2018

Ça me fait aussi penser au catalogue de meubles Ikea ...
Depuis qu'Ikea a amené cette astuce en Suisse, les autres magasins de meubles s'y sont également mis.
Maintenant, quand je lis un polar suédois, j'ai l'impression d'être en train de feuilleter un catalogue d'un magasin de meubles :-)))

Écrit par : Calendula | 15 octobre 2018

bonjour Homme libre faut toujours se méfier de la météo Les épisodes Cévenoles sont la preuve qu'il ne faut pas toujours réclamer de la pluie
Elle fini toujours par arriver mais pas forcément de la manière souhaitée
Vaison la Romaine n'a semble t'il pas assez instruit les cerveaux
Le cosmos parle aux hommes mais personne ne l'entend ,on en a la preuve
Bonne journée

Écrit par : lovejoie | 16 octobre 2018

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