27 mars 2017

La bataille de Mossoul et le traitement de l’information

Alep, Mossoul: deux batailles, deux présentations de la guerre. À Alep la presse mentionnait des milliers de civils massacrés délibérément par l’aviation russe et l’armée syrienne et des milliers de viols à venir.

 


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À Mossoul les destructions ne sont que de « bavures » ou des « dommages collatéraux ». Pourtant: « Jeudi 23 mars, les corps de 230 à 500 personnes ont été retirés des décombres à al-Jadida à Mossoul-Ouest. La plupart des victimes ont été des femmes et des enfants. »

Pour Alep nous étions bombardés quotidiennement de nouvelles alarmistes. Pour Mossoul les infos sont plus parcimonieuses et les morts civils n’occupent pas la une.

Pour Alep des ONG décrivaient l’horreur vécue par les habitants pris comme cibles par l’armée venue les libérer. Sauf qu’il n’y avait pas d’ONG sur place, pas de moyen de vérifier, et que certaines descriptions n’étaient que des fakes. Pour Mossoul on parle d’habitants pris comme boucliers humains par l’armée du djihad (comme à Alep).

À Alep les médias de chez nous condamnaient avec la plus grande indignation les bombardements aériens sur un hôpital. À Mossoul les mêmes bombardements sur un hôpital ne sont qu’un dommage regrettable.

À Alep selon France24 (chaîne du pouvoir), il était question d’un nouveau Stalingrad. On n’en dormait presque plus. La bonne conscience occidentale sombrait dans la panique humanitaire. À Mossoul rien de tel. Tout continue. Ils n’ont plus d’eau, plus d’électricité, plus à manger? Comme c’est dommage.

 

 

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La bataille de Mossoul est la même que celle d’Alep. Les mêmes types de moyens, les mêmes risques, les mêmes crimes de guerre au nom de la liberté ou d’Allah. Hé, croyait-on que la guerre était jolie si elle venait de l’ouest?

On sait que la guerre sur le terrain se double d’une guerre psychologique par le traitement calculé de l’information. La guerre psychologique est menée contre un ennemi. Or ici la différence de traitement montre que l’ennemi désigné n’est pas Daesh mais la Russie, et accessoirement Bachar el Assad.

Si l’ennemi était et est la Russie, et si l’on admet que la guerre de l’information est nourrie par des exagérations, des mensonges, des déformations, la suspicion légitime ne doit pas concerner les seules batailles d’Alep et de Mossoul.

C’est par extension toute information sur la Russie qui devient suspecte. On le savait déjà un peu. On le sait encore mieux. Pas besoin d’être super-hyper-méga pro-Moscou et Poutin-adepte pour s’en rendre compte et le déplorer. Je ne suis pas anti-occident, pas suspicieux par nature, mais l’idée que la presse relaie des crasses me dérange beaucoup. À part dans quelques supports comme ici.

Dès lors comment ne pas mettre dans le même panier qu’Alep et Mossoul nombre d’informations, par exemple et entre autres sur Donald Trump et sur François Fillon? Comme de par hasard ces deux hommes politiques souhaitent rétablir des relations plus tranquilles avec la Russie. Cela explique peut-être l’acharnement à coup de tirs répétés sans que l’on puisse vérifier grand chose.

Le traitement différencié de l’information sur Alep et Mossoul contamine les nouvelles. Il fait douter de manière plus large de ce que l’on nous sert dans nos propres médias.

 

 

 

13:58 Publié dans Divers, Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : mossoul, alep, bavure | |  Facebook |  Imprimer | | | | hommelibre

Commentaires

L'ennemi est l'UE!

Écrit par : Patoucha | 28 mars 2017

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J'aime bien votre billet, votre mesure et votre souci d'objectivité.
Les bouffées d'air frais font du bien.

Écrit par : petard | 28 mars 2017

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Ce qui me frappe avec la presse écrite, c'est l'usage massif et constant des "dépêches" provenant des agences de presse. En Suisse quatre agences fournissent quasi tout le contenu des journaux : AFP, Reuters, AP et ATS. Celui qui contrôle ces agences contrôle donc l'info, car les médias n'ont plus les moyens de payer des journalistes pour faire des analyses - et la concurrence de l'internet ne va pas arranger cette situation...

Écrit par : Marc | 28 mars 2017

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Merci Pétard.
Mesure, oui. Il y a eu une telle démesure médiatique lors de la bataille d'Alep, je ne voulais pas reproduire la même chose.
Et puis la comparaison me semble d'elle-même parlante.

Écrit par : hommelibre | 28 mars 2017

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@ Marc:

En effet. Je me demande comment les journalistes professionnels voient la chose.
La concurrence d'internet est déjà active et l'on peut trouver des infos journalistiques reprises de buzz d'internet, sans vérification.

Internet est un bon outil pour varier le regard sur l'info, mais il demande de mettre en place des procédures spécifiques de vérification puisqu'on n'est pas sur le terrain.

