06 novembre 2017

Femme, ne parle pas en mon nom (1) : l’insistance masculine

Ce billet en deux parties m’est inspiré par deux interventions de femmes à propos de la difficile entente entre les sexes. L’une demandait, sous un précédent billet, à ce que les hommes luttent avec les femmes contre les déviants. L’autre voudrait éduquer les hommes.

 


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Étant un homme je connais un peu les hommes. Je ne suis modèle de rien d’autre que de moi-même. Je n’ai aucun angélisme ni aucune vérité à communiquer. J’ai appris de mes expériences, et bien qu’hypersensible j’ai heurté comme j’ai aussi été heurté.

J’aime les femmes. En général elles me le rendent bien. Je l’écrivais précédemment, j’ai besoin de recevoir leur part des signes clairs, indiscutables. J’ai donc parfois pris des vents ou été recadré.

La dissymétrie des relations femmes-hommes est un questionnement déjà ancien pour moi. En gros, l’homme avance et la femme recule. Pourquoi cette dissymétrie? Ma réponse est multiple. Une femme prend des risques en faisant des avances à un homme.

Celui d’être enceinte sans désir – mais la contraception l’a atténué ou annulé pour beaucoup. Le risque aussi d’être mal jugée; l’éducation des filles a toujours fait prévaloir la réserve sur l’avancée, pour des raisons de protection (de grossesses non désirées en particulier).

Le risque également de ne pas tomber sur le bon géniteur. Car les stratégies sont différentes: là où les hommes multiplient les rapports pour étendre leur lignée, les femmes sélectionnent. Les femmes ne peuvent avoir qu’un enfant par année, même avec plusieurs amants, elles sélectionnent donc le meilleur géniteur, alors que les hommes peuvent en avoir beaucoup avec plusieurs femmes. La biologie a forcément modelé les comportements et les rôles sociaux.

La reproduction étant une fonction primordiale dans le vivant, et cela même dans une société civilisée, toute politique de séduction vise d’abord à cet objectif et à la survie du clan et de l’espèce.

 

 

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Pourquoi donc les hommes ne se sont-ils pas contentés de coucher et essaimer? Pourquoi se sont-ils laissés subjuguer par la domination émotionnelle des femmes et leur exigence d’exclusivité – alors qu’ils pourraient baisouiller partout sans se prendre la tête? Car il s’agit bien ici de la domination émotionnelle et reproductrice féminine.

Pourquoi, oui pourquoi les hommes se sont-ils laissés dominer? Pour coucher. Pour casser le système des couples alpha où seuls les dominants et dominantes procréaient. Pour les autres, les non alpha, c’était tintin. En acceptant l’exclusivité ils obtenaient une femme avec laquelle coucher régulièrement. Les femmes elles, obtenaient un protecteur lors des grossesses, et un nourrisseur.

Donc les hommes ont (plus ou moins…) accepté de n’avoir qu’une seule femme et de mourir à la guerre ou à la chasse au gros parce que c’était la condition posée par les femmes. Et encore aujourd’hui, les femmes quittent rapidement l’homme en cas de tromperie. Elle ne veulent pas partager l’attention ni le patrimoine matériel et génétique avec d’autres femmes. Elle voulaient, et veulent toujours, la sécurité et l’exclusivité.

Elles le disent elles-mêmes, encore au XXIe siècle. Elles veulent des hommes qui s’investissent rien que pour elles (il n’était pas assez là pour moi, disent beaucoup en quittant). Le deal en échange étant que l’homme a une place dans une famille et auprès des enfants.

Le couple est devenu exclusif – et par conséquent excluant – pour le besoin des femmes. Alors que le besoin masculin est de s’étendre et de marquer son territoire au travers de nombreuses femmes. Pour cela, seule une sexualité débridée et non excluante (donc inclusive) remplirait ce besoin.

 

 

femme,homme,séduction,insistance,harcèlement,weinstein,médicis,florence,sélection,harem,exclusif,inclusif,couple,dominationDouble message

La femme, possiblement par instinct, puis par stratégie et par éducation, a bridé, dominé les hommes depuis la nuit des temps. Mais entre le besoin masculin d’essaimer et de baisouiller tous azimuts, et l’exclusion sexuelle demandée par la femme, il y a conflit. Un conflit qui dure encore.

Pour être choisi durablement par une femme, un homme doit se montrer assez fort pour la défendre au besoin, assez bon géniteur, avec de l’audace et du courage pour la conquérir. Pour ces raisons les comportements de séduction sont différenciés. L’homme avance de manière visible, montre ses compétences, la femme montre sa beauté, attend et se réserve.

Dans ce comportement masculin, l’insistance est importante. Il ne doit pas lâcher au premier refus. Sinon il ne sera perçu comme n’étant pas à la hauteur. Schématiquement, l’homme insiste et la femme résiste. Ce schéma souffre cependant d’exceptions: certaines femmes cherchent de manière peu discrètes et harcèlent aussi.

