01 août 2018

Germaine Greer à Beyoncé : « L’affichage sexuel fait-il partie du travail ? »

Le déshabillement féminin sur scène est aujourd’hui banalisé. Les princesses du divertissement rivalisent d’imagination dans une sorte de « croisade » commerciale sexuée. Cela fait réagir l’universitaire Germaine Greer, qui publie prochainement un livre sur le viol dont le propos fait déjà polémique.


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Germaine Greer est une féministe atypique. Dans un article du Guardian, loin d’applaudir à deux mains aux démonstrations exhibitionnistes,  elle pose une question à mille francs:

« Je ne dis pas que vous devez garder vos vêtements, mais pourquoi l’affichage sexuel fait-il partie du travail? Je pourrais aussi bien poser cette question à une serveuse qui dit qu’elle ne reçoit aucun pourboire si elle ne montre pas de décolleté. » 

Sa cible affichée est Beyoncé. Mais cela concerne toutes les stars dont le déshabillement est devenu le fond de commerce. Cette féministe a pourtant elle-même posé nue en 1971 (image 2). Elle assume ce geste considéré à l’époque comme « révolutionnaire » et perturbateur.

L’industrie du divertissement vend des corps, en particulier ceux des femmes. On peut contempler leurs déhanchements en habits minimalistes, regarder leurs jambes s’écarter pour montrer l’endroit de leur sexe, sentir presque leurs parfums intimes, et partager la pulsion sexuelle mimée sur scène ou sur clips. Rien de nouveau sous le soleil. Le féminisme n’a pas éradiqué le commerce du sexe. Au contraire. 

Cela ne semble pas déranger. Pourtant, ne peut-on y voir une forme inattendue de « harcèlement sexuel » de la part de ces vedettes? 

Personnellement j’apprécie la plastique féminine. La voir découverte me m’offense pas (sauf cas extrêmes). Mais quelle pertinence y a-t-il à dénuder le corps en permanence dans un show alors qu’aucune raison objective ne l’oblige?

 

 

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Le sexisme en tant que réduction de l’être à son sexe biologique est ici repris, revendiqué et assumé par les starlettes.

Germaine Greer choque les féministes lambda. Non contente de questionner la nudité affichée de Beyoncé, elle publiera en septembre un livre à contre-courant: « On Rape », en français: Sur le viol. Un livre dont l’argumentation soulève déjà la polémique.

Selon elle on devrait cesser de considérer le viol comme un crime spectaculairement violent (ndla: cela dépend de la gravité des faits et de la situation). Elle suggère qu’il soit moins durement puni, soit par exemple 200 heures de travaux d’intérêt public et un R tatoué sur la main ou le bras. Elle suggère cela en particulier quand la victime est la preuve, c’est-à-dire quand une condamnation ne requiert d'autres preuve que la parole – ce qui constitue une forme de sexisme: (tous) les hommes sont forcément suspects et (toutes) les femmes forcément victimes. 

Cela choquera sans doute pas mal de personnes. Mais au vu de la fragilité de l’administration des preuves, et de l’injustice latente soit pour une victime non entendue, soit pour un homme abusivement accusé, les résultats pénaux sont aléatoires et peu pédagogiques. Selon madame Greer le système doit être radicalement changé: « Je veux renverser le discours sur le viol. Nous n’aboutissons à rien dans le tunnel de l’histoire*. »

Ses arguments?

« La plupart des viols ne comportent aucune blessure. (…) La plupart des viols sont juste paresseux, juste insouciants, insensibles. (…) Au lieu de penser que le viol est un crime spectaculairement violent, et certains viols le sont, pensez-y comme non consensuel (…) c’est du mauvais sexe. Du sexe où il n’y a pas de communication, pas de tendresse, pas de mention d’amour. »

Elle refuse l’extrême dramatisation de tous les viols, dramatisation qui entretient le traumatisme ou l’amplifie, et qui, par généralisation spontanée, l’étend aux relations femmes-hommes en général et génère la notion ostracisante et abusive de culture du viol:

« Vous pourriez vouloir croire que le pénis est une arme mortelle et que toutes les femmes vivent dans la peur de cette arme mortelle, eh bien c’est des conneries. Ce n’est pas vrai. Nous ne vivons pas dans la terreur du pénis (…) Un homme ne peut pas vous tuer avec son pénis. » 

 

 

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Madame Greer a elle-même été battue et violée à l’âge de 18 ans. Elle remet en question une statistique selon laquelle 70% des victimes de viol auraient souffert de stress post-traumatique contre seulement 20% des anciens combattants revenus de conflits.  

« Que de diable racontes-tu? Quelque chose qui ne laisse aucun signe, aucune blessure, serait plus dommageable pour une femme que de voir votre meilleur ami explosé par un IED (Improvised Explosive Device) l’est pour un vétéran? … La société veut que les femmes croient que le viol les a détruites. Nous n’avons pas été détruites, nous avons été putain énervées. » 

Lors d’une agression, qu’il s’agisse d’un vol, d’une bagarre, d’un viol, d’une diffamation ou fausse accusation, le plus important n’est pas le résultat de la procédure judiciaire. Une condamnation rétablit peut-être le sentiment narcissique de soi, mais ne répare rien. La réparation vraie vient de l’intérieur, avec le temps et le soutien d’amis, et éventuellement grâce à l’aide d’une thérapie avec un professionnel.

Il faut sortir de l’état de victime le plus rapidement possible, quelles que soient les démarches entreprises ou non par ailleurs. Les procès pour viols très médiatisés sont en général soutenu par des groupes féministes. Ils deviennent des enjeux. Pour le malheur des victimes probablement, qui ne sont dès lors plus qu’une marchandise médiatique qui sert les levées de fonds à venir.

Derniers mots de Germaine Greer dans cet article du Gardian:

« … le monde est plein de mauvais sexe, les gens ne parlent pas et n’aiment pas comme ils le devraient. Faire l’amour n’est pas une question d’organe, c’est une question de communication et, d’une manière ou d’une autre, nous devons le sauver. L’hétérosexualité est en difficulté profonde. »

Quant au(x) procès futur(s) intenté à Harvey Weinstein, elle pense que les seuls gagnants seront les avocats. 

 

 

* Les tunnels de l’Histoire est une expression inspirée de Milan Kundera, ici modifiée. Elle signifie un champ de réalité et de perception des faits qui enferme peu à peu. « L’essor des sciences propulsa l’homme dans les tunnels des disciplines spécialisées. Plus il avançait dans son savoir, plus il perdait des yeux et l’ensemble du monde et soi-même » (Milan Kundera, L'Art du roman, p.14).

 

 

 

Image du jour:

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"Quand Al Gore est né nous étions 7'000. Aujourd'hui "nous ne sommes plus que 30'000"... 

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08:20 Publié dans Féminisme, société | Lien permanent | Commentaires (53) | Tags : criminalité, harcèlement, viol, germaine greer, weinstein, agression, beyoncé, nudité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Très intéressant, comme ce qui dérange l'est souvent.

Écrit par : Mère-Grand | 01 août 2018

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Si cette dame est assez forte psychologiquement pour avoir subi un viol à 18 ans et s'en est parfaitement remise ne signifie nullement que d'autres femmes l'acceptent de la même manière et sans aucune séquelle sur le plan psychologique, physique et affectif.

Si l'on suit son raisonnement, un voleur ne devrait pas être puni par la justice pour son acte mais la/les personne(s) qui aurait/auraient facilité le vol ... parce qu'il/ils aurait/auraient sciemment laissé faire ...

Je relève que non toutes les victimes de viol ne sont pas forcément aidées par d'autres femmes ou des associations mais que certaines d'entre elles qui "osent porter plainte" le font à titre personnel et ne font pas la Une de la presse mais quelques lignes parce qu'elles ne le souhaitent pas par choix personnel.

Quant aux tenues de scènes de certaines chanteuses, Est-ce pour attirer un public mâle ou pour faire la Une de la presse ? La question reste ouverte.

En Allemagne, il y a eu récemment une polémique sur les tenues de scène d'une artiste (Schlager) !

Écrit par : Lise | 01 août 2018

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Un immense OUI à l'idée qu'il n'est pas bon de se complaire dans le rôle de victime et qu'il faut miser sur la reconstruction de la personne violée, qu'il s'agisse d'une femme ou d'un homme.

Toutefois, il me semble que tous les viols ne se valent pas.
Certains viols laissent de vraies blessures physiques, surtout s'il s'agit de viols répétés "en réunion" ou si des enfants sont violés par des adultes.
Dans l'article, G. Greer insiste d'ailleurs sur le fait que dans le cas de viols avec violence, c'est la violence qui doit être sanctionnée, avant le viol.

Il faudrait faire attention à bien définir de ce dont on parle.
Dire : "le monde est plein de mauvais sexe" et entendre que les viols en général seraient peu graves, c'est un raccourci que j'espère Germaine Greer n'a pas fait.
Dans l'article du Guardian, elle parle surtout de "viol conjugal" ou ce qu'on appelait autrefois le "devoir conjugal". C'est là qu'elle semble placer sa critique.

Faire la comparaison entre un vétéran de guerre et une femme violée relève de la compétition victimaire.
C'est comparer des poires et des pommes et le résultat en serait de dire aux personnes violées :
Il y a des gens qui ont des blessures visibles, donc elles sont davantage blessées et de toute façon, un syndrome post-traumatique de soldat réduit votre problème personnel à rien du tout.
Pourquoi procéder ainsi ?!?
Les situations de guerre sont ce qu'il y a de pire, aussi pour la population civile. Et les viols de guerre ne sont pas non plus très trips narcissiques ...
J'ai dû comprendre quelque chose de travers parce que ça n'a pas de sens!
Il faudrait d'ailleurs lire le texte du Guardian jusqu'au bout, afin d'essayer de comprendre le point de vue de G. Greer, qui doit forcément être nuancé.

L'idée d'essayer de trouver un nouveau point de vue est évidemment salutaire et son livre aura le mérite de (re)ouvrir le débat.

Pour enrichir ce débat, je pense qu'on devrait davantage donner la parole aux hommes violés, afin de réduire l'aspect de la guerre des sexes.
Si des hommes arrivaient à dire à des hommes avec des mots d'hommes ce que le viol a de spécifique, cela aiderait peut-être à une prise de conscience collective.
On devrait quand-même pouvoir reconnaître que certaines personnes passent à l'acte et violent d'autres personnes, par une sorte de besoin de les soumettre ou de ressentir un pouvoir tout à fait particulier. Il y a une composante de violence et probablement le besoin d'humilier.
Que ce soit d'une violence extrême ou qu'il suffise d'intimidation, cela reste une pénétration d'un corps ( même par un objet) et donc le franchissement de la frontière qui sépare notre intérieur du monde extérieur. Même si un coup de poing en pleine figure est spectaculaire, le poing n'entre pas dans le corps par une voie intime.
Quand on prend connaissance de nouvelles concernant des viols très violents en Inde p.ex., cela reste abstrait et on peut se dire que cela ne nous concerne pas vraiment. On peut même se rassurer en se disant que cela n'arriverait pas chez nous et en conclure que le viol est un épiphénomène.

Dans un monde où il y a tellement de violence, on peut en arriver à relativiser l'importance des choses difficiles à prouver, surtout s'il existe des fausses accusations et des jérémiades publiques qui devraient rester dans le domaine du privé (= bad sex). Mais doit-on en rester là ?
Je pense que non.

Écrit par : Calendula | 01 août 2018

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Calendula,

La violence est derrière tous ces comportements. C’est le dénominateur commun et la base de la loi. Les formes qu’elle prend peuvent être appréciées différemment. Mais il n’y a qu’un crime ou délit: la contrainte. C’est donc bien la violence contraignante qui est sanctionnée.

Ensuite il y a une gradation dans cette violence et cela doit être pris en compte. La tendance est même à maximiser la définition des faits, et j’entendais un commentateur de « l’affaire Koh Lanta » parler plusieurs fois de viol comme si c’était le terme adéquat. Je pense aussi aux accusations « d’agression sexuelle » sur certains plateaux télé. La surenchère verbale et numérique (le nombre de viol annoncés est invérifiable) a banalisé vers le pire. Certaines séries télé en rajoutent dans la dramatisation.

La comparaison avec le vétéran est peut-être une comparaison victimaire primaire, mais non dénuée d’intérêt. Il y a forcément une comparaison, ne serait-ce que pour l’appréciation de la gravité des faits et de leurs conséquences, et par l’éventail de sanctions à disposition d’un tribunal. Et ici elle ne compare que la gravité éventuelle des conséquences, caractérisé par le choc post-traumatique.

Quoique qu’avec cette notion il faut être prudent.

Comparer c’est hiérarchiser, non en fonction essentiellement du type d’agression, mais de sa gravité objective et de ses conséquences.

Je ne vois pas pourquoi une accusation d’un viol d’une heure sans lésion physique, et dont les preuves sont parfois mal établies, serait évaluée comme plus grave qu’une fausse accusation, qui dure souvent des années avec parfois perte de son travail, avant d’être abandonnée ou d’aboutir à un acquittement (dans le meilleur des cas) sans pour autant faire réparer ce qui a été perdu.

La comparaison? On n’y échappe pas.

GG parle-t-elle surtout de viol conjugal? J’ai le sentiment qu’elle parle de tout viol qui ne soit pas extrême comme dans Les accusés (Jody Foster). 