Écrit par : hommelibre | 28 mars 2017

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@Marc
"Celui qui contrôle ces agences contrôle donc l'info, car les médias n'ont plus les moyens de payer des journalistes pour faire des analyses "

En fait lors de la guerre du golf ( 1991), l'armée américaine a inventé la notion de contrôle exclusif de l'info. Infos reprises avec enthousiaste par tous les médias de ces images de jeux vidéos, de guerre propre et chirurgicale, sans vraiment se méfier d'une quelconque manipulation.

Voici un extrait d' article du monde qui date de 2003 à propos de la deuxième guerre du golf :

< on continue tout de même, parfois, lorsque la machine de guerre est lancée, à broyer du vide. "La couverture de l'intervention des troupes de l'OTAN au Kosovo l'a prouvé. Les médias n'ont quasiment répercuté que les déclarations du porte-parole de l'Organisation, starifiant au passage l'auteur de l'expression 'les dégâts collatéraux'. Et, au début, on n'a vu que les images, photos, prises par les bombardiers et chasseurs alliés."
"J'ose tout de même croire qu'on a appris à être plus vigilants", lui fait écho Vincent Nguyen, jeune grand reporter de France 2, qui a réalisé un document édifiant sur la machine à manipuler américaine, diffusée en décembre 2002, dans le magazine "Un œil sur la planète". "D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si les chaînes montrent ce type de sujet avant même le déclenchement d'un éventuel conflit." Mais, en menant son enquête, Vincent Nguyen a réalisé à quel point la machine à formater l'opinion publique a, elle aussi, évolué. "Le système de contrôle de l'information qu'on a en face de nous est trop bien huilé. Il est difficile de ne pas se laisser manipuler." >

Effectivement, le Monde a fini par sombrer aussi comme les autres.
Aucun médias de presse n'a remis en question de la source unique que relayait AFP, Reuters, AP et ATS; à savoir l'OSDH !

ONG autoproclamée comprenant dans son acronyme "Droit de l'Homme" pour faire sérieux auprès des médias. Qui pour le moins n'offrait aucunes garanties de fiabilité, aucune structures sérieuses garanties dans le fonctionnement et surtout sa neutralité. Mais quel journaliste s'en est soucié ?

Cette ONG a été largement soutenue finacièrement par la Grande Bretagne et les Etats-Unis, peu avant le début des troubles en Syrie Ce qui corrobore les déclarations de l'ex ministre Roland Dumas sur "un coup en Syrie " qui se préparait depuis l'Angleterre deux ans avant le début des troubles. Puis la communauté européenne est devenue ensuite aussi bâilleuse de fonds.

Juste à titre d'exemple: le journaliste Belge Pierre Piccinin de Prata partisan convaincu du journalisme de terrain a couvert toutes les guerres de printemps arabes. Parlant un arabe sommaire il a réussi à s'infiltrer dans la ville de Hama (fief des frères musulmans au départ des troubles) et filmer les manifestations, images à l'appui, il y avait quelques milliers de manifestants, corroborant par là, les dires de ce jeune franco-syrien qui s'indignait déjà de la désinformation à l'antenne de Bourdin sur RTL.

L'OSDH avait quant à elle annoncé 1 demi million de manifestants, chiffre repris unanimement par les médias suivistes. Et le journaliste belge traité de Tintin de manière méprisante par les "experts"

Qu'est devenu Vincent Nguyen qui s'affolait déjà en 2003 de cette machine à formater l'opinion publique trop bien huilée ?
Il a quitté France 2 en 2011 ... pour devenir journaliste indépendant ... sur ces sites officieux estampillés désinformations peut être ?

Écrit par : aoki | 28 mars 2017

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@aoki,

Vous avez bien raison dans ce que vous écrivez.

De ce fait je relève ce que vous dites sur l OSDH comme "Aucun médias de presse n'a remis en question de la source unique que relayait AFP, Reuters, AP et ATS; à savoir l'OSDH !""

Le comble est que l OSDH est gérée par une seule personne originaire de Tartous (Côte Syrienne) et vendeur de vêtements et/ou peut être du Kebab. C est un employé qui véhicule ce que la britannique MI6 dite loge 6 (Services secrets militaires pour l étranger).

Le 2ème comble est que l OSDH lance des infos qui sont reprise par l Associated Press, l ATS, l AFP ou Agence France Propagande et Reuters. Puis l OSDH reprend ces info diffusées par les agences de propagande sus citées afin de leur donner de l épaisseur, du sérieux (boff!) et surtout de la consistance et le tour est joué et la boucle est bouclée et c est parti...

Écrit par : Charles 05 | 28 mars 2017

"il y avait quelques milliers de manifestants" Qui tous déclaraient que c'était "la liberté ou la mort", et après à Alep viennent pleurnicher parce que l'Occident ne les a pas aidés dans leur merveilleux projet de génocider les alaouites...

Écrit par : Géo | 28 mars 2017

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