17 septembre 2018

Le lombric est l’avenir de l’Homme

C’est le peuple d’en-dessous. Personne ne les entend. Pas même les ouïes fines. Ils sont d’une discrétion muette. Par exemple ils ne se risquent jamais à vous faire un regard appuyé. Encore moins à vous suivre. Ils sont pourtant si nombreux, si nombreux!


lombric,ver de terre,gatineau,agroécologie,terre,sols,Et ils sont partout, ou presque, sous nos pieds, ici, là, à gauche, à droite. Ce sont d’inlassables travailleurs de l’ombre. Sans eux le sol serait une boue durcie et impénétrable, ou une croûte sèche dépourvue de vie.

À chacun son milieu de vie. Il y a des animaux qui se meuvent dans l’élément-monde air, comme les oiseaux et les êtres humains; et ceux qui vivent dans l’eau; et eux, qui vivent dans un troisième élément-monde: la terre. L’humus.

Ils ne sont pas seuls au sous-sol. Il y a une de ces faunes! Collemboles, cloportes, nématodes protozoaires, acariens, bactéries, lui tiennent compagnie.

Lui? Qui? Le lombric. Le ver de terre. Le travailleur infatigable qui laboure le sol et le fertilise. Il se nourrit de matière organique et rejette une fois et demie son poids en déjections utiles. « … sur un hectare, c’est donc 1,5 tonne de terre qui est "brassée" chaque jour par les vers de terre ».

Pour dire encore l’importance des vers de terre:

« Ils assurent, avec certains microorganismes, le recyclage de la matière organique, qu’ils contribuent à décomposer, grâce à la digestion des débris végétaux, et à répartir dans le sol, par leurs déplacements (absorbée en surface, la matière lombric,ver de terre,gatineau,agroécologie,terre,solsorganique est enfouie en profondeur, le long des galeries). C'est d’ailleurs cette capacité des vers de terre à transformer les déchets végétaux en humus qui est utilisée en lombricompostage.

Ils favorisent l’alimentation et la croissance des plantes, en recyclant la matière organique dont ils enrichissent le sol, mais aussi en facilitant le développement des racines des végétaux (terre ameublie, croissance racinaire plus aisée le long des galeries).

Ils améliorent la perméabilité et l’aération des sols : leurs galeries permettent une meilleure pénétration de l’eau de pluie ou d’arrosage (qui ruisselle moins : les sols s’en trouvent stabilisés et moins sensibles à l’érosion) et facilitent les déplacements gazeux. »

Mais pourquoi en parler? Parce qu’il y en a de moins en moins, comme l’expose à Michel Audétat, dans le Matin dimanche d’hier, l’agronome Christophe Gatineau. Cet agronome français spécialisé en agroécologie et permaculture, publie l’Éloge du ver de terre.

La diminution du nombre de vers de terre est-elle causée par l’abus de travail du sol avec la charrue, qui serait nuisible à la vie du sol, ou par les pesticides? Un peu des deux mais surtout à cause de la diminution des nutriments disponibles.

lombric,ver de terre,gatineau,agroécologie,terre,sols,L’agriculture intensive pratique la nutrition directe des plantes par l’apport de minéraux, et remplace ainsi le processus biologique auto-entretenu. Elle utilise aussi la paille à des fins commerciales et non comme engrais naturel. Ce sont les causes majeures selon l’agronome. On ne nourrit plus les sols selon leurs besoins et les populations de vers de terre diminuent faute de garde-manger.

Christophe Gatineau appelle à prendre ce problème en main. Selon lui, si l’Europe donnait à la revitalisation des sols par le lombric et la permaculture ne serait-ce que 10% de ce qu’elle donne pour réintroduire l’ours, « ce serait déjà génial! »

Il a exposé cette question à différents responsables politiques, sans succès. Aujourd’hui il propose un plan pour « remettre » le ver de terre dans le circuit agricole. Ce plan passe d’abord par la formation des jeunes agriculteurs. Il veut également faire protéger le lombric par la loi.

Car sans le peuple d’en-dessous, rien ne pousserait sur Terre. Comme le suggère M. Gatineau par le titre de son livre, le lombric est l’avenir de l’Homme.

