22 août 2017

Tour Eiffel et attentats : la loi du nombre

Le bon Gustave Eiffel n’imaginait pas que sa tour deviendrait un jour le sémaphore des attentats terroristes. La technologie aidant il est aujourd’hui possible de l’éteindre d’un coup, ou de l’éclairer en couleurs multiples, ou étage par étage afin de reproduire les drapeaux nationaux.

 


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Ainsi ces dernières années chaque attentat majeur a été signalé par l’éclairage de la grande dame métallique. Les villes de Barcelone, Manchester, Kaboul, Saint-Petersbourg, Londres, Téhéran, Orlando, Alep (mais pas Mossoul?), entre autres, ont ainsi été saluées par cette empathie politique visible.

Les peuples et les nations usent de symboles pour exprimer et communiquer rapidement l’état d’âme d’un moment ou le soutien à d’autres peuples et nations. La tour Eiffel symbolise Paris, qui symbolise la grandeur française. Par l’éclairage du monument c’est donc toute la France éternelle qui est supposée apporter sa compassion et son soutien moral à ceux qui ont été touchés dans leur chair.

Le côté positif de la chose est que les victimes ne se sentent pas seules. Une partie du monde est attentive et sensible à leur souffrance. L’internationalisation du soutien, sa visibilité, sont aussi des manières de dire non, de réagir contre la violence. C’est inefficace et ne change en rien la détermination des assassins. Mais cela rassure et grégarise la population dans un réflexe d’indignation partagée.

Le côté négatif est la hiérarchisation de la vie humaine qu’elle induit. En effet la tour n’est pas éteinte ou éclairée aux couleurs d’un pays si un seul individu tombe sous les coup d’un fana du djihad, ou si l’attentat n’atteint pas une certaine dimension médiatique associée soit à l’importance attribuée à la ville (ou au pays) soit au nombre de victimes.

Au Burkina Faso, on doit se demander combien d’attentats et de morts feront enfin éteindre la tour, car les attentats de Ouagadougou n’y suffisent toujours pas (47 morts depuis janvier 2016 dont 18 tout récemment).

 

 

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Quant au père Hamel, de Saint-Etienne-de-Rouvray, égorgé dans son église devant les fidèles il y a un an, aucun signal n’a été donné par la tour.

Différents critères servent donc à discriminer les bénéficiaires de l’empathie d’Anne Hidalgo, le maire de Paris. Le principe premier est le nombre: plus il y a de victimes, plus il y a d’indignation. Un classique: dans presque tous les domaines le nombre détermine le niveau de la réponse. Pour les victimes, comme pour les like sur Facebook, et comme pour les migrants, entre autres.

Je ne veux pas minimiser l’importance des symboles et de leur utilisation par les autorités, même si celles-ci font des choix discriminants. Je souligne seulement qu’il y a discrimination par le nombre, le pays et la ville.

De plus l’extinction ou l’éclairage particulier devient un spectacle répétitif. L’usage trop fréquent des symboles tend à les affaiblir. On se souvient que les chefs d’État ont défilé à Paris suite au massacre de l’équipe de Charlie Hebdo. Mais ils ne sont pas revenus après le Bataclan ni après Nice. Défiler une fois est un signe fort. Défiler à chaque fois perdrait de l’impact: c’est la rareté d’un tel événement qui lui donne sa force. Encore une question de nombre.

Notre société rend les choses visibles en orchestrant le show selon une culture de l’émotionnel et de l’instantané. Et dans cette même logique elle les fait oublier rapidement, remplacées par d’autres, puis encore d’autres.

 

 

 

 

 

12:29 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tour eiffel, attentats, burkina faso, manchester, ouagadougou, paris, charlie, indigntion, hamel, hidalgo | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

N'attirez pas trop l'attention des terroristes sur la tour Eiffel - ça pourrait devenir leur prochain objectif...

Écrit par : Mario Jelmini | 22 août 2017

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"N'attirez pas trop l'attention des terroristes sur la tour Eiffel - ça pourrait devenir leur prochain objectif..."

