17 avril 2018

Élections : vers une liste 100% hommes en 2023 ?

À Genève on la croyait maillon faible du Conseil d’État sortant. Mais non, Anne Emery-Torracinta ne chute pas. Tant mieux. Le maillon faible, c’est Luc Barthassat. Le transport amoureux entre le corps du ministre et le corps électoral est asthmatique. On dirait le pont du Mont-Blanc vers 18 heures: ça bouchonne et c’est pas du champagne. 


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En janvier le ministre des Transports avait présenté son bilanIl s’attribuait plusieurs mesures, comme celles destinées à fluidifier légèrement la circulation. Certaines mesures sont des mises en application de décisions prises antérieurement à son arrivée au CE. Je cherche encore chez lui une vision à long terme et de grandes options. Je peine à en voir une, mais je veux bien me tromper. Au moins il n’est pas anti-bagnole.

Faut-il sauver le soldat Barthassat? L’homme, d’apparence solide et bienveillante, joue sur son naturel convivial. Il disait dimanche qu’il faut aller davantage sur le terrain. Plus que sur Facebook, en tous cas… Mais est-ce suffisant? Faut-il lui donner une deuxième chance? Je suis perplexe.

 

LaL obtient le score de 3,26% des suffrages. C’est quoi, LaL? C’est LaListe. Elle présentait dix-neuf candidates. Une liste 100% féminine? LoL! Une liste de genre, communautariste, ça ne marche pas vraiment.

L’un de ses thèmes, l’égalité salariale, est objet de concurrence. Par exemple par une candidate (non élue) du PDC, Houda Khattabi. Deux jours avant l’élection elle publiait un billet sur son blog, sous le titre: « Et les femmes dans tout ça? ». Elle commençait ainsi: « C’est bien connu: en Suisse les femmes touchent en moyenne 15% de moins que les hommes… »

Ce n’est pas ce que dit le Conseil Fédéral en la personne de Simonetta Sommaruga. Elle a donné son dernier chiffre ce printemps: 7,4% de supposée différence. Selon l’Insee française ce ne serait que 6,8%. Et quand on enlève toutes les variables explicables il ne resterait que 2 à 3 % de différence pour le moment inexpliquée.

 

 

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Dans le même billet la candidate soutient le projet de congé paternité. Comment envisage-t-elle la chose? « … l’inclusion de la femme dans le processus décisionnel doit devenir systématique (…) également à travers une plus grande implication des hommes dans un domaine jusque là réservé aux femmes: la puériculture. »

Tiens, encore une femme politique qui veut dicter aux hommes comment ils doivent s’impliquer.

Au fait, qu’est-ce qui motive ce congé pour les pères? Un possible rapprochement avec leurs enfants? Non: c’est pour les retirer du travail à plein temps et les mettre davantage sur du temps partiel. Ainsi les femmes pourront travailler plus et gagner plus.

Prétendue inégalité salariale, supposée discrimination au temps de travail: c’est encore dans le ton global de la mouvance victimaire-autoritaire de la deuxième moitié du siècle passé. Mouvance qui a moulé le féminisme et d’autres idéologies nées vers le milieu de ce siècle. 

Rappelons-nous la profession de foi, l’invitation pressante, presque l’intimation faite par Simone de Beauvoir en 1975: « Non, nous ne croyons pas qu’aucune femme ne devrait avoir le choix. Aucune femme ne devrait être autorisée à rester à la maison et à élever ses enfants. La société devrait être totalement différente. Les femmes ne devrait pas avoir ce choix ».

Oui, bon, m’enfin: si la maison est une si terrifiante prison et abominable aliénation, pourquoi vouloir y ramener les hommes? C’est pas cool.

 

 

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LaListe a donc fait campagne essentiellement sur le sexe/genre. On a vu des candidates s’asseoir en différents lieux de la ville, en portant une pancarte: #EllesSiègent (image 2). Le détournement du hashtag est amusant. Mais j’y vois un problème: cette formulation est un désir, une injonction de rattrapage. Elles siègent signifie dans ce cas: Elles doivent siéger. Oui, mais pour cela il faut être élue. Il n’y a plus de privilège, même victimaire, pour personne aujourd’hui.

