26 juillet 2017

Statut de Brigitte Macron : emploi familial ou gardienne des nappes à fleurs ?

Il l’avait dit pendant la campagne: le nouveau président français veut un statut et un budget pris sur les fonds publics pour son épouse. Ce serait anecdotique s’il n’y avait un problème constitutionnel en vue. Car rien n’est prévu dans ce sens et je ne vois pas comment en démocratie un statut pourrait être accordé par le seul fait du prince.

 


brigitte macron,statut,président,france,constitution,princePotiche. Ou pas.

Les français élisent une personne, pas deux. Que fera le conjoint de l’élu pendant ces cinq années d’Élysée forcé? Le sujet mérite réflexion. Mais est-ce une réflexion au niveau de l’État? Je n’en suis pas sûr. C’est d’abord une réflexion et un choix de vie dans le couple. 

Rien n’est donc prévu dans la Constitution pour cette deuxième personne qui prend place au sommet grâce à l’élection de la première. Elle n’a aucun statut. Emmanuel Macron soutenait récemment cette idée de statut en disant, à propos de son épouse: « Les Français solli­citent Brigitte Macron sur des centaines de cour­riers par jour. Elle ne va quand même pas dire : ‘J’ar­rête, je vais m’oc­cu­per des nappes et des fleurs à l’Ely­sée’. »

Au passage on remarque que le président a une curieuse et vieillotte image de femme de conjoint. L’image d’une potiche reléguée aux forcément dégradantes tâches ménagères et aux activités futiles. Cette image imprégnée du féminisme victimaire est inexacte: les conjointes ont toujours été actives. Sans statut mais grâce à leur visibilité elles se sont engagées dans des oeuvres de bienfaisance. Seule Claude Pompidou a refait la déco du palais de l’Élysée, en plus d’animer une fondation qui porte son nom, fondation qui aide entre autres les personnes âgées. Et Claude Pompidou n’était pas connue pour être une potiche.

 

 

Le fait du Princebrigitte macron,statut,président,france,constitution,prince

Pourquoi Brigitte Macron (et les suivantes ou les suivants) aurait-elle un statut particulier? Pour en finir avec l’hypocrisie, disait le jeune Emmanuel pendant sa campagne électorale. Quelle hypocrisie? Parce qu’elle accompagne son conjoint dans les réceptions, les voyages, les visites à la crème mondiale des hommes et femmes politiques? Il n’y a aucun mandat impératif à cela. Par exemple on ne voit le mari d’Angela Merkel ni participer aux réunions du G7 ou du G20 ni serrer la pince aux princes de ce monde.

En l’état elle dispose d’une petite équipe de 3 collaborateurs et deux secrétaires, plus deux agents de sécurité. En proposant d’officialiser un statut, Emmanuel Macron déborde du cadre électoral et constitutionnel. Ou même du simple engagement professionnel d’une personne par l’Élysée puisque celle-ci aurait un statut unique et privilégié, statut dû non à son mérite ou à ses compétences mais au poste de son conjoint.

La Constitution ne peut pourvoir à ce statut. Le conjoint n’est ni élu ni choisi par concours. Peut-il être engagé? Si oui, par qui? Pas par le président: la loi de moralisation bientôt vote interdit désormais aux députés d’engager des assistants parlementaires membres de leur famille. On voit mal le président se réserver un tel droit s’il l’interdit aux élus.

L’utilité de ce statut, s’il voit le jour, ne sera pas pertinente. Cela tient de la lubie personnelle plus que d’une raison d’État. C’est un cadeau offert à sa compagne. Un cadeau princier. 

La France n’est pas encore sortie de la monarchie républicaine.

 

 

 

11:59 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : brigitte macron, statut, président, france, constitution, prince | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Qui en Suisse et ailleurs connaît le visage et le nom des époux ou épouses, leurs occupations professionnelles, du président de la Confédération et des conseillers fédéraux?

