16 mai 2018

Déjà 330 ans de réchauffement (2ème partie) : analyse du graphique

Ce n’est pas une blague: la phase de réchauffement que nous connaissons a commencé il y a au moins 330 ans. Toutefois l’analyse plus fine du graphique présenté hier montre que ce réchauffement se produit par paliers, avec une alternance de poussées fortes, de plateaux, et de courtes séquences de baisse.


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Ce graphique (image 1, clic pour agrandir) représente les mesures des températures relevées par thermomètre au centre de l’Angleterre, depuis le XVIIe siècle. C’est un indicateur intéressant. Protégées des extrêmes continentaux, elles varient selon les dominantes météorologiques ouest-sud-ouest (vents de l’Atlantique, plutôt doux) et nord-ouest (vent de nord-nord-ouest, plutôt froid). Malgré le courant doux de la Dérive Nord Atlantique, la Tamise gelait fréquemment en hiver lors du petit âge glaciaire.

D’autres graphiques des températures, obtenus par proxies (mesures indirectes comme les cernes des arbres) dans d’autres régions d’Europe, montrent en gros les mêmes variations.

Sur ce graphique montrant 330 ans de réchauffement, j’ai tracé hier une ligne continue allant des années 1690 à 2010. C’est la tendance lourde des températures, indépendamment des variations. On relie le point de départ et le point d’arrivée. De la même manière aujourd’hui, on fait des lignes continue de 1900 à nos jours, ou de 1975 à nos jours, pour montrer la tendance au réchauffement. Durant cet intervalle il y a cependant des hausses et des baisses, pendant plusieurs décennies.

Aujourd’hui j’ajoute à ce graphique des lignes jaunes qui montrent de courtes tendances internes des températures (minimum 2 décennies). On voit des périodes de montée forte, des plateaux, et des baisses. Globalement il y a pourtant un réchauffement (ligne rouge).

 

 

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En regardant les températures du XXe siècle, on voit aussi des variations et des plateaux alors que la tendance lourde est au réchauffement (image 2). Le point de départ et la vue d’ensemble sont déterminants pour tenter justement de déceler ces tendances lourdes et les cycles naturels du climat (1000 ans, 230 ans, 65 ans, 30 ans, entre autres). Sur ce graphique on voit par exemple une montée forte des températures moyennes dès 1910 et jusqu’en 1945. À cette période elle n’est pas imputée au CO2 anthropique.

L’ampleur et l’historique de l’actuel réchauffement dépendent de la période où l’on place la référence des températures « normales » (ou moyennes sur une longue période). De cette référence on déduit des « anomalies », terme qui désigne les simples variations en plus ou en moins par rapport à la moyenne.

La phase de réchauffement est désignée comme anomalie dès les années 1980-1985. Elle suit trente années fraîches (1945-1975). Mais en regardant en arrière on voit un fort réchauffement avant la seconde guerre mondiale. En remontant encore, cherchons la période la plus froide depuis 2000 ans ou 6000 ans. Elle est dans la décennie 1680 (image 3 et 4).

Comparé aux reconstructions plus anciennes des températures, celles d’avant les instruments, on constate que depuis des milliers d’années nous n’avions jamais eu aussi froid qu’au PAG (petit âge glaciaire).

Les différentes reconstructions des températures passées montrent des chiffres et des variations très proches. Cependant certaines reconstructions placent la période la plus froide avant 1600, voir avant 1500, ce qui signifierait que le réchauffement actuel s’inscrirait dans une tendance lourde de plus de 500 ans! Et que nous avons pris des degrés en plus sans en subir de conséquences fâcheuses.

 

 

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Nous vivons donc dans le chaud depuis bien avant la décennie 1980. Et c’est tant mieux. Le froid est moins propice à la vie. Et comme le suggère cet extrait d’un article fort intéressant, le froid du PAG était bien réel:

« Le petit âge de glace s’étend du XVe siècle au XIXe siècle. Il est marqué par un refroidissement net de l’ordre de 1,5°C en été en Suisse et par une pluviométrie soutenue. En montagne les glaciers avancent vers les vallées comme le glacier d’Argentière ou les glaciers blanc et noir. La limite supérieure de l’arbre en montagne réagit au refroidissement de la saison végétative. La banquise annuelle atteint les Féroé. »

En résumé, nous sommes dans un réchauffement commencé depuis le point le plus bas, soit environ 1680-1690 (330 ans), mais peut-être aussi depuis la fin du XVe siècle (plus de 500 ans de réchauffement).

