01 avril 2017

Hiérarchie, intégration et transmission

Les belles journées de mars ont fait sortir un groupe de joueurs de pétanque pas loin de chez moi. Je suis moi-même un joueur très moyen mais j’aime ce sport. Je me suis approché d’eux pour les regarder.

 


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Ils sont de bons amateurs. Ils m’ont proposé de me joindre à eux et l’un m’a prêté trois boules pour autant de temps que je le souhaite. Une aubaine!

Les équipes sont déterminées au hasard à chaque fois. N’ayant pas joué depuis plusieurs années je dois retrouver mes marques et mes réglages, entre force, précision et régularité.

Entre eux et moi l’approche n’est pas égalitaire. Le terrain où nous jouons est un lieu que je n’ai pas encore investi alors qu’eux y pratiquent une activité organisée depuis des années. Ils ont à la fois une antériorité et l’ascendant de leur qualité de jeu. Cela suffit à établir une première hiérarchie.

Je reste donc en léger retrait car, pour ces deux raisons, je leur donne une priorité d’avis et de compétence sur moi. Je leur laisse la main par principe. Reconnaître cette hiérarchie et m’y adapter me paraît être une condition de mon intégration dans ce groupe.

Ce retrait me permet d’observer leur jeu, de tester le terrain, d’apprendre et de progresser. Et d’essayer de ne pas mettre mon équipe Fanny (perdre sans marquer un seul point). Passé les premières parties où je n’ai pas brillé, je commence à améliorer mes réglages. Je deviens dès lors plus qu’un apprenti pour eux: un partenaire. Ils se mettent à compter sur moi!

J’ai dépassé le stade de l’apprenti à qui l’on pardonne les erreurs de début. Ils deviennent plus exigeants. Je ne m’appuie plus sur eux pour que notre équipe marque des points: j’en marque aussi. Ils l’attendent de moi. Et plus j’en marque plus ils me suggèrent d’éléments pour progresser.

 

 

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J’ai maintenant une place dans ce groupe par mon mérite personnel. Je ne suis certes pas du niveau pour concourir avec des pros mais je me débrouille. Je deviens un partenaire sur qui l’on compte et j’endosse d’être à mon tour un appui.

Pourquoi en parler? Parce que cela illustre à mon sens un aspect important des relations humaines, qui devrait être évident mais ne l’est pas pour tout le monde.

Dans un groupe le « bleu » reste humble. Il observe, écoute, essaye. Il n’est pas encore à la maison. Il accepte une sorte de hiérarchie entre lui et les autres joueurs, hiérarchie établie de fait par leur antériorité et leurs compétences. Le bleu est sur leur territoire.

Cela fait partie de ce que j’ai déjà nommé ailleurs l’apprivoisement. Au début nous sommes des étrangers avec des niveaux différents. Peu à peu le nouveau s’intègre par son mérite personnel. On ne joue pas ensemble parce qu’il serait bien de s’ouvrir à l’autre mais parce qu’ils ont besoin d’un joueur et attendent de celui-ci des compétences et des performances. Ici rien n’est acquis par principe, tout se gagne. Appartenir à un groupe dans ces conditions, c’est plus qu’un droit: c’est créer un lien.

Voyant le bleu progresser, les autres lui font de plus en plus confiance. Il lui suggèrent des éléments techniques relatifs au terrain ou à la manière de jouer. Ainsi la hiérarchie s’atténue par la transmission. Ils lui donnent l’opportunité d’être leur égal. Ils le tirent vers le haut. À lui de s’en montrer digne par son propre mérite.

 

 

 

10:51 Publié dans Philosophie, Psychologie, sport | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : hiérarchie, intégration, pétanque, égalité, mérite | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

Vous décrivez fort bien ce processus, cette approche qui est également celle de l'apprenti, du stagiaire, du nouveau venu qui, s'ils savent être humble (c'est le mot clé je crois), profiteront pleinement du savoir d'autrui.

Je vous souhaite un bon week-end HL, lancez bien le cochonnet;-))

Écrit par : colette | 01 avril 2017

Bonjour Colette,

Il y a des années j'habitais en face d'une petite carrosserie. Le patron était un homme pas méchant mais sec. Il avait un apprenti de 17 ans, volontaire et dynamique. Si le garçon était parfois stressé par son patron, il savait rester humble et montrait une grande exigence de travail bien fait. Et c'est vrai, son travail était impeccable. À 17 ans il savait où était l'important et respectait cette hiérarchie. Je ne l'ai pas revu mais je pense qu'il aura su faire sa place dans le métier.

Bon week-end à vous!

Écrit par : hommelibre | 01 avril 2017

C'est tout de même admirable et assez rare pour le relever cette ouverture à un inconnu par le prêt de trois boules. Dans la vie professionnelle, tout commence par la présentation des diplômes et autres CV avant même d'envisager le premier entretien d'embauche.

Écrit par : Pierre Jenni | 01 avril 2017

Je suis très choqué : vous avez censuré cette vue imprenable sur la petite culotte de Fanny. Qui a un menton très masculin, d'ailleurs. Et regardez la longueur de sa tête...Pas terrible, le dessinateur...

Écrit par : Géo | 02 avril 2017

C'est vrai Géo, je bats ma coulpe...
Je craignais qu'elle ne prenne froid avec la baisse de la température...
:-D

Le dessin date, c'est un style qui n'est plus à la mode. Dommage d'ailleurs car je lui trouve du charme, même avec ses petits défauts.

Écrit par : hommelibre | 02 avril 2017

Pierre, oui c'est un joli geste et c'est bien vu de le relever.
Habitant le même quartier je n'étais peut-être pas entièrement un inconnu, du moins de visu, ce qui n'enlève rien au geste.

Écrit par : hommelibre | 02 avril 2017

Surtout qu'ils n'avaient aucune idée de ton niveau. Et vu le sérieux et la responsabilité croissante que tu as dû prendre dans l'équipe, ils prenaient un risque.

Écrit par : Pierre Jenni | 03 avril 2017

C'est juste Pierre. Je n'avais pas vu sous cet angle.
:-)

Écrit par : hommelibre | 04 avril 2017

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