23 février 2017

Immigration : le coût humain de la nouvelle politique américaine

Un article de la Tribune de Genève papier du jour mentionne les travaux de Vincent Kaufmann (image 4) sur les limites de la libre circulation. Le titre de l’article: « Les effets pervers du dogme de la mobilité ». Fichtre!


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Mentionner dans la même petite phrase les mots pervers et dogme à propos de libre circulation, ce Kaufmann doit être un suppôt de Blocher ou de Trump! Eh bien non: il est directeur du laboratoire de sociologie urbaine à l’EPFL.

On peut donc le lire sans crainte d’être stigmatisé. Et que dit-il, selon l’article? Précisément ceci: « … si l’UE ne révise pas ses dogmes, elle risque fort de voir pousser des murs et des barbelés un peu partout. »

La mobilité, la libre circulation, ne seraient-elles pas cette condition indispensable à l’unité de l’Union Européenne? Pas forcément, selon le chercheur:

« Lorsqu’on se penche sur les textes fondamentaux de l’Union européenne, on remarque que les questions de mobilité sont au coeur du projet européen, bien plus que les questions économiques. La mobilité apparaît comme la seule manière d’unifier les Etats-nations, de niveler leurs différences en termes de systèmes politiques et de sécurité sociale», observe Vincent Kaufmann. Mais pour lui, l’UE a formulé l’injonction de bouger, sans évaluer les conséquences de cette hyper mobilité sur le développement régional ou sur la cohabitation entre des populations très différentes. »

 

 

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Lui et son collègue espagnol Ander Audikana vont plus loin:

« Les auteurs postulent la nécessité d’une politique de mobilité qui tienne compte des identités locales. (…) Le but de l’UE ne devrait pas être de créer du flux à tout prix, mais d’assurer une certaine justice spatiale dans les déplacements de personnes. »

Les mouvements de migrations sont choses normales. Les populations humaines bougent. Je suis moi-même un produit de cette mobilité intra-européenne. Les Suisses qui ont émigré vers les États-Unis ou l’Australie au XIXe siècle le savaient: ils fuyaient les famines chroniques que les moyens technologiques n’avaient pas encore enrayées, ou la pauvreté.

Toutefois sur un territoire déjà administré il y a des règles à respecter. Pour des raisons de gestion du pays: capacité d’hébergement et de travail, de soin, places dans les écoles, infrastructures, transports, ressources environnementales, assimilation des arrivants, sentiments des populations antérieures, etc, un État doit gouverner et anticiper.

Donc, la libre circulation ne serait pas une panacée. Et la mettre en question n’est pas un crime moral contre le progrès. D’ailleurs certaines migrations sont dommageables, comme celle des médecins roumains vers la France ou l’Allemagne qui laissent derrière eux un pays qui perd les praticiens qu’il forme.

 

 

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On apprenait hier que le gouvernement d’Angela Merkel a adopté une loi visant à accélérer l’expulsion de demandeurs d’asiles déboutés. Ce texte doit encore être approuvé par le Parlement.

Si l’extrême gauche allemande réprouve ce projet, les deux grands partis de la coalition au pouvoir le soutienne. Il ne provoque pas de tollé en Allemagne et personne n’est descendu dans la rue pour défendre les migrants.

En 2016, 80’000 demandeurs d’asile ont quitté le pays pour rentrer chez eux, de leur propre gré (55’000) ou expulsés (25’000). Plus de 200’000 demandeurs seraient au final  déboutés et obligés de repartir. L’Allemagne confirme ainsi que la gestion des migrations est une nécessité pour un pays développé, et qu’il ne s’agit ni de racisme ni de xénophobie.

Ce projet allemand ne suscite pas de grosses manifestations. Pas plus que les murs des enclaves espagnoles au Maroc ou que les barrages mis au flux migratoire au sud-est de l’Europe. Pourquoi alors les décisions de Donald Trump sont-elle systématiquement dénoncées au nom des Droits de l’Homme ou suspectées de xénophobie? Il y a comme un biais.

 


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Ce biais s’installe avec tant de prégnance que l’on doit régater ferme pour rester observateur et ne pas se faire enfermer dans le piège de la morale.

