24 avril 2017

L’appel à battre Macron

J’aime les paradoxes. Ils ouvrent une porte sur la complexité du monde. Là je suis servi: Macron, sorte de Magic Ken porté par sa Barbie, libéral pur jus, arrive en tête du premier tour en bonne partie grâce aux voix de gauche. Une gauche pourtant très remontée contre le libéralisme.

 


MLP-antifas02.jpegJugement moral

Dans un pays où les sujets sont abordés non par leur contenu mais par l’appartenance politique de ceux qui les proposent, c’est un progrès intellectuel. Mais voici de nouveaux clivages, qui remplacent déjà l’ancien. On catégorise à tout va, on redistribue les marqueurs identitaires que sont les mots.

Les mots marquent les camps. Aujourd’hui on nous sert du mondialiste contre souverainiste, de l’ouvert contre fermé. Ou du xénophobe contre xénophile, du raciste contre altruiste. Ou encore du républicain contre … contre quoi?

Là on ne sait plus. Contre du fasciste, peut-être. Une facilité intellectuelle cède la place à une autre facilité. Les français ne se parleront pas plus, ils ne creuseront pas davantage les grandes questions qui agitent la nation. Il y a les bons et gentils d’un côté, les mauvais de l’autre. Si l’on est un gentil on ne parle pas de certaines choses. Le jugement moral, devenu une insupportable obstruction intellectuelle, a contaminé le débat politique.

Il y a franchement peu de chances que Marine Le Pen gagne. Moins à cause de son programme que par rejet moral. Il est certain que le Front National reste marqué par ses origines historiques et par les propos fréquemment insalubres de Jean-Marie Le Pen. Mais concernant son programme, la sortie éventuelle de l’UE serait subordonnée à référendum. Même le retour du franc ne serait pas une mince affaire. Sortir ou non de l’euro devrait également faire l’objet d’un débat national et d’un référendum.

 

 

antifas04-guerre-avion.jpgGuerre et racisme?

Son champ d’action réaliste serait de faire appliquer la préférence nationale, de rétablir les frontières comme l’UE l’autorise dans certains cas, et de limiter l’immigration. Plus quelques mesures symboliques: un court service militaire, les écoliers en uniforme, etc.

On est d’accord ou pas. Néanmoins aujourd’hui il est excessif de prétendre que ce parti ne serait pas républicain. Rien dans son programme ou dans son discours ne permet de supposer qu’il veut attenter à la république, à la légitimité par le vote, au respect des institutions. Ses dirigeants ont toujours respecté le processus électoral. Il ne fait pas appel à la rue pour prendre le pouvoir, n’entretient pas de milice privée, ne développe pas de théorie raciste.

La volonté de limiter l’immigration, la critique de l’islam radical, ne peuvent être assimilés à du racisme. De même rien ne démontre une volonté fascisante ou raciste. Pourtant je ne m’accorde pas à l’étatisme prôné par ses dirigeants. Mais le débat doit primer sur la peur. Et s’il se cachait? S’il montrait un visage fasciste après une élection gagnée?

Ou, autre argument, le nationalisme est-il automatiquement la guerre comme le soutient Macron? La guerre n’a pas besoin du nationalisme comme prétexte. La création d’une défense européenne indépendante permettrait d’ailleurs de circonscrire durablement ce risque. Je pense que la démocratie aujourd’hui est forte et dispose de contre-pouvoirs, jusque dans la rue s’il le faut.

 

 

antifas01.jpgAntifas, ou pas

Et puis le rejet moral du FN n’est qu’un procès d’intention dont le but est de détourner du débat de fond. Même l’expression extrême-droite ne sert qu’à stigmatiser, alors qu’il s’agit d’une droite souverainiste.

Pour la même raison je ne qualifie plus Mélenchon d’extrême-gauche. On clôt trop rapidement les débats avec ces mots-là, et je pense justement qu’en France la tendance est déjà de trop les escamoter. Parlons programmes et idées, parlons hommes et femmes qui les portent, mais ne faisons pas de morale à deux sous.

Les fascistes hier soir étaient plutôt ceux qui se nomment les Antifas, qui ont organisé une nuit des barricades à Paris. Avec violences de rue (limitées), quelques blessés et 29 arrestations. Leur motif: l’élection n’est qu’une mascarade à leur yeux. Et moi qui croyais que le vote, quel qu’en soit le résultat, était justement un pilier de la démocratie!

Dans cette ligne d’idée je lisais une interview du philosophe André Comte-Sponville (image 4 wikipedia). Un libéral de gauche assumé, qui critique les politiques menées par les socialistes au pouvoir depuis 1981.

