28 janvier 2018

À propos de NDDL : les avions et les ânes

Sous l’autorité d’Emmanuel Macron, le gouvernement d’Édouard Philippe a décidé de refermer ce dossier. L’annonce de l’abandon du projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes a été bien accueilli chez nos hexagonaux voisins. Peut-être par gain de paix plus que par connaissance du dossier.


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Gouvernement et administrés n’ont pas envie d’embraser le pays face à des opposants très déterminés, pour quelques coudées de zones humides. Macron non plus, probablement.

D’ailleurs, l’aéroport NDDL aurait-il servi le développement du grand ouest français (ce qui en est l’enjeu)? On ne le saura plus. Je rappelle que l’aéroport actuel est à saturation avec 4’000’000 de passagers par an, mais le débat est clôt.

Je me dis: comme souvent en France le débat passe au-dessus de la tête des citoyens. On a encore en mémoire le non au référendum sur l’Union européenne de 2005, un non contourné par les députés deux ans plus tard.

Sur le terrain les occupants peuvent se sentir légitimés par cet abandon. Il montre, de leur point de vue, qu’une action même illégale mais déterminée peut faire aboutir une opposition à plusieurs exécutifs successifs. Ils ont obtenus la victoire du petit sur le grand, du local sur le général.

La décision du duo Macron-Philippe a été qualifiée de déni de démocratie. En effet il y a eu un référendum régional lors duquel les votants ont en majorité approuvé la construction de l’aéroport. Ce projet avait le soutien des collectivités locales. Il y a eu des décennies d’études, d’expropriations, de discussions sur le sujet.

Y a-t-il à NDDL un déni de la chose votée? Pas vraiment: le référendum de 2016 avait été consultatif et non décisionnaire. Il n’était donc pas contraignant. Et puis la démocratie n’exclut pas le fait du prince: la décision venue d’en haut qui prévaut sur toutes les autres décisions intermédiaires.

 

 

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Macron l’avait promis, lors de la campagne présidentielle: il ferait appliquer les décisions et construire l’aéroport. Il y a renoncé après qu’une dernière médiation ait préparé le public à cet abandon. Notons que cette médiation pointait du doigt des consultations insuffisantes de la population et des associations locales. Les médiateurs ont entre autre affirmé à propos de ce mouvement:

« L’histoire de la Zad est celle d’une substitution du recours à l’action illégale voire violente à une opposition institutionnelle au projet. L’Etat semble encore démuni face à cette forme de résistance émergente. »

Beaucoup de commentateurs reprochent au président d’avoir cédé aux éco-occupants. Occupants qui affirment de leur côté agir au nom d’une démocratie locale.

L’une des tensions majeures de l’époque apparaît ici. D’un côté un État et une majorité politique sont mis en place pour agir selon le bien du plus grand nombre. Les infrastructures d’intérêt national en font partie. De l’autre un groupe de citoyens peut faire obstacle aux institutions dont les élus se réclament. C’est une situation à blocages: le développement contre la conservation en l’état.

On peut le regretter. La diminution de l’autorité de l’État se fait au profit de groupes de pressions auxquels celui-ci devrait justement résister. Mais en même temps le côté centralisateur et autoritaire de l’État français est malmené et, qui sait, celui-ci pourrait à terme être poussé à démocratiser davantage ses procédures. On a le droit de rêver.

 

 

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D’autre part Emmanuel Macron est ambitieux et a commencé à modifier en profondeur certains acquis, comme le droit du travail. Il a encore de gros chantiers devant lui. Devait-il maintenir le projet et se prendre les pieds dans l’herbe verte de Bretagne? S’embourber dans la guérilla promise par les zadistes et black blocks dont la convergence vers le terrain des affrontements était annoncé?

D’autant que le simple slogan « Contre l’aéroport et son monde » (image 2) illustre deux mondes irréconciliables. On ne se bat pas contre un tel contre-argument irrationnel. C’est une vision erronée: il n’y a qu’un monde où cohabitent en même temps les jets supersoniques et les ânes. Hélas le côté manichéen et populiste du slogan fait mouche après d’un certain public. Pourtant le monde de l’aéroport est aussi celui de la liberté, de la mobilité, des échanges, du développement économique, de l’innovation technologique, de l’électricité, et j’en passe.

Les autorités françaises ont déjà séparé l’évacuation de la zone de la décision sur le projet – aujourd’hui abandonné. Cela devrait réduire le risque d’émeutes et de possibles drames humains.