« On devrait quand-même pouvoir reconnaître que certaines personnes passent à l'acte et violent d'autres personnes, par une sorte de besoin de les soumettre ou de ressentir un pouvoir tout à fait particulier. Il y a une composante de violence et probablement le besoin d’humilier. »

Eh bien je n’en suis pas certain du tout et à part la théorie féministe et les images de films où l’on veut nous faire croire cela, je ne vois nulle part de preuve. Par contre, cela sert visiblement une idéologie et un espoir de voir la sanction accentuée pour cette raison.

« Que ce soit d'une violence extrême ou qu'il suffise d'intimidation, cela reste une pénétration d'un corps ( même par un objet) et donc le franchissement de la frontière qui sépare notre intérieur du monde extérieur. Même si un coup de poing en pleine figure est spectaculaire, le poing n'entre pas dans le corps par une voie intime. »

Oui il y a une spécificité au viol. Mais voyez, vous comparez avec un coup de poing: c’est impossible de ne pas comparer. Et un coup de poing est-il plus « normal » qu’un viol? Comment en évaluer les conséquences sur telles ou telle personnalité? Si l’on admet que le ressenti de la victime soit très important en cas de viol, pourquoi ne le serait-il pas en cas de vol dans sa maison (qui est une intrusion dans le domaine privé), ou de balle qui rendrait handicapé?

Les cas de viols collectifs sordides en Inde sont très choquants, du moins s’ils sont racontés avec exactitude, et leurs auteurs sont des malades à mes yeux. Toutefois je me méfie de ces annonces qu’on ne peut vérifier. Et visiblement les cas extrêmes, ceux qui viennent dans la presse, sont très rares dans ce pays très peuplé.

Il faudra lire le livre de GG pour mieux comprendre ses propositions et son angle de vue.

Écrit par : hommelibre | 02 août 2018

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Analyser les circonstances et les conséquences d'un viol et en déduire la peine, c'est le rôle de la justice. Mais les lois sont là. Elles ont été votées par des élus qui sont aussi des êtres influençables. Elles ne sont pas parfaites et ne tiennent pas compte de toutes les nuances qui ont été évoquées plus haut.
On constate simplement que de très nombreux détenus le sont pour des causes sexuelles. Ce qui ne signifie pas que le sexe est la pire des choses dans la société. En réalité, ce sont les relations entre la femme et l'homme qui sont compliquées et peuvent donner lieu à des interprétations différentes. La législation concernant les affaires sexuelles est donc forcément imparfaite.
Mais cette dame a raison. Le viol n'est pas un meurtre. Après un viol, on vit encore, pas toujours bien, mais on vit. Or, bien souvent, les peines concernant le viol sont parmi les plus lourdes. Elles peuvent aller jusqu'à vingt ans de prison. Par contre, l'assassinat d'un nouveau-né par une mère dépressive est à peine puni. Dans l'affaire des bébés congelés, par exemple, la mère avait fait huit ans pour trois meurtres dont deux avec préméditation.
Madame Greer a donc soulevé un problème qu'il faudra bien un jour prendre en compte. Difficile d'y parvenir dans une société où les féministes victimaires et misandres tirent les ficelles.

Écrit par : Henri | 02 août 2018

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Averroès enseignait que l'ignorance mène à la peur, la peur à la haine et la haine à la violence

Ainsi l'ignorance

Un épisode archi connu évangélique est celui des marchands chassés du Temple lesquels marchands étaient à leurs places et vendaient des animaux pour les sacrifices

Quel est cet homme détraqué, ce fou armé d'un fouet qui vient pour les chasser?

A l'époque, Jésus n'est pas... "Jésus"!

Un malade, un fou, un détraqué

Or si l'autorité religieuse s'était tournée vers les prophètes elle aurait entendu, par Osée, Dieu se dire lassé des sacrifices sanglants: seuls les cœurs repentants lui parlent: "Je ne veux pas des sacrifices sanglants mais des cœurs repentants": l'ignorance conduit à la peur (se racheter auprès de Dieu par les sacrifices) la peur à la haine et la haine à la violence tel le massacre des animaux sacrifiés ou promis aux cruelles et indignes boucheries rituelles.

En outre, comment tolérer que pour sauver l'honneur d'une famille on tue une femme violée!?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 02 août 2018

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100% d'accord avec Calendula. Merci pour ce commentaire...

Écrit par : Géo | 02 août 2018

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@hommelibre et Henri,

On est donc d'accord qu'il est utile d'essayer de mettre tout ça à plat.
Et de la façon la plus dépassionnée possible.
Mais c'est très difficile, déjà parce que les législations ont très différentes selon les pays. Et il faudrait donc à chaque fois définir de quel système judiciaire on parle.
Et on sait combien la législation américaine est complexe et différente de la nôtre !
En Suisse, pour le moment, un homme ne peut pas être violé, selon les termes de la loi. Donc en théorie, le viol reste uniquement un problème hommes-femmes. Ce que je regrette.
Quel est le réel statut du "viol conjugal" ? Je ne sais même pas si ce concept existe dans la loi en Suisse ou ailleurs. Peut-être en Suède.
Comment pourrait-ce être aux USA et donc dans les références de G. Greer ?
Il me semble qu'en Suisse, le viol n'est pas qualifié de "violence extrême" et le discours de G.G. se réfère au débat aux USA.

Je ne suis pas allergique à la comparaison en tant que telle. Mon problème est de savoir si une comparaison est pertinente, si elle peut apporter quelque chose de constructif.
Si on part du principe que le viol est d'abord une agression physique, je trouve que le coup de poing dans la figure serait une comparaison plus juste et mieux proportionnée, qu'un traumatisme de guerre qui relève d'un niveau tout autre, et à côté duquel toute violence hors champ de bataille paraît petite ou du moins pas aussi grave.
Je suppose que certaines personnes ont comparé le viol à la mort, mais c'est justement disproportionné! Il se peut que ces personnes n'aient jamais été confrontées à un coup de poing dans la figure, une tentative de car-jacking, d'arrachage de sac à main ou d'accident de la route et ne comprennent donc pas qu'il y a mille possibilités de se sentir totalement démoli, avant même de mourir.
J'ai parlé du coup de poing dans la figure pour essayer de parler d'une agression visible à l'extérieur et qui peut avoir lieu en public. Donc devant témoins et avec une trace qui peut être photographiée et prouvée.
Un viol se passe en principe sans témoins (même s'il arrive que certains filment et publient leurs exploits, au risque de se faire coincer suite à ce besoin exhibitionniste ...) et elle est difficile à prouver, même s'il existe des tentatives de mettre en place des procédures plus rigoureuses: examens médicaux standardisés, formations pour l'interrogatoire de la personne portant plainte etc.

En vous lisant, je me dis que le problème qui rend le viol si spécial, c'est la difficulté de la preuve. Si cela n'a pas été filmé ou documenté de façon irréfutable, le doute subsistera. Au fond, une personne a avantage à ce que le viol soit assez brutal pour que les traces attestent de violence et qu'il reste des traces d'ADN, par exemple sous les ongles. ( J'ai vu beaucoup de séries et lu des polars ! ;-))) Il faut donc résister fortement et en subir des blessures visibles pour avoir une chance d'être cru ou alors vite faire le test pour " la drogue du violeur", si on se réveille dans un drôle d'état.
C'est à la personne violée d'être super-efficace et de garder la tête froide pour ne pas se tromper de comportement et pour ne pas se porter préjudice. Malgré l'impression de souillure, il ne faut pas se laver ....

Plus haut, j'ai bien précisé que l'existence de fausses accusations et d'exposition publique de problèmes de couple me semblent être vraiment de gros obstacles pour une bonne gestion de la problématique. Il faudrait rester sobre, alors que tout pousse à l'émotivité et à la confusion.
L'intimité et son non-respect sont des sujets émotionnels.
Que faire ?! Lire GG ne suffira pas.

Écrit par : Calendula | 02 août 2018

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@ Géo,
Merci pour votre feed-back.
C'est très rare et même surprenant d'avoir un écho positif et ce qui est rare est précieux. :-))

Écrit par : Calendula | 02 août 2018

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@ Nick
Montrer son fessier à peine voilé sur une une carte postale inciterait au viol, selon cette association féministe. Ces femmes seraient donc en train d'encourager les voyeurs à commettre un crime contre les femmes. Et les féministes s'en prennent aux vendeurs de cartes postales, mais pas aux dames qui ont posé pour la photo ! Cherchez l'erreur !

Écrit par : Henri | 03 août 2018

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@ Nick
On peut aussi voir les choses autrement. Les femmes qui posent le postérieur à l'air veulent nous dire qu'elles ont un popotin bien séduisant et qu'on devrait en profiter. Or, le viol, c'est, par définition, le non-consentement. Ces photos ne poussent donc pas au viol mais à "faire l'amour". Ce n'est pas "la culture du viol", comme le prétendent les féministes, mais la culture de l'acte sexuel voulu et désiré. C'est un appel à l'amour physique qui est la raison d'être de l'existence de deux genres complémentaires et attirés l'un par l'autre. On redécouvre ici le but final de ces organisations féministes qui veulent interdire la rencontre des deux sexes.

Écrit par : Henri | 03 août 2018

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Calendula@ "Si on part du principe que le viol est d'abord une agression physique, je trouve que le coup de poing dans la figure serait une comparaison plus juste et mieux proportionnée, qu'un traumatisme de guerre qui relève d'un niveau tout autre, et à côté duquel toute violence hors champ de bataille paraît petite ou du moins pas aussi grave."
C'est marrant, là je ne suis d'accord sur rien avec vous. Reprenons.
On ne peut comparer un coup de poing et un viol, ces actes n'ont qu'un point commun, la violence. Inutile de creuser plus loin, me semble-t-il...

Un traumatisme de guerre est qqch qui arrive dans un contexte bien précis. Un blessé des tranchées de 14-18 ne peut avoir le même ressenti qu'un blessé américain de la guerre du Vietnam, à blessure égale. Celui-ci est très bien placé pour savoir qu'il est dans le camp des salopards, qui font bombarder des civils innocents en les faisant passer pour des Viet Minh (deux millions de civils assassinés par les étasuniens), qui balancent des milliers de tonnes d'agent orange (la dioxine, le pire poison du monde) pour défolier les forêts de toute la péninsule. Il sait qu'il est lui-même un vrai salopard et que s'il est blessé et handicapé, il l'a en fait bien mérité...
Tout le contraire d'un poilu de 14 qui plantera sa pancarte chez le troquet du coin, en guise de paiement : "Pour la France, j'ai déjà donné..."
Si vous permettez, cela fait déjà une grosse nuance. Ensuite, la fille qui se fait violer aura tout le monde contre elle : 95 % des femmes, parce qu'elle est jolie et donc c'est bien fait pour sa gueule et les hommes, qui pour 95% sont solidaires du violeur : elle l'a bien cherché.
Les personnes qui chercheront à l'aider et à l'entourer seront aussi décriées par les 95% des hommes et des femmes.
La plupart des gens au contraire soutiennent leurs blessés de guerre. Sauf les Américains, parce que ces salopards n'ont eu que ce qu'ils méritent. D'où le très gros malaise des vétérans aux USA...
Il fallait en revenir à la réalité de base, c'est fait. Après, il n'y a que des cas individuels...

Écrit par : Géo | 03 août 2018

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"La plupart des gens au contraire soutiennent leurs blessés de guerre."

Très temporairement, Géo, après on les cache ou on les parque…

Pour reprendre votre exemple de la Grande Guerre, la première chose que fait Clemenceau en entrant dans la Galerie des Glaces lors du Traité de paix à Versailles, avant même de rencontrer ses pairs, est d’aller saluer un groupe de Gueules cassées, sorties opportunément pour l’occasion du Val-de-Grâce.
Petit discours convenu de la Patrie reconnaissante etc… Emotion bien sûr, émotion toujours….Il faut attendre 1930 pour que soient allouées des pensions pour mutilés de guerre.

Les mutilés de la face de la Grande Guerre : environ 15'000 en France. Ces pauvres diables ont permis, bien malgré eux, le développement de la chirurgie reconstructive (greffes, plasties, lambeaux…).Mon grand-oncle parisien m'a raconté que certains vendaient des billets de tombola aux sorties du métro. Effet vendeur garanti.
Alors la solidarité...

Écrit par : Gislebert | 03 août 2018

Et pour bien parachever le plombage d'ambiance sur les traumatismes de guerre, mon chanteur préféré chantant un des plus grands poètes français, même si c'était un sale coco.
https://www.youtube.com/watch?v=T85qUr6D8_Q

Écrit par : Géo | 03 août 2018

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Si la violence et son cortège de contrainte, d'irrespect, de volonté de nuire, prime et est le dénominateur commun, cela relativise les contextes.

Mais si le contexte prime, alors comment graduer la plus grave et la moins grave dans les deux agression?

Un coup de poing dans la figure est un geste rare et dangereux. Grave physiquement et dans sa signification s'il est fait à dessein. Il signifie une volonté de détruire l'autre, de le ou la défigurer (atteindre son identité). Il est très humiliant et en général ne se termine que par la surenchère ou la soumission.

Ses conséquences physiques peuvent être graves: fractures, atteintes oculaires, oedème cérébral, voire la mort dans le pire des cas.

Peut-on comparer et évaluer le mal de l'un par rapport à l'autre?

Écrit par : hommelibre | 03 août 2018

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D'accord avec vous Henri, à propos des cartes postales dites sexistes.