La discussion actuelle sur le réchauffement subit en partie le préjudice d’un effet loupe. En mesurant le réchauffement à court terme, illustré par une ligne continue entre le point de départ et le point d’arrivée des mesures, entre 1970 et début 2000, ou même 1950-2017, on ne voit qu’une pente ascendante. L’effet loupe va même jusqu’à faire comptabiliser les années les plus chaudes grâce à des variations infimes, avec en mode subliminal un message catastrophiste.

Or les séquences longues de 300 ans, 500 ans ou 2000 ans, relativisent cette course actuelle au record de chaleur: il a déjà fait plus chaud et l’on sous-estime peut-être l’importance des cycles naturels.

 

 

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Les variations en cycles (image 5) autour d’un axe sont le fait même du climat, depuis longtemps, et des réchauffements se sont produits dans le passé sans augmentation notable du CO2.

Extrait du même article que ci-dessus:

« Le réchauffement récent n’excède pas pour le moment cette variabilité naturelle (Leroux, 1996). Certains rythmes (pluriséculaires, trentenaires…) apparaissent nettement. »

Quoi qu’il en soit, les périodes chaudes ont été bénéfiques pour le développement de la vie et de notre espèce.

Tout cela m’amène à penser que le slogan messianique « Sauver la planète » n’est pas le bon. Il sert la bonne conscience et l’image positive de soi plus que le pragmatisme écologique. En creux j’y vois aussi la même volonté de contrôler le monde que nos aïeux progressistes. Dans ce mouvement aux connotations religieuses, sauver la planète c’est en réalité la coloniser encore plus.

Le seul « salut » serait la réduction de la pression humaine sur l’environnement, donc une décroissance de population. Laquelle nous appauvrirait économiquement en réduisant la consommation génératrice de richesses.

Je n’accuse pas les humains de tous les maux. Je ne crois pas que la culpabilité face à une planète qui en a vu de pires soit un bon fondement d’action. Je concède une marge d’erreur à l’humanité: nous apprenons par l’expérience. Je ne veux donc pas alimenter l’accablement de l’Homme auquel on assiste parfois aujourd’hui.

climat,réchauffement,co2,petit age glaciaire,météo,températures,variations,reconstruction,effet loupe,sauver,planète,urgence,humanitéEn attendant nous pouvons agir sur de nombreux points: reforestation, protection des sols, technologies moins polluantes, etc. C’est en partie en cours. C’est la bonne nouvelle: l’adaptation au réchauffement est en route. Et l’on ne peut nier le fait que les cris d’alarmes ont parfois été utiles pour activer la recherche vers des technologies adaptées. On peut cependant regretter une politisation très, trop partisane de la question climatique, sous couvert d’une intention morale supérieure destinée à provoquer l’adhésion.

L’urgence dramatisée (et infantilisante) que des médias nous imposent face au réchauffement n’est pas le fruit d’une perception globale de la question (ni d’une véritable intention pédagogique). Elle ne peut donc offrir, à mon avis, de garantie d’efficacité dans ses concrétisations, ni même de pertinence.

 

 

 

Commentaires

Merci d'avoir pris la peine de développer et d'argumenter. Trop de yaka nous laissent pantois face à l'évidence de la mauvaise foi de maints commentateurs. Une question qui n'est que trop rarement abordée est de savoir s'il serait préférable que la planète se refroidisse .... pour avoir le glacier du Rhône à St Maurice par exemple. Gérer les conséquences (bonnes et moins bonnes) du réchauffement me semble plus intéressant que de faire croire que l'on va tout maîtriser. (comme si on pouvait suspendre le temps, comme les poètes!)

Écrit par : uranus2011 | 17 mai 2018

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Uranus2011@ Dans quelques milliers d'années, il y aura non pas le glacier à Saint-maurice, mais 1000 m de glace comme lors de la dernière glaciation il y a 10'000 ans. Vous pouvez aller voir les roches moutonnées par ce glacier en dessus de Lavey en direction de Colatel - Joux des Plans, puisque vous parlez de cette région, à la condition d'aimer le VTT...

Écrit par : Géo | 17 mai 2018

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Bah, a la fin tout le monde sait que le réchauffement climatique et le retrait des glaciers a commencé il y a 10'000 ans, et heureusement pour nous.

Maintenant c'est presque inutile d'essayer de convaincre ceux qui ont décidé d'attaquer par cet angle une société qu'ils détestent.

On sait bien qu'il n'y a plus de forets en Europe depuis les pluies acides d'il y a 40 ans, qu'on est tous mort du cancer de la peaux depuis le trou d'ozone d'il y a 25 ans... Et pourtant ces mêmes verdeux refusent catégoriquement de considérer le seul vrai danger pour la planète: La démographie humaine.