C'est leur objectif! Et les politiques le savent....

"Le seul projet d'attentat très avancé à avoir été identifié par la justice française au cours des années 2000 était celui qui devait frapper la cathédrale et le marché de Noël de Strasbourg, en 2000. Les polices française et allemande avaient alors démantelé un groupe juste avant qu'il ne passe à l'action."

Cela n'a été divulgué qu'en 2001!

http://www.lexpress.fr/actualites/2/actualite/la-france-moins-inquiete-pour-des-attentats-mais-reste-en-veille_1028601.html

Écrit par : Patoucha | 24 août 2017

http://lesmoutonsrebelles.com/les-dix-strategies-de-manipulation-de-masse-que-nous-subissons/

Ca fait toujours plaisir à relire :-)

Écrit par : absolom | 22 août 2017

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"Notre société rend les choses visibles en orchestrant le show selon une culture de l’émotionnel et de l’instantané. Et dans cette même logique elle les fait oublier rapidement, remplacées par d’autres, puis encore d’autres."

Excellent!

Écrit par : Patoucha | 23 août 2017

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Bonjour. Rien à voir mais j'aurais aimé votre avis sur Lallab. En tant que femme que les médias de gauche puisse soutenir une association misogyne et islamiste me fait peur.

http://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/stop-au-cyberharcelement-islamophobe-contre-l-association-lallab_1591443

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/08/23/31003-20170823ARTFIG00098-celine-pina-l-etat-doit-denoncer-clairement-l-association-lallab-laboratoire-de-l-islamisme.php

Écrit par : Nessa | 23 août 2017

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Ci-après, un article analogue publié le 21 août sur https://charliehebdo.fr/le-direct/ :

HOMMAGE NOCTURNE
Par Gérard Biard - 21/08/2017
La tour Eiffel éteinte, c'est comme les minutes de silence. C'est désormais le service minimum imposé après chaque attentat. Après les attaques de Barcelone et de Cambrils, ça n'a pas raté : le symbole de la Ville lumière a été débranché. Comme ce fut le cas pour les attentats de Manchester, de Londres, de Berlin, de Stockholm, de Bruxelles...
Cet hommage sous forme d'extinction des feux est évidemment rendu lorsque l'Europe est frappée. Mais pas seulement. En cherchant un peu, on trouve toujours une bonne raison. La tour Eiffel a été éteinte le 26 mai, quand des chrétiens avaient été visés en Égypte. Elle l'a été le 31 mai, après l'attentat dans le quartier des ambassades à Kaboul, qui avait fait plus de 150 morts : des représentations diplomatiques occidentales avaient été touchées. Elle l'a été le 8 juin, après l'attaque kamikaze contre le Parlement et le mausolée de l'ayatollah Khomeyni à Téhéran - hommage à un ancien hôte de la France ?...
Bien sûr, l'indignation symbolique ne peut pas être partout. Les victimes de Boko Haram au Niger, au Nigeria, au Burkina, au Cameroun, par exemple, n'ont eu droit à aucune extinction, à part la leur. Idem pour les victimes des franchises asiatiques de Daech. Il est vrai que si l'on devait éteindre l'électricité à chaque fois que l'idéologie islamiste tue quelqu'un dans le monde, on passerait notre temps dans le noir...

Écrit par : Mario Jelmini | 23 août 2017

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@ Mario:

Je me retrouve sur la même ligne que Charlie? Tout arrive...

Il faudrait parfois changer de symbole, être créatif et moins répétitif.
Un aspect intéressant de ces hommages est l'éclairage de la tour aux couleurs du drapeau du pays. En Europe en effet les "nations" restent très prégnantes. On n'éclaire pas avec le drapeau européen, alors qu'aux USA c'est toujours le drapeau de l'Union, jamais le drapeau d'un État. Et aucune manif d'empathie ne se fait sous le drapeau aux étoiles. On utilise les couleurs soit du pays, soit de la ville.

Écrit par : hommelibre | 24 août 2017

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