Écrit par : hommelibre | 03 août 2018

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"Ses conséquences physiques peuvent être graves: fractures, atteintes oculaires, oedème cérébral, voire la mort dans le pire des cas."
Il y a chaque seconde des milliers de coups de poing qui sont donnés sur Terre. C'est un point de vue très masculin de souligner l'importance du coup de poing et de minimiser les dégâts produits par un viol. Après un viol, une femme n'est plus bankable. Elle a été souillée et donc l'individu qui voudra bien d'elle est déjà dévalorisé. Il s'occupe des restes...
Maintenant, toutes les femmes ne se ressemblent pas dans leurs réactions. Quand j'ai rencontré ma jeune femme belge (20 ans), elle s'était fait violer par de la racaille espagnole vers Benidorm. Et une des premières choses qu'elle m'a demandé, c'est de l'aider à se procurer un flingue.

Écrit par : Géo | 03 août 2018

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@ Géo,

Mon propos n'était pas de réfléchir sur l'idée de la "guerre juste".
Ni même de penser à la perspective historique, mais de chercher à prouver que le parallèle avec le stress post-traumatique des soldats n'est pas pertinent. Et de chercher une comparaison moins mal fichue, mais j'admets volontiers que mon exemple n'est peut-être pas le meilleur possible.
Manque d'imagination.
Mais je développe malgré tout :
Comme les vétérans du Vietnam, les vétérans actuels vivent souvent des situations vraiment difficiles, mais ils ont été des volontaires dans une armée de métier.
Ceux qui devaient aller au Vietnam étaient des appelés, alors que les soldats actuels signent un contrat de travail pour un certain nombre d'années.
Certes, ce n'est pas toujours un choix positif et probablement plutôt un pis-aller, mais un soldat ( ou une femme-soldat) américain d'aujourd'hui sait qu'il va être envoyé sur les sites dangereux, alors qu'une femme dans la vie civile n'a rien signé de tel !
Elle devrait pouvoir s'attendre à ne pas être soumise à de la violence physique et surtout pas à un viol. Tout comme un homme, dans le civil.
C'est pour ça que j'ai écrit que le viol et le traumatisme de guerre ne sont pas comparables.

J'ai pris l'exemple du coup de poing pour essayer de faire ressortir la spécificité du viol, qui a lieu par définition (et sauf exception) dans des circonstances qui le rendent difficile à prouver. D'où tous les problèmes que vous évoquez à juste titre.
Différence entre le coup de poing et le viol : le premier ne pénètre pas le corps, mais il peut être destructeur et humiliant, en plus de pouvoir être donné en public et de laisser des traces qui prouvent que le coup a eu lieu. Le coup de poing peut être administré à une femme ou à un homme.

Comme l'idée de G. Greer est de comparer le viol avec d'autres situations, afin d'arriver à la conclusion que l'on exagère l'impact d'un viol, je voulais demander : Est-ce que le viol est plus violent que le coup de poing ou pas ?

La pénétration forcée est en principe accompagnée de contrainte physique violente, donc je dirais que le viol constitue un degré supplémentaire de violence, surtout si on ne se laisse pas faire et s'il y a plusieurs violeurs.
Et comme vous dites : il n'y a que des cas individuels.
Donc, il est impossible de parler de viol sans définir à chaque fois de quoi on parle.

G. Greer n'a pas porté plainte à 18 ans, après le viol qu'elle a subi. Elle a fait ce choix pour les raisons qui lui étaient propres. Peut-être pour échapper aux 95% de réactions négatives que vous évoquez.
Je ne minimise pas du tout la difficulté du dépôt de plainte, si vous relisez mon post. La personne violée doit se montrer particulièrement lucide dans l'immédiat après-viol et ça peut décourager.

Écrit par : Calendula | 03 août 2018

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@Geo
" Un blessé des tranchées de 14-18 ne peut avoir le même ressenti qu'un blessé américain de la guerre du Vietnam,...Celui-ci est très bien placé pour savoir qu'il est dans le camp des salopards, "

Comment le savez-vous? Le soldat américain est allé au vietnam pour plusieurs raisons:
1-soldat de métier, ce sont les ordres et il doit obéir.
2-Il a voulu s'engager parce que son gouvernement lui a vendu la guerre comme quelque chose de juste.
3-Il a pas eu le choix, c'est un conscrit.
4-il y a surement d'autres raisons.
Il aurait aussi le droit de mettre une pancarte "pour les USA, j'ai déjà donné..."

Pour quelqu'un qui se dit cultivé, vous devriez réfléchir avant.

Écrit par : omar | 03 août 2018

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omar@ "Comment le savez-vous? Le soldat américain est allé au vietnam pour plusieurs raisons"
Quelles que soient les raisons, il y est allé et il a vu. Il sait que ce n'était pas une guerre juste, il sait que ses autorités ont menti et mentent sous ses yeux, il a perdu des camarades, etc.
Même Mc Namara, après, a reconnu que cette guerre était complétement stupide.
Je répète parce que la plupart des commentateurs ne lisent pas vraiment ce qu'on leur répond, et je pense que vous n'avez pas lu et pas réfléchi à ce que j'ai écrit. IL Y EST ALLE ET IL A VU. Vous ne pourrez pas dire que cela n'a pas été écrit...

"Il aurait aussi le droit de mettre une pancarte "pour les USA, j'ai déjà donné..."" Comme vous n'avez pas vraiment lu donc pas compris mon commentaire précédent, il faut répéter. Il y a eu un très gros problème aux USA avec les vétérans du Vietnam, qui ont été très mal accueillis à leur retour. parce que les Américains aux USA avaient aussi compris que cette guerre était indéfendable. Leurs soldats au retour n'étaient pas des héros...

Voilà, j'ai fait un effort de pédagogie. Je vous prie de bien vouloir lire et réfléchir une seconde avant de répliquer n'importe quoi. Et de vous renseigner sur Google avant de dire n'importe quoi. Tapez "guerre du vietnam", ou "Mc Namara"...

Calendula @ "Mon propos n'était pas de réfléchir sur l'idée de la "guerre juste"." Mais ce n'était pas du tout la question ! Simplement, le traumatisme pour les uns ou les autres est profondément différent. Le vétéran du Vietnam est doublement handicapé. Physiquement et moralement. Mais tout cela n'a rien à voir avec un viol. S'il fallait faire une comparaison- ou plutôt un rapport -, il faudrait parler des viols de guerre, pour humilier l'ennemi, ou de la torture.
La torture s'apparente au viol et réciproquement, mais la torture a au moins un but plus important que le viol : obtenir rapidement des renseignements...
Ce qui n'a pas empêché Massu, Bigeard et Aussaresses d'avoir de gros ennuis avec les planqués en métropole...

Écrit par : Géo | 03 août 2018

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@ Géo

ce qui me choque dans les commentaires ci-dessus, c'est que le terme viol inclue des actes très différents l'échelle de valeur est très importante, et je ne le voit pas ressortir dans les commentaires ci-dessus, c'est pourtant très important, et je pense que c'est bien là le propos de germaine.

"Elle suggère cela en particulier quand la victime est la preuve, c’est-à-dire quand une condamnation ne requiert d'autres preuve que la parole"

ce type de viols c'est de la fumisterie.

"Celui-ci est très bien placé pour savoir qu'il est dans le camp des salopards, qui font bombarder des civils innocents en les faisant passer pour des Viet Minh (deux millions de civils assassinés par les étasuniens), qui balancent des milliers de tonnes d'agent orange (la dioxine, le pire poison du monde) pour défolier les forêts de toute la péninsule. Il sait qu'il est lui-même un vrai salopard et que s'il est blessé et handicapé, il l'a en fait bien mérité..."

Ah parce que l'idéologie communiste ce ne sont pas autant des salopards que les états unis qui eux avaient les moyens financiers de faire une guerre de matériel, (ce qui en réalité ne sert à rien dans ce type de régions), les états unis ont surtout cru, qu'une guerre se gagnait avec le matériel pas avec les hommes, à contrario des australiens.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2015/04/leffondrement-invisible.html

être mal préparé et être sur la défensive renforce considérablement le traumatisme de guerre.

"Les Australiens avaient décidé de porter le combat sur le terrain de leurs adversaires et d’y être supérieurs à eux. Pendant son tour d’un an, les unités d’infanterie australiennes étaient engagées en moyenne 314 jours sur le terrain contre 240 pour les Américains, pour y mener le plus souvent des embuscades de nuit de section, voire de compagnie. Certains soldats en feront ainsi plus de 200. La taille de la force est alors généralement suffisante pour vaincre l’ennemi sans avoir à faire appel systématiquement aux appuis et ce d’autant que dans 84 % des cas, ce sont les Australiens qui ont l’initiative des premiers tirs, ce qui offre presque toujours un avantage décisif. Dans la bataille de Long Tan le 18 août 1966, 18 soldats Australiens sont tués pour 245 Viet-Cong dans un pur combat d’infanterie à l’arme légère."

"des fantassins américaines qui, eux, n’avaient l’initiative sur l’ennemi que dans 12 % des cas. Les Américains compensaient cette infériorité par des moyens d’appuis considérables."

le tiers des soldats recrutés par le vietcong est mort beaucoup de maladie, la vie d'un homme n'a pas beaucoup de valeur dans le camp communiste

Écrit par : leclercq | 03 août 2018

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suite

Ah c'est beau le communisme, les américains les méchants les salopards et eux les gentils qui faisaient une guerre juste à vous croire !!! allons Géo ne vous contentez pas de google diversifier vos sources, ça ne fait pas sérieux

"Giap, lui, était
Comme un roc. Il faisait fusiller par centaines 'les
Défaillants, tous ces gens que l'on classait « défai-
tistes ›› sur un indice. Il y eut la « campagne de la
Dénonciation de la lâcheté ›› avec des meetings où
Tous les gens s'entre accusaient, où l'on abattait
Sur-le-champ les « coupables ››. C'était hallucinant.
La troupe en uniforme hurlait des noms et des méfaits
Et les gens désignés se « confessaient ››, s'accablant de
Forfaits encore plus grands - soit dans l'espoir de
Se sauver par le repentir, soit plus probablement
Entraînés vers leur propre perte, jouant le jeu ter-
Rible sous l'effet d'une force mystique. De toute
Façon ils étaient perdus. Il fallait du sang pour laver
la défaite, pour refaire des soldats battus des « hom-
mes neufs », de vrais combattants du peuple. Le
Parti avait, à l'avance, déterminé le nombre néces-
saire de victimes expiatoires : tant d’officiers, tant de soldats
Les embarras de la victoire
De soldats. D'ailleurs, en ce qui concernait les officiers
C’étaient leurs soldats qui devaient les dénoncer.

"Après L'infrastructure, il y a le matériel humain. Celui-là,
on le rééduque en Chine, dans d'immenses camps comme ceux
de Nanning, de Trung Khan Phu, de Montseu. Là, on com-
mence par la « rééducation politique ». Selon Giap, il s'agit
d°« élever le niveau idéologique de l'Armée, afin de lier la
révolution nationale à la révolution internationale qui est
actuellement en plein essor dans le monde entier ». Autre-
ment dit, l'Armée de Giap, qui refusait de se dire commu-
niste, devient une armée rouge comme une autre. Le natio-
nalisme est > _ c'est désormais le ferment
spécifique de la masse, mais ce que 1'on appelait le > est supprimé. Pour cela, c'est la grande
« épuration >> au sein des forces armées. Les . Le département politique (le l'Armée, dirigé par
Nguyen Chi-tanh, a prérogative sur l"Etat-Major général de
Giap.
Mais la rééducation militaire est aussi intense. Les
Vietminh politisés apprennent le maniement des armes
modernes, ils apprennent la tactique « chinoise ›>. Pour eux,

la guerre, ce n°est plus désormais de se jeter en hurlant à
l'assaut; c est de nanœuvrer sans cesse en pleine nature, dans
le silence, en utilisant au maximum le terrain, sans jamais
aucune fatigue, aucun découragement. C'est alors que sont
formées les cinq divisions de choc -- la 304«, la 308, la 312,
,la 316- qui meneront la Guerre d Indochine Jusqu'au
bout, qui la gagneront.
La méthode d°instruction, c'est d'automatiser chaque
homme avec les quelques gestes, les quelques réflexes néces-
-saires de l'en saturer jusqu°à ce qu”il les accomplisse comme
au naturel. C'est la fabrication en série de soldats simplifiés
et parfaits, complètement insensibles, complètement fanatisés
ne sachant que ce qu°ils doivent faire mais l°exécutant en
robots _ meme si cela équivaut à un suicide. Quand un
homme est promu, on lui enseigne quelques gestes et quelques
reflexes supplémentaires, strictement déterminés, correspon.
dant à son nouveau grade. C'est ainsi que sont fabriqués les
cadres, le plus simplement possible, le plus efficacement
aussi.
C'est le système de la promotion sans fin pour les survi.
vants. Chaque bon combattant qui n'est pas tué est après
le combat, reconditionné, resoumis à une rééducation poli.
tique et militaire, pourvu d'un surplus de gestes et réflexes _
juste ce qu°il faut pour accéder au rang supérieur-_ De cette
façon, ceux des Vietminh qui continuent à s'améliorer et qui restent vivants, en dépit des pertes terribles arrivent même les plus simples aux postes supérieurs. c'est ainsi qu'il y a des colonels Vietminth excellent comme colonels, dans leur partie , et qui savent à peine lire.
Mais jamais dans ce processus, aucune faiblesse n'est admise. le sentiment de la peur doit être annihilé, complétement éteint; par contre l’obéissance et le zèle sont poussés au degré absolu. Au retour d'une campagne, dans
chaque unité, les hommes sont obligés de se dénoncer, de s'accuser,
de se repentir. Ils apprennent à faire mieux; et ceux qui sont
incapables de progrès sont punis, éduqués de toutes les facons
ou fusillés. °
A mesure que les survivants s'élèvent, les pertes -- celles
de la bataille, celle des éliminations politiques et idéologiques
-- sont comblées au niveau d'en bas par des guérilleros, des
hommes des unités populaires que l'on envoie dans des camps.
Là, ils deviennent des soldats réguliers, ils participent désor-
mais au mouvement permanent de la mort ou de l'ascension.
Cependant, de la masse sont tirés des nha-qués qui, à leur place deviendront guérilleros des unités populaires;
et ceux-là, plus tard, à leur tour, iront dans les camps pour
être transformés en réguliers.
Pendant cette Guerre d'Indochine, les Français tueront
énormément de Viets, des centaines de milliers - pas seule-
ment des irréguliers, beaucoup de réguliers aussi. Mais tou-
jours, en face d'eux, ils en trouveront autant, à cause de ces
camps et de leur production en soldats de remplacement. Pour
Giap, il n°y aura jamais de problème d'effectifs, car il puisera
indéfiniment dans l'insondable plèbe jaune, dans le peuple,
dans la multitude des agents, des tueurs, des coolies, des
espions; et de ces êtres primitifs il fera des soldats et des
officiers redoutables, politiquement éclairés et militairement
capables.