 

 

lombric,ver de terre,gatineau,agroécologie,terre,sols,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10:08 Publié dans Environnement-Climat | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : lombric, ver de terre, gatineau, agroécologie, terre, sols | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"Ce sont les cause majeure selon l’agronome." On a aussi beaucoup parlé du poids de plus en plus énorme des tracteurs, tassant de plus en plus les sols...
Parce que chez moi, dans mon jardin, les lombrics ne manquent pas...

Écrit par : Géo | 17 septembre 2018

En général, les insectes et autres êtres plus ou moins invisibles sont plus précieux pour l'écosystème que les gros animaux en bout de chaîne alimentaire. La disparition des petites bêtes est moins médiatisée, mais elle n'en est pas moins grave.
On a de la peine à s'y faire parce que les lombrics ne sont pas mignons, mais les pandas sont un peu dévastateurs avec leur besoin d'avaler des tonnes de bambou.
Nous savions déjà que les insectes pollinisateurs ( et donc pas seulement les abeilles) sont indispensables. Même les horribles moustiques ont un rôle à jouer, p.ex. en servant de nourriture aux oiseaux et autres insectivores.
Les vers de terre ont l'avantage de ne pas nous embêter de quelque façon que ce soit ! On peut donc les encourager d'autant plus volontiers.

J'ai entendu que la disparition de la couche d'humus est assez générale en Europe, à cause de l'agriculture intensive, qui ne permet pas de laisser des terrains en friche ou d'y cultiver des plantes qui enrichissent le sol, c'est à dire de "l'engrais vert". On compense l'humus par des engrais plus ou moins chimiques ...
Je pourrais encore admettre une mentalité super-productiviste s'il n'y avait pas, en Occident, un gaspillage alimentaire considérable. Environ 30 % des aliments passe à la poubelle, si je suis bien renseignée. On ne respecte pas assez la nourriture parce qu'elle est abondante et généralement facile à trouver.
La nourriture gaspillée n'est pas majoritairement compostée, alors que c'est avec le compost qu'on pourrait reconstituer une partie de la couche d'humus. Et c'est là-dedans que vivent les lombrics.
Si je devais choisir entre la cause végane- antispéciste ou la cause de l'humus et des lombrics, mon choix serait facile. ;-))))

Écrit par : Calendula | 17 septembre 2018

On pourrait ajouter et l'avenir des oiseaux
Jusqu'en 2002 on avait des lombrics à foison a croire qu'ils ont déguerpi en voyant les produits utilisés par les agriculteurs du nouveau monde
Et c'est marrant d'entendre des demandes du genre, on veut des coquelicots alors que du temps de nos parents les champs en était pleins
Il faut croire que la nature aimait mieux les anciens produits car on a jamais entendu autant de plaintes concernant certaines disparitions d'insectes ou autres
Très bonne soirée

Écrit par : lovejoie | 17 septembre 2018

"Environ 30 % des aliments passe à la poubelle, si je suis bien renseignée"
Attention, c'est encore une escroquerie de plus de nos amis journalistes spécialistes de la désinformation. Ce n'est pas nous qui gaspillons cette nourriture, mais les magasins qui jettent les invendus. Ce n'est pas vraiment la même chose...
Un peu comme la consommation d'eau ramenée aux individus, ce qui ne correspond à rien de pertinent...
Ajoutons à cela les directives européennes, que les Européens ne respectent pas mais bien les idiots de Berne : interdit de donner les restes aux cochons...

Écrit par : Géo | 17 septembre 2018

Geo a raison les cochons et les corneilles mangeaient de tout
Et puis quelles sont les raisons de ce soi disant gaspillage ? tout simplement les produits vendus par plusieurs emballages et sur lesquels est inscrit le mot, Action
Action ou bon marché ne sont jamais synonymes de qualité et de longévité

Écrit par : lovejoie | 17 septembre 2018

@ Géo,

D'accord que le gaspillage n'est pas majoritairement ou seulement de la responsabilité de chaque ménage. Mais ce n'est pas parce qu'il y a de plus gaspilleurs que moi que je vais me sentir non concernée.
Les supermarchés, les restaurants, les grossistes, les gens qui éliminent les fruits et légumes pas bien calibrés ont leur part de responsabilité. Les importations bon marché ajoutent leur part au problème.

Tout cela ne change rien au fait que le productivisme forcené semble incongru, puisqu'on ne mange pas vraiment toute la marchandise ainsi obtenue.

