07 juillet 2018

Les Diables en 1/2 finale : yapa de hasard. Ou plutôt si.

L’équipe de Suisse a perdu sa campagne de Russie. En cause: les glaces du nord. Je veux dire: les armoires à glace. Non, pas celle d’une impossible maison de meubles. Ce sont les tailles des joueurs: 42,78 mètres au total des vingt-deux Vikings, contre 40,36 pour les Helvètes.


mondial,russie,belgique,brésil,Le mondial! Graal des footeux de tous pays.

C’était bien d’y être et d’avoir fait plus que de la figuration – sauf en 1/8e où la Suisse a touché sa limite.

Les Diables Rouges ont eux mis le feu aux terrasses bruxelloises et aux baraques de frites. Ils n’ont pas de limites. Enfin, jusqu’à présent. Quelle verve! Comme disait un commentateur, la Belgique est plus brésilienne que le Brésil!

Il faudrait citer tous les joueurs. Par exemple les arrières. En fin de match, alors que la canonnière brésilienne tentait désespérément de trouer la forteresse rouge, ils faisaient des merveilles et déjouaient les attaques les plus menaçantes.

mondial,russie,belgique,brésil,De l’arrière à l’avant, du gardien de 1m99 Thibaut Courtois au puissant black-belge Romelu Lukaku, sans oublier Kevin De Bruyne, auteur du second but des Diables, on le sent: le plat pays veut monter sur le podium.

La Belgique est un petit pays souvent mouillé sous le crachin de Flandre et la bruine collante de Wallonie. Étonnez-vous qu’après cela un De Bruyne soit à l’aise dans cette équipe! Et quel charme. De Brel à Maeterlink ou Ghelderode, du vent marin aux gargouilles des églises, l’âme du pays est là, plus profonde que ses divisions.

Les joueurs belges sont disciplinés, vifs, collectifs et enthousiastes. Hier ils avaient « tout d’une grande ». Même Neymar n’a rien pu faire. D’accord, le brésilien n’était pas à son meilleur niveau – suite de sa blessure au printemps? Mais bon: s’il mondial,russie,belgique,brésil,reste un joueur talentueux, il devient insupportable à chuter sans raison pour tenter d’obtenir une faute imaginaire. Et je me demande s'il ne passe pas plus de temps à travailler ses coiffures que ses pieds. 

La Belgique a déjà participé à 13 phases finales de la Coupe du monde. Elle s’est soigneusement préparée à celle-ci. Elle dispose de joueurs performants et volontaires. Elle en veut. Il n’y a donc pas de hasard à la trouver en demi-finale comme en 1986.

Ou plutôt si, il y a un Hazard: Eden Michael Hazard. L’un des meneurs dans ce match, avec Lukaku et De Bruyne. Sur le terrain Hazard était partout, virevoltait, relançait, revenait.

Alleye une fois, quelle samba!

 

 

(Image 2: Courtois et Neymar; image 3: Hazard et Lukaku)

 

 

 

09:35 Publié dans sport | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : mondial, russie, belgique, brésil | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

En fait, il se pourrait qu'il n'y ait pas de hasard, même s'il y a Hazard.

On trouve des explications dans cet article très fouillé paru dans Le Temps de hier.

https://www.letemps.ch/sport/football-revolution-belge

On apprend qu'il y a une nouvelle philosophie dans le domaine du football déjà chez les juniors et cela depuis le début des années 2000.
Le résultat c'est l'équipe incroyable que nous voyons aujourd'hui.
Il y a bien sûr aussi une part de chance (ou de hasard ?), mais le concept est très bien pensé.
De plus, j'aime l'idée qu'un enseignant de français, confronté à la difficulté de son métier en Flandre ait trouvé comment rebondir en devenant un pédagogue du sport.
Quelle bonne idée que d'éloigner les parents du bord du terrain, pour qu'ils n'interfèrent pas avec le travail des entraîneurs, ou celle de ne pas pousser à l'identification acharnée avec un club et la poursuite acharnée d'une bonne place dans un classement. Contourner toutes ces choses qui induisent des attitudes agressives me semble assez génial dans sa simplicité et dénote la compréhension des mécanismes qui rendent le foot si conflictuel. En misant sur le jeu, le plaisir du jeu et en minimisant la compétition acharnée chez les juniors, on arriverait à développer des joueurs performants.
En définitive, on gagne en qualité de jeu et en confiance en soi ! C'est contre-intuitif, mais semble fonctionner.

Écrit par : Calendula | 07 juillet 2018

Ce lien est très intéressant et instructif.
La compétition acharnée a ses limites. Elle ne peut à elle seule garantir des victoires.
Je ne trouve par contre pas que cela soit moins agressif, d'ailleurs l'agressivité n'est pas automatiquement une chose excessive ou néfaste, enfin à mon avis.

