07 juin 2018

Pas de bikini pour Miss America

Après l’étalage des corps voici lexhibition des âmes. Show must go on. De quoi s’agit-il? La nouvelle présidente du du conseil d’administration de la Miss America Organization a annoncé la fin du défilé en bikini et talons aiguilles. Gretchen Carlson affirme désormais qu’il n’y a plus de concours de beauté mais une compétition.


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Certaines anciennes lauréates et quelques candidates auraient déclaré ne pas aimer se présenter en maillot de bain et talons aiguilles. La présidente renchérit:

« Qui ne veut pas s’affirmer, apprendre à mener, payer pour ses études supérieures (l’organisation attribue plusieurs bourses scolaires chaque année) et montrer au monde la personne qu’elle est, au plus profond de son âme? C’est ce que nous allons juger à partir de maintenant. »

Mazette! Montrer son âme au plus profond en une soirée de gala pour richissimes soutiens et millions de spectateurs-consommateurs. Que dis-je, en une soirée: en deux minutes maximum d’échange avec le jury. Deux minutes, et encore: avec 51 candidates (une par État) cette épreuve deviendrait trop longue. On ne va pas passer deux heures sur l’âme des candidates.

Chacune d’elles sera ainsi appelée à évoquer « les projets sociaux dans lesquels elle souhaiterait se lancer si elle était élue ». Ça promet. Les quelques déclarations sociétales de candidates entendues ça et là sont à ce point navrantes et parfois infantiles qu’on risque d’attendre longtemps avant de voir la personnalité profonde émerger du fatras médiatique et de la posture de l’enfant obéissant. Prétendre montrer l’âme dans un tel spectacle tient du bluff ou de la provocation.

 

 

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Sachant que la fondation Miss América est l’organisme privé qui attribue le plus grand nombre de bourses d’étude au monde, les enjeux sont gros, et les candidates auront intérêt à être dans la ligne de la présidente.

On peut donc s’attendre à un seul discours global, avec quelques variations, mais donc le corpus pourrait ressembler à ceci: « Je veux faire le Bien parce que c’est bien, je veux aussi chasser les méchants, sauver la planète, donner à manger des végétaux vegans aux minorités. Bref, je serai une bonne fille comme vous les attendez, alors aimez-moi et élisez-moi, (et, ajouté silencieusement: je veux votre fric). »

On assiste en direct depuis quelques décennies à la fabrication d’un nouveau stéréotype de femme, avec ses codes, ses préjugés, ses biais. Pour Madame Carlson la femme ne peut être qu’un objet sans âme si on juge sa beauté physique. Dorénavant elle aura une âme. Une âme à peine entr’aperçue, oui, mais si elle donne deux mots clés, par exemple au hasard: minorité et victime, cela suffira à lui en supposer une, d’âme.

Le mouvement Metoo semble avoir donné un coup de pouce à cette évolution de la nature du concours. Aujourd’hui les bimbos, qui ont fait en partie la renommée d’Hollywood, sont remplacées par des intellos en sciences sociales.

 

 

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Dommage: ces concours de beauté servent d’accélérateur social à des jeunes femmes venant de toutes origines.

Au fait, pourquoi les limiter au social? Un projet économique, politique, culturel, ne serait pas le bienvenu? Les nouvelles patronnes des femmes, ces féministes haut de gamme, bourgeoises et dominantes assumées, les veulent toutes sur un modèle type Wonder Woman (images 3 et 4): en compétition!

J’ai pourtant cru entendre qu’il existait une critique sociale de la compétition, mais elle ne semble s’adresser qu’aux hommes.

Le bikini ne sera pas le seul accessoire proscrit. La robe du soir le sera également, et chaque candidate prendra la tenue qu’elle décidera. Ce concours pourrait devenir comme l’Eurosong: une cour des miracles. On délaisse le standard XXe siècle de beauté corporelle dénudée et valorisée (image 1, Nia Sanchez, Miss America 2014), pour revenir peut-être à des costumes du passé (image 2, costumes folkloriques de basse Saxe, 1900). Un jour même, qui sait, on élira une présidente en tutu. Liberté individuelle totale oblige.