Il y a une certaine récupération des invendus par des œuvres caritatives, qui les mettent à disposition des personnes vivant dans une certaine précarité. Au milieu de toute cette abondance il y a des personnes qui n'arrivent pas à s'offrir à manger.
Le système est déséquilibré, sans aucun doute.
Et n'oublions pas l'obésité qui s'accroît. Certes, elle frappe davantage les moins aisés, pour des raisons assez complexes qui n'ont d'ailleurs pas un lien direct avec les lombrics !
Mais bien avec le fait que ce qui est sain, n'est pas toujours moins cher.

Écrit par : Calendula | 17 septembre 2018

Hé oui on est loin du temps ou les petits commerçants savaient user de leur savoir bien vivre en payant les factures aux grossistes et sans un jour de retard tous les trente du mois
Ce qui aujourd'hui ne peut plus se faire car trop de grossistes ont été grugés par de nombreux jeunes ayant cru qu'avoir un petit commerce de détail c'était facile
Dés lors les commerces doivent payer dés l'arrivée des marchandises
Qui elles sont commandées par les clients jamais contents et toujours aussi râleurs
Sauf qu'avant ils avaient le droit de rouspéter en période de restriction alors qu'aujourd'hui sur un simple claquement de doigts le consommateur obtient tout et tout de suite
Par contre quand on dit que les aliments ne sont pas sains pour les cochons et qu'ils le sont pour les humains ,dans quelle catégorie doit on ranger ces derniers?

Écrit par : lovejoie | 18 septembre 2018

Pour en revenir aux lombrics, je voudrais souligner la qualité exceptionnelle de l'humus produits par ces "ingénieurs de l'écosystème".
Darwin leur avait consacré un livre, cette phrase de lui "Man is but a worm" lui avait valu cette caricature
https://copepodo.files.wordpress.com/2009/05/caricatura-darwin-6.jpg

Dans d'énormes bacs étanches nous avons des milliers et milliers de vers que nous nourrissons de déchets végétaux. L'humus récupéré est extrêmement fin et inodore; mélangé à terre du potager, il fait le bonheur de nos légumes, de nos assiettes.
Peu à peu nous avons amélioré ainsi la qualité du sol sans aucun produit chimique.
Cette terre nous ne la retournons pas - histoire de ne pas détruire la vie souterraine- mais l'aérons avec une grelinette
https://www.gerbeaud.com/jardin/outils/grelinette-biofourche-essai.php

Une autre forme de culture, respectueuse de la nature. Je sais, c'est à la mode, mais cette mode est si raisonnable!

Merci HL, des réflexions bien intéressantes.

Écrit par : Colette | 18 septembre 2018

Bonjour Colette,

Merci pour ce témoignage de terrain.
J'ignore sil existe une étude sur le coût d'une telle agriculture en personnel par exemple – plus nombreux?! – et sur la comparaison en résistance aux intempéries et maladies.

La chimie a permis de produire en abondance et de déjouer les anciennes famines, mais on voit que les sols n'y ont pas leur compte.

Écrit par : hommelibre | 18 septembre 2018

@ Colette,

Il faut que j'essaye le truc du bac étanche.
Est-ce un bricolage-maison ou y a-t-il un modèle dans le commerce ?
Je ne tiens pas absolument à acheter un objet supplémentaire mais aimerais bien voir, de quoi cela peut avoir l'air et savoir comment en fabriquer un.

Écrit par : Calendula | 18 septembre 2018

@Homme Libre, je ne connais pas d'études comparatives, mais je sais que l'agriculture biologique emploie plus de personnel et qu'il existe des listes de produits autorisés en bio.
http://www.grab.fr/wp-content/uploads/2018/04/5-Liste-phyto-bio-maraichage-2018.pdf

Mais, comme toujours, il faut voir je crois à long terme. Beaucoup moins de dépenses de santé et moins de chômage.

@Calendula,

Ces bacs ont été récupérés dans une déchetterie.
Le "señor lombrics" d'ici me dit que tant que l’eau peut filtrer (éviter à tout prix les noyades;-))) tout grand récipient fait l'affaire...un vieux congélateur horizontal par exemple.
Je vous enverrai une photo des nôtres.