En privilégiant le plaisir on libère le joueur des injonctions contraignantes. À la pétanque, quand un joueur va tirer sa boule pour en chasser une autre, on lui dit souvent, juste avant son tir: "Fais-toi plaisir".

Par ailleurs, dans mon cadre, j'ai mis en place et pratiqué des modes de transmission en partie proches de ceux décrits dans l'article. J'en connais l'intérêt.

Je ne sais pas si le plaisir est contre-intuitif dans un sport où la compétition est forte. La compétition n'est pas non plus une mauvaise chose, on peut associer les deux démarches. Le plaisir ici n'enlève d'ailleurs pas la volonté de gagner. Le but ne change pas, la manière ou l'attitude pour l'atteindre oui. Plus encore qu'une théorie de non-compétition, ce sont les résultats qui valident la démarche. On pense souvent que le plaisir n'est pas productif, or ici il est quand-même au service d'une production (de résultats).

Les performances de l'équipe Belge rappellent au fond l'intérêt d'un grand bastringue comme le Mondial. On y voit le résultat d'un mode de travail, d'un engagement, d'un investissement réalisé en amont par les instances concernées.

Écrit par : hommelibre | 08 juillet 2018

@hommelibre,

Je trouve que la démarche des instances footballistiques belges est tellement intéressante parce qu'elle produit des joueurs très performants ! Donc compétitifs, et qui en veulent.
L'idée de former les jeunes dans un esprit de plaisir, puis de monter petit à petit en puissance quant à la compétitivité implique qu'on a compris quelque chose à l'âge mental et qu'on a une stratégie à long terme.

Il me semble que l'agressivité sur le terrain est une forme non-contrôlée de l'affirmation de soi, une sorte d'exagération de l'envie de gagner. Le besoin de gagner supplante le côté plaisir du beau jeu.
C'est cela qui amène des bagarres entre supporters, des violences contre des arbitres, des cris ouvertement racistes et toutes les histoires lamentables qui se passent même chez les Juniors, même en Quatrième ligue.

Pour un professionnel, la victoire et la performance en général sont essentiels et on serait de mauvaise foi si on lui demandait d'être là d'abord pour le plaisir. Et puis, il y a du plaisir à gagner !
Un certain Roger F. semble toujours considérer que tant qu'il a du plaisir, il continuera sur le circuit professionnel, comme si c'était primordial.
Mais lui, il est l'exception.

Écrit par : Calendula | 08 juillet 2018

Sur l'agressivité, Calendula, je nuancerais. Cela dépend de la forme et de l'intention.

Hier il y a eu quelques gestes sanctionnés, comme faire trébucher un adversaire pour l'empêcher d'approcher les filets. Ce n'est pas très agressif, mais ça l'est quand-même. Bien sûr il y a d'autres formes plus graves.

J'ai l'impression que cette approche du foot en Belgique a eu des précédents, mais pas autant formalisés. Il me semble par exemple que les éducateurs de ma jeunesse (pas tous mais certains) tenaient également compte de la personnalité et des données particulières des élèves.

Ici c'est fait ouvertement, comme référence explicite, c'est à mon avis une bonne chose.

Écrit par : hommelibre | 08 juillet 2018

@hommelibre,

Comme la violence est l'agressivité sont un peu trop présents dans le foot en général, je pense qu'on a raison d'envisager toute la filière d'une façon qui insiste sur le fair-play, le beau geste, la réussite technique et le respect du joueur.
Un jeu agressif n'est pas forcément efficace et n'amène pas automatiquement de bons résultats.
Sur le terrain, on voit souvent des carambolages et autres coups non-intentionnels, mais le plus souvent, il s'agit de sales coups. Les vidéos et ralentis permettent de mesurer toute la mauvaise foi des dénégations puériles. Il y a l'idée que ça vaut la peine d'essayer, une sorte de philosophie qui affirme que tous les coups sont bons à tenter. ( Et dire que les footballeurs sont des modèles pour les jeunes ...)

Je n'ai pas vérifié si la version en ligne est identique à la version-papier de l'article, qui raconte que les jeunes joueurs doivent tous passer par le poste de gardien. C'est une idée géniale, un vrai œuf de Colomb.
Changer de perspective, vivre soi-même l'arrivée de la balle, pour comprendre ce qu'on devrait fournir en tant que défenseur, mais aussi en tant qu'attaquant.
Ce genre de leçon concrète consolide l'équipe grâce à l'expérience de terrain et on a moins besoin de discours théoriques. Je vois là quelque chose de pragmatique et de bon sens.
Si on pense à l'éducation en général, que ce soit à la maison ou à l'école, on peut adopter le changement de perspective comme démarche essentielle. Ça se fait, bien sûr, p.ex. dans le cadre de la prévention du mobbing, mais c'est encore une démarche théorique !