Je reconnais aux candidates de cette liste, inconnues en politique, un certain courage. Faut-il agir en symétrie? Faut-il présenter en 2023 une liste 100% masculine? Elle pourrait énumérer dans son programme tous les besoins spécifiquement masculins non pris en compte dans notre société.

Par exemple dans la santé. Madame Khattabi souligne:

« … même face aux maladies les femmes ne sont pas logées à la même enseigne que les hommes. » Elle cite l’exemple de l’infarctus du myocarde, moins rapidement décelable chez les femmes que chez les hommes. Mais elle ne cite pas le cancer de la prostate, qui est un peu le pendant spécifiquement masculin du cancer du sein, et pour lequel il n’existe aucun dépistage systématique, par exemple. Conséquence du communautarisme de genre: la moitié de la population est négligée.

Le sexisme misandre serait également dénoncé, dont la réduction des mâles à quelques stéréotypes dénigrants, ou le racisme de genre anti-mâles blancs, entre autres.

Mais une telle liste n’aurait pas plus de chance que LaListe. Son seul intérêt serait d’amener un débat public sur un sujet encore peu vendeur. Et puis, comment appeler cette liste? LeListe? Ou LeList? Ou, par autodérision masculine, Ceux qui en ont?

Non, je n’y crois pas, même si l’expérience pourrait être intéressante pour les éventuelles réflexions sociétales qu’elle susciterait.

La fin de l’ère victimaire, la réhabilitation des différences naturelles et du masculin, qui n’empêchent en rien l’égalité juridique et des chances, prendront des décennies et viendront davantage par une évolution culturelle, par des écrivains, des penseurs et penseuses, que par les aléas des échéances électorales.

Donc non, pas de liste 100% testostérone en 2023. Du moins je l’espère.

 

 

 

 

 

Commentaires

Ces histoires de femmes ou même de jeunes sur ces listes..... Cela n'a pas beaucoup de sens. Le PLR a mis en avant une jeune femme, mais elle bosse dans le milieu de l'immobilier et sa candidature étaient soutenue par ce même milieu. Donc cela ne change pas grand chose d'avoir une jeunette ou un vieux en costard. Les deux ne feront que du lobbyisme.

Avec 65% d'abstention ces élections sont (encore) un échec.

Il serait bien que quelqu'un propose une liste "chômeurs et chômeuses". Cette liste ferait fureur!

Écrit par : Riro | 17 avril 2018

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@ Riro:

J'aimerais, même une seule fois, voir l'ensemble des inscrits voter, pour découvrir quel parlement cela donnerait. Les sondages sur les intentions de vote donnent une idée, mais je pense que le vote réel serait plus précis.

Écrit par : hommelibre | 18 avril 2018

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Une liste 100 % masculine ne serait pas vraiment une nouveauté ! ;-)))
On en a déjà eu.
Le sujet du congé-maternité est typiquement un sujet qui n'a pas été traité de façon prioritaire par des politiciens-hommes au niveau de sa mise-en -œuvre ( 50 ans d'attente). Parce que c'était perçu comme juste un problème de femmes.
J'aimerais apporter un éclairage supplémentaire sur l'idée du congé-paternité. Sans animosité ni accusations. Mon idée est juste d'essayer de montrer que ce n'est pas une lubie totalement dénuée de sens.