Écrit par : leclercq | 03 août 2018

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@ Géo

"La torture s'apparente au viol et réciproquement, mais la torture a au moins un but plus important que le viol : obtenir rapidement des renseignements...
Ce qui n'a pas empêché Massu, Bigeard et Aussaresses d'avoir de gros ennuis avec les planqués en métropole..."

et alors, c'est une guerre de terrorisme, les règles du jeu sont différentes d'une guerre conventionnelle. en face vous avez des bouchers des assassins.

http://popodoran.canalblog.com/archives/2010/03/09/17056552.html

Écrit par : leclercq | 03 août 2018

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pour ceux qui n'auraient pas compris la guerre dans le sud est asiatique c'est ça

La torture populaire.
Nous rentrons. La nuit est tombée. Je n”aperçois même
Plus les rives du grand fleuve où nos deux barcasses avancent
de concert. Je suis dans une boîte, à L’intérieur d°une embar-
Cation recouverte d'un toit en joncs tressés. C'est sombre
Et grouillant. Dans cet espace minuscule, une vingtaine
D’hommes en noir somnolent. _
Ce sont les partisans d°un commando français, d°anciens
Vietminh. Ils ne me font plus peur. Mais, à l'aller, comme
Leurs têtes, sous des casquettes crasseuses ou des foulards de
Bonne femme, me paraissaient inquiétantes! Ils tripotaient
Leurs armes, leurs mitraillettes et leurs grenades, dans ,une
Espèce d'attente taciturne et avide. Mais, soudain, cette sombre
Joie éclatait, comme chez des enfants cruels, en éclairs de
Gaieté, en intense rigolade. Tout le monde piaillait et criait,
Jusqu°à ce que le Français chef de commando, lui aussi
Habillé en noir, intervienne pour ramener le calme;
Le raid, c°est déjà pour moi comme un songe. Tout à
L’heure, un ordre a retenti, les hommes ont fixé leurs char-
geurs sur leurs mitraillettes avec un jubilation nerveuse.
C'était comme si on allait à la fête. L°on a quitté le grand
Fleuve et l'on pousse les embarcations à la perche le long
D’un rach minuscule, stagnant, pourri, fleuri de nénuphars
Énormes, si étroit que les végétations des berges le recouvrent,
si tordu que l'on ne sait pas où l'on va. Puis l°on débarque.
La nuit et la verdure sont également noires et paisibles. Alors
Commence sur un sentier, au bord de Peau, une marche
Irréelle, hallucinante, une course en file indienne. Je me sens
Seul dans la nature hostile; je ne vois personne, tellement les
Costumes noirs des hommes se confondent avec les ténèbres.
Je n°entends rien, sinon mes propres pas et mon propre souffle.
Seule me parvient parfois la voix de l’officier : «' Dépêchez-
Vous, dépêchez-vous. ›> Mais je me bats contre le terrain fan-
geux. Le chemin est sans cesse coupé de ruisseaux infects,
qu’il faut franchir sur des >, généralement
réduits à des lianes où à des troncs de palétuviers, qui parfois
même plongent sous l’eau. Je tâtonne, je retarde toute l’expédition
surtout courez sur ces ponts, me dit la voix. C’est là que d’habitude
les viets vous tirent. Si vous entendez une salve jetez vous dans le rach.
Cela a duré deux heures, avec des dizaines de ponts de
Singe plus acrobatiques les uns que les autres. Les hommes,
L’officier aussi, les franchissent comme en se jouant. Je suis
Épuise, Je marche avec un bruit terrible, je compromets tout.
Soudain, Je sursaute : un coup de fusil part, une forme tombe
Du haut d'un arbre. Dans cette obscurité totale, un de nos
Partisans a' aperçu un guetteur, l’a tué.
Deux kilomètres encore, et enfin nous distinguons au loin
Des lueurs clignotantes. Sans m’en apercevoir, je me suis
Assimilé à cette chasse à l’homme,
La preuve, c’est que moi aussi je suis pris par la bouffée de
Contentement qui traverse notre file comme un fluide. Car
Ces lumignons sont ceux des paillotes; ils signifient que leurs
Habitants sont encore la, qu'1ls ne nous ont pas repérés. La
Surprise va Jouer.
Nous sortons des ténèbres. Nous passons en courant devant
Les paillotes alignées au bord du rach. Les cases sont grandes
Ouvertes. Et c’est ainsi que je saisis sur le vif les scènes de
La vie quotidienne d’un village vietminh. J’aperçois des autels
Des ancêtres, des imageries d”Ho Chi Minh, des bat flanc pri-
mitifs, des jarres de riz. A notre vue, la vie s’arrête. Les
Gens sont comme foudroyés. Les vieillards se ressaisissent assez
Pour faire les lays de la supplication. Mais déjà nous avons
Disparu, nous nous précipitons plus loin, vers la grand-place
du hameau, vers la « maison du peuple ›>, où doit siéger le
Comité assassinats.
Il reste encore une centaine de mètres à faire. Nous pas-
Sons toujours en nous ruant devant d'autres paillotes.
Dans l’une d’elles, une Jeune paysanne tient son bébé dans ses
Bras. Quand nous surgissons devant elle, elle gémit comme
Une bête et s’effondre. C’est l’image physiologique de la peur.
Et, sur son visage, J’ai eu le temps de voir l’angoisse animale,
Venant des entrailles, remontant du fond des ages l’atroce
Angoisse de la guerre, de la torture, de la mort.
Nous n'avons rien trouvé. Le comité d’assassinats avait
Disparu. Notre retour, par le même chemin en bordure. Du
rach, a été une fuite. Maintenant, à l’abri .dans la barcasse
Qui fend la nappe tropicale du grand fleuve, je pense ä la
Femme, à son visage halluciné. Et, violant toutes les conven-
tions, je demande à l’officier : -
- .Avez-vous torturé ?
Il me répond très calmement :
-›- J'ai fait torturer.
-Souvent ?
Ss voix reste impassible.
- Quand c'est nécessaire.
-- Et quand ce l’est-il ?
-- C’est moi qui le décide. .
` Le plafond de l’embarcation est très bas. Nous sommes
Allongés côte à côte. Il me semble que nous sommes les seuls
Vivants. Autour de nous les partisans sont toujours endormis.
Au delà, il y a seulement ces immensités-- le ciel, la nuit,
le fleuve.
C'est alors que l’officier m'a dit qu”il allait me « parler ».
Et, toujours couché, avec le même ton neutre, il m’a raconté :
- Moi, officier français, je suis arrivé à la conclusion que
La torture c'est, dans la guerre d’Indochine, la méthode la
Plus humaine et la plus économique - je veux dire celle qui
Économise le plus de vie. Cela ã condition de savoir la prat-
tiquer.
«J’ai beaucoup changé. J’ai été un Résistant en France.
Quand je suis arrivé en Asie, ce que j'ai vu m'a révolté. Je
me suis dit : Nous faisons comme les Boches. Nous appli-
ons presque les mêmes procédés de l’Occupation, de l'Ordre,
de la Collaboration, de la Répression Moi aussi, je suis un
Assassin. » ]’ai pensé à démissionner, mais j'ai manqué de
Courage, craignant de flétrir l'Armée de la France.
Peut-être aurais-je mieux fait de le faire. Pour rester
Complètement un civilisé, il faut tout abandonner, partir vite
de ce pays Demeurer, c'est s'engager fatalement dans la bar-
barie. Et l'on y est amené tragiquement par ce que l’on croit
être le devoir; je ne parle pas du devoir du soldat, mais du
Devoir de l’homme. Oui, «c’est un dilemme implacable.
›. L’individu doit être converti
Au Bien. Et le procédé de cette conversion, c'est la torture
Morale et physique étendue à la fois à l’ensemble du peuple
Et à chaque individu. C'est la surveillance de la pensée et
L’emploi des remèdes de la psychologie collective pour améliorer
cette pensée, l’arracher au mal. Les médications vont,
Par toute une gamme progressive, des « douceurs » de l’auto-
Critique jusqu'à l’excommunication - la mise à mort dans les
Supplices. .. ,
, je me disais qu'il me fallait plus que jamais
Rester fidèle aux principes moraux de l'Occident. Cela me
Semblait la seule façon efficace de m'opposer aux Viets. La
Seule chance de gagner, n'était-ce pas d'attirer les nha-qués
Écrasés par un monde cruel en étant toujours juste et bon `?
« Je n'ai pas pu. Ce n'était pas possible. Tout mène à l'hor-
reur en Asie - la guerre faite par les Viets, le sadisme am-
biant, et aussi la fatigue, le climat, le sentiment d'être constam-
Ment trahi, l’obsession de se trouver au milieu des nha-qués
Qui aident l'ennemi, qui achève les blessés. Et puis, surtout,
Il y a l'inexorable nécessité. Car la torture, c’est une force; il
Est impossible finalement de ne pas s'en servir contre les Viets
Qui l'utilisent tout le temps. L'on serait dans une situation
Totale d”infériorité, tout juste des condamnés à mort; et de
Plus l’on aurait perdu toute la population.
Que répondre ? La et ce qui est >.
. On lui apprend à haïr les coupables, à se
Réjouir de leur châtiment, même s'il s’agit d’époux et de fils.
Et saisi d’indignation devant leurs méfaits, il décuplera son
Enthousiasme pour la Révolution, il travaillera plus, il com-
Battra plus, toujours plus, jusqu’a. ce qu’il n"y ait plus de
Limites aux possibilités humaines.
Cette impitoyable vigilance rouge, qui sait tout, qui
Punit tout, qui exige tout, arrive à créer, en chaque nha-qué,
Une obsession. Il croit que le Parti est omniprésent, omniscient.
Rien ne peut lui être caché, pas un acte mauvais, pas même
Une pensée mauvaise. La seule chance de l’individu, c'est donc
Le zèle, c’est de faire tout ce qu’on lui demande, même si c'est
D’être un volontaire de la mort.
Par contre, l’homme qui a une attitude › est
Tranquille, il n'a rien à redouter. La discipline des Vietminh,
Guérilleros, réguliers et cadres, est incroyable. La grande règle,
C’est que le soldat est l'ami du peuple. Chez l’habitant, il fait
Le ménage, il participe à la moisson, il sourit, il est poli, il
Joue avec les enfants, il se rend utile de toutes les façons. Il
Ne vole jamais rien; le militaire qui prend abusivement une
Poignée de riz est aussitôt fusillé devant toute la population.
Le système viet élimine toute surprise. Chaque nha-qué
Sait ce qui lui arrivera, il connaît à l’avance les conséquences
De son attitude aussi bien quand il ne se conduit pas
Bien que quand il se conduit bien. C'est cette prévoyance
Ancrée dans les cervelles qui est finalement la plus grande
Force du camp d’Ho Chi Minh.
Par contre, les nha-qués ne peuvent pas deviner ce que
Le Corps Expéditionnaire va faire quand il surgit dans un
Village; il peut aussi bien tout incendier que procéder à des
Distributions de médicaments. Les paysans ont peur des Fran-
çais qui représentent pour eux l’imprévisible, l’incompréhen-
sible; ils récompensent ou punissent pour des raisons à eux,
Qui échappent au peuple.
C’est cela la terrible infériorité du Corps Expéditionnaire:
Il n’a pas de règles de conduite bien déterminées. C’est l’anar-
Chie. Tout est hétéroclite, confus, contradictoire.
La guerre populaire crée un problème entièrement
Nouveau : comment une armée régulière, une armée occiden-
Tale doit se comporter à l’égard d”une population qui, que ce
Soit de gré ou de force, participe tout entière, constamment,
Sous toutes les formes, aux hostilités. Certes, le vieux droit in-
ternational - qui réservait la guerre aux militaires et l”inter-
Disait complètement aux civils sous peine d'être qualifiés de
Francs-tireurs et traités en conséquence ne peut plus être
Appliqué. Car il faudrait alors fusiller des millions d’hommes,
De vieillards, de femmes et d’enfants. Ce qui n’est pas possible.
Mais, à la place de l’ancien droit, il n’y a rien; rien n`a été
Préparé, étudié.
Personne ne connaît le point de vue officiel. Il me semble
Que le Corps Expéditionnaire doive à la fois détruire les Viets
Et rallier la population, en somme faire en même temps la
Guerre et la paix -- mais l’on ne dit jamais comment. Les
Instructions sont les plus contradictoires. Faut-il employer la
Terreur, faut-il employer la séduction? On ne le sait pas.
Comment faut-il agir dans les régions et les villages pro-Viet ?
Rien n'est précisé. Les autorités de Saigon recommandent plu-
Tôt la >. L’on répète que l'on ne fait pas la guerre
En Indochine. La théorie des autorités, c’est qu’on procède à
La répression d’une révolte. C’est absurde, d’autant plus que
Le mot répression me paraît encore plus inquiétant que
Le mot guerre.

