13 juillet 2018

Inondations au Japon : le visage du réchauffement ?

Lu dans Le Matin dimanche du 8 juillet cette petite phrase pas innocente mise en chapeau d’un article: « La semaine dernière, le Japon a connu des pluies diluviennes et le Canada une vague de chaleur sans précédent, montrant ainsi le visage du réchauffement climatique. »


japon,inondations,climat,réchauffement,moussonLe contexte

Je venais justement de prendre connaissance d’une note aux journalistes diffusée par Public Citizen, une association nord-américaine de consommateurs en partie subventionnée par le milliardaire Soros. La note dit entre autres ceci:

« … les mois d’été, pendant lesquels les jours dangereusement chauds et les vagues de chaleur prolongées affectent la plupart des États-Unis à un moment donné, fournissent le contexte le plus facile et le plus évident pour commencer à rapporter et éditer sur le changement climatique plus souvent. (…) L’ampleur de la crise climatique, conjuguée à la disponibilité de solutions, mérite une couverture médiatique constante et de haute qualité pour éduquer le public et susciter des discussions solides. »

L’objectif est donc l’éducation du public. De quoi inscrire la relation entre experts et public sur le mode de savant/ignare, ou dominant/dominé. En clair le peuple est con. Il ne faut plus tenter de le convaincre par le débat et des arguments: il faut l’éduquer, lui inculquer des croyances. En liant les épisodes météos ponctuels aux variations climatiques à long terme:

« … les journalistes peuvent aborder le sujet du réchauffement de la planète dans le contexte d’un événement de chaleur en examinant comment l’événement se compare aux moyennes historiques, et comment le réchauffement climatique modifie les moyennes au fil du temps. Envisager des comparaisons avec la moyenne de 30 ans observée de 1951 à 1980. »

 

 

japon,inondations,climat,réchauffement,moussonLe fond

Et plus précisément:

« Les reporters peuvent également surveiller les signaux potentiels du changement climatique, y compris les vagues de chaleur qui:

  • sont particulièrement sévères;
  • sont plus longs que d’habitude;
  • sont plus tôt ou plus tard dans la saison que d’habitude;
  • augmenter le nombre total de jours plus chauds que la moyenne pour l’année au-dessus de la moyenne à long terme pour l’année à ce jour;
  • impliquer des nuits exceptionnellement chaudes; ou
  • battre des records. » 

Le journaliste du Matin dimanche Pierre-Pascal Baumann a intitulé son article: Pluie et canicule frappent le globe. Le globe, vraiment? Non: le centre du Japon (image 5), pour la pluie. Mais ça charge un peu plus en parlant du globe. Il l’a signé de son nom en ajoutant: avec les agences. En clair il a repris et réarrangé les dépêches d’agences. Il applique la stratégie de communication fortement suggérée par Public Citizen.

Sur le fond, les pluies au Japon sont-elle si exceptionnelles? Sont-elles vraiment le visage du réchauffement du climat? C’est possible. Ou pas. Les canicules et inondations, que j’ai beaucoup documentées sur ce blog, frappent depuis des siècles, avec parfois des intensités que le climat du passé (reconstitué) n’explique pas.

Par exemple: « L’averse terrifiante dite « de Thrall », dans le Texas central (9 et 10 septembre 1921), déversa, en dix-huit heures, 250 mm sur 25 900 km2. En certains postes, on a observé en un jour jusqu’à 792 mm (à Joyeuse, dans l’Ardèche, en octobre 1827), plus de 1 000 et 1 500 mm à certaines stations de la Réunion ; en octobre 1951, une station de la Calabre reçut 1 495 mm. »

 

 

japon,inondations,climat,réchauffement,moussonJapon rime avec inondations

Mais revenons au Japon, où les inondations actuelles sont considérées comme du jamais vu. Pourtant en 2017 de pareilles inondations ont frappé le pays, provoquant le déplacement de 400 000 personnes. Le journal Le Monde pointait alors la question forestière:

« Surtout, la surabondance des conifères (qui représentent désormais 40 % de la forêt japonaise) a bouleversé l’écosystème : en raison de l’insuffisance des feuillus, le sous-bois appauvri ne constitue plus « un barrage vert » et les éboulements sont devenus plus fréquents. La dépopulation des campagnes a accentué l’abandon de la ressource forestière. »

D’autre part l’hydrologie du pays est particulière et Japon rime avec inondations. Les fleuves sont courts (image 3). Ils recueillent l’eau des pentes montagneuses, déversées entre autres par la mousson. Ils arrivent en plaine à forte vitesse et densité et inondent régulièrement les zones entre montagne et mer.

La pluviosité au Japon est l’une des plus élevées au monde (image 4) et les villes sont presque toutes situées en dessous du niveau d’inondation, comme le montre ce site gouvernemental sur les travaux de prévention des inondations. Par exemple les inondations historiques de 1673 (en plein refroidissement climatique) ont rayé des villes de la carte du monde.

