30 septembre 2018

Rap raciste, protectionnisme culturel : la tentation d’interdire

La tentation est grande surtout dans la culture française. C’est si ancré que cela paraît presque normal. Il y a comme un réflexe pavlovien typiquement hexagonal. Le salut de la démocratie passerait par la limitation de la liberté d’expression.


parler-06-hapsatou.jpgGuerres culturelles

Faut-il par exemple laisser Nick Conrad diffuser son rap raciste ou le faire interdire et condamner par un tribunal? Je pense que la loi ne change pas fondamentalement les mentalités. Elle pose une limite formelle mais pas forcément en conscience. La peur de la loi refoule, elle ne transforme pas. Alors oui, laissons-le diffuser mais déconstruisons son discours.

Ne laissons pas les personnes ou les camps faire main basse sur le terme progressiste, qui serait l’étendard des minorités militantes. Le néo-racisme est une régression menée par l’armée des 1000 singes, dont ceux qui se proclamaient opportunément anti-racistes et qui ont dénaturé ce combat.

Aussi agressif que soit le texte de Conrad (je suis très tenté depuis hier d’inverser le R et le A, mais ce serait céder à la facilité…), aussi pauvre et insignifiante que soit sa musique, laissons-leur une place et répondons, à notre manière, un peu partout.

Pour toucher le coeur de la pieuvre moraliste (dont les messagers médiatiques sont les coteries parisienne ou hollywoodienne) il faut allumer le feu partout où il y a une bonne raison de le faire. Ne pas, jamais, leur laisser un monopole sur la parole, ni même une simple prévalence. Le monde est loin d’être apaisé, même dans nos sociétés. Les guerres culturelles sont d’une virulence grandissante et le camp de la liberté n’est plus clairement identifiable.

 

 

parler-04-zemmour.jpgZ comme Zemmour

Il faut laisser parler Éric Zemmour. Je suis en complet désaccord avec sa polémique sur les prénoms français. Mon prénom d’origine anglophone ferait tache dans le paysage. Mais je peux comprendre qu’il en fasse une affaire. C’est possiblement important à ses yeux, de la même manière qu’il a été important pour les parents de madame Sy de la prénommer Hapsatou, soit un prénom de sa culture et de son origine.

La famille d’Hapsatou Sy a fait dans le protectionnisme culturel, comme Éric Zemmour. Les indignations sont cependant à sens unique. Madame Sy (image 1) réfléchit même à porter plainte contre le polémiste et fait circuler une pétition pour l’interdire sur les plateaux de télé.

Mais de quelle autorité un chroniqueur se permet-il de demander une éviction des plateaux?

On pense ce que l’on veut de Zemmour (qui n’a rien d’un fasciste, et dont je n’exclus pas qu’il ait voulu faire du buzz pour vendre davantage de son nouveau livre) et de Sy, ce n’est plus l’objet: la tentation d’interdire a déjà remplacé la discussion. Il est amusant de penser que parmi les bonnes âmes prompte à demander des interdictions, nombre d’entre elles sont issues de la génération « Interdit d’interdire ». Mais bon, tout le monde peut changer.

 

 

parler-05.jpgDiscréditer l’adversaire

Il faut laisser parler Jean-Luc Mélenchon. L’homme est pourtant clivant, jamais loin d’une forme de haine sociale, et plutôt peu tolérant face à la contradiction.

Il faut laisser parler Yann Moix même s’il insulte la Suisse ou s’il provoque les policiers. Pas plus qu’à Christine Angot on ne lui demande d’être honnête, objectif ou rigoureux. Il sert le spectacle, rien de plus, et celui-ci est bien assuré par des gens à l’esprit troublé.

Il faut laisser parler Eugénie Bastié, qui a récemment récemment été attaquée pour avoir écrit: « Une main aux fesses n’a jamais tué personne, contrairement aux bonnes intentions qui pavent l’enfer des utopies ». C’est dans son nouveau livre: Le porc émissaire, terreur ou contre-révolution (Editions du Cerf).

Cette jeune et brillante journaliste à l’esprit pointu est classée sous le néologisme d’ultra-conservatrice par certains. Ultra? Pourquoi? Elle se revendique conservatrice, pourquoi en rajouter? Ah oui, la guerre du langage… Discréditer l’adversaire sur sa personne et ses appartenances plutôt que de discuter du fond et de l’intention.

Car voici ce qu’elle écrivait à propos du conservatisme en 2017, dans la revue Limites, sous le titre « Osez le conservatisme »:

« Le conservatisme est la philosophie de l’attache­ment », explique le penseur britannique Roger Scruton, interviewé dans nos pages ».

