18 avril 2018

Chaleur d’avril : des conditions « météorologiques » ou « climatiques » ?

La semaine s’annonce chaude. Une avalanche de superlatifs pourrait tomber en accompagnement de cette vague de chaleur. Mais gare à la confusion du langage. Certaines personnes, journalistes et acteurs médiatiques, ne savent pas faire la différence entre climat et météo. Surprise.


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En une semaine j’ai lu ou entendu à trois reprises l’affirmation selon laquelle les conditions climatiques ont fait interrompre une activité humaine. En dernier lieu, le match de foot du 14 avril qui devait opposer Caen à Toulouse. L’Équipe annonce qu’il a été « reporté en raison des conditions climatiques ».

Après l’Équipe, Eurosport et d’autres médias on repris la même expression: conditions climatiques. Le 2 mars 2018 un autre match était annulé: « Ligue 2 - Sochaux-Auxerre reporté en raisons des conditions climatiques ».

En 2015 Eurosport mélangeait déjà les termes: « Monaco - Montpellier reporté à cause des conditions climatiques ». Et il y en a d’autres.

Le sport football n’est pas le seul domaine à souffrir des conditions climatiques météorologiques. Le sport politique est aussi touché. Ainsi en France, en février dernier, la CGT Cheminots avait reporté une manifestation dans le cadre d’une grève à la SNCF.

 

 

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La raison est dans le titre de l’article et dans son premier paragraphe:

« La grève à la SNCF de jeudi reportée en raison du climat. (…) La Confédération générale du travail (CGT) des cheminots a annoncé, mercredi 7 février, le report de la manifestation nationale initialement prévue jeudi, en raison des conditions climatiques. »

Ailleurs, dans un reportage sur la construction d’un pont, le commentaire mentionne également les conditions climatiques dans lesquelles les ouvriers travaillent, le vent en particulier.

Certains journalistes et présentateurs télé ne connaissent pas vraiment le sens des mots. En particulier la différence entre climat et météorologie.

La météo, qui observe les phénomènes atmosphériques, a trait au temps qu’il fait au jour le jour, aux prévisions à court terme et aux phénomènes locaux.

Le climat est la science de l’ensemble des conditions météorologiques (atmosphère, océan, sols, reliefs, etc) sur le long terme  pour une vaste région donnée.

 

 

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Un orage dévastateur, un été pourri, une canicule assommante, sont des phénomènes météorologiques. Par contre l’englacement habituel et répétitif des régions du nord, ou la chaleur habituelle et les pluies autour de l’équateur, relèvent du climat. Du moins quand on les étudie comme des constantes pluricentenales et non comme des phénomènes ponctuels.

Donc, non, les matchs de foot n’ont pas été reportés en raison de conditions climatiques, mais de conditions météorologiques.

Cette confusion est malheureusement le signe d’une confusion cognitive, d’une confusion dans les esprits, d’une confusion dans l’interprétation des informations sur le sujet. Ou dans une volonté de marteler à chaque fois, même de manière implicite, les prédictions alarmistes. Une confusion augmentée par la manière anxiogène de traiter d’une situation présentée comme inéluctable et forcément catastrophique.

Malheureusement des scientifiques de renom, comme Hubert Reeves ou feu Stephen Hawking, relaient le catastrophisme. Malgré mon respect pour Reeves, que j’ai croisé en Libye lors de l’éclipse totale de soleil de 2003, je ne prends pas ses affirmations sur ce point.

D’ailleurs son but avoué est de faire passer le message catastrophiste. En touchant l’affect, il élimine toute tentative de réflexion et d’analyse et nous réduit au statut de légume émotionnel consommateur. Au moins il a l’honnêteté de le dire. 

 

 

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Cette semaine un superbe anticyclone centré sur l’Allemagne aspire l’air chaud en provenance du Maghreb, qui n’est pas très loin de la France à vol d’oiseau (image 1 Windy.com). Il barre la route aux dépressions atlantiques. De fortes chaleurs sont attendues.

Fortes pour la période, avril n’étant pas réputé être un mois chaud. Des températures de 25° à 27° sont annoncées selon les endroits. Les superlatifs vont pleuvoir, si j’ose dire.

Autant relativiser avant. Les archives météo nous indiquent par exemple qu’avril 1949 fut exceptionnellement chaud, avec 30° en Languedoc le 13 du mois. Dès le 16 avril Paris connaît des pics jusqu’à 32° – record absolu pour un mois d’avril en France du nord (image 3 infoclimat.fr).

1949 ne fut pas la seule année avec un mois d’avril exceptionnel. Le 25 avril 1947 on mesure 31° à Biarritz et Bordeaux.

Quant à Genève nos archives mentionnent un maximum absolu pour ce mois printanier: 27,5° le 15 avril… 1904. Oui, 1904. On relève également 27,3° le 17 avril 1934, 27,2° le 26 avril 1947. Et 25,5° le 8 avril 1961 (image 4 ). On connaît de longue date les coups de chaud d'avril.

La chaleur attendue cette semaine est due à des conditions météorologiques et non climatiques: anticyclone sur l’Europe, dépression sur l’Atlantique, et remontée d’air chaud saharien dans un classique courant du sud-ouest, aspiré entre les deux pôles de pression. Une situation météorologique relativement fréquente. L’inverse presque exact de la situation hivernale de février lors de la vague de froid. Question: le record de chaleur d’avril 1904 sera-t-il battu? À voir.

La végétation va profiter de la chaleur. Le printemps est la période du débourrage (sortie des premières feuilles). Et qu’est-ce qui débourre en avril? La vigne.

 

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12:52 Publié dans Environnement, Météo | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : climat, chaleur, records, température, météo, confusion | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Incidemment: pour ce qui est de l'ignorance, certains journalistes ne semblent pas plus informés que le commun des mortels. C'est le cas notamment pour la distinction entre les termes "espèce" et "race", qui est alimentée en outre par l'usage américain de parler sans cesse de "human race", ce qui explique peut-être (?) les difficultés des Etats-Unis à se débarrasser de son racisme.
Ainsi le journaliste de l'émission "C à dire" à obstinément utilisé l'expression "race" pendant tout la durée d'une émission consacrée à l'Homme de Neanderthal, bien que la l'anthropologue avec qui il s'entretenait ait chaque fois utilisé celle de "espèce".

Écrit par : Mère-Grand | 19 avril 2018

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Je suis étonné que personne ne leur en fasse la remarque, soit en direct, soit en coulisses afin de ne plus reproduire ces approximations de langage, qui sont aussi une approximation de la pensée ou une paresse intellectuelle.

Le mot "climat" et ses déclinaisons sont aujourd'hui associés à stress, peur, fin, apocalypse, culpabilité, etc. Dans le remplacement des conditions "climatiques" par "météorologiques", je n'exclus pas que ce soit un fait exprès, pour agiter régulièrement la sonnette anxiogène, comme l'aurait fait Pavlov.

Écrit par : hommelibre | 19 avril 2018

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oups... inverser:

"Dans le remplacement des conditions "météorologiques" par "climatiques".

Écrit par : hommelibre | 19 avril 2018

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Ces confusions sur les termes relèvent d'un bête suivisme.
Ce sont les confusions que font les aficionados des réseaux sociaux dans le langage pressé et simpliste qui caractérise ce genre (j'aurais pu écrire espèce ?) de plateforme.
Soucieux de se faire entendre au plus large, les journalistes suivraient simplement au lieu d'élever le niveau ?
De toutes façons les journalistes font du suivisme à tous les niveaux depuis longtemps.

Écrit par : aoki | 19 avril 2018

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