Entre 2006 et 2009 l’OCDE a évalué les politiques publiques de gestion des inondations du Japon. Comme le souligne ce rapport, « Du fait de sa géographie, de sa topographie et de son climat, le Japon est soumis à des inondations fréquentes et de grandes ampleurs.

 

 

japon,inondations,climat,réchauffement,moussonDéjà en 1975

En outre, étant données les fortes contraintes d’espace et de densité, près de la moitié de la population et les trois quarts des biens économiques sont concentrés en zones inondables. »

On sait qu’en 2017 comme en 2018 c’est surtout le centre et le sud de l’île, avec leur climat de mousson, qui ont été touchés. Or en 1975 un géographe et spécialiste en hydrologie, René Frécaut, soulignait déjà la région comme la plus arrosée du pays.

Il décrit les particularités hydrologique régionales: dans ce pays de montagnes les cours d’eau récoltent et concentrent beaucoup d’eau. Celle-ci descend très rapidement. Pluviométrie, relief, forêts mal gérées: les crues de mousson peuvent être extrêmes.

Cette eau très abondante et s’écoulant rapidement inonde les bassins de rétention côtiers.

« Les profils (…) sont responsables de la rapidité de la propagation des crues, alors que la forte pente des versants facilite le ruissellement superficiel lors d’averses diluviennes… »

Ce texte date de 1975. On y lisait également que « Les lames d’eau précipitées au cours de certaines averses estivales sont énormes, elles peuvent atteindre 60 mm (6 cm) en 10 minutes. (…) C’est ainsi qu’ont été observées en 24 heures des lames d’eau record (…) de 1419 mm (1m 41) en quelques jours en 1954. »

 

 

japon,inondations,climat,réchauffement,moussonLutte séculaire contre l’eau

Ailleurs René Frécaut précisait: « Les crues des cours d’eau japonais, souvent déclenchées par des averses diluviennes dues aux cyclones tropicaux, sont remarquables par leur fréquence élevée et par leur puissance parfois exceptionnelle, avec un coefficient de crue A variant pour les plus graves d’entre elles de 30 à près de 250. »

Or justement le super typhon Maria a frôlé le Japon et la Corée du sud la semaine dernière. Rien de surprenant donc aux inondations actuelles. Le réchauffement n’y est pas forcément pour grand chose.

En creusant par lui-même le journaliste aurait pu par exemple, en plus de ce qui précède, tomber sur ceci: la lutte contre les inondations est séculaire au Japon. Une rivière a même été détournée de son lit au XVIIe siècle. La prévention s’est améliorée au fil du temps. Il est en réalité possible que les crues du passé aient été plus extrêmes qu’aujourd’hui. Mais on ne les mesurait pas avec autant de précision, et surtout on n’en parlait pas autant.

 

japon,inondations,climat,réchauffement,moussonQuant à la canicule de juin au nord-est des États-Unis et au Canada, décryptée ici par le climatologue Roy Spencer, elle est sans doute précoce. Mais ce n’est pas la première fois. En particulier au Québec. La ville de Montréal est glaciale en hiver et étouffante en été.

Question:

« A quelle époque la température la plus chaude a-t-elle été enregistrée à New York diriez-vous ? De toute évidence, avec le réchauffement planétaire, ce devait être au cours des 20 ou 30 dernières années, non ? Et bien, non. C’était le 22 juillet 1926 à Troy, New York (42,8 °C). » (Image 6)

La controverse climatique continue.

 

 

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13:49 Publié dans Environnement-Climat, Météo | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : japon, inondations, climat, réchauffement, mousson | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Bonjour Homme libre de viens de suivre un documentaire sur les fabricants de climat / Le compte à rebours a déjà commence
Il parait que la Chine arrive à faire briller le soleil chassant ainsi les nuages de pluie ailleurs ,qui sait
Ces inondations au Japon en sont peut-être le fruit
On s'était insurgé contre le projet Harper mais parait il que certains pays
arrivent à réguler leur météo
La première partie du documentaire était bien ficelée et ce sont les mots magiques articulés en fin de film soit ,réchauffement climatique qui m'a fait sentir l'arnaque
J reconnais que les scientifiques du moins certains savent s'en donner les moyens pour faire croire à n'importe quoi ce qui aurait comblé de joie Nostradamus
Mais je n'avale pas toutes les couleuvres sans faire de recherches j'ai trouvé une vidéo avec un voyant Brésilien annonçant la fin du monde pour juillet 2019 !!!!
Bonne soirée

Écrit par : lovejoie | 13 juillet 2018

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Bonjour Lovejoie,

Il faut chercher, creuser, vérifier, dans beaucoup de domaines aujourd'hui.
Pour le Brésilien il a un an devant lui pour faire fortune avec quelques adeptes!
Business is business...
:-D

Bonne journée.

Écrit par : hommelibre | 14 juillet 2018

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@Homme libre Merci Vous avez entièrement raison Surtout avec tous les moyens dont nous disposons pour trouver les failles
Bonne soirée

Écrit par : lovejoie | 14 juillet 2018

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