La séduction féminine s’affiche habituellement dans l’habillement et le dévoilement ou la mise en valeur du corps, dans des regards, des attitudes, des manières de parler et d’écouter, dans la danse et le mouvement. De ce point de vue, quoi qu’en disent les slutwalk, l’habillement n’est pas innocent: c’est un signal (de séduction, de classe sociale, de niveau de revenu, d’appartenance, etc).

Une certaine discrétion dans la manière de faire permet aux femmes de se retirer sans casse ni jugement négatif si elles n’éveillent pas l’intérêt d’un possible partenaire. Mais cette même discrétion tend à faire passer un double message de la part de la femme: je te veux mais je ne te veux pas. Ou bien: je dis un non, pas trop excluant, mais j’aimerais peut-être quand-même. Certaines femmes ne seront peut-être pas d’accord avec cela; je dis bien que c’est un regard d’homme (même si nombre de connaissances féminines confirment cette idée).

 

 

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J’entends ces femmes: l’insistance masculine n’est pas toujours bien vécue. Soit elles ne sont pas intéressées par cette double stratégie, soit l’insistance est excessive ou mal reçue à cause de mauvaises expériences personnelles antérieures.

Il faut cependant distinguer clairement l’insistance et le harcèlement. Ce n’est pas toujours facile, ni pour la femme ni pour l’homme. L’insistance dure un certain temps, sinon ce n’est plus de l’insistance. Le harcèlement aussi dure.

La différence vient de la manière de faire de l’homme, voire de sa transgression brutale de la résistance féminine, et de l’interprétation qu’en fait la femme. Pour que cette distinction soit claire je redis ici: que ton oui soit oui, que ton non soit non. En tant qu’homme j’ai besoin de cette clarté.

Si le message est très clair, sans équivoque, sans peut-être implicite, sans bisous, tout forçage ultérieur peut être qualifié de harcèlement, ou pire: de viol s’il y a une réelle contrainte physique. Et le viol est une atteinte non seulement physique et émotionnelle, mais aussi très profonde de l’univers psychique féminin. De ce point de vue je ne crois pas comme certains et certaines le disent, que des femmes ont le fantasme d’être violées.

Le trouble actuel autour des affaires Weinstein et Ramadan, vues dans un regard masculin, peut être compris comme une rupture de l’équilibre dans le conflit intérieur de l’homme, entre l’exclusivité demandée par la femme et la pluralité désirée par l’homme. Je n’écoute pas la meute twittérienne, les tribunaux diront si les accusations sont fondées. Enfin, pour autant, dans le cas Weinstein, que l’argent accepté par certaines n’aura pas neutralisé toute reconnaissance pénale.

Ma lecture écarte une quelconque domination délibérée, systémique, de l’homme sur la femme. Le problème est ailleurs. Ces hommes sont dans un pouvoir, et le pouvoir atténue chez les hommes et les femmes la conscience de leurs limites. Je dirais que Weinstein est un florentin se donnant tous les droits, comme les Médicis alors maîtres de Florence, et que les féministes sont les Savonarole, des puritaines désirant être califes à la place du calife et déterminées à imposer leur nouvel ordre moral par, entre autres, la généralisation des accusations. C’est probablement pourquoi le féminisme tend à se confondre avec le socialisme, parce que celui-ci reste fondamentalement collectiviste dans son ADN. La droite aurait eu plus de mesure.

 

 

Deuxième partie ici.

 

 

Commentaires

AMEN !

Écrit par : Le Manticore | 06 novembre 2017

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"Le deal en échange étant que l’homme a une place dans une famille et auprès des enfants"

place qu'il n'a plus, les femmes l'obligent à être une mère bis et de plus éjectable. donc les femmes ne remplissent plus leur part du contrat.

magicmaman dit aux femmes la vérité

http://www.magicmaman.com/,autorite-le-monopole-des-peres,487,3382293.asp

5. Soyez toujours à l'unisson avec votre compagnon. Il a dit non là où vous auriez dit oui ? Alignez-vous sans hésiter. Quitte à en discuter ensemble plus tard, dans l'intimité. !!!

gros probléme actuel

Écrit par : leclercq | 06 novembre 2017

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Au sujet des rapports hommes-femmes. Je viens de tomber sur cette article concernant une chanson "faussement" misandre d'un groupe féminin.

Si on suit cette logique, ai-je le droit de dire que Bigard fait des sketchs "faussement" misogyne ?

Écrit par : Nessa | 06 novembre 2017

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Au sujet des rapports hommes-femmes. Je viens de tomber sur cette article concernant une chanson "faussement" misandre d'un groupe féminin. http://m.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20171106.OBS7004/cet-hymne-faussement-misandre-nous-fait-beaucoup-rire.html

Si on suit cette logique, ai-je le droit de dire que Bigard fait des sketchs "faussement" misogyne ?