Écrit par : Calendula | 08 juillet 2018

Oui l'article le mentionne. Et je suis très très en accord avec cela.
Je pense que l'on gagne beaucoup à passer par les différents rôles dans un cadre donné.

"Changer de perspective, vivre soi-même l'arrivée de la balle, pour comprendre ce qu'on devrait fournir en tant que défenseur, mais aussi en tant qu'attaquant.": c'est un très bon plan. À faire émerger dans d'autres cadres.

Écrit par : hommelibre | 08 juillet 2018

"Je pense que l'on gagne beaucoup à passer par les différents rôles dans un cadre donné."

Ouais, rien de tel pour un chirurgien que de passer sur le billard, il relativise assez vite l'indifférence qu'il peut porter à la viande des autres !

Écrit par : Gislebert | 08 juillet 2018

Un match passionnant, en effet HL, d'excellents joueurs belges, vous le dites, il y a quelque chose entre eux et un plaisir évident de jouer.

Merci à vous aussi Calendula, cet article est vraiment intéressant du point de vue pédagogique. dans tous les domaines d'ailleurs.
Sans être ni fan ni calée en la matière, je remarque quand même que la violence vient toujours de l'équipe la moins forte (qui peut-être dans un match plus facile n'en avait pas usé). Étrange façon d'essayer de s'en sortir.

Allez, frites ou pas, voyons mardi ce qui se passera. Ici les gens pronostiquent une victoire de la France.

Bonne semaine.

Écrit par : Colette | 08 juillet 2018

Le changement de rôle est une pratique qui a aussi trouvé une place dans la vie privée, comme thérapie ou développement personnel.

Je me hasarde parfois à penser que cette pratique aura une pénétration durable dans notre société, car elle répond à une utilité que l'on peut constater par soi-même.

Écrit par : hommelibre | 08 juillet 2018

Calendula@ "Il me semble que l'agressivité sur le terrain est une forme non-contrôlée de l'affirmation de soi, une sorte d'exagération de l'envie de gagner."
La poule ou l'oeuf ? L'effort violent provoque des montées d'adrénaline, l'adrénaline provoque l'agressivité...

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

@ Géo,

C'est vrai, vous avez raison. Difficile de savoir ce qui vient en premier.

Mais je crois que le but de toute éducation est de contrer l'impulsivité.
Si on ne fonctionnait que par nos hormones, on serait mal.

Je ne critique pas la compétitivité ou l'envie de gagner. Mais j'ai assisté à trop de comportements pénibles juste au bord du terrain ou dans la gestion des équipes.
Je n'ai pas fait directement l'expérience du foot, mais c'est déjà très tendu chez des juniors ou des équipes-dames, même dans d'autres sports d'équipe, si la fierté d'un club est en jeu.
On peut exacerber l'aspect "nous contre eux" ou décider qu'on met son énergie et son adrénaline ailleurs.
Là, je ne parle pas du Championnat du monde, mais de sport amateur ou de formation des jeunes.
Il est clair que chez les professionnels ou en compétition internationale, on est clairement dans une logique de la confrontation. les enjeux sont énormes et là, il faut de l'adrénaline ;-)))
Il est remarquable qu'il n'ait pas eu de problèmes de bagarres entre supporters jusqu'à présent en Russie. Est-ce parce que les hooligans ont été efficacement exclus ou parce que les excités redoutent une incarcération non-négociable ?

Écrit par : Calendula | 09 juillet 2018

"Si on ne fonctionnait que par nos hormones, on serait mal."
Sauf que beaucoup de gens ne se rendent même pas compte qu'ils sont sous l'effet de leurs hormones...
Il y a quelques années, j'avais échangé avec une dame qui se prétendait médecin et qui niait tout effet des règles (menstruations) sur le comportement des femmes. Il faut croire en tout cas qu'elle n'était pas lesbienne...
Et éduquées ou non, beaucoup de femmes sont de très mauvaise humeur quelques jours avant cette période...

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

Et ne croyez pas que mon commentaire a qqch d'anti-féministe. Je peux en dire autant des jeunes hommes, qui sont nombreux à réagir avec leurs couilles plutôt qu'utiliser ce qu'ils ont (en principe) entre les deux oreilles...