Écrit par : Eastwood | 17 mai 2018

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Il est intéressant de noter tout de même que nombre d'oiseaux chantant dés 4h du matin sont exactement les mêmes qu'en 1940
Si le climat se détériorait rares seraient ils à vouloir nous enchanter avant le lever des comportementalistes qui eux voient le mal partout
Certes le nombre d'oiseaux a un peu diminué mais non pas à cause du climat mais de l'abattage des arbres pour construire des horreurs sans avant toit
Quand aux humains récalcitrants car soi disant remontés contre la société comme souligné dans le commentaire précédent on peut juste affirmer qu'en voyant et lire tant d'horreurs se sont des victimes qui pour beaucoup n'ont plus que la drogue pour échapper au mouroir collectif alors qu'avant certains buvaient comme des trous pour noyer leurs humiliations et la maltraitance
Il était aussi facile de faire peur aux gens à notre époque mais il y avait des grands parents pour prouver que grandir et vieillir sans virtuel
permet de mieux affronter la réalité et surtout conserver le plus important la logique instinctive
Celle là même qui permet aux animaux de sentir le danger et d'aller se mettre à l'abri d'humains bien décidés à les eugéniser
La météo a toujours été variable et ne se plie pas aux désirs humains
D'ailleurs ne dit on pas que femme varie comme les saisons
Bonne journée

Écrit par : lovejoie | 18 mai 2018

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Je me permets d'aouter ceci concernant les comportementalistes qui voient le mal partout sauf ou il faudrait
Je penses aux automobilistes toujours accusés de tous les maux alors que les routes sont elles mêmes sources de danger pour leur propre sécurité
C'es sûr qu'il est plus facile de taxer que d'entreprendre des réfections de routes qui n'ont plus rien à envier aux années 60 comme en France
Donc avant de vouloir sauver le climat qui lui n'en a rien à fiche on s'occupe déjà en tout premier de la sécurité des automobilistes et par là même de leurs passagers

Écrit par : lovejoie | 18 mai 2018

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J'aurais eu mauvaise grâce à ne pas intervenir puisque c'est ma remarque qui a provoqué la réaction d'HommeLibre.

Mettons les choses au point, je ne suis absolument pas un spécialiste, je n'en ai nullement la prétention: je ne me penche sur le problème que de manière incidente (et encore,"se pencher" est abusif, disons que j'écoute parfois distraitement les arguments des uns et des autre).

Je constate - ou déduis- donc qu'il semble probable que la pollution puisse intervenir dans le cadre d'une modification du climat, et qu'il est possible que ce ne soit pas le cas. (Les termes "probables" et "possibles n'ont pas été choisis par hasard)

Est-ce que le fait de considérer qu'il soit éventuellement possible que la pollution n'ait pas d'impact empêche de prendre toute mesure envisageable pour la limiter? Même si on croit que ça n'a pas ou peu d'incidence, la raison et le principe de prudence ne conduisent-ils pas à prendre des précautions possibles?
D'autant que les méthodes existent dans tous les domaines: on peut sans douleur employer des véhicules moins polluants, ne pas jeter de l'huile dans les égouts, s'astreindre (putain d'effort hein... personne n'en mourra) à faire des collectes sélectives... la liste est longue, faite de petits gestes anodins et qui n'arracheront pas la peau des fesses de tout un chacun, tant concernant la pollution de l'air, du milieu et probablement du climat.

Et je ne parle même pas du confort de vie: peu de gens prennent un pied d'enfer à respirer des particules fines et du dioxyde d'azote.

C'est donc un faux débat, et on s'en fiche grave de qui a raison ou tort.

Si il ne faut pas être catastrophiste religieux, nier l'impact possible est tout aussi regrettable. Et la répétition des charges au moins incertaines du type "on s'en fout, puisque l'histoire pourrait nous suggérer que "ça n'a pas d'impact" , induit une indifférence qui peut porter à des conséquences regrettables. Le principe de précaution, toujours.

Je ne dis pas qu'on ne peut pas exprimer un doute, mais "charger la barque" comme je disais est aussi délétère.

Tout ceci dit sans l'ombre d'une animosité, s'entend.

PDO

Écrit par : PDO | 18 mai 2018

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@ PDO:

Merci pour votre commentaire. Pas de problème, je n'y vois aucune animosité.

"Est-ce que le fait de considérer qu'il soit éventuellement possible que la pollution n'ait pas d'impact empêche de prendre toute mesure envisageable pour la limiter?"

Oui bien sûr. L'un n'empêche pas l'autre. Il faut distinguer les choses. La mise en doute d'une raison purement anthropique au réchauffement et la déconstruction du langage catastrophiste n'empêche pas de prendre en compte certains aspects de la question environnementale.

Sur l'idée de charger la barque, ne nous trompons pas: on voit qui la charge le plus.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 20 mai 2018

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