Écrit par : Colette | 18 septembre 2018

"Bonjour Colette, Merci pour ce témoignage de terrain."
Et voilà, les spécialistes de l'agriculture de balcon deviennent les spécialistes de l'agriculture...
Les citadins qui croient que le lait pousse en berlingots sur les arbres viennent nous donner des leçons. Ils veulent nourrir la planète avec leur pots sur leurs balcons et laisser les ours et les loups détruire nos animaux domestiques. De toute façon, ils sont de plus en plus véganes. Cela ne les empêche pas de venir tous les week-end déverser leurs déchets plastiques dans nos prairies. Eh, les urbains impérialistes ! Attention ! Les loups n'aiment pas les déchets plastiques dans la viande des moutons !
Et méfiez-vous tout de même des campagnards. Ils en ont de plus en plus ras-le-bol...

Écrit par : Géo | 18 septembre 2018

Je ne vous suis pas bien Géo. De qui parlez-vous?
Et quel est votre problème à propos de cette pratique de potager familial? (La description de Colette, que vous prenez en référence j'imagine, n'est pas celle de tomates cerises sur un balcon).

Écrit par : hommelibre | 18 septembre 2018

En effet, nous vivons à la campagne et cultivons 2000 mètres carrés de légumes et fruits.
Notre fille a une diplôme d'agriculture et nous nous alimentons presque exclusivement de notre production.

Écrit par : Colette | 18 septembre 2018

@ Géo,

Votre allergie des citadins est tout à votre honneur !

Dois-je me sentir visée ? Vous m'imaginez donc faisant du jardinage de balcon en ville ? Il faut imaginer davantage. Il y a tout un éventail de possibles entre citadin avec balcon et campagnard avec grand terrain à disposition.

Et quant à Colette ... Elle donne bien des indices sur son blog.

Écrit par : Calendula | 18 septembre 2018

Le lombric, cet humble serviteur de l'écosystème à travers la littérature, entre autres :

« Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là. Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ; qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ; qui pour vous donnera son âme s'il le faut, et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

Totor, Ruy Blas, acte 2

« LE LOMBRIC » de Jacques ROUBAUD.

Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,
Le lombric se réveille et bâille sous le sol,
Étirant ses anneaux au sein des mottes molles.
Il les mâche, digère et fore avec conscience
Il travaille, il laboure en vrai lombric de France
Comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,
Il le connaît. Il meurt. La terre prend l'obole
De son corps. Aérée, elle reprend confiance.

Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre
Il laboure les mots, qui sont comme un grand champ
Où les hommes récoltent les denrées langagières;
Mais la terre s'épuise à l'effort incessant !
Sans le poète lombric et l'air qu'il lui apporte
Le monde étoufferait sous les paroles mortes.

Voilà qui devrait mettre tout le monde d'accord...

Écrit par : Gislebert | 18 septembre 2018

Colette@ OK, vous ne faites pas dans la culture de basilic sur balcon, mea maxima culpa...
Mais : pourquoi diable cette histoire de bacs étanches (contraire à toute logique agricole...) ? Dans mon jardin, j'ai ouvert une fosse et y ai déversé ce qui se composte. Les vers de terre sont venus tout naturellement. Il y en a probablement tout autant dans vos 2000 m2 de cultures...

Écrit par : Géo | 19 septembre 2018

@Géo, vous ne pouviez pas savoir, pardonné bien sûr.

Alors les bacs nous servent principalement à contrôler les lombrics. S'ils sont en pleine terre et manquent de nourriture ou d'humidité (ce qui est très fréquent ici), ils s'en vont ailleurs. D'autre part il est plus aisé de récupérer l'humus pur.
Bon week-end.

Écrit par : Colette | 22 septembre 2018

Merci à Gislebert pour le délicat poème et bon dimanche à tous.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22 septembre 2018

Où sont passés les fumiers et les ruclons* de naguère? Les vers de terre y foisonnaient.

*https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ruclon/70189

Écrit par : Mario Jelmini | 22 septembre 2018

"Les vers de terre y foisonnaient" et y foisonnent toujours. Mais échappent au contrôle des néo-agriculteurs...

Écrit par : Géo | 22 septembre 2018

Enfants, de Robert Schumann, nous apprenions au piano une page de lui: LE GAI LABOUREUR

Apparaissait sous nos doigts un gai laboureur un peu comme un bon paysan sans doute un peu corpulent-

Or, après lecture présente, nous sommes en mesure de reprendre cette page en l'honneur d'un… humble ver de terre.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 22 septembre 2018

Oui, j'ai connu le ruclon. Mon père en avait fait un.

Écrit par : hommelibre | 22 septembre 2018

Les commentaires sont fermés.