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

@Géo,

Bien d'accord !
On a tous nos hormones et si on en est conscient, on arrive non seulement à se raisonner tant soi peu, mais aussi à accorder à l'autre une petite marge de tolérance ! ;-))

Le Syndrome Pré-menstruel ne touche pas toutes les femmes et pas tout au long de leur vie. Heureusement ! Je me demande d'ailleurs si tous les traitements anti-contraceptifs n'ont pas un peu atténué sa survenue.Il me semble qu'on n'en parle plus tant.

Mais nous voilà bien loin des Diables Rouges ! Enfin, je crois ...

Écrit par : Calendula | 09 juillet 2018

"Mais nous voilà bien loin des Diables Rouges ! Enfin, je crois ..."
Et vous vous trompez une fois de plus ! pourquoi croyez-vous qu'on parle des "anglais" à propos des règles ? Comme vous êtes une femme, vous ne savez peut-être pas ce que désigne "les habits rouges" ? Vous avez pourtant l'âge de connaître Félix Leclerc, Gilles Vigneault et les autres...
Allez, juste un dernier pour la route :
https://www.youtube.com/watch?v=EspK03oWGN0

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

En fait, je sais très bien cette histoire d'Anglais ou de rouge !
Le "enfin je crois ... " était donc une allusion trop bien voilée.
Tout était dans les trois petits points ;-)))
Disons que comme je suis une femme, je ne vais pas étaler cette histoire de ragnagnas de façon trop voyante, car je fais partie d'une génération qui a appris à ne pas trop en parler en public.
Et il est quand-même vrai que ce billet traite de l'équipe de foot de Belgique !

Écrit par : Calendula | 09 juillet 2018

Ce qui me fait doucement rigoler, c`est le titre en premiere page de la Tribune (mon quotidien préféré, au demeurant): "La domination sans partage de l`Europe" accompagnée de la photo de quelques joueurs stars tellement "européens" que ca en est a se pisser parmi.

Écrit par : JJ | 09 juillet 2018

Qu`il n`y ait pas de malentendu, je ne dis pas que ce soit une bonne ou une mauvaise chose que d`avoir des équipes "nationales" multiculturelles, seulement qu`une équipe européenne qui ne rechigne pas a recruter dans les Balkans ou l`Afrique ne joue pas dans la meme catégorie qu`une équipe (Croatie, Danemark, Islande, Pologne, Japon, Corées, les équipes sud-américaines, etc...) vraiment nationale.

Écrit par : JJ | 09 juillet 2018

@ JJ:

Oui et non. Par exemple un joueur russe était anciennement brésilien. Pour les autres je ne sais pas.
Le sport est un ascenseur social. Les nouveaux venus à la nationalité peuvent y voir une opportunité s'ils en ont les capacités. Cela ne me dérange pas. Je laisse faire le temps. Prendre une nouvelle nationalité peut sembler simple mais par mon expérience et celle d'autres personnes je constate qu'il faut quelques décennies pour que les attaches affectives avec son pays d'origine s'estompent.

Écrit par : hommelibre | 09 juillet 2018

Vous avez raison HL, Je veux seulement dire qu`une équipe nationale dont le pays qui se refuse a- ou n`a pas les moyens d`aller prospecter dans les couveuses du continent africain ou ailleurs a bien plus de mérite, surtout qu`il s`agit souvent de "petits" pays. La Suisse n`est d`ailleurs pas visée car on n`a pas été chercher les joueurs balkaniques dont ce sont les parents qui ont a l`époque trouvé refuge en Suisse.

Écrit par : JJ | 09 juillet 2018

"Le sport est un ascenseur social. Les nouveaux venus à la nationalité peuvent y voir une opportunité s'ils en ont les capacités."
Ce que personne ne veut voir et comprendre, c'est justement que le sport est un ascenseur social. Et donc, qu'il n'y a pas de place pour les petits Suisses dans les centres de formation en Suisse. Ce n'est pas par hasard qu'il y a beaucoup de Kosovars dans l'équipe suisse, c'est qu'ils savent mieux socquer la concurrence locale...
Une amie qui faisait de la course me faisait remarquer l'aspect démoralisant de faire venir des coureurs du Kénya, d'Ethiopie ou d'Erythrée, ou du Pérou, pour gagner des courses ici en Suisse. Et dire que les Suisses qui les font venir se voient comme des bienfaiteurs ! Ils sabotent leur propre descendance...

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

Calendula@ "Le "enfin je crois ... " était donc une allusion trop bien voilée."
Le doute m'a effleuré mais en fin de compte, c'était l'occasion de parler des Canadiens...

Écrit par : Géo | 09 juillet 2018

@Géo,
On a quand-même réussi un très beau HS !
Même si on peut suivre le fil rouge assez aisément, car fil rouge il y a.
On a déjà vu et lu des hors-sujet plus illégitimes que celui-là.

Écrit par : Calendula | 09 juillet 2018

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