Écrit par : Nessa | 06 novembre 2017

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@ Nessa:

Le parallèle avec Bigard tient la route.
Cette chanson ne me dérange pas plus que ça, un peu de 2eme degré, pourquoi pas? Mais je crois que beaucoup de filles n'ont pas attendu pour vanner les hommes entre elles, ou même en face: "Ils ne pensent qu'à coucher", "retardés émotionnels", ce discours a déjà été déroulé depuis longtemps. Moi je vois une caricature, et dans cette caricature il y a des traces de comment des femmes nous perçoivent.

Je vais poster une de mes nouvelles chansons sous peu, aussi 2eme degré, peut-être dans la suite de ce billet. Vous verrez...
;-)

Écrit par : hommelibre | 06 novembre 2017

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Vous parlez de désir d’exclusivité de la femme.

Mais vous oblitérez que l’homme veut aussi l’exclusivité de la femme et cherche à la gardez juste pour lui emotivement et physiquement!

Écrit par : Mireille | 06 novembre 2017

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@hommelibre

En effet la chanson est plutôt sympa. C'est le titre de l'article qui m'a fait réagir car l'inverse aujourd'hui est impossible . Des hommes qui se moquent gentiment des femmes sont forcément "réellement" misogynes

Ps: J'ai hâte d'écouter votre chanson ;)

Écrit par : Nessa | 06 novembre 2017

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@ Mireille,

Je garde votre question en suspens. Il y aura en effet un développement à apporter sur ce point. J'y reviendrai. Mais je vais d'abord aller au bout de la séquence sous l'angle entamé.

Écrit par : hommelibre | 06 novembre 2017

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@ hommelibre,

Vous écrivez ceci :

"Pourquoi se sont-ils laissés subjuguer par la domination émotionnelle des femmes et leur exigence d’exclusivité – alors qu’ils pourraient baisouiller partout sans se prendre la tête? Car il s’agit bien ici de la domination émotionnelle et reproductrice féminine. "

Ça m'a fait bien rire, parce que je me demandais comment ils faisaient dans un passé idéal pour trouver facilement avec qui s'adonner à ce besoin.
J'ai un problème de nombres.
On devrait donc s'imaginer une époque, où les femmes auraient été disponibles pour ce "partout sans se prendre la tête".
On imagine aussi que des femmes enceintes, celles qui avaient leurs règles (je me demande dans les temps anciens on trouvait ça super anodin), des femmes malades, allaitantes allaient être joyeusement partantes pour un petit moment de non-prise-de-tête ;-)))
On pourrait aussi s'imaginer qu'il fallait un peu de persuasion du type musculaire pour que ça puisse avoir lieu.
Bien sûr ça dépend si on se place à l'époque de homo habilis ou aux débuts de sapiens et dans les sociétés naissantes. Si on est chez des chasseurs-cueilleurs ou aux débuts de l'agriculture.
On peut rêver à un paradis perdu de copulation permanente, comme chez les bonobos, mais est-ce que ça nous aide à vivre aujourd'hui !?
Pourrait-on imaginer, rien qu'une seconde, que des hommes aient eu besoin d'avoir des chasses gardées ? P.ex. un besoin de territoire, non seulement en mètres carrées, mais en femmes attitrées ? Pas seulement des hommes alpha, mais que les bêta, gamma, delta aient eu envie de ne pas avoir à partager la ou les femmes avec lesquelles ils avaient des rapports et que pour cela, il fallait inventer des règles et donc des cultures ?
C'est à dire que le développement des foyers ait été bénéfique à tous, que ce que vous décrivez comme une soumission incompréhensible (domination émotionnelle des femmes) aurait pu être une garantie pour l'homme d'élever l'enfant issu de ses gênes à lui ? Quitte à ne pas être dans l'émotion, mais juste de s'assurer qu'un autre homme ne profiterait pas de se reproduire sur son territoire.
Si la femme était (déjà) dans l'émotion, l'homme pouvait être dans la survie assurée de ses gênes à lui.
A mes yeux, l'exclusivité est désirable pour les deux parties, mais pour des raisons différentes. S'imaginer que les hommes auraient partagé les femmes disponibles de façon indifférenciée me semble présupposer que cet humain mâle n'aurait aucune propension à la rivalité ou à la territorialité. Ce qui me semble ne pas être le cas dans la réalité.

L'invention du besoin fort de virginité peut aussi être une idée émotionnelle féminine, mais comment le prouver ? L'homme y aurait-il aucun intérêt ? Comme exclusivité de la paternité traçable, la virginité est ce qu'on fait de mieux.

Je ne sais pas si je suis restée dans le périmètre du billet ... Je n'arrive juste pas à considérer les hommes et femmes comme des planètes séparées, surtout quand on parle de leurs relations ! ;-)))

Écrit par : Calendula | 07 novembre 2017

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Je trouve très sain de partir du biologique pour tenter quelques explications.
Je me réjouis du développement sur les questions d'exclusivité qui semblent suggérer que l'aspect social a pris le dessus, ou rivalise sérieusement avec le besoin atavique de survie de l'espèce.
Et je rappelle à Calendula qu'avant, on ne vivait rarement au delà de 50 ans.

Écrit par : Pierre Jenni | 07 novembre 2017

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