Le résultat, c’est que l’on fait mal la guerre, même là
Où il faudrait la faire. Le Commandement interdit l’emploi
Des lance flammes et du napalm, et recommande de ne se
Servir qu’avec une extrême modération de l’artillerie et des
Tanks. Cela fait l’affaire des réguliers dans leurs repaires, je
Vous le dis ! Mais, en même temps, on fait mal la paix. Que
D’opérations en règle, menées avec des bataillons, dans des
Régions du delta où il n’y a que des guérilleros et des comités
D’assassinats Elles sont inutiles et dévastatrices. L’attaque
D’un village où l’on ne trouve pas de Viets, c'est parfois la
Mort de dizaines de nha-qués; ce sont des femmes, des enfants
Gisant blessés, les membres arrachés par des balles ou des
Obus, dans les ruelles ou les haies. Après cela, l’on est aimé
Dans la pratique, que de mollesse mélangée aux
Mesures les plus draconiennes, aux décisions les plus sévères
Tout dépend d’on ne sait qui, d’on ne sait quoi - du faux
Renseignement d’un deuxième bureau, du mensonge d’un interprète
De l’humeur d'un officier, de l'état de son foie, d'un
Incident mal compris, du pur hasard souvent. Et puis les Viets
S’arrangent pour embrouiller les choses.
Les lois classiques de la guerre n'existant plus, les officiers,
Les soldats sont laissés à eux-mêmes, dans les situations
Les plus complexes, les plus tragiques aussi. Pour les guider,
Ils n'ont que le sens de l”honneur, la tradition de la discipline
Militaire. Mais ce n’est pas assez.
La discipline est insuffisante. Le Commandement n’a pas
Réussi à en imposer une qui soit générale, globale, s’étendant
à l"ensemble du Corps Expéditionnaire. Alors tout retombe
Au niveau des unités, tout dépend des officiers et des troupes.
La situation varie totalement selon les bataillons. Certains sont
Irréprochables, d’autres juste moyens; quelques-uns mettent
Tout à feu et à sang. D’ailleurs, dans un même bataillon, le
Comportement peut se modifier radicalement d’un mois à
L’autre. J’ai connu des tirailleurs qui pillaient abominablement.
Quelques semaines plus tard, ils ne volaient même plus
Un poulet leur chef avait changé.
Dans cette atmosphère, tout est possible. Rien n’est
Adapté. Les choses sont sans mesure. Au sein même du Corps
Expéditionnaire, pour les crimes de guerre, pour les atrocités,
Ce peut être aussi bien le châtiment impitoyable que l’immunité
Totale. C’est sans pardon si la machinerie disciplinaire de
L’Armée - la prévôté, le conseil de guerre, le falot, le peloton,
Le poteau _ se met en branle. il suffit qu'un mauvais flic
Fasse un rapport, même pour une vétille, contre un pauvre
Garçon sans protection, et son compte est bon. Par contre, une
Troupe peut tout commettre, même les pires abominations, si
Ses officiers ne veulent rien savoir, si les autorités ferment les
Yeux. Alors rien ne transpire, ou c’est étouffé.
Que de contradictions Au sein même de ce Corps Expéditionnaire,
L’on fusille beaucoup. Il paraît que, certains jours,
Le champ des exécutions militaires, près de Saigon, est horrible.
]’Ai toujours un frisson quand je lis les condamnations
Prononcées par les tribunaux militaires; ce sont des sentences
Inexorables. L’on condamne à mort pour les viols. Mais combien
De fois il est arrivé qu'un légionnaire a été exécuté pour
Un faux viol - une nha-qué a criée à l’outrage parce qu’elle
N’a pas été payée comme convenu; elle a déposé une plainte
Et cela a suffi.
Par contre, que de forfaits demeurent inconnus ou, même
S’ils sont connus, ne sont pas punis Il a fallu plusieurs démarches
Très insistantes du Haut Commissaire Pignon pour que
L’Armée sévisse au Cambodge contre un sergent qui, de son
Poste, s’amusait à tirer sur les passants et à les tuer. Et cet
Homme a seulement été muté. !
Pour empêcher les atrocités du Corps Expéditionnaire -
Ou pour les réglementer, car il faut bien des représailles dans
Certains cas le Haut Commandement aurait du avoir -une
Main de fer de l’intelligence. Il se contente d'un_ « légalisme »
Stupide, qui ne fait que gêner la guerre et la pacification.
Figurez-vous que, quand on tient un tueur ou un
Commissaire politique, on devrait le Remettre aux tribunaux
Réguliers, à la magistrature, lui appliquer la légalité, la procédure,
Lui donner des avocats, le faire bénéficier de tous les
Avantages de la. Loi ! Toute affaire de ce genre traîne des
Semaines, des mois. Au jugement l’homme a toutes les chances
De s'en tirer avec quelques années de prison, même si l'on
Sait qu’il a coupé en morceaux des centaines de français et
De nha-qués. Mais comment en administrer la preuve juridique ?
On a tout contre soi le silence du pays, les dénégations des témoins,
Les trous du dossier. Parfois l’on n`arrive
Même pas à établir l’identité de l’individu, à connaître son
Véritable nom. Et si le verdict n’est pas la mort, on est sûr de
Retrouver rapidement son homme, face à soi, vous menaçant,
Assassinant plus que jamais. Car, naturellement, il se sera
Enfui de sa taule avec une facilité dérisoire, par une
Combine ou une autre, avec la complicité de tous des
Gardiens annamites comme des détenus. Que voulez-vous, ces
Gens-là tiennent à leur peau !
Certains chefs viets Ont été arrêtés cinq ou six fois et se
Sont échappés autant .de fois. Cela exaspère le Corps Expéditionnaire.
Aussi il se fait justice lui-même. Désormais, quand
On a mis la main sur quelqu’un d’intéressant, on ne l’envoie
Pas à Saigon, mais à la corvée de bois . Cela règle tout,
Simplement, efficacement, définitivement, sans laisser de traces.
Seulement, dans certains endroits, les gens ont pris l’habitude
De dire trop .facilement à n'importe qui : Va donc ramasser
Du bambou. Les Viets nous poussent à 1'atroce et notre absurdité fait
Le reste. Et pourtant nous tuons infiniment moins que les
Viets. Nous tuons infiniment moins que ne le feraient les Américains;
Eux ne se donneraient pas la peine de descendre dans
Les détails, ils procéderaient massivement, par des bombardements
Aériens sur zone . Liquider la population à la bombe
Ce serait aussi une façon de liquider le problème. Et cela se
Ferait sans histoires; l’opinion internationale admet beaucoup
Mieux le matraquage le plus .meurtrier que la torture
D’un tueur.
Le Corps Expéditionnaire a quand même un mérite.
Malgré tout, malgré la cruauté et l’incohérence, sa guerre reste
À l’échelle humaine. Pêle-mêle avec le pire, il a aussi toute
Une générosité vraie, toutes sortes d'élans magnifiques. J’ai
Vu des infirmiers ramasser sous les balles des blessés viets et
Les porter jusqu’à une ambulance. C'est d’ailleurs une règle
Que les Viets soient soignés, opérés, guéris exactement comme
S’il s’agissait de Français. Les prisonniers engraissent dans les
Camps; loin de s'évader, ils demandent à devenir des PIM.,
Les coolies des bataillons. Seuls les cadres foutent le camp,
Les autres Viets, même beaucoup de réguliers, préfèrent rester
Avec nous.
Que de fois aussi j’ai vu des soldats risquer leur vie pour
Aller au secours d'un village qui appelait à l’aide. Ils auraient
Pu rester sourds et indifférents ils s’en allaient en colonne,
Parfois de nuit, pour sauver des nha-qués qui ne leur étaient
Rien.
Et dans les hameaux, à côté des pillages, que de scènes
Charmantes Les troufions caressent les enfants ils en adoptent
Même souvent et distribuent du riz aux vieux. L’assis-
Tante sociale va dans les familles. Le médecin du bataillon fait
Des pansements et des piqûres. Les officiers parlementent avec
Les notables. On dirait la paix. Des idylles se nouent.
Là où il est installé, le Corps Expéditionnaire apporte
Généralement une vie meilleure, plus de liberté, une atmosphère
De civilisation. Dans certains secteurs, les populations
Acclament nos soldats, se groupent autour de nos postes. Je
Me dis parfois que tout n’est pas perdu, puisque le contact
Subsiste malgré tout. Jamais même il n’y a eu autant de vie en
Commun entre blancs et jaunes, Comment expliquer cela ?
C'est une guerre atroce, faite. De tous les raffinements physiques
Et moraux. Mais- c’est en même temps un jeu que l'on
Joue tous ensemble, un- vaste compagnonnage. La haine
N’est pas vraiment la haine, car elle ne sépare pas. Il n'y a- pas
Réellement le mur, l’absence, la quarantaine. Nous ne sommes
Pas des étrangers, ces êtres que des yeux vides ne veulent
Pas voir, ces êtres dont on refuse de reconnaître l’existence, que
L’on nie. L'on nous découpe en morceaux, mais l'on ne re-
Ne pousse pas. Tous, à un certain degré, nous sommes de ce pays,
De ce peuple, et d’une façon jouissive, presque voluptueuse.
Les supplices font même partie de cet étrange enchantement,
De cette complicité. C'est pourquoi les gens du Corps Expéditionnaire
Aiment tant leur sale guerre.
Et pourtant rien n’est gagné. Il ne faut pas se faire d'illusions.
C’est aussi l'enfer des contradictions. Il y a, malgré tout
Ce brassage, ces mélanges d’épidermes, de piastres, de sentiments,
D’immenses malentendus, des oppositions fondamentales,
Dont l'on ne vient jamais à bout. Tout se défait constamment.
Pour le peuple des rizières, l’apparition de nos hommes
Signifie parfois le salut mais parfois aussi le malheur, la
Catastrophe. C'est pour cela que, dans les opérations, nos
Soldats trouvent si souvent devant eux le vide, le désert
Humain. La plupart des temps, les nha-qués se cachent, se
Camouflent, disparaissent sur l’ordre des Viets; mais il arrive
Aussi que ce soit à cause de l’idée qu’ils se font du Corps
Expéditionnaire.
L'on en. Revient toujours à la même vérité criante. Contre
Les Viets, il faudrait un Corps Expéditionnaire bien plus par-
Fait qu'il n'est. Un Corps Expéditionnaire qui soit au-dessus
De la vengeance et des passions, même quand des camarades
Ont été hachés menu. Un Corps Expéditionnaire qui ne fasse
Aucun butin. Un Corps Expéditionnaire où les officiers et les
Hommes soient tous des saints - cela ne suffit pas d’être des
Héros.
Vous me direz : Que vient faire la sainteté au milieu
D’une compétition de meurtres, au milieu de l’art des atrocités
C’est vrai, ce serait une drôle de sainteté. Et pourtant,
Puisqu’on ne peut supprimer la torture, il faut une extraordinaire
Vertu pour la pratiquer comme il faut, avec justice.
Et même cette sainteté, cette vertu ne suffiraient pas.
L’atrocité vertueuse, c’est quand même une arme de l'Asie.
Nous ne sommes plus des mystiques. Nous ne faisons qu'imiter,
Et la copie, c’est toujours inférieur à l'original. Il faudrait que
Chaque Torture soit l’aboutissement d'un raisonnement juste.
Chez nous, c’est rarement le cas. Nous autres blancs, nous
Sommes quand même perdus dans la masse jaune comme au
Milieu d'un brouillard, nous voyons mal, nous devinons mal,
Nous tâtonnons parmi les apparences. Les Viets nous battent
Dans la guerre des atrocités, cette guerre qui recouvre la Pacification.
De plus en plus, nous sommes perdants psychologiques-
Ment. Que faire alors '? Je ne vois qu'une solution : renoncer
À toute illusion colonialiste, abandonner le dogme de la supériorité
Blanche et laisser faire la sale guerre de la pacification
À une armée vietnamienne, à une administration vietnamienne.
Et on transformerait le Corps Expéditionnaire en
Une masse de choc contre les réguliers d’Ho Chi Minh, les
Réguliers de Giap.
Que les Vietnamiens se supplicient entre eux laissons-
Leurs toutes les atrocités de la guerre populaire. Ils feront
Mieux le boulot que nous. Hélas, il faudra du temps pour les
Mettre dans le coup. Nous ne nous débarrasserons pas de
La torture comme cela.
Mais une chose qui dépend de nous, c’est l’amélioration
Des tactiques militaires. La torture se complète par la guérilla;
Et si l'on est impuissant contre la torture, l’on pourrait mieux
Réussir contre la guérilla, du moins la grande guérilla.
Actuellement, nous ne faisons pas de guerre mais une
Fausse pacification. Nous offrons aux Viets tous les objectifs
Qu’ils veulent - nos villes, nos postes, nos convois. Mais eux-
Mêmes ne nous donnent rien à attaquer, ils se gardent bien
D’avoir`des installations trop lourdes. Saigon et nos grandes
Cités leur servent d'arrières et de dépôts. Il faut donc attraper
Les Viets eux-mêmes. On les pourchasse depuis trois ans avec
Les hommes, les procédés et le matériel de la campagne d'Italie.
Rien n'est changé. Les opérations sont lamentables. Faute de
Résultats, on les recommence éternellement.
Les Viets s'échappent comme ils veulent. Tout est d’un
Poids, d'une lenteur effrayante. L’on ne fait pas une opération
Sans des mouvements compliqués, des convois, des canons,
Une mise en place, une mise en scène énorme. Il faut plus de
Deux heures à nos postes de radio pour se mettre en contact.
L’on n’a même pas allégé nos soldats trop lourds – l’on a
Gâché nos partisans avec des fusils, des cartouchières bien trop
Grands pour eux, qui les empêchent de ramper. L’on a des
Chars inutilisables la plupart du temps à cause du terrain.
Alors que chaque régulier viet est déjà équipé d'une mitraillette,
La plupart de nos soldats en sont encore à l’âge du mousqueton.
Pourtant, la mitraillette, en cette guerre de surprises
Et de corps à corps, c'est l'outil de base. Nous en sommes à
Cette monstruosité : les réguliers d'Ho Chi Minh sont mieux
Adaptés et équipés que nous. Allant à pied, ils sont tout
Terrain. Et, de cette façon, ils utilisent au maximum leur
Puissance de feu. Par contre, nos hommes, encombrés d'un
Équipement démodé, ne sont même plus capables de marcher
Et puis ils se mettent à avoir peur de la nuit, ils s’enferment
Toujours plus.
Ce qui est stupéfiant, c'est qu'aucun commandant en chef,
Aucun officier supérieur n'a cherché du nouveau, n'a essayé
De faire une contre guérilla scientifique. Le problème est
Pourtant clairement posé. Les Asiatiques ont inventé, en
S’appuyant sur les caractéristiques les plus profondes de
L’homme jaune et du sol jaune, un art nouveau de la guerre
Qui défie tous les procédés occidentaux traditionnels. Et le
Corps Expéditionnaire actuel ne fait que reprendre, avec à
Peine quelques innovations matérielles, les méthodes de l’amiral Courbet.
On est en retard d'un demi-siècle. Il nous faut
Donc aussi inventer d'urgence une façon entièrement neuve
De nous battre.
C'est possible. Les Anglais l'ont fait. En 1942, la vieille
Armée britannique des Indes s'était fait écraser par les soldats
Du Mikado dans les forêts et les rizières de Birmanie. Ce fut
Une tragédie atroce et lamentable. Un peu plus tard, Churchill
Décida que les troupes de Sa Majesté réoccuperaient le pays.
Ce fut prodigieux. Des chefs jeunes, durs, inconnus, des
Hommes absolument modernes furent nommés. Le plus prestigieux
Était Wingate. Pendant un an, ils préparèrent théoriquement et
Expérimentalement leur expédition. Pour cela, ils
Réinventèrent complètement la guerre de jungle, la basant
Désormais sur des parachutages, des flottes d'avions et de planeurs,
Des liaisons radio ultrarapides, la constitution de
Dépôts secrets, la tactique du commando, de la surprise, de la
Destruction. Tous les officiers et les soldats destinés à cette
Campagne passèrent par des écoles et des camps spéciaux, où
Ils subirent un entraînement terrible. Ils apprirent toutes les
Techniques du combat de jungle. Rien n’était négligé. On leur
Enseignait. Même comment survivre s’ils étaient isolés, perdus
Et traqués dans la forêt vierge; grâce à un cours sommaire de
Botanique, on leur apprenait à reconnaître les quelques baies
Comestibles de l’immense désolation végétale, où presque tout
Est poison.
La campagne de Wingate en Birmanie a été un triomphe.
Mais, en Indochine, on ne s'en est même pas inspiré. C'est le
Système D. Chaque combattant est un ignorant qui
Acquiert peu à peu sa propre expérience. Mais que ces apprentissages
Coûtent de morts, de temps, quelles occasions inespérées elles
Offrent aux Viets ! Et surtout, à l’échelle supérieure,
Cette guerre n’est toujours pas « pensée », n’est toujours pas
Dirigée.
Ce qu'aucun état-major n’a compris, c'est que, contre la
Rapidité naturelle des Viets, il nous faut fabriquer une rapidité
Artificielle. C’est possible grâce à des engins spéciaux
Comme des amphibies, des hélicoptères, des mouchards,
Beaucoup de radios. Cela permettrait d'amener à temps voulu
Des troupes de choc sur les Viets et de les accrocher dans de
Bonnes conditions - ce qui est tout le problème.
La seule solution, c’est de combiner les procédés les plus
Primitifs et les plus modernes. Il aurait fallu avoir des soldats
Spécialement dressés à faire ce que font les Viets à marcher,
À se battre contre eux, aussi durement, en pleine nature, de
Jour et de nuit, dans la jungle comme dans la rizière. Et il
Aurait fallu toute une flotte aérienne et fluviale particulière
Pour amener chaque fois ces soldats à pied d’œuvre, les faire
Surgir avec le maximum de rapidité et de puissance de frappe
À l’endroit utile.
Presque rien n’a été fait. Le Corps Expéditionnaire est
Toujours dans ses postes. Les quelques troupes d'intervention
Ont toujours leur vieil équipement. C’est tout juste si deux ou
Trois compagnies ont touché des « crabes ››, ces sortes de jeeps
Qui flottent sur l’eau et la boue. Il en faudrait dix fois, cent
Fois plus. L'aviation, surtout de combat, est presque inexistante.
Il paraît que les marines américains vont avoir des
Hélicoptères opérationnels, pour déposer leurs commandos
Au milieu de l'ennemi. Nous, en Indochine, nous n'en avons
Pas un, même pour ramasser les blessés dans la jungle. Que de
Vies sauverait un seul appareil! Il paraît que le Service de
Santé Militaire n'en voit pas l’intérêt; de toute façon, il n’a
Pas de crédits pour l'acheter.
Pour la torture comme pour la guérilla, tout se passe
Comme si le Commandement ne savait rien. C'est plus grave,
Il ne veut pas savoir. Sa faculté d’ignorance, involontaire et
Volontaire, est incommensurable. Et pourtant que de sources
D’informations il a avec ses états-majors démultipliés, ses
Deuxièmes bureaux énormes, ses agents de toutes sortes, ses
Services spéciaux qui se chevauchent, se concurrencent, se
Haïssent ! Chaque jour, il en résulte une littérature colos-
Sale, des dizaines de kilos de documents, de comptes rendus,
De rapports, d’interprétations. Et cette documentation
Comme l'on dit contient quand même, à côté de tous les
Tuyaux crevés, d'innombrables renseignements exacts. L'on
Sait à peu près tout ce qui se passe chez les Viets, même au
Niveau des comités du Tong-Bo et du Namho, malgré leurs
Précautions extraordinaires, leur répression, leur contre-
Espionnage, et l’intoxication où ils sont passés maîtres.
Mais à quoi cela sert-il ? Ce n'est pas exploité. La vérité
Se perd en cours de route en suivant la voie hiérarchique de
bas en haut, jusqu'au Commandement. Elle se perd à travers
D’innombrables filtres, de synthèse en synthèse, de refonte en
Refonte. A la fin, elle est devenue un mensonge.
Tout en bas, l'on travaille à même la réalité, sur la
Matière brute, sur la matière vivante. Le bon chef de poste
Connaît ã peu près tout des Viets d'alentour. C'est aussi le cas
Du petit lieutenant de deuxième bureau. Ils savent comme les
Viets sont forts et inlassables. Ils ont des fiches sur les chefs,
Les commissaires politiques, les unités et leurs effectifs, ils sont
Au courant des mots d’ordre, des consignes, des autocritiques,
Ils ont repéré les réseaux et les complicités. Ils informent en
Vrac le sous-secteur. Là un capitaine établit une première syn-
Thèse qu’il ajuste, consciemment ou inconsciemment, aux vues
Du colonel commandant le secteur. Celui-ci est persuadé
D’avoir remarquablement réussi son idée, c’est d’avoir à
Peu près tué tous les Viets de sa zone. Il fait retoucher la
Synthèse du capitaine, l'améliorant encore. Enfin, toujours en
Remontant la filière, ce document arrive chez le général Com-
Mandant la cochinchine ou le Tonkin. Lui aussi est très fier
Des résultats qu’il a obtenus. Il fait donc procéder à une syn-
Thèse générale tout à fait optimiste. Elle est envoyée à l'Etat-
Major du général Commandant en Chef. On s'occupe là de
La synthèse des synthèses. Ce dernier texte est presque à l'op-
Posé des renseignements initiaux. Mais le général Commandant
En Chef est satisfait; il lit ce qu’il voulait lire.
Quand il reste quand même un soupçon de vérité, le
Général Commandant en Chef, les généraux et leurs entou-
Rages s’exclament: Ah, ces spécialistes du renseignement,
Quand même ! Ce sont des maniaques. Ils ne voient même pas
Qu’ils se font intoxiquer ! Heureusement que nous sommes là,
Nous qui voyons clair.
Mais c’est le Commandant qui s’intoxique. A la longue, il
Devient sa propre victime, il est de bonne foi dans la mauvaise
Foi, il se trompe lui-même. C'est ainsi qu'on aboutit aux mauvaises
Surprises, aux défaites apparemment inexplicables. Et
Pourtant l’on savait la vérité, mais l'on n'a pas voulu y croire.
La déperdition dans le domaine des renseignements est de
L’ordre de quatre-vingt-dix pour cent.
Alors, dans cette inconscience, que reste-t-il ? La guerre
Du bon plaisir. Le général Commandant en Chef agit selon son
Bon plaisir, mais les généraux ordinaires, les colonels, les
Chefs d'unités, de compagnies, de détachements, de patrouilles,
Les chefs de postes et les simples soldats aussi. Le système
Marche parce que l'on se croit encore supérieurs aux jaunes,
Aux Viets - mais il n’y a pas de solution en vue. Et, de plus
En plus, l’on se débattra dans les doutes, les confusions, d'inextricables
Enchevêtrements moraux et matériels. Et si, un jour,
L’on subit une vraie défaite, tout le moral risque de crouler.
Peut-on vaincre la torture, la guérilla, je ne le sais pas.
Il faudrait au moins un incroyable effort de pensée et d'imagination.
On ne le fait pas. Chacun fait de son mieux, c'est tout
Ce que je peux vous dire, c’est ma pauvre conclusion. Et le
Pis, c'est qu’on l'a dans la peau, cette Indochine de malheur)
Les deux barcasses accostent le long d’une jetée puante.
Quelques lumières clignotent. Aucun bruit. C'est la petite
Ville qui sert de base au commando. Tout dort. Cependant,
Traînent encore dans les ruelles quelques filles, des marchands
De soupe chinoise, des chiens. Un bruit de mah-jongs sort d’une
Maison. Je serre la main de l'officier qui m'a parlé. Il
Disparaît dans la nuit. Je ne le reverrai jamais. Je suis attendu
À dîner chez le colonel.

