08 mai 2018

Brésil multiculturel : droit à l’infanticide ?

Jusqu’où une société peut-elle se prétendre multiculturelle? Le cas des infanticides au Brésil fait actuellement débat de manière brûlante. En effet certaines tribus ou peuples indigènes pratiquent le meurtre sélectif de nouveaux-nés et d’enfants plus grands.


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« Parmi leurs cibles, les handicapés, la progéniture de mères célibataires et les jumeaux – que certaines tribus, dont les Kamayurás, estiment porter malheur. »

Des milieux religieux brésiliens alertent les autorités depuis des années sur ces pratiques autochtones. Avec ce résultat: un projet de loi est en discussion, qui vise à éradiquer ces meurtres coutumiers.

Cependant la Constitution brésilienne impose la protection des coutumes, langues, traditions, structures sociales pour toutes les populations du Brésil. Or l’infanticide et le meurtres d’enfants font partie de la culture des certains peuples autochtones.

A-t-on le droit, au nom de nos propres valeurs, de juger mauvaises celles d’une autre population? J’imagine que la plupart d’entre nous, dont moi-même, diront: oui, nous avons ce droit. Et l’on trouvera de nombreuses raisons à cela, humanistes, émotionnelles et indignées.

Pourtant des anthropologues réprouvent cette tentative de normalisation d’une population autochtone.

 

 

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Toujours selon l’article de Slate:

« C’est le cas de l’Association brésilienne d’anthropologie qui, dans une lettre ouverte publiée sur son site internet, assimilera le projet de loi à une volonté de placer les peuples indigènes «dans la situation permanente d’accusés d’un tribunal chargé de déterminer leur degré de sauvagerie». »

Dans une société qui se dit multiculturelle, « … l’État a-t-il le droit d’interférer dans des traditions semblant inhumaines au monde extérieur, mais qui ont permis, depuis le fond des âges, la survie collective dans un environnement hostile? »

Le secrétaire d’État à la Sécurité publique a précisé dans quelles circonstances avaient lieu ces meurtres:

« C’est dans la culture des peuples indigènes de sacrifier les enfants nés avec un problème, une infirmité. »

Un anthropologue « … qui travaille depuis des années à la frontière entre le Brésil et le Venezuela, me dit avoir entendu des histoires de meurtres d’enfants, aussi difficiles que tragiques. Mais il explique aussi que le contexte est essentiel. «À nos yeux, une jambe déformée ce n’est pas grand-chose», dit-il, «mais ce n’est pas si simple pour eux». Pour ces enfants, survivre dans la jungle pourrait relever d’un obstacle insurmontable et ils seraient «condamnés d'avance», selon les mots de l’anthropologue. »

 

 

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L’argument est remis en question dans la population:

« Mais aux yeux de nombreux Brésiliens, il est inacceptable que le gouvernement permette aux tribus de tuer des enfants handicapés au nom de la préservation culturelle, plutôt que de laisser l’État leur fournir un traitement médical. »

Oui, en effet. C’est notre démarche et j'y adhère. Sauf que pour vivre dans la jungle, un appareillage médical destiné à compenser une infirmité n’est pas forcément très facilitant. Autre solution: déplacer la famille vers une ville, avec le risque de destruction définitive de la culture d’origine. 

D’une manière ou d’une autre, on voit ici une culture et ses valeurs s’imposer à une autre culture construite dans un autre environnement. Qui a raison?

Chacun a ses raisons.

Alors, tuer des enfants qui ne survivront pas dans leur environnement? Ou bien interdire une pratique culturelle et à terme risquer de détruire la culture d’une population indigène, voire une tribu entière, par immixtion dans leur mode de vie et un impérialisme urbain opposé à la décentralisation indigène?

Qui doit décider pour qui? Qui s’impose à l’autre? Qui normalise l’autre? Le plus fort, soit le plus nombreux. Au Brésil, sous le discours multiculturaliste, il y a toujours la loi du plus fort.

 

 

 

14:19 Publié dans Philosophie, Politique, société | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : brésil, indigènes, culture, infanticide | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

"Des milieux religieux brésiliens"
Qu'ils s'occupent donc de leur propre religion! Pour ce qui est des catholiques, ils condamnent des femmes et des enfants à une vie de pauvreté et de privations en interdisant la contraception et l'avortement et infligent indirectement des souffrances à vie aux enfants victimes de prêtres pédophiles.
De plus je doute quelque peu que leurs religions aient jamais promis des avenirs aussi peu généreux que le séjour dans les limbes ou autre privation des bienfaits dispensés par le dieu des chrétiens (sans parler de certains autres). Il est facile d'en trouver une énumération dans Wikipédia notamment.