Écrit par : Ben Palmer | 26 juillet 2017

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Qui, parmi les moins jeunes, ne se souvient du nom et de la profession de Hans W. Kopp, le mari de la Conseillère fédérale Élisabeth Kopp? Celle-ci dut payer les activités de son mari au prix fort puisque le 12 décembre 1988, deux jours après que l'Assemblée fédérale l'ait nommée Vice-Présidente du Conseil fédéral pour l'année 1989, elle fut contrainte de démissionner en raison d'un conflit d'intérêt entre les exigences de sa fonction et ses "devoirs" d'épouse. Concrètement il était reproché à la ministre d'avoir, en sa qualité de Cheffe du Département fédéral de Justice et Police, communiqué à son avocat de mari des informations internes à son Département au sujet d'une procédure pénale engagée contre une société dans laquelle son mari occupait le poste de Vice-Président du Conseil d'administration.
Au sujet de cette affaire, qui fut révélée par le quotidien lausannois «Le Matin» et eut un retentissement considérable dans tout le pays, lire par exemple http://www.lenouvelliste.ch/articles/suisse/le-12-decembre-il-y-a-25-ans-elisabeth-kopp-demissionnait-303548

Écrit par : Mario Jelmini | 27 juillet 2017

J'ai l'impression que Brigitte Macron se voit bien en Jackie Kennedy. Belle, féminine, mais engagée aux côtés de son président de mari.

Écrit par : Kad | 26 juillet 2017

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"C’est un cadeau offert à sa compagne"
Comme les autres compagnes de ses prédécesseurs, elle n'est pas rémunérée.
Il veut officialiser un statut de fait accompli depuis plusieurs présidents.

Cette tradition française, comme américaine d'ailleurs concerne ces pays, on a pas à juger. On ne l'accepterait pas sur une de nos traditions helvétiques.
De plus, pour une question de sécurité, le conjoint doit abandonner sa carrière professionnel. Il est normal qu'il puisse se recycler.

Un statut du conjoint, approuvé par les élus serait logique, pour déterminer les limites et éviter une situation à la Trump.

Quant à dire, qu'un conjoint n'a pas été élu, oui, comme les fonctionnaires de l'Elysée, les conseillers du présidents. Ce n'est donc pas un argument valable.

Écrit par : motus | 26 juillet 2017

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@ Motus : exact !

Le Président Macron apparemment dérange et je trouve intelligent de sa part de vouloir donner un statut officiel à l'épouse : c'est faire acte d'intelligence et ne rien cacher au peuple français !!!

Écrit par : Lise | 27 juillet 2017

hommelibre a aussi parlé de concours. Tous les fonctionnaires français sont passé par l'épreuve du concours.

Écrit par : Kad | 26 juillet 2017

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" Tous les fonctionnaires français sont passé par l'épreuve du concours."
Il y a un concours pour devenir "conseiller du président" ? J'en doute...

Écrit par : Géo | 26 juillet 2017

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"Belle, féminine, mais engagée aux côtés de son président de mari."
On se demande pourquoi elle n'a pas été poursuive selon l'article 227-27 du code pénal français il y a 24 ans.

Écrit par : Daniel | 26 juillet 2017

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«J'ai l'impression que Brigitte Macron se voit bien en Jackie Kennedy.»

Hum... Je croyais que la référence des macronistes c'était la Michèle de Barak Obama.

Écrit par : petard | 26 juillet 2017

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C'est vrai que Michelle fait aussi l'affaire. Mais la référence de Michelle n'est-elle pas Jackie ?

Écrit par : Kad | 26 juillet 2017

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C'est vrai que Michelle fait aussi l'affaire. Mais la référence de Michelle n'est-elle pas Jackie ?

Écrit par : Kad | 26 juillet 2017

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Généralement, toute clarification d'un flou est une bonne chose.
Et puis : tout travail mérite un salaire.
Une épouse assure un job de représentation, dont la valeur est certes difficile à quantifier.Quel peut être p.ex. l'impact de la présence de Brigitte Macron lors de la visite de Donald et Melania Trump ?
On peut supposer qu'il aura eu une certaine importance, parce que la présidence de Trump tend à privilégier le décorum.
Dans la configuration "hollandaise" post-Trierweiler, le rôle de Brigitte Macron n'était pas assuré. Certains s'en félicitent, parce qu'on fait l'économie des rituels sociaux convenus.
Toutefois, si on a considéré qu'il était misogyne de ne pas payer Penelope Fillon pour son travail d'assistante parlementaire ( réel ou fictif ), il serait illogique de partir du postulat que B. Macron est à disposition à bien plaire.