 

 

parler-03.jpgPas dans le même sac

« Pour lui, le conservatisme n’est rien d’autre que la défense des « trésors du passé », des sanctuaires de beauté et des refuges d’intelligence, menacés par la double emprise de l’État et du consumé­risme, de la poigne de fer bureaucratique et de la main invisible qui ignorent la valeur des ruines. Il ne s’agit pas d’un conservatisme purement patrimonial, qui veille­rait au maintien de l’ordre social pour protéger les inté­rêts des privilégiés, mais du « sentiment que les choses bonnes peuvent être aisément détruites, mais non aisé­ment crées ».

Eugénie Bastié a été désavouée par une rédactrice de la revue: « … je te le dis clairement, tes propos d’aujourd’hui me choquent. »

En interview la journaliste a précisé à Léa Salamé:

« Non je ne revendique pas la main aux fesses. Je m’érige contre la victimisation excessive, qui à mon avis est une régression puisqu’on considère dans une certaine frange du mouvement MeToo que la femme finalement doit être traitée comme un enfant, c’est-à-dire qu’elle est innocente a priori et finalement on veut appliquer les mêmes critères aux femmes qu’on applique aux enfants, et pour moi c’est une régression quasiment victorienne. Et je crois qu’il faut hiérarchiser les violences, hiérarchiser les souffrances. »

Par exemple, ne plus mettre dans le même sac l’allusion sexuelle, la remarque sexiste, la main sur les fesses et l’agression ou le viol.

 

 

Parler-02.jpgPalabrer pour digérer

Il faut laisser parler Houria Bouteldja, la sinistre présidente du PIR (Parti des Indigènes de la République). Ses propos sont souvent qualifiés de racistes (anti-blancs) ou racialiste, et parfois homophobes. Laissons-la parler et déconstruisons son discours. Il n’est pas déplacé de porter ses propos devant un tribunal, mais la loi ne changera pas les consciences. Il faut porter des jugements et choisir son camp.

Il faut laisser parler Élisabeth Lévy, épouvantail des féministes françaises et rédactrice en chef de Causeur. Récemment la ministre des Droits des femmes (en fait les Droits de l’Homme) Marlène Schiappa a organisé l’université d’été du féminisme. La directrice de Causeur était invitée. Elle s’est faite huer pour non conformité au féminisme officiel, victimaire et misandre.

Huer, c’est vouloir faire taire (comme quoi l’inclusivité, hochet à la mode, c’est pour les cons). Comme le dit madame Lévy elle-même: « Les huées, c’est le signal faible de la barbarie. »

Au passage on se demande de quelle légitimité la ministre s’est parée, pour organiser aux frais de l’État et avec son soutien actif, donc aussi des contribuables hommes, une assise pour le développement d’une idéologie particulière, misandre et séparatrice. Un peu comme si le ministère du travail organisait les assises du communisme!

Tant de choses ont évolué depuis un siècle, je pense que tout n’est pas digéré, loin s’en faut. Il est souhaitable de palabrer longtemps dans une nation avant de parvenir à un discours moins partisan et plus objectif.

La tentation d'interdire est grande. Pour ma part je pense qu’il faut laisser parler, puis répondre point par point. C’est une manière plus sûre que la condamnation pénale pour désamorcer les bombes émotionnelles jetées dans la vie publique et cultivées comme un fond de commerce par l’armée des 1000 singes, ces auxiliaires obscurs de la nouvelle oppression.

 

 

 

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Commentaires

Les meurtres de rue deviendront bientôt des œuvres d'art. Merci à la culture des dégénérés.

Écrit par : Maendly | 30 septembre 2018

Décidément....
http://www.leparisien.fr/politique/une-photo-de-macron-avec-un-jeune-qui-fait-un-doigt-d-honneur-agite-les-reseaux-sociaux-30-09-2018-7907433.php

C'est donc si difficile de ne pas être vulgaire?

Écrit par : Arnica | 01 octobre 2018

Macron qui fait la moral à un jeune qui l'appelle "Manu". Mais il pose avec un grand sourire aux cotés de racailles mal fagotés qui font des doigts d'honneur.

J'imagine qu'il doit considérer que des jeunes hommes noirs peuvent se mal se tenir. C'est "culturel". Par contre un jeune blanc de province doit savoir dire "Monsieur le Président" et se comporter avec politesse.... J'y vois presque une forme de racisme.

Écrit par : Riro | 01 octobre 2018

"interdit d'interdire"
Précisément le nom de la nouvelle émission de F Tadéï qui a dû " s'exiler" sur RT France pour continuer de faire les débats ouverts, comme il les aime, à la satisfaction du plus grand nombre.

RT la chaîne russe, cible particulière de Manu avec sa loi anti fake news.
Cette affaire est emblématique de la France actuelle

Écrit par : aoki | 01 octobre 2018

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