13 octobre 2017

Catalogne, Crimée, Slovaquie : le temps des séparations

Le référendum sur l’indépendance catalane partage quelques points en commun avec celui de Crimée en mars 2014. Dans les deux cas il y a absence d’accord ou même de discussion préalable avec l’État central (mais en Ukraine il n’existait plus de représentation politique nationale légitime au moment du vote).

 


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Il existe des communautés linguistiques et historiques différentes, et des régions ballotées historiquement entre différentes influences ou sous la domination de souverainetés extérieures, mais ayant préservé une culture et une identité fortes et affirmées.

Les gouvernants occidentaux ont reproché à a Fédération de Russie d’avoir manoeuvré pour obtenir le référendum en Crimée. L’enjeu: Sébastopol est le grand port donnant accès à la Méditerranée, important pour Moscou qui joue un rôle majeur dans l’évolution du Moyen-Orient.

Mais en Ukraine, le coup d’État (porté par des groupes inspirés d’anciennes milices pro-nazies: bataillon d’Azov, Pravy Sektor) a fait ressurgir de vieilles querelles. La suppression de la langue russe comme langue régionale officielle de l’est russophone du pays a été l’un des déclencheurs du conflit du Donbass.

Une identité linguistique, historique, ethnique ou géographique, peut donc servir de liant à une revendication nationale. Avoir son propre territoire et sa propre administration souveraine, pour y vivre selon les règles d’une communauté d’intérêts ou de coeur, reste aujourd’hui d’actualité.

Le référendum en Crimée a fait l’objet de nombreuses critiques en occident. Des juristes internationaux sont montés à la barre. Leurs avis sont encore divisés. La péninsule a connu plusieurs peuplements et régimes différents: quelle identité faire prévaloir pour déterminer une souveraineté? Selon quelle procédure? Les habitants de Crimée ont choisi: le champ de force russe plutôt que le champ de force atlantiste.

 

 

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Comme questionné par une internaute sous un précédent billet, quelle date prendre en référence pour déclarer une souveraineté? Quelle ancienneté historique, linguistique, culturelle, fait le creuset d’une identité régionale durable? Peut-on, doit-on encore aujourd’hui se satisfaire de ces notions d’identité? N’impliquent-elles pas un risque automatique de guerres?

La citoyenneté est parfois mise en avant pour diminuer l’impact des identités régionales et des nationalismes qui s’y expriment. L’égalité devant la loi est censée remplacer les différences culturelles ou autres, différences accusées de porter en elles ce qui conduirait inexorablement à des tensions nationales, internationales et à des privilèges bien éloignés de la notion d’égalité.

Or la citoyenneté n’est pas une identité de regroupement, nécessaire au développement social des hommes. Elle est un statut, et éventuellement une fonction (quand il faut voter, par exemple), rien de plus. Elle n’est identité (partielle) qu’en regard du pays où elle s’exerce: nous sommes citoyens dans un pays qui nous reconnaît certains droits.

Au nom de leur histoire, la Tchéquie et la Slovaquie (image 2), anciennement fédérées dans l’entité Tchécoslovaquie, se sont séparées à l’amiable en 1992 après la fin du régime soviétique. Qu’il s’agisse de volontés populaires validées par un vote, ou de pression guerrières comme pour la fin de l’ex-Yougoslavie, les frontières européennes ne sont pas définitives.

 

 

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Plus le système qui contient les États est grand (Union européenne), plus le besoin de repères de proximité se fait sentir. On peut s’attendre encore à un nombre difficile à établir de revendications nationales, ou nationalistes.

Ce nationalisme-là ne repose pas sur la création d’un ennemi et sur une volonté guerrière et dominatrice, mais sur la défense de ses intérêts exprimés en tant que groupe.

Et hors d’Europe? La liste des candidats à l’indépendance est impressionnante. J’imagine que l’Afrique passera par ce genre de revendications régionales, tant les origines culturelles des peuples qui composent la plupart des pays y sont mélangées. L’Asie également connaît de nombreuses revendications autonomistes, superposées à des origines ethniques ou historiques spécifiques. Le Tibet et le Mianmar en sont aujourd’hui des exemples.

Les Amériques ne sont pas épargnées par des volontés autonomistes ou indépendantistes. Au Canada la question est toujours ouverte depuis la phrase de De Gaulle: « Vive le Québec libre! » Aux États-Unis on peut citer l’Alaska, la virtuelle République du Lakota (directement liée aux revendications ethniques et nationalistes des amérindiens Lakotas), Porto Rico, entre autres candidats plus ou moins sérieux.

Les Antilles françaises connaissent des mouvements indépendantistes. En Bolivie un président indien a été à la tête du pays il y a dix ans, mettant en avant l’identité d’origine des boliviens.

Certaines revendications autonomistes disparaîtront peut-être avec le temps. Mais la tendance mondialiste pourrait aussi bien en éveiller d’autres, aux fins de préserver des pouvoirs de proximité adaptés aux réalités régionales: langue, culture, ressources énergétiques, etc.

La question catalane est donc à suivre avec beaucoup d’attention. Quelle que soit son issue elle illustre aujourd’hui la contradiction entre une volonté d’unité politique de la planète (mondialisation) et la préservation d’identités spécifiques plus proches des humains et de leur histoire (régions souveraines).

 

 

 

13:59 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : catalogne, slovaquie, crimée, indépendance, autonomie, mondialisation, régions | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

L
Europe s est faite sans les peuples elle sera défaite par les peuples.