Écrit par : Mère-Grand | 08 mai 2018

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Sacrée question hommelibre...

Insolvable à mon avis, philosophiquement parlé :-)

Écrit par : absolom | 08 mai 2018

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L'absurdité des raisonnements que suscitent ce genre de cas me laissera toujours pantois. On aura invariablement des gens qui louent ces tribus dont la rusticité est preuve d'intelligence et partant, valident tous leurs us, et qui crachent sur nos sociétés jugées stupides, vénales et empreintes de préoccupations futiles... Pourtant je suis convaincu que la réalité est bien plus nuancée. En quoi critiquer le meurtre d'enfant signifie que notre société est parfaite ? Le pire c'est probablement parmi ceux qui s'opposent à la "colonisation" de ces tribus, même au prix du maintien de quelque coutumes qui nous semblent barbare, doivent s'en trouver qui pensent que draguer de manière "importune" une femme est un acte de violence, mais qui ne voit rien de mal dans les inégalité économiques crasses qui touchent nos sociétés et qui est pourtant une violence économique. Que chacun balaie devant sa porte, en somme.

Écrit par : DeNice | 09 mai 2018

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@absolom
Vous avez raison, mais y a-t-il vraiment des questions philosophiques par leur importance que la philosophie pourrait résoudre?
Bien les poser est déjà une gageure. Ensuite on ne peut que laisser les choses en état et le courant des événements faire leur oeuvre, ou bien prendre le risque d'agir et de se tromper (il arrive d'ailleurs que l'avenir inverse le jugement du passé). Comme le montre l'énoncé des diverses positions citées par notre hôte, la question est d'une immense complexité et ne souffre probablement pas une réponse unitaire.
C'est en Australie, parmi les peuplades indigènes, que l'on trouve le plus d'exemples d'interventions discutables de la société moderne dans les coutumes ancestrales jugées inhumaines (comme si cel avait une sens) ou cruelles. La plupart des interventions, telles que le retrait des enfants par des missionnaires bienveillants, ont causé des souffrances inouïes et inutiles, qui n'ont souvent été reconnues que récemment par les descendants de ceux qui en avaient décidé.
Pour nous guider il me semble nous devrions nous poser très honnêtement, sans préjugé et sans a priori idéologique la question de savoir ce qu'un changement quelconque imposé de l'extérieur amènerait en termes de bien être général au groupe humain concerné, sachant que l'état présent est généralement le résultat d'un équilibre obtenu au cours de la durée et de nombreux ajustements.
Comme pour le châteaux de cartes, toute intervention dans cet équilibre, fût-elle minime, risque à court ou à moyen terme, de détruire l'ensemble de la construction. Ceux qui sont semblent le mieux à même d'estimer ces conséquences sont nécessairement les anthropologues qui connaissent ces sociétés de l'intérieur.
Ils sont cependant rarement écoutés et leurs conseils se heurtent à plusieurs obstacles, de natures différentes, notamment:
- les intérêts économiques et politiques;
- les partis pris idéologiques, souvent religieux;
- le fait que le groupe social et culturel en question est déjà touché par une acculturation avancée, qui comprend généralement les deux obstacles cités en premier.
Dans le meilleur des cas, et sauf quelques exceptions dans des territoires très limités, comme ceux des Cunhas et des Kogis, le destin des peuples indigènes accultures reste quand même de passer d'une statut de grande liberté dans un cadre tribal protecteur, à celui de membres de la classe inférieurs prédominante dans la société nationale dont ils dépendent, généralement ouvriers sans qualifications si ce n'est pas quasi esclaves ou soumis à la prostitution.

Écrit par : Mère-Grand | 09 mai 2018

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"C'est en Australie, parmi les peuplades indigènes (etc)"

Mère-Grand@, peut être utile de savoir de quoi vous traitez: en Australie, il s'agit d'aborigènes.

Et non: c'est en Afrique que vous trouverez ce plus grand nombre dont vous parlez, d'actes génocidaires et infanticides, au sein des milliers d'ethnies et tribus. Les étendues des territoires africains comptent, la démultiplication des traditions tribales diverses ancestrales et l'absence d'écoles etc hors agglo péri-urbaine des capitales africaines, tout autant.