Regina Hopper, la présidente de Miss America, ajoute:

« Le nouvel objectif de Miss America est de préparer de grandes femmes pour le monde, et de préparer les grandes femmes au monde. »

De grandes femmes pour le monde: l’instinct de domination du monde existe chez cette femme autant que chez certains hommes. Et c’est quoi, une grande femme? Comment devient-on grand sans que cela ne soit de la gonflette psychologique ou de la surestimation de soi?

 

 

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On sait un jour, dans le regard des autres, si l’on a été grand. À vingt ans on n’est pas grand: on est apprenti et l’on doit encore confirmer. On pourrait aussi questionner en lui-même ce désir d’être grande ou grand.

Mais il n’y aura pas de débat sur ce point, pourtant bien plus important que de se définir ou non comme un objet (ce qui dépend d’interprétations discutables). Miss America ne fait pas dans la psychologie des profondeurs. Mais prétend en une soirée de gala précédée de quelques jours de préparation au spectacle, donner une grande âme au monde.

Une grande âme, c’est aussi une belle âme. Ah, la beauté d’âme. Encore un concours de beauté…

Depuis un siècle les femmes se déshabillaient au nom de la liberté. Aujourd’hui on les rhabille au nom du féminisme. Liberté des femmes et féminisme sont deux notions opposées.

Heureusement, double standard oblige, si le puritanisme avance au nom du progrès et de la liberté des femmes (hum...), il y aura toujours les stars du showbiz pour nous en donner plein la vue.

Car qui mieux que les actrices et chanteuses entretiennent leur image en montrant régulièrement des seins, de la fesse, et parfois des sextapes négligemment balancées sur le net?

 

 

 

 

11:22 Publié dans Divers, société | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : miss america, bikini, compétition, âme | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

J'attends que l'on découvre enfin quel insecte inconnu grignote les cerveaux de cette génération de bienfaiteurs et bienfaitrices (ou vice-versa, car vice il y a).
Vivement l'ère de robots et des androïdes, car il faudra bien quelque temps avant que l'on décide de les faire peu attrayants, voire moches et mal foutus. Entretemps on aura peut-être quelque répit.

Écrit par : Mère-Grand | 07 juin 2018

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Rien sur les hauts talons, teintures capillaires, fausses ongles, faux seins, wonderbra, gaines, maquillage, tatouage ?

Écrit par : reglement | 08 juin 2018

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La prochaine Miss America sera probablement grosse et moche, comme le veut la mode aujourd'hui, totalement alignée sur les critères des arabo-musulmans. En Mauritanie, les grand-mères engraissent de force leur petite-fille au lait de chamelle. Ici, pas de problèmes, elles se goinfrent toutes pour plaire aux beaux étrangers. Il n'en reste pas moins que les filles d'ici sont de plus en plus grosses et donc moches, n'en déplaise à la political correctness...
Quant aux garçons, leur barbe de soi-disant hipster ne fait pas illusion : elles sont sur le modèle des tueurs de Daech. C'est la mode...

Écrit par : Géo | 08 juin 2018

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La retour de la mode des barbes a peut-être été lancée par Daesh, pour qu'il soit plus difficile de reconnaître un terroriste possible. Si nos lois ne l'empêchaient pas, on aurait probablement la mode des fausses kalachnikov pour faire plus multiculturel.
La burka comme accessoire de mode n'est pas loin, peut-être déjà là.

Écrit par : Mère-Grand | 08 juin 2018

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Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait.
C'est la quadrature du cercle.
Mais j'aime bien l'idée de laisser les candidates se vêtir comme bon leur semble. Car cela en dira long sur leur "âme", au delà des mots.

Écrit par : Pierre Jenni | 08 juin 2018

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"Si nos lois ne l'empêchaient pas, on aurait probablement la mode des fausses kalachnikov pour faire plus multiculturel." !!!
Cela viendra, Mère-Grand, cela viendra, faisons confiance au génie des trentenaires...

Écrit par : Géo | 08 juin 2018

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En rapport avec un post précédent:

Cher Homme Libre,

Je me souviens de votre excellent billet sur les affaires de Roth erham etc. Etrangement, il semble qu'il n'y a pas un seul mot dans notre presse sur la récente et incompréhensible arrestation de T. Robinson, qui justement dénonçait ces viols. Vu que la presse ne parlait pas non plus de ces viols, ça ne me surprend pas vraiment. Avez-vous vu quelque chose sur le sujet? Je vous le demande comme vous connaisez bien le sujet. Merci.

Écrit par : Samantha | 08 juin 2018

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