Écrit par : Maendky norbert | 13 octobre 2017

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Chaque cas est particulier, mais pour ne parler que de la Crimée, en résumé et sans prétention d'en être un grand spécialiste: Sa population est a 90% russophone et elle faisait partie d'une façon ou d'une autre de la Russie depuis le 18eme siècle et jusqu'en 1954. Ensuite par je ne sais trop quel arrangement interne, la très démocratique URSS l'a rattaché a l’Ukraine. Ce qui veut dire qu'il s'y trouve encore une majorité de gens nés russes, ou leur descendant direct de 1ere génération.

Alors je trouve étonnant comme la très démocratique UE, manifestement plus soucieuse de ses intérêts géopolitiques, de ses problèmes internes, et du salaire de ses bureaucrates-députés que de l’autodétermination des peuples, a balayé d'un simple revers de main la volonté populaire exprimée dans le referendum.

Écrit par : Justice | 13 octobre 2017

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La liste des revendications, fort longue et intéressante, n'est pas à jour en ce qui concerne la Suisse. Le canton du Jura existe depuis qu'une votation a permis de le constituer par la séparation d'une partie du canton de Berne, l'ancien "Jura bernois". Très récemment (18 juin 2017) une nouvelle votation a permis à la ville de Moutier de rejoindre cet ensemble.
Il faut relever cependant que toute l'histoire de ce qui est devenu la Confédération helvétique s'est fait par une lente agglomération de régions (ou cantons) selon leurs voeux et avec l'accord de ceux qui avaient déjà rejoint cet ensemble. L'autonomie dont jouissent ces cantons ainsi que le système politique en place aux niveaux des communes, cantons et de la Confédération est assez particulier pour avoir permis que ces regroupements ont pu se faire sans violence excessive et dans le respect de la légalité.
Ces particularités, parmi d'autres, ont permis à notre pays d'éviter d'éviter, dans l'histoire récente du moins, d'éviter des affrontements fratricides et des séparations qui ne pourraient être que mortelles, me semble-t-il, et de les circonscrite aux habituelles querelles de mots plus ou moins bons sur les particularités, généralement des défauts, attribuées avec plus ou moins d'esprit et de bon goût, aux voisins, parfois externes aussi bien qu'internes.

Écrit par : Mère-Grand | 13 octobre 2017

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Maendky norbert dit:"L Europe s est faite sans les peuples, elle sera défaite par les peuples".

Dites donc, blague à part!

Si on parle de l Europe comme s il s agisse de l Union Européenne (UE), cette UE n a jamais été qu une Désunion Européenne qui prive d une part chaque pays membre de sa souveraineté et d autre part en éliminant la Russie qui fait partie intégrante de l Europe, faudrait il le rappeler? Tout cela a été fait depuis la 2ème guerre mondiale afin que l Europe (= UE + la Russie) ne deviendrait pas une grande puissance concurrente aux USA tant économique que militaire que culturelle que politique et qui tiendra tête à cette hégémonie américaine.

Cette Dés-"union" Européenne (dite faussement UE) a été fabriquée par d anciens nazis, par des fanatiques pro-américains et surtout aujourd hui la main mise de l Otan sur cette UE.

Peuples européens contre l Otan dans tout ça, tu parles!! Parlons de l Otan et ça sera plus claire. C est l Otan qui a fait et qui défait cette UE...Rappelez vous de Kissinger qui disait: "L Union européenne, c est quoi son numéro de téléphone, SVP", pour dire....

Bien à Vous
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 14 octobre 2017

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Les indépendances sont à chaque fois des cas particuliers. Se diviser en deux d'un commun accord est certainement plus simple que de voir partir une région prospère ou stratégique.

Si on tente de lire des choses sur l'auto-déterminations des peuples, on se rend compte qu'il y a une géométrie très variable et qu'il s'agit d'un idéal vers lequel on tend, mais qui reste très flou. La raison du plus fort en en principe la meilleure.
Simplement l'article de Wikipedia est édifiant :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Droit_des_peuples_à_disposer_d%27eux-mêmes


J'ai l'impression qu'il est difficile de revenir sur une indépendance chèrement acquise, qu'elle soit récente ou relativement ancienne, donc de fusionner des pays qui appartenaient autrefois à un grand ensemble, comme p.ex. l'Autriche-Hongrie.
En revanche, il est plus simple d'imaginer de nouvelles subdivisions et séparations, comme celle de l’Écosse.
Vu d'ici, il est difficile d'évaluer si l'autonomie dont sont censées jouir les 17 régions d'Espagne est de nature à justifier la création d'états indépendants.

Il me semble que dans l'Europe du XXIème siècle, on devrait oser l'organisation de référendums en bonne et due forme, avec un débat honnête.
En cela, l'exemple du Brexit devrait rester un cas d'école et permettre de mieux faire à l'avenir et se souvenir du cas du très médiatique et charismatique N. Farage a admis face caméra avoir donné des chiffres mensongers et dont il savait qu'ils étaient faux.

https://www.rtbf.be/info/.../brexit-or...brexit/detail_brexit-farage-argument-fallacieux?id...

https://portail-ie.fr/analysis/1543/brexit-politique-medias-la-victoire-du-mensonge

On a parfaitement le droit d'avoir ras le bol d'une relation, qu'elle soit amoureuse ou d'appartenance nationale et décider selon son cœur et ses émotions, au lieu de "penser aux enfants" ou de calculer les conséquences financières et économiques.
Ensuite, il faut assumer les conséquences et c'est plus difficile s'il s'agit de toute une nation et pas seulement d'un couple et d'une famille. La responsabilité est vraiment toute autre.

Écrit par : Calendula | 17 octobre 2017

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