Ce qui n'est pas le cas de la situation des aborigènes d'Australie, enregistrés, répertoriés, suivis, scolarisés, et bien peu nombreux à survivre en autarcie.

Désolé de contrer votre commentaire, mais à les connaître, je respecte les civilisation comme celle des aborigènes, survivants telles quelques tribus indiennes en réserves aux USA, fidèles à leurs traditions culturelles dites naturalistes, aux fondements que l'on peut comprendre, et accepter à l'aune de nos propres habitudes parasitaires de, et toxiques à notre environnement.

Écrit par : divergente | 10 mai 2018

Les anthropologues sont en général intelligents Mère-Grand, ce qui n'est guère dans l'air du temps :-)

Ce billet, c'est un peu "être ou ne pas être...?", telle est la question...

Écrit par : absolom | 10 mai 2018

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Pourquoi parler d'anthropologues Absolum? Les administrations anglaises n'ont pas cette "intelligence" mais font l'enlèvement d'enfants à placer pour adoption, au sein de couples ou de femmes célibataires enceintes, dès lors que leurs services sociaux les déterminent comme "potentiellement instables".

Difficile de soutenir que le Brézil héberge des peuplades d'indigènes tueurs d'enfants à pourchasser. Les dernières peuplades survivantes en autocratie au Brézil sont pratiquement inexistantes, faibles, disséminées, et surtout bien trop peu nombreuses pour survivre. Quelqu'un témoigne régulièrement sur ces blogs des indiens d'Amazonie. Cela fait des décades que ces peuplades autonomes ont été soit décimées, soit déplacées de force, pour une partie acclimatées ailleurs en bords de fleuves, ou poussées vers des zones péri-urbaines par les multinationales, le tout sous le joug de multis pour la production de soja ogm etc. Soja ogm exporté en UE pour alimenter le fourrage de nos éleveurs de bovins. Dont vous mangez la production au MacDo, en pizzas ou à côté.

Écrit par : divergente | 10 mai 2018

@divergente
"Désolé de contrer votre commentaire"
Vous n'avez pas à être désolé, d'autant plus que je ne me sens pas "contré" du tout. Il est vrai que le terme aborigène est traditionnellement utilisé pour les peuples indigènes ou autochtones d'Australie. Par contre je ne comprends pas pourquoi vous avez l'air de sous-entendre que votre respect des civilisations auxquelles nous faisons référence irait à l'encontre de ma propre attitude.
Je ne doute pas que vous ayez raisons dans votre énumération des aspects culturels des populations d'Afrique, dont je n'ai qu'un savoir livresque d'un certain nombre d'études ethnologiques classiques dont ils ont fait l'objet. Je vous remercie d'avoir attiré mon attention sur cet aspect de la question.
En ce qui concerne les aborigènes d'Australie, leur histoire, leurs coutumes et leurs problèmes actuels, je les connais quelque peu, ayant passé pas mal de temps à l'ancienne "Research School of Pacific Studies" (devenue plus tard la Research School of Pacific and Asian Studies) de la ANU (Australian National University) à Canberra, chaque fois que je me rendais en Papouasie Nouvelle-Guinée pour y étudier certains aspect des cultures locales. Je pense que vous simplifiez quelque peu leur situation passée et présente, mais le sujet est trop vaste pour que nous nous y attardions.
Il en est presque de même pour l'Amérique du Sud, sauf que je m'y suis intéressé plus particulièrement, ayant fait près d'une dizaine de séjours dans une région de Colombie où résident aussi bien des groupes indigènes que des descendants d'esclaves "importés" pour la recherche de l'or et d'autres minéraux précieux. Par la multiplication des cultures qui y survivent tant bien que mal à la colonisation espagnole, la confrontation avec les coutumes africaines ainsi importées, il y a là une dimension supplémentaire au genre de problèmes évoqués plus haut.
Le sujet posé par l'article qui motive nos échanges n'est cependant pas l'énumération de la variété des coutumes que l'on rencontre dans les différentes cultures traditionnelles ou tribales du monde, mais plutôt la question des conditions et des valeurs auxquelles elles correspondent dans chaque cas, ainsi que de l'attitude que les cultures qui les ont supplantées (après les avoir soumises et parfois poussées au bord de l'extinction) doivent adopter face aux moeurs, coutumes et usages qui diffèrent des leurs au point de leur paraître inacceptables moralement, même si certains font partie de leur propre histoire (l'élimination des bébés infirmes à Sparte étant un des exemples les plus connus).