Écrit par : leclercq | 03 août 2018

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@leclercq

Un peu simpliste quand même votre distinction entre soldats et militaires : dans quelle catégorie situer les brancardiers qui sur le front, pour en revenir à la Guerre de 14-18, allaient chercher au péril de leur vie leurs camarades blessés ? Et le commandant Gauwin médecin-chef à Diên Biên Phu ? Des exemples parmi d’autres. Des soldats ou des militaires ? En tous cas, certainement pas des planqués de l’arrière…

Par ailleurs, votre texte, si riche d’infos, gagnerait en clarté et lisibilité en le ramassant et en évitant les redites. Ceci dit en toute estime.

Écrit par : Gislebert | 04 août 2018

@ Calendula

"Comme les vétérans du Vietnam, les vétérans actuels vivent souvent des situations vraiment difficiles, mais ils ont été des volontaires dans une armée de métier.
Ceux qui devaient aller au Vietnam étaient des appelés, alors que les soldats actuels signent un contrat de travail pour un certain nombre d'années."

faux lisez ce là vous comprendrez mieux

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2015/04/leffondrement-invisible.html

Certes, ce n'est pas toujours un choix positif et probablement plutôt un pis-aller, mais un soldat ( ou une femme-soldat)

des femmes soldat ça n'existe pas ce sont des femmes militaires non combattantes, un soldat c'est quelqu’un qui se bat, il faut bien faire la différence entre soldats et militaire !!!

Écrit par : leclercq | 03 août 2018

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Quand on vous lit, Géo, on comprend mieux pourquoi vous vous permettez de faire dire à d'autres commentateurs ce qui, dans le fond de leur pensée, correspond exactement au contraire.
Pas le nom du blog concerné mais non sans penser... ce que je pense.


Le viol en état de légère ivresse ne laisse pas de souvenir précis concernant la mémoire intellectuelle laquelle peut être défaillante.
Non, la mémoire du corps. (Arthur Janov)
Avant l'abus, oui, après, traces éventuelles, oui mais pendant l'acte, non.