Du moment que quelqu'un a un cahier des charges explicite, on peut exiger de lui d'en remplir les obligations. Dans l'absolu, la clarification pourrait consister à décréter un service minimum : pas d'apparitions en public ou trois heures de bureau par jour et tout le reste est fait par des salariés ( pas élus non plus), si ce "travail" peut être fait par n'importe qui et que l'épouse du président n'a aucune qualification particulière. Si la politique se passe des relations humaines et que les rituels de sociabilité sont insignifiants, c'est jouable.
Mais nous savons bien, combien ces interactions sont déterminantes ...

Ce qui serait intéressant à savoir : qui clarifie et est-ce que le document de clarification sera public ?

Écrit par : Calendula | 27 juillet 2017

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Si le scénario de « Soumission» (le roman-fiction de Michel Houellebecq paru en 2015) se réalise, le prochain Président de la République française sera musulman. La polygamie sera légalisée. À supposer que ce Président ait quatre épouses, quel sera le statut de chacune d'entre elles? Macron ferait bien d'y penser dès maintenant s'il entend légiférer sur le statut du/de la/des conjoint/e/s/es du/de la Président/e.

Bien entendu, en vertu des principes de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, les femmes auront le droit, sous le nouveau régime, d'avoir plusieurs maris.

Par ailleurs, puisque le mariage entre homosexuels/elles est désormais légal en France, la nouvelle loi devrait prévoir le cas d'un futur Président qui serait marié avec un autre homme, d'une future Présidente qui serait mariée avec une lesbienne, d'un futur Président (ou d'une future Présidente) qui aurait contracté plusieurs mariages (par exemple, pourquoi pas, avec deux hommes et avec deux femmes), et ainsi de suite. Le rôle de chaque conjoint devrait être clairement défini, de même qu' "un statut et un budget pris su les fonds publics" devrait être élaboré pour chacun des conjoints/es, qui pourraient tous (pendant qu'on y est) être exonérés d'impôts.

Du pain sur la planche pour le législateur français.

Écrit par : Mario Jelmini | 27 juillet 2017

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La comparaison avec des conseillers présidentiels ne vaut pas, à mon avis. Un conseiller a déjà des compétences dans le domaine où il est demandé, et son action se prolongera après le mandat présidentiel. Cette première différence est déjà énorme: l'un est appelé pour ses compétences, l'autre serait mis en place par le hasard des urnes et d'une élection.

De plus le conseiller reste en retrait: c'est le président qui assume ses décisions, y compris celles suggérées par le conseiller. Or dans l'idée d'un statut, le conjoint disposerait d'un budget propre – comme un ministre – et d'un pouvoir décisionnel qui le met au-dessus d'un conseiller ou d'une personne engagée.

Enfin, je ne vois pas ce qu'il y a à clarifier. Le conjoint ou la conjointe n'est pas élu ni engagé pour des compétences particulière. Imaginons une une entreprise qui engage une femme cadre, laquelle devant ensuite déménager pour son poste. Si son mari la suit sur un autre continent, par exemple, devra-t-il être engagé par la firme? Non.

Je ne vois d'ailleurs pas le problème posé par cette situation: conjoint de président ou de présidente, s'occupant d'oeuvres de bienfaisance, il y a quand-même pire...

Et puis selon quelle règle, selon quel fondement, et par qui, un tel statut devrait-il être délivré? Pas par ce qui ressemble à un népotisme. Pas d'engagement de membres de la famille, stipule la loi de moralisation voulue par Macron. Cela devrait s'appliquer à lui-même.

Écrit par : hommelibre | 27 juillet 2017

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