Écrit par : Mère-Grand | 10 mai 2018

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Mère-Grand, tout à fait et ce n'est pas vraiment ce que je voulais sous-entendre (ai regretté ma formulation dès l'envoi) à part contester votre parallèle australien, passéiste, et dévier sur l'Afrique actuelle (où tuer des nouveaux-nés albinos par ex n'est pas une spécificité tribale mais répandue).

L'intérêt du sujet se situe peut-être & surtout dans le choc moral vs nos fondements droitshumanistes, de coutumes infanticides au titre de survival reflex au sein de peuplades "indigènes" brésiliennes si ce n'est d'Amazonie - dont j'ignore tout & laisse aux anthropologues d'Absolum:-)

Écrit par : divergente | 11 mai 2018

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Relisez le commentaire de Mère-Grand divergente, du 9 courant, et vous trouverez réponse.

Écrit par : absolom | 11 mai 2018

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@divergente
"contester votre parallèle australien, passéiste"
Merci de votre réponse. Je maintiens que vous simplifiez les problèmes qui se posent aux communautés australiennes encore aujourd'hui: je lis la presse quotidienne australienne depuis mes derniers séjours, c'est-à-dire depuis une vingtaine d'années, et je constate que les dégâts causés par ce choc des civilisations est une sujet qui ne concerne pas que le passé, même si nos presses, et même des films, ne reprennent que les événements qui peuvent toucher le public international.
Les souffrances de toutes sortes, endurées par ces aborigènes, pour qui j'imagine que vous avez aussi le plus grand respect, ne relèvent pas que du passé et ma vision n'est pas aussi passéiste que vous le laissez entendre. Et même si, contrairement à l'Afrique, ils ne concernent que 2.9 % (données de 2016), elles sont connues par ceux qui s'y intéressent de près et ne méritent pas d'être sous-estimées ou niées, comme le font, hélas, encore une partie des Australiens issus de la colonisation.
Personnellement, je ne pense d'aucune manière que montrer à quel point certaines pratiques qui nous choquent profondément aujourd'hui sont et ont été répandues dans presque le monde entier, enlève quoi que ce soit à l'empathie que nous pouvons avoir pour ceux qui, répandus sur un continent entier, dans des tribus perdues au coeur d'une forêt ou sur des petites îles (les Andamans, par exemple, dont on commence seulement à parler).
Je n'exprime aucune empathie particulière pour aucun groupe d'êtres humains qui souffre des problèmes que nous avons évoqués, quel que soit le continent ou l'endroit qu'il habite et j'insiste sur le fait que ce n'est pas l'objet du blog que de manifester une quelconque préférence, ni d'ailleurs de nous valoriser en faisant montre de nos connaissances ou préférences.
La question est de poser correctement le problème de la compréhension, du jugement et de l'éventuelle (j'insiste sur cet adjectif) intervention que peut susciter la confrontation avec des coutumes qui nous choquent.

Écrit par : Mère-Grand | 11 mai 2018

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Mais j'adhère et respecte tout à fait votre approche quant aux aborigènes, leur passé et leur condition actuelle, que je connais un peu (pour avoir vécu en Australie) et ne conteste absolument pas les conséquences énormes des mesures abominables, incroyablement brutales des anglo-australiens contre les aborigènes. Sauf qu'aujourd'hui, il ne s'agit plus de parler de pratiques infanticides au sein des aborigènes.
Avec mes meilleurs respects Mère-Grand

Écrit par : divergente | 11 mai 2018

@absolom
Merci de votre intervention.

Écrit par : Mère-Grand | 11 mai 2018

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absolum, n'ai posé aucune question. Mais serais intéressée de vous lire: peut-être voulez-vous développer ce qu'il en est des pratiques tribales d'infanticide recensées, qui motivent les intrusions médicales à l'occidentale & autres missionnaires évangélistes au sein d'éthnies/tribus dites incultes, survivant en autarcies éloignées:-)

Écrit par : divergente | 11 mai 2018

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Pourquoi parler d’anthropologues Absolum ?

Si ce n’est pas une question, va falloir que j’augmente mon Spritz quotidien...Je ne sais pas si vous avez bien compris, mais je répondais à Mère-Grand...

Écrit par : absolom | 11 mai 2018

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