Si bien que le sexe tout au fond de l'inconscient hante ou comme habite la personne violée un peu comme un manche à balai dans propre sexe le tout refoulé jusqu'au plus profond de l'inconscient ce qui peut avoir pour résultat, entre autres, d'entraver "psychiquement" sa démarche tant que cette personne en thérapie primale, par exemple, n'aura pas revécu jusqu'au ressenti de cette horreur qu'est un viol non intentionnellement du tout provoqué.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 03 août 2018

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Calendula, Géo, et Leclercq

Sur la hiérarchisation de la souffrance émotionnelle je vous mets ce lien qui m'évitera de me perdre dans des explications. Tous les thérapeutes et les travailleurs sociaux devrait connaître cette neuropsychologie de la souffrance:


http://jeanluc.lasserre.pagesperso-orange.fr/06neuropsychologie.html

en complémentation et de manière pragmatique les éclairages édifiants de B Cyrulnik de la mémoire traumatique. Super important

https://www.youtube.com/watch?v=rd13inJYbQk

Écrit par : aoki | 03 août 2018

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Géo,

Ailleurs, sans qu'il me soit accordé droit de réponse, ce qui devient tendance du côté des ennemis publics de certain dénoncé menteur pathologique... ou que le teneur du blog concerné soit absent sans avoir pris la peine de le faire savoir… votre affligeant commentaire me concernant se terminant précisément par "sans commentaire" m'invite à revenir sur la relativisation et la dédramatisation conseillées aux émotifs etcomplétées par la recherche du juste milieu qui est également la vigilance cultivée concernant les extrêmes... source de fanatisme… enfin le détachement mot non synonyme d'indifférence qui ne remet pas en question l'amour ou la compassion… vous parvenez alors à la grande qualité bouddhiste de l'équanimité.
Aucune personne s'exerçant avec régularité à ces qualités-forces sorte d'art, également, ne violera quelqu'un.

Comment aller aux femmes comme on part à la chasse?

Les attirer dans nos filets?

("tirer son coup") en leur tirant dessus

Tableau de chasse?

Il y a des romans de science fiction qui présentent les femmes vivant en couple entre elles.
L'époque est scientifique à fond.
Ces femmes disposent de banques de sperme.

A leur naissance, les garçons sont tués.

Le principe de vie du Dr Bugnon déjà cité sans référence directe à Dieu la foi ne se commandant pas plus que s'imposant

"Tu aimeras ton prochain/e comme toi-même"! n'est-il pas la mesure apte à venir à bout de ce qui est prédit par les romans de science fiction en question?

Auteurs de science fiction d'aujourd'hui, selon lesquels, prophètes (bibliques) d'hier?

La réponse à ces lignes on peut s'y attendre: on ne peut pas très bien comprendre ce que l'auteure a voulu dire.

Ma foi, tant pis. Le Dr Bugnon piquant des colères mémorables tel le Christ autrefois ne supporte pas les gens de mauvaise foi.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 04 août 2018

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@ Aoki:

Cela n’aide pas à évaluer le traumas de cas en cas, comme le suggère avec sagesse Calendula.

Quel est le crime le plus grave « en soi »? La hiérarchisation devrait placer le meurtre en premier: il y a mort objective. Après c’est plus difficile.

Une autre hiérarchisation est celle de la souffrance émotionnelle. On peut y voir d’abord une base objective, que j’attribue au fait que tout acte de contrainte suscite des émotions négative chez celui ou celle qui le subit. Un banquier qui se suicide par défenestration en cas de krach boursier est atteint émotionnellement au point de vouloir se supprimer: cela montre l’extrême gravité d’un traumatisme immatériel. Ou aussi, encore une fois, la réponse personnelle à un traumas.

Puis une part du traumas dépend de la personnalité de la victime, de son entourage et du discours social. Et là il peut y avoir problème.

Je dis qu’actuellement le discours social, et parfois amical, va vers l’aggravation fantasmatique du traumatisme. Cela amplifie l’état de victime et freine l’accès à la nécessaire résilience. La surenchère victimaire entretient démesurément un état de victimisation.

On a vu aussi, aux États-Unis, le syndrome de la « mémoire retrouvée » qui faisait resurgir un viol subi dans l’enfance et enfoui. Enfin, à ce qu’il paraît. Cette théorie, démontée par E. Loftus et d’autres chercheurs, crée la victime totale: elle ne saurait plus rien de ce qui lui est arrivé. Comment dès lors attribuer d’éventuelles difficultés de vie de cette personne à un fait non mémorisé et dont l’existence même est discutable, plutôt qu’à une fragilité psychique ou une pathologie mentale pré-existantes mais pas encore diagnostiquées?

Pour évaluer l’impact émotionnel d’une agression (vol, viol, coup de poing, etc), il faudrait disposer d’un état de santé psychique de la victime. Une personnalité psychiquement fragile aura des effets émotionnels plus durables et plus profonds, car elle n’a pas de frein ni de mesure pour recadrer ses propres états mentaux.

Dans toute agression, l’effet dépend pour une partie de la personne et donc de son histoire, de son éducation, etc. Si l’évaluation de la gravité émotionnelle est sujette à des variations liées autant à la personnalité qu’aux faits, alors cette variable n’est pas fiable pour apprécier la gravité de l’acte.

Écrit par : hommelibre | 04 août 2018

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@ Géo

"Sauf les Américains, parce que ces salopards n'ont eu que ce qu'ils méritent. D'où le très gros malaise des vétérans aux USA.."

très gros malaise pourquoi parce que c'est une guerre perdue.

http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2011/09/le-mythe-de-laversion-de-lopinion.html

les américains par leur orgueil n'ont tenus aucun compte des expériences passés en combat de jungle d'autre pays, le résultat l'effondrement invisible.

l'orgueil les a perdu, leur cause "endiguer" le communisme était juste mais pas les moyens, ils avait en face d'eux des supers soldats robotisés voir les écrits de Lucien Bodard plus haut alors qu'eux ne les avaient pas.

n'est pas super soldat qui veux.

http://lavoiedelepee.blogspot.fr/2011/09/de-lemploi-et-de-la-reconnaissance-des.html

"la majorité des résultats micro-tactiques sont le fait d’une minorité d’individus doués et dont ceux qui survivent assez longtemps obtiennent le statut d’As. On peut sur une seule action de combat, apparaître héroïque et brillant alors que l’on est que chanceux. Avec la répétition, le facteur chance s’élimine et les héros survivants apparaissent alors vraiment comme des experts. Outre d’être chanceux, leur point commun reste une stabilité émotionnelle et des capacités de coordination sensorielles et motrices supérieures à la moyenne. Passé un premier seuil d’expériences, ces capacités innées se développent très vite en se nourrissant de chaque victoire, jusqu’à un seuil de quasi invincibilité mais aussi souvent de dépendance. "

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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@Homme Libre,
La réponse à @leclercq, copie ci dessous, n est pas la mienne. Mon pseudo a été usurpé.
Bien à vous.
Charles 05.
-------------------------

@leclercq

"l'orgueil les a perdu, leur cause "endiguer" le communisme était juste mais pas les moyens, ils avait en face d'eux des supers soldats robotisés voir les écrits de Lucien Bodard plus haut alors qu'eux ne les avaient pas."

Alors pourquoi l'Europe fait appel (appel au secours) aux USA pour réduire l'emprise de tyrans comme Milosevic, Kadhafi ou El Assad ?

Et pourquoi l'Europe n'abandonne pas l'OTAN, qui suivra la Crimée, une partie de l'Ukraine et une partie de la Géorgie ?

Écrit par : Charles 05 | 04 août 2018

Écrit par : Charles 05 | 04 août 2018

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@ Charles 05:

J'ai vérifié et en effet l'adresse courriel n'est pas la vôtre. Je l'ai bannie et retiré le commentaire.
Merci de m'avoir informé.

Bonne journée.

Écrit par : hommelibre | 04 août 2018

Répondre à ce commentaire

Merci M. Homme Libre!
Pour revenir un peu sur le sujet de Germaine Greer, elle est courageuse et je me permets de dire que sa photo en noir et blanc est courageusement magnifique!

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 04 août 2018

@ Charles 05

je suis en train de lire les écrits de Michel Goya

belle analyse sur le guerre du Vietnam

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2017/12/datapocalypse-big-data-et-guerre-du.html

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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intéressant

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2017/08/la-guerre-de-proximite.html

« Le commandement a été incapable d’admettre la conclusion implicite du succès du CAP qui était que les ressources immenses dont il disposait en équipement et technologie étaient inadaptées à ce type de guerre ».

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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Hommelibre,

Précisément ce que je pensais explicite dans mes liens, c'est que le trauma émotionnel est mesurable neurologiquement ! La neuro-imagerie a fait de tels progrès, que l'on peut faire aisément ce genre de mesure.

L'hippocampe s'atrophie alors que l'amygdale devient hypertrophiée par le cortisol. Il s'agit de l'emprunte mesurable du stress ou de la souffrance émotionnelle.
Dans ce tableau, les ressources sont altérés, la vie sociale avec etc...

L'exemple du banquier n'est pas tout a fait pareil, il y a plus un choix conscient car il comprend qu'il n'a pas de ressources émotionnelles pour se réinventer et préfère maîtriser sa chute lui-même au lieu de vivre la déchéance de sa situation. Cela touche le suicide pour l'honneur, c'est un peu différent.

Écrit par : aoki | 04 août 2018

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"Ah parce que l'idéologie communiste ce ne sont pas autant des salopards que les états unis" Libre à vous et à tout le monde de penser cela. Mais ce n'est pas l'idéologie communiste qui est en cause, c'est l'indépendance NATIONALE d'un pays qui est en cause. Je suis Suisse, d'un pays fait d'alliances entre cantons qui n'avaient qu'un seul but, échapper aux deux grandes puissances qui voulaient la mainmise sur toute l'Europe : le Saint-Empire romain-germanique et le royaume Franc. Le Roi de France ou les Habsbourg. Comme la Suisse est un pays essentiellement germanique, les Suisses ont dû se battre contre les Habsbourg plus que contre le roi de France. Avec lequel ils ont magouillé assez souvent des alliances plus ou moins bidons pour lutter contre leur ennemi héréditaire (dont le château d'origine se trouve néanmoins en Suisse, en Argovie).

Les Vietnamiens sont un peuple admirable qui avec une détermination sans bornes ont flanqué dehors tous les envahisseurs depuis longtemps. J'éprouve pour eux une très grande sympathie, et une très grande antipathie pour les fascistes colonialistes européens ou américains qui ont de toute façon perdu leur guerre injuste. Qu'ils aillent se faire foutre et qu'ils ne la ramènent pas, ce serait la moindre des choses qu'on pourrait leur demander. Parce qu'à tout hasard, une vieille ganache comme vous devrait savoir une chose, la seule chose valable pour un soldat : un vaincu a toujours tort. Rompez, leclerq !

Écrit par : Géo | 04 août 2018

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@HL
Si vous vous faîtes violé par un homme, ce serait pour vous juste du mauvais sexe ?
Dans le viol, il n'y a pas le choix du partenaire.

Elle est connue pour la provoque, pas pour sa crédibilité.

Écrit par : motus | 04 août 2018

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HL,

Je reprend des éléments de votre réponse
"Puis une part du traumas dépend de la personnalité de la victime, de son entourage et du discours social. Et là il peut y avoir problème.

Je dis qu’actuellement le discours social, et parfois amical, va vers l’aggravation fantasmatique du traumatisme. Cela amplifie l’état de victime et freine l’accès à la nécessaire résilience. La surenchère victimaire entretient démesurément un état de victimisation."

Ce vous dîtes est bien vrai et on peut mesurer également que dès que l'on réinstaure un climat de normalité, un environnement familier sécurisant, la dynamique neurodégénérative s'estompe et immédiatement une réparation commence.
Cyrulnik parle de la "double peine" lorsque la conscience veut s'emparer de la mémoire.
Les cellules psychologiques mises en place lors de grandes catastrophes, se bornent la plupart du temps à remettre un contexte de chaleur humaine avec des gestes très simple, revenir au banalement humain (offrir un café, une couverture, tendre un mouchoir). Ce retour au banal empêche la fêlure cérébrale de continuer ses dégats.
Un mot, une attitude peut renverser totalement en bien ou en mal la signification du vécu.
Ainsi, la victimisation n'est pas faîtes pour protéger les victimes, elle est au service d'une idéologie, d'une cause.

La reconnaissance sociale de la souffrance est tout de même un élément important pour l'estime de soi à l'intérieur de la société.
A ce sujets les vétérans du Vietnam ou de l’Irak sont expulsés en enfer, mis à ban de la société, le retour à la normal leur a été confisqué.

Écrit par : aoki | 04 août 2018

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@ Géo

le communisme a été imposé de force aux vietnamiens, j'ai écrit plus haut comment les soldats vietminth étaient traités après la défaite de Vinth yen, quel horreur, et le texte la torture populaire décrit très bien la mai mise du communisme sur la population, d’ailleurs par rapport au Vietnam les vietnamiens du su détestent ceux du nord.

"une très grande antipathie pour les fascistes colonialistes européens ou américains qui ont de toute façon perdu leur guerre injuste."

la guerre des vietnamiens du nord pour envahir la Cochinchine est juste elle

"Les Vietnamiens sont un peuple admirable qui avec une détermination sans bornes ont flanqué dehors tous les envahisseurs depuis longtemps."

c'est d'un simplissime on peut difficilement faire mieux.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cochinchine

@ motus

vu l'échelle de valeur énorme de la définition du viol

c'est du foutage de gueule, comment faire condamner un homme sur la base de la parole de la supposée victime, sans preuve sans rien du vide, ça bafoue toutes les règles de la justice.

"« La plupart des viols ne comportent aucune blessure. !!! donc aucune preuve.