J’imagine qu’Emmanuel Macron a pris le temps de peser et soupeser la décision. Et qu’en politicien qui apprend vite, il a choisi le gain de paix sociale face aux zadistes pour que rien ne vienne entraver l’action de son gouvernement et son train de réformes. L’autre terme de l’alternative, soit la confrontation directe, aurait pu générer des mois de violences, des risques de morts sur le terrain, et aurait pu contrarier durablement le reste du quinquennat.

Il a fait la balance des avantages et inconvénients, et évité à la France un psychodrame par lequel lui-même serait atteint et affaibli. On peut l’approuver ou le regretter, mais c’est aussi cela la politique. Un exécutif doit avoir cette liberté de décision, quitte à se la voir reprocher aux élections suivantes.

Un gouvernement peut confronter sa population, mais alors sur un enjeu qui vaille de cliver le pays et de prendre le risque de tout perdre. Macron a jugé que l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne valait pas ce risque. Lâcheté ou intelligence politique? Je penche pour la seconde hypothèse.

 

 

 

 

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Commentaires

Quitte à prendre sa boule de cristal et à faire des analyses dignes du café du commerce, si il semble en effet que l'autorité de l'état est bafouée, la décision de Macron et de son gouvernement peut être considérée comme assez manipulatoire et de fait intelligente. Probablement ou pas, l'avenir le dira.
car, que va t'il se passer?

Les terres agricoles vont être rendues - si ils le souhaitent- aux agriculteurs précédemment expropriés. Auquel cas, il y a peu de chance que ceux-ci trouvent que c'est une bonne idée d'héberger des zadistes sur leurs propriétés. Ceux qui avaient beau jeu de prétendre qu'ils s'étaient établis sur une terre qui "n'appartient à personne" ce qui est bien entendu faux, vont se trouver face à des propriétaires de premier rang. Ce qui donnera une légitimité accrue quant à les expulser.

Des mondialistes écolo qui se retrouvent face à des agriculteurs dans leur bon droit.. quel beau prétexte pour nettoyer la région! La cause des zadistes perd toute légitimité.

Je troue ça assez bien joué.

Écrit par : PDO | 28 janvier 2018

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C'est un sujet complexe et pour une fois, vous ne vous en êtes pas tiré trop bien. La construction des phrases s'en ressent :
- Les médiateurs ont entre autre affirmée. à propos de ce mouvement:
Si, si. Vous avez bien écrit ça, z'avez qu'à vérifier...
Des contre-sens :
- Et puis la démocratie n’exclut pas le fait du prince
Ah, ah. Expliquez-nous ça, en partant du sens de démocratie. Pas démocratie au sens français, merci. On sait qu'ils se foutent de la gueule du monde...
Même si au bout du bout, nous sommes d'accord. Macron avait raison de laisser tomber...

Écrit par : Géo | 28 janvier 2018

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Bonjour,

désolé pour le hors-sujet, mais vous trouverez ci-dessous un lien menant vers un article du site contrepoints (Libéral) sur le mythe de l'inégalité salariale entre hommes et femmes. Notamment, il faut visionner la vidéo de l'interview passionnante de Jordan Peterson par une journaliste de la BBC (30 mn sous-titrées).

Peterson est un psychologue clinicien canadien dont les travaux sont reconnus par la communauté scientifique. Présenté bien entendu comme proche de l'alt-right par les féministes radicales pour le discréditer. Alors qu'il n'est que conservateur.
Il s'est opposé au bill C 16 (qui veut imposer l'utilisation de certains pronoms pour s'adresser aux trans) et s'est donc vu refuser le renouvellement de ses fonds pour poursuivre ses recherches et aider ses étudiants.


L'interview aborde entre autre le mythe de l'inégalité salariale hommes/femmes. Les réponses de Peterson à cette journaliste offensive et bien-pensante sont magistrales jusqu'à la déstabiliser dans sa pensée univoque. À consommer sans modération.

Vous noterez la technique classique de projection utilisée par la journaliste comme le font les féministes queer/LGBT, radicales de la gauche extrême sans oublier la gauche culturelle (je souligne que je suis sans appartenance politique. J'essaie de voir le monde tel qu'il est..).

Où la psychologie comportementaliste rejoint les meilleurs travaux (souvent anglo-américains) en économie hors de toute idéologie.

Encore désolé pour le hors-sujet, mais les commentaires sont fermés sur les sujets idoines.

Bien codialement,

Laurent Jumel

PS : le lien : https://www.contrepoints.org/2018/01/25/308242-reponse-revee-a-penicaud-lecart-de-salaire-hommes-femmes

Écrit par : Jumel Laurent | 28 janvier 2018

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