Une femme jeune est potentiellement une employée compliquée, puisqu'elle risque d'enfanter. Elle va donc manquer pour cause de congé-maternité et causer des coûts et de la désorganisation à l'entreprise. Longtemps, la grossesse a été une cause de licenciement.
On peut comprendre qu'un patron hésite à embaucher une personne qui pourrait être absente plusieurs mois. Si on "obligeait" les pères à s'absenter suite à la naissance d'un enfant, cela enlèverait un peu la charge de la parentalité comme "handicap" à l'embauche et l'idée que la femme absente pour cause de congé maternité est une lâcheuse ou une profiteuse.
Les enfants ne sont pas produits par la femme seule, elle n'est pas la seule responsable des désagréments causés pour l'entreprise ou le patron. Les enfants sont nécessaires à toute la société et si on considère que d'en avoir est une sorte de sale tour qu'on jouerait pour s'épanouir sur le dos des autres, eh bien on se tire une balle dans le pied.
J'ai compris cette réalité le jour, où un de mes ex-élèves m'a dit : "J'ai été embauché aussitôt sorti de ma formation de comptable parce que j'ai les genoux en compote d'avoir trop joué au hockey dans ma jeunesse et je suis donc inapte au service militaire. Le patron était ravi de savoir que je ne m'absenterai pas pour des cours de répétition et m'a préféré aux autres candidats."

Je ne sais pas si les hommes qui votent réfléchissent prioritairement à la défense de leurs droits en tant qu'hommes, ou comme vous le formulez "tous les besoins spécifiquement masculins non pris en compte dans notre société. "
Il me semble que pour le moment, les critères de choix de candidats se situent davantage dans des domaines comme l'économie-chômage,logement, santé, formation, immigration, sécurité.
On se demande : qui va m'aider à boucler mes comptes à la fin du mois, à trouver un logement abordable, à réduire les coûts de mon assurance-maladie et non pas : la société s'occupe-t-elle assez de ma catégorie homme/femme.
C'est pourquoi la Liste-femmes n'a pas obtenu davantage de voix. J'ose l'hypothèse que parmi les votants, il n'y a que 3,26 %de personnes qui considèrent que le sexe est une préoccupation prioritaire.

Écrit par : Calendula | 18 avril 2018

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Bonjour Calendula,

Vous soulignez à juste titre les problèmes d'emploi découlant de la maternité. C'est l'un des rares points où aujourd'hui une femme peut légitimement se considérer comme ralentie. Vous faites bien de rappeler qu'un enfant est nécessaire à tout le monde, tout le groupe. Et que les aménagements doivent être réalisés pour que sa venue s'intègre au mode de vie qui prévaut aujourd'hui, assez éloigné des temps où la famille large vivait sous le même toit avec les grands-parents, et où l'activité rurale permettait aux bébés d'être avec les parents dans les champs.

L'attente des électeurs et électrices est certainement celle que vous mentionnez en fin: boucler les comptes, logement abordable, etc.

Les priorités varient à mon avis entre d'une part le moment de voter, et d'autre part des débats ou polémiques hors élections. À long terme l'inscription du sexe/genre dans les débats s'infiltre de plus en plus, je le constate dans l'utilisation du vocabulaire féministe par des acteurs chez qui on ne l'aurait jamais attendu (comme la notion de "domination masculine" reprise par un imam dans le cadre des viols d'adolescentes dont j'ai parlé il y a peu).

Écrit par : hommelibre | 18 avril 2018

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@ Calendula

"Si on "obligeait" les pères à s'absenter suite à la naissance d'un enfant"

du congé paternité obligatoire, le seul intérêt du congé paternité, c'est de faire plaisir aux féministes dans leur idéologie égalitariste, c'est le seul.

"Une femme jeune est potentiellement une employée compliquée, puisqu'elle risque d'enfanter. Elle va donc manquer pour cause de congé-maternité et causer des coûts et de la désorganisation à l'entreprise."

et alors c'est une inégalité naturelle qui se rajoute à la ségrégation dans les métiers voulue par les femmes.

"elle n'est pas la seule responsable des désagréments causés pour l'entreprise ou le patron"

les femmes fonts des métiers de femmes, donc ça changerait quoi d'obliger des hommes à prendre un congé paternité !!!
rien c'est de l'épicerie féministe pas autre chose.

Écrit par : leclercq | 18 avril 2018

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