Que de diable racontes-tu? Quelque chose qui ne laisse aucun signe, aucune blessure,

(…) La plupart des viols sont juste paresseux, juste insouciants, insensibles. (…) Au lieu de penser que le viol est un crime spectaculairement violent, et certains viols le sont, pensez-y comme non consensuel (…) c’est du mauvais sexe. Du sexe où il n’y a pas de communication, pas de tendresse, pas de mention d’amour. »"

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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Franchement, Géo, vous exagérez. Ai cru comprendre que vous escomptiez rouvrir votre blog et attendiez la bénédiction urbi et orbi des instances Tamedia. Croyez-vous vraiment qu’ils vont vous l’accorder, lorsqu’ils apprendront que vous traitez un honorable commentateur de ganache ? Pourquoi pas vieille culotte de peau, pendant qu’on y est ?

Même s’il s’agit d’un ancien militaire, qui plus est fin stratège d’une armée qui collectionne les piles depuis un siècle, cela reste trop tranchant, Géo, trop clivant : un teneur de blog, entre autres qualités, doit ménager sa clientèle, caresser un brin dans le sens du poil, être plus convivial et moins péremptoire. Conseil amical et désintéressé.

Écrit par : Gislebert | 04 août 2018

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@ Gislebert

sympa votre intervention, je ne suis pas ancien militaire, j'ai juste fait un an de service militaire au 75 RI

https://fr.wikipedia.org/wiki/75e_r%C3%A9giment_d'infanterie

"d’une armée qui collectionne les piles depuis un siècle"

comme vous y allez

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2018/04/regiment-haute-performance-3-toujours.html

" Ces six combats ont un point commun : les régiments français y ont écrasé leurs adversaires alors qu’ils combattaient à chaque fois en infériorité numérique et que les combattants ennemis étaient parfois mieux équipés qu’eux. Au total, 39 soldats français ont été tués dans les neuf groupements engagés et environ 200 y ont été blessés plus ou moins gravement. Les pertes ennemies sont difficiles à connaître avec certitude mais on peut les estimer à au moins 1 000 morts et de 2 à 4 000 blessés. A chaque fois, cet ennemi a été détruit ou au moins chassé de la zone.

Il faut attendre ensuite 34 ans pour revoir en Afrique, des combats de cette ampleur menés par les forces françaises. De janvier à mars 2013, quatre GTIA français et plusieurs contingents alliés, en particulier tchadien, sont engagés au Mali et y affrontent plusieurs groupes armés dans l’Adrar des Ifhogas et dans la région de Gao. Les résultats sont similaires à ceux des combats de leurs anciens. L’ennemi est détruit ou, surtout, chassé de ses bases, perdant environ 420 hommes, presque tous tués. Les forces françaises déplorent 4 morts et 23 blessés. Le contingent tchadien perd de son côté, 23 morts et 82 blessés."

des piles

http://www.histoire-en-questions.fr/guerre%20algerie/armee-djebel-jumelles.html

lisez un peu l'efficacité opérationnelle de ces troupes !!!

"Et pas une troupe de bidasses nonchalants, des hommes galvanisés dont le moindre commando de chasse avait autant de punch que ceux des terrifiants régiments de paras. "

mon père était para appelé en Algérie au 2iéme Rpima

http://paras.forumsactifs.net/t38-le-2eme-rpima

son chef de compagnie Gildas Lebeurrier, tireur FM, quand une MG42 crachait 1100 coups minutes, tout le monde baissait la tête, solution le tireur FM tirait de petites rafales en se déplaçant

constamment, le tireur fells faisait de même c'était à celui qui béquillait l'autre, (mon père était apprécié des camarades à ce jeu là), après le 57 sans recul est arrivé, c'est lui qui se chargeait de la MG

quand la notre l'obligeait à se déplacer. mais pendant les assauts les engagés disaient aux appelés bouger pas c'est notre boulot.

http://www.opex360.com/2017/06/11/un-grand-soldat-vient-de-nous-quitter/



j'essaye juste d'être objectif

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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@ Gislebert

les piles ils sont surtout les seuls à y aller.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2015/01/au-coeur-des-tenebres.html

par le peu d’empressement des Européens à nous aider, par la lenteur enfin de la communauté internationale à nous relever

la force Sangaris et les contingents de la MINUSCA, sans parler par décence de la mission européenne (un millier d’hommes péniblement déployés après des mois de tractations sur les 1,7 millions que comptent les armées de l’UE), sont parvenus à détruire des milliers d’armes et à assurer dans la plupart des villes de l’ouest centrafricain, résultat remarquable au regard des effectifs engagés.

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2013/10/afghanistan-mali-laboratoires-tactiques.html

où est l'armée suisse ? il y a tellement de décennies quelle n'a pas fait la guerre quelle doit être déconnectée de la réalité

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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Oh, il n^était pas dans mon intention de dénigrer l'armée française pour mettre en exergue celle de mon pays (que j'ai fréquentée en son temps). Comparons ce qui est comparable, la Suisse n'a pas de passé colonial, ni d'intérêts vitaux géo-stratégiques comme l'on dit dans l'Afrique subsaharienne au même titre que la France. Géo pourrait vous répondre mieux que moi sur le sujet.

Par ailleurs, vous n'avez pas répondu à ma question : le distinguo entre soldats et militaires (cf commentaire plus haut).

Écrit par : Gislebert | 04 août 2018

"j'essaye juste d'être objectif"
Ahah, leclercq, objectif! C'est la meilleure du jour!
Lui qui n'arrête pas de vanter les "exploits" des troupes françaises qui ne sont même pas capables de venir à bout des insurgés/terroristes du Nord Mali!
Qui ont été présents en Syrie, mais chut, il ne fallait pas le dire! Et qui le sont toujours du reste.
Aux côté des terroristes bien sûr. D'où les cris de gorets poussés par les merdias français chaque fois que l'armée syrienne allait libérer Alep Est ou la Ghouta Orientale.
leclercq qui colporte tous les mensonges possibles, hier sur la guerre - pardon les "événements" - d'Algérie, aujourd'hui sur le Vietnam.

Géo, bien visé! En plein dans le mille! Bravo!

Écrit par : Daniel | 04 août 2018

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@aoki,

Je n'ai malheureusement pas eu le temps de faire mes tâches ;-)) et n'ai pas vraiment lu ni regardé vos liens et espère pouvoir le faire la semaine prochaine.
Je réponds donc de façon très générale.

C'est une excellente idée d'avoir amené le concept de résilience.

Dans le cas de G.Greer, on peut parler de résilience, puisqu'elle a rebondi après le viol ( non-dénoncé à l'époque) pour devenir une figure de proue du féminisme post-68.
Elle jette désormais un regard de "vétéran" sur le débat actuel autour du viol. Je pense que tous les points de vue avisés sont intéressants.
Dans un pays comme les USA, où les morts par armes à feu se comptent par milliers par an ( si je me souviens bien, l'année dernière, il y avait plus de 30 000 morts par utilisation d'armes à feu par des non-soldats), il est clair que le viol ne peut être considéré comme la mort par balles.
Cela aussi fait partie du contexte général dans lequel les cas particuliers se passent ...

Les études sur la modification du cerveau par les stress et les traumas sont fascinantes et permettent certainement de trouver des façons d'aider les personnes concernées. Car il n'est pas toujours possible de s'en sortir seul, qu'on revienne d'un champ de bataille militaire ou d'une agression physique en temps de paix.

L'EMDR ( Eye Movement Desensitization and Reprocessing )est censé traiter les chocs post-traumatiques, par une sorte de reprogrammation du cerveau.
En voici une brève description :
"La thérapie EMDR utilise une stimulation sensorielle bi-alternée (droite-gauche) qui se pratique par mouvements oculaires – le patient suit les doigts du thérapeute qui passent de droite à gauche devant ses yeux – , mais aussi par stimuli auditifs – le patient porte un casque qui lui fait entendre alternativement un son à droite, puis à gauche – ou tactiles – le patient tient dans les mains des buzzers qui vibrent alternativement de droite à gauche, ou bien le thérapeute tapote alternativement les genoux du patient ou le dos de ses mains

http://www.emdr-france.org/web/quest-therapie-emdr/

Ça fait un peu bizarre, et semble même un peu trop mécanique, mais la méthode aurait fait ses preuves. Cela me fait un peu penser à l'hypnose.

Écrit par : Calendula | 04 août 2018

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@ Daniel

oui objectif

"Lui qui n'arrête pas de vanter les "exploits" des troupes françaises"

Vanter, ce ne sont que les faits analysés par un spécialiste.

"des troupes françaises qui ne sont même pas capables de venir à bout des insurgés/terroristes du Nord Mali! "

et les troupes d'autres pays elles sont capables de quoi ? puisque vous vous imaginez être capable d'une analyse des conflits.

à partir de quoi on ne sait pas, surtout de votre anti-militarisme patent, le meilleur moyen de manquer totalement d'objectivité.

comme les militantes féministes qui manquent totalement d'objectivité sur des sujets quelles croient maitriser.

Daniel je vois que vous êtes toujours le même.

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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@ Gislebert

"Oh, il n^était pas dans mon intention de dénigrer l'armée française"

"d’une armée qui collectionne les piles depuis un siècle"

expliquez vous, j'ai cru avoir à faire à des incompétents comme Géo et Daniel, qui sont extrêmement doués dans la surenchère et le n'importe quoi qui va avec.

"le distinguo entre soldats et militaires (cf commentaire plus haut).

un soldat est un combattant tandis qu'un militaire n'est pas obligatoirement un combattant, la logistique le médical sont des non combattants, les femmes dans l'armée sont non combattantes.

@ Daniel

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2014/01/serval-1.html

Écrit par : leclercq | 04 août 2018

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Calendula,

C'est vrai que j'ai balancé ces liens qui demandent du temps à décrypter.
Ce que j'y trouvais d'intéressant c'est de constater physiquement la souffrance émotionnelle et de comprendre pourquoi cela se passe ainsi.
Cela permet aussi des prises en charges physiologiques et psychologiques.
Préciser les liens entre le diencéphale (hippocampe + amygdale, càd traitement de la mémoire émotionnelle) et les lobes préfrontaux capables de pondérer, donner du sens et le thalamus qui joue un rôle d'interface, de filtre et parfois de censeur entre les deux.

l'EMDR est une méthode comme l'hypnose qui tend à reprogrammer de manière volontaire le lien entre les parties cités plus haut. Je dirai que c'est efficace pour traiter des névroses. Pour le syndrome de stress traumatique, il est nécessaire de recréer d'abord un rapport à soi sécure par du contact émotionnel et corporel, et ensuite de faire le récit de son vécu . A partir de là on peut recréer ou reconquérir des espaces internes.

A mes yeux, on néglige l'aspect physiologique du cerveau émotionnel, car c'est par là que peuvent survenir des somatisations parfois très profonde et graves.

Écrit par : aoki | 05 août 2018

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@ aoki,

Je crois comprendre ce que vous dites. En effet, l'EMDR a quelque chose de mécanique.
Mais il y a l'idée fondamentale de la plasticité du cerveau et sa capacité à compenser des traumatismes physiques ou psychiques.
Le contact émotionnel et corporel est évidemment essentiel et surtout : le temps qui passe.
Au début, il y a la révolte, l'angoisse, la peur, le désespoir et des sortes de flash-backs. Il faut arriver à dormir ...
Mais si on arrive à rétablir un sentiment de sécurité, on peut s'en sortir avec le temps.

Écrit par : Calendula | 05 août 2018

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@ motus

vu l'échelle de valeur énorme de la définition du viol

c'est du foutage de gueule, comment faire condamner un homme sur la base de la parole de la supposée victime, sans preuve sans rien du vide, ça bafoue toutes les règles de la justice.

"« La plupart des viols ne comportent aucune blessure. !!! donc aucune preuve.

Que de diable racontes-tu? Quelque chose qui ne laisse aucun signe, aucune blessure,

(…) La plupart des viols sont juste paresseux, juste insouciants, insensibles. (…) Au lieu de penser que le viol est un crime spectaculairement violent, et certains viols le sont, pensez-y comme non consensuel (…) c’est du mauvais sexe. Du sexe où il n’y a pas de communication, pas de tendresse, pas de mention d’amour. »"

elle a raison

https://www.causeur.fr/viols-justice-droit-epoux-couple-148135

Ne pas confondre désir et consentement

Notre expérience psycho-criminologique nous enseigne à quel point la population des auteurs de viol est hétérogène : le violeur des rues n’a rien à voir, au plan psychiatrique comme au plan de la dangerosité, avec le conjoint ou ex-conjoint aveugle ou égocentrique. Le premier suscite avant tout l’effroi, l’angoisse de mort. Le second, la répulsion. L’usage du seul terme de viol pour désigner des situations aussi différentes est pauvre et réducteur. On pourrait opposer le viol (avec sa représentation de violence et d’effraction) à la « sexualité imposée » (sans aucunement banaliser cette dernière, avilissante pour tous et génératrice de dégoût). Les droits et la dignité de l’individu n’y perdraient rien et la terminologie juridique s’enrichirait de nuances que son stock lexical ne lui permet actuellement pas.


Distinguer le vrai du faux est le moins que l’on puisse attendre de la justice. Il est pourtant impératif que les avocats, juges et experts se gardent de confondre absence de désir et absence de consentement. À l’échelle d’une vie conjugale, la joliesse n’est pas toujours au rendez-vous et le nombre de relations subies sans désir ni plaisir, pour réguler les tensions ou éviter les reproches, obligerait à n’en pas douter à recruter des juges. Et à construire des prisons.

Écrit par : leclercq | 05 août 2018

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