« … Benoît Hamon – qui n’est pas vraiment populiste, juste sympathique – tient un discours traditionnel, mais récusé par l’Histoire. (…) La gauche française vit dans le mensonge depuis 1983. Dans une économie mondialisée, une politique de la relance par la consommation est destructrice d’emplois. »

 

 

André_Comte-Sponville.JPGIdentité nationale

À propos d’immigration:

« L’avenir du politiquement correct, c’est le triomphe du populisme ! A force de ne pas vouloir aborder les sujets qui fâchent, on finit par accorder une prime invraisemblable aux seuls qui osent en parler vraiment. Il est ridicule, moralement condamnable et bête de dire que l’immigration est la source de tous nos maux. L’immigration zéro n’est ni possible ni souhaitable pour la France. En revanche, quand des Français dénoncent une immigration trop nombreuse et culturellement tellement différente de nos coutumes (droits des femmes), de quel droit va-t-on leur dire qu’ils ont tort ?

(…) C’est aussi une ressource ! Mais chaque ressource représente une part de problèmes… Dans certains quartiers, les gens ont le sentiment de ne plus être "chez eux". "On ne se sent plus en France", "Trop de pressions sur les femmes", "vêtements différents des nôtres"… La gauche a eu tort de ne pas reconnaître le problème. Pire, on accusait de racisme le premier qui évoquait un malaise. »

Et enfin à propos d’identité nationale:

« On peut parler d’identité nationale sans tomber dans la xénophobie ou le racisme ! Claude Lévi-Strauss, qui ne peut être suspecté de racisme, disait : "Si on appelle racisme la tentative d’une culture de se préserver et de se défendre… alors toute culture est raciste par définition, car elle n’existerait pas autrement". Pendant des décennies, la France en général et la gauche en particulier ont abandonné au FN le monopole invraisemblable de la défense de l’identité française. »

Le rejet moral est une arme anti-FN discutable. Par contraste, le très libéral banquier Emmanuel Macron devient une figure très fréquentable, parce qu’« Il faut battre le Front National ». Eh bien aujourd’hui Françoise Hostalier, membre de l’équipe de Fillon, appelle à « battre Macron », entre autre parce qu’à Alger il a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Ce faisant il a validé l’une des armes idéologiques des extrémistes arabo-musulmans contre la France. Car le jeune Emmanuel ne parlait évidemment pas de la colonisation arabo-musulmane ou turco-musulmane en terre d’Afrique du nord…

 

S’il y a un risque avec le débat d’idée, c’est qu’il n’ait pas lieu. Allez, vive la démocratie et la liberté d'expression!

 

 

 

 

16:24 Publié dans Philosophie, Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : france, élection, macron, le pen, libéral, débat, racisme, identité | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

C'est vrai que le camp du Bien ne donne qu'une envie : voter contre lui !
Mais les ficelles "extrême-droite", "fascisme", "parti non républicain" sont tellement grosses qu'elles risquent bien d'être très, très contra-productives.
MLP n'a pas encore perdu...

Écrit par : Géo | 24 avril 2017

Mélenchon renvoie les deux candidats dos à dos, sans consigne. Je me demande s'il ne souhaite pas secrètement la victoire de MLP, par dépit, par rage d'avoir perdu, pour emm... le système qui ne lui a pas donné la place à laquelle il aspirait et qu'il se croyait promise. Il a de fortes convergences avec le programme frontiste.

Écrit par : hommelibre | 24 avril 2017

"Il a de fortes convergences avec le programme frontiste."
C'est le contraire. Intéressez-vous à Philippot.

Écrit par : Caramba! | 24 avril 2017

antifas/pro-mafias! Les vrais anarchistes n'ont jamais rien cassé! Là ce sont des vandales, pro-maduro!

Écrit par : dominique degoumois | 25 avril 2017

Comme vous avez raison...

En tout cas, votre billet... c'est à mes yeux que du bon sens !

Écrit par : petard | 25 avril 2017

Comme vous avez raison...

En tout cas, votre billet... c'est à mes yeux que du bon sens !

Écrit par : petard | 25 avril 2017

"On est d’accord ou pas. Néanmoins aujourd’hui il est excessif de prétendre que ce parti ne serait pas républicain. Rien dans son programme ou dans son discours ne permet de supposer qu’il veut attenter à la république, à la légitimité par le vote, au respect des institutions."

Liberté-Egalité-Fraternité....... Fraternité renvoie au frère maçonnique. Le FN n'est pas favorable à la Franc maçonnerie. En cela serait-il anti-républicain?

Écrit par : Riro | 25 avril 2017

Les commentaires sont fermés.