02 novembre 2017

Le blues de Mélenchon

Il était presque touchant Mel E, quand il déclarait, avec une moue d’amertume, qu’Emmanuel Macron avait le point. Le combat contre la Loi travail a échoué. Pas d’union entre la France Insoumise et les syndicats. Pas de mouvement étudiant. Et si peu de monde dans la rue.

 


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Pour une fois j’ai apprécié son attitude. Il était lucide le grand méchant loulou: « Faut pas chercher à le cacher, parce que si on raconte des histoires, on n’est pas crédible. Sa réforme libérale, il se vante d’y être arrivé en cinq mois. Bon, il y est arrivé. »

Il a bien lancé une perche en direction de ceux dont la vie professionnelle va bientôt commencer: « C’est clair que si la jeunesse se met en mouvement, ça y est, c’est parti, mais ce n’est pas le cas. »

Mais la révolution n’est pas à l’ordre du jour. Les Grecs rouges, auprès desquels il était allé prêcher sa bonne parole, ont accepté de rester dans le bleu de Union Européenne; le Pouitch-Pouitch catalan n’avait plus la frite, il a fui les tapas et s’est réfugié dans une ancienne possession espagnole: la Belgique; la France ne s’est pas soumise aux insoumis. La révolution sexuelle s’achève peut-être, dans une ambiance de tribunal de rue où l’État de droit régresse plus vite que l’herbe folle chez Monsanto.

Le coup de blues  du leader maximo français, c’est un peu tout ça en vrac dans ses quelques mots et expressions du visage. Sur C dans l’air des invités analysaient lundi sa panne politique. On sentait chez eux presque une tendresse pour Mel.

 

 

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Après avoir tressé des couronnes à Wauquiez, futur patron des Républicains selon les pronostics, Nathalie Saint-Cricq et Roland Cayrol ont déroulé une analyse du cas Mélenchon qui semble assez juste.

Ils ont souligné l’isolement du leader. C’est vrai que, peut-être grisé par la haute idée qu’il se fait de lui-même, il a envoyé promener le parti communiste, qui lui avait pourtant servi la soupe lors de la campagne présidentielle. Pas très reconnaissant le bonhomme.

Les syndicats lui ont opposé une presque fin de non recevoir. Le parti socialiste dont la voix du petit Benoît semble engloutie dans les catacombes, ne va sûrement pas travailler pour lui vu la manière qu’a Mélenchon de vouloir tout phagocyter autour de lui. Et ses moues arrogantes ne sont plus aussi télégéniques que quand il paradait tout seul sur scène comme le sauveur moral de la France.

Nathalie Saint-Cricq a rappelé également qu’après la défaite de Jospin en 2002 Mel E s’était calfeutré dans un silence bougon, à ruminer tout seul.

Elle l’a décrit, assez justement, comme trop variable pour être un leader durable. On se demande s’il n’est pas cyclothymique.  Elle dit même de lui que ce dégagiste est aujourd’hui lui aussi dégagé.

 

 

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L’arroseur arrosé en somme. La tornade Macron l’a terrassé. Macron dont je dois dire, rétrospectivement et après quelques mois, qu’il a bien joué sa partition. Son premier ministre Edouard Philippe est même la personnalité préférées des écoliers dans l’émission Au tableau sur C8. Alors que Mel E n’a pas trouvé grâce à leurs yeux. Est-ce un signe des temps? Cette gauche-là a-t-elle déjà perdu la génération à venir?

Il a joué une partition trop solo, sans soigner ses alliances. Trop sûr de lui. Trop égocentrique et narcissique. Trop imbus de son rôle de sauveur. Trop moraliste. La politique n’a pas besoin de morale, la loi y suffit. Les moralistes politiques soit finissent mal comme Fillon, soit deviennent des dictateurs.

Aujourd’hui Mel tape sur l’Union Européenne, le regard en coin vers l’électorat frontiste, puis va se faire voir chez les Grecs pour remonter le moral aux membres du nouveau parti de gauche Plefsi Eleftherias (Cap vers la liberté). C’est là qu’il s’est épanché sur sa défaite, désabusé et un peu voûté (vidéo en fin de billet).

La jeunesse ne lui offre pas de Grand Soir. Dans cette émission C dans l’air, un reportage montre les jeunes socialistes français reprenant les logiciels de leurs aînés et tentant de draguer de nouveaux adhérents pour un PS exsangue, vidé de son sang par Emmanuel-le-vampire. Ils se font remercier poliment par des étudiantes et des étudiants surtout préoccupés par leur avenir professionnel.

 

 

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La jeunesse française, bien loin de Mai 68, n’a plus de boussole politique. Elle s’accommode de la Ve République. Les idéologies gauchisantes semblent n’éveiller plus qu’un sourire compatissant et distant.

Oh, rien n’est jamais joué en France. Les convulsions y sont toujours possibles. Mais je doute que la jeunesse se reconnaisse encore par exemple dans Hamon, si benoît, si inaudible et sans portée, ou dans l’insoumission selon Mélenchon.

D’ailleurs le nom France Insoumise n’est pas bon. L’insoumission est un slogan réactif dans un moment politique. C’est comme un vent d’orage, pas un alizé. Mel E le sait, lui qui a joué presque toute sa campagne sur le pathos assombrissant de la colère nationale, sans la lumière rassurante et les vents réguliers qui portent un candidat vers la cime.

Le jeune Emmanuel dissertait sur le printemps avant de s’envoler vers l’Olympe. Le Jean-Luc, lui, sombre maintenant dans l’arrière automne. Il se fige dans la morte saison des anciens Celtes (Halloween).

Bientôt on trouvera un masque de carnaval à son effigie. Un masque de père fouettard fatigué et peut-être, comme Nathalie Saint-Crick-me-croque cap’tain Haddock le suggérait, trop âgé pour reprendre le bâton. Tout le monde n’est pas Moïse.

Merluche semble sonné par l’uppercut du jeune Emmanuel. Il a le blues. Il a perdu la main. Et visiblement ce n’est pas le pied.

 

 

 

 

 

 

Commentaires

"Après avoir tressé des couronnes à Wauquiez, futur patron des Républicains selon les pronostics, Nathalie Saint-Cricq et Roland Cayrol"
Vous avez dû rêver...

Écrit par : Géo | 02 novembre 2017

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C'est ce que je pense en synthèse de cette séquence. Les critiques, par exemple sur son discours clivant, ont été inclues dans sa stratégie de reformation d'une droite plus solide que par le passé. Son statut d'énarque surdoué, en apparente contradiction avec l'idée d'une droite populaire, était contrebalancé par son ancrage dans une région terrienne. Au final ils l'ont posé comme un futur président potentiel, sur un ton ayant admis qu'il en a les moyens.

Écrit par : hommelibre | 02 novembre 2017

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"en synthèse de cette séquence", "tressé des couronnes à Wauquiez" n'est pas la formule pertinente. Ils ont simplement analysé sa situation...

Écrit par : Géo | 02 novembre 2017

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