14 septembre 2017

La bataille du tilde

Biodiversité, diversité culturelle et ethnique, diversité politique, diversité des choix de vie et des orientations sexuelles: mais pas de diversité linguistique. Enfin pas trop. Par exemple le tilde.

 


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Un couple breton voulait prénommer son fils Fañch, selon sa langue régionale. On comprend que ce couple est attaché à sa région, sa culture et sa langue, le breton. D’ailleurs en Bretagne quelques écoles enseignent dans leur langue régionale. Mais cela ne semble pas aller de soi juridiquement et l’État civil a refusé ce prénom, puis l’a accepté, avant que la justice ne tranche et ne refuse une nouvelle fois.

Le problème? C’est le signe diacritique sur le N, comme en Espagne. On ne le trouve pas en français. Mais en breton, oui. Quoiqu’en français il fut bien en usage, il y a longtemps, vers le XVIe siècle. Il fut même présent dans le dictionnaire de l’Académie Française jusqu’en 1932. Excusez du peu!

Puis il tomba en désuétude. En 1990 le fameux rapport sur les corrections orthographiques recommandait de l’abandonner définitivement afin de franciser la langue. Le pouvoir central a régulièrement lutté contre les particularismes régionaux, en particulier les langues.

Pourtant, si aujourd’hui la Bretagne peut proposer l’école en langue bretonne, c’est grâce aux particularistes, aux régionalistes, aux locaux, aux défenseurs des identités spécifiques, aux défenseurs des brins d’herbes contre les bétonneurs.

C’est également grâce à la philosophie politique de la libre détermination des peuples, qui est venue de la sphère internationale (décolonisation externe) pour contaminer la sphère locale (décolonisation interne).

 

 

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La justice a donc tranché en défaveur du tilde, ce petit signe représenté comme une vague dans la langue castillane, en portugais et en breton, que l’on voit habituellement sur la lettre Ñ pour indiquer que la prononciation est « egne »: ~. Il sert à indiquer un son nasal.

Alors quoi? On peut choisir son sexe social (son genre), son identité, sa religion, mais pas un signe diacritique dans sa propre langue? Un signe qui pourtant a existé?

Je comprends que l’on tente d’unifier une langue. Je comprends moins qu’en autorisant l’enseignement dans cette langue on interdise un prénom, en l’occurrence Fañch, à cause d’un diacritique importun, alors qu’il est un signe de diversité culturelle.  Pourquoi?

« Une circulaire datant du 23 juillet 2014 vise en effet à fixer des règles communes aux actes de l’état-civil. La première d’entre elles concerne l’usage des signes «diacritiques», comme les accents.

Pour cela, elle se fonde notamment sur la loi du 2 Thermidor de l’An II, soit le 20 juillet 1794. Celle-ci stipule qu’il «ne pourra être enregistré aucun acte (...) s'il n'est écrit en langue française.» (…) La circulaire considère donc comme «seuls signes diacritiques admis» les points, tréma, accents et cédilles, «tels qu'ils sont souscrits ou suscrits aux voyelles et consonne autorisés par la langue française», à savoir «à - â - ä- é - è - ê - ë - ï - î - ô -ö - ù - û - ü- ÿ-ç». Le «ñ», qui existe par exemple en langue espagnole, est donc exclu. »

 

Adieu la diversité culturelle. La justice fixe la langue contre votre désir.

Adieu Doña Elena, de Plougastel ou de Tréflaouénan. Je vous rêvais Celte ou Ibère. Vous n’êtes que Française.

 

 

 

17:25 Publié dans Art et culture | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : bretagne, langue, tilde, région, identité, diversité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

@Géo
Ben non, il semblerait que le portugais utilise bel et bien le tilde.
Note wikipédia : Le portugais a étendu ce procédé pour noter la nasalisation des voyelles : ã correspondant alors à an, par exemple (lat. canes > port. cães).

Écrit par : aoki | 15 septembre 2017

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Oui, pourquoi?
J'aimerais penser que c'est tout simplement pour une raison pratique, les claviers ne comportant pas le Ñ.
Mais je crains avoir tort, hélas.

Écrit par : colette | 15 septembre 2017

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En effet Colette il n'existe pas sur les claviers. En français les lettres GN l'ont remplacé.
Mais on peut l'avoir avec une combinaison de touches, comme pour le E majuscule accentué ou pour le tréma et le circonflexe.

Personnellement je trouve que c'est un signe esthétique, mais cela n'y fait rien! :-)

Écrit par : hommelibre | 15 septembre 2017

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En effet Colette il n'existe pas sur les claviers. En français les lettres GN l'ont remplacé.
Mais on peut l'avoir avec une combinaison de touches, comme pour le E majuscule accentué ou pour le tréma et le circonflexe.

Personnellement je trouve que c'est un signe esthétique, mais cela n'y fait rien! :-)

Écrit par : hommelibre | 15 septembre 2017

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Vous avez raison, cette vaguelette dansant sur les lettres est même poétique je trouve...
En catalan, puisqu'on parle tant d’eux en ce moment, le ñ est remplacé par ny.

Écrit par : colette | 15 septembre 2017

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Sur mon clavier, on obtient le tilde avec la touche Alt gr, à droite de la barre espace et le signe ~ tout en haut à droite...
Aoki@ Bien vu. Je m'étais bloqué sur le son "Gn"...

Écrit par : Géo | 15 septembre 2017

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Sur mon clavier Mac, non étendu, il faut Alt + n, ce qui produit déjà le tilde, puis relâcher Alt et taper à nouveau N (majuscule ou minuscule selon le besoin) pour avoir le ñ.

Écrit par : hommelibre | 15 septembre 2017

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Oups, j'ai fait la même erreur. Je corrige.

Écrit par : hommelibre | 15 septembre 2017

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