D’autres y sautent à pieds joints. Comme le journaliste Pierre Gobet. Intervenant dans un reportage du TJ romand hier soir il a terminé son court speech sur Trump et ses nouvelles directives en disant:

« … sans parler du coût humain de cette nouvelle politique. » (vidéo du bas, début à 1’23’’)

Cette politique n’a rien de nouveau. C'est la politique américaine. Petit rappel signé Bill Clinton:

« Notre nation est à juste titre dérangée par le grand nombre d’étrangers illégaux qui entrent dans notre pays. Les immigrés illégaux prennent les emplois de citoyens ou migrants légaux, ils imposent des charges à nos contribuables. (…) Il est erroné et au final suicidaire pour une nation d’immigrants de permettre d’abuser de nos lois sur l’immigration comme cela s’est produit ces dernières années, et nous devons faire plus pour arrêter cela. »

Saint Barak Obama a fait la même politique. Des millions d’illégaux ont été expulsés pendant son mandat. De tous les président US c’est lui qui en a fait expulser le plus grand nombre. Pourtant je n’ai pas entendu parler du coût humain de sa politique.

Le coût politique pourrait être payé par les médias, tant la partialité de certains confine à la volonté de décervelage. L’élection de Trump n’a pas fini de nous instruire.

 

 

 

Commentaires

Cher hommelibre,

- « Pourquoi alors les décisions de Donald Trump sont-elle systématiquement dénoncées au nom des Droits de l’Homme ou suspectées de xénophobie? »

Ah ben ! J'ai ptet ben une réponse.

Serait-ce parce que les décisions de Donald sont des décisions ... victimaires ?

Ce qui serait tout à fait normal après les grands migrations américaines en Afghanistan, en Irak, en Lybie, en Syrie, en Israël, ... des migrations qui ont fait tellement de victimes victimaires là-bas ?

Après tout, si les zaméricains avaient pas été migrés là-bas, ptet que les afghans, les irakiens, les lybiens, les syriens, les israëliens .. seraient pas allés migrer aux Zétas-Zunis.

Et pour les mexicains ... si les companies américaines comme Ford seraient pas été migrées au Mexique, ... ben ... les mexicains eux seraient ptet pas allés migré aux Zétas-Zunis et seraient juste allés la-bas pour visiter Donald et Mickey, là où Donald et Mickey aiment bien voir les mexicains pour qu'ils dépensent leur argent en touristes, pas pour venir en gagner en travailleurs ...

https://s31.postimg.org/45t76i16j/donald2.jpg

Écrit par : Chuck Jones | 23 février 2017

Franchement Chuck Chuck, vous n'êtes pas fatigué d'écrire n'importe quoi? On lit la première ligne on connaît la fin. LOL

Écrit par : Patoucha | 24 février 2017

Excellent billet!

Que d'amalgame et de mauvaise foi sur l'immigration du XIXe siècle et aujourd'hui! Il faut bien se distinguer.... même si on nage dans le déni.

Écrit par : Patoucha | 24 février 2017

Petite info hors sujet mais qui m'a fait marrer : j'étais sûr et certain que cela arriverait un jour ou l'autre : dans un grand élan de chauvinisme femelle, nos journalistes toujours plus incultes attribuent aujourd'hui le Vendée Globe 2001 à Ellen Mc Arthur*. J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour elle, mais c'est Desjoyaux qui a gagné...
https://fr.wikipedia.org/wiki/Vend%C3%A9e_Globe
* p.14 de 24 heures (et probablement de la TdG...)"l'histoire du jour", article non-signé bien sûr...)

Écrit par : Géo | 24 février 2017

Le débat concernant l'immigration clandestine concerne beaucoup de pays, dont le nôtre.
A Genève, on se retrouve à devoir réfléchir à cette problématique à notre petite échelle, à cause d'une décision de légalisation de "sans-papiers" par le département de Pierre Maudet.
(Comme mon utilisation du mot "nous" est souvent considérée comme abusive, je précise qu'il s'agit ici de désigner l'espace genevois, dans lequel je vis comme d'autres personnes. Mais au-delà, le cas genevois est vu comme un test pour toute la Suisse. J'espère donc que mon "notre" passera pour une fois.)

Il faudrait pouvoir en parler sans anathèmes qui bloquent la réflexion.
Lorsqu'on épingle et insulte son contradicteur, on dévie du sujet de fond.
L'exemple américain pourrait servir de cas d'école.
L'exemple de l'UE et de Schengen est plus compliqué, parce qu'il implique tellement de paramètres. Il n'y a qu'à voir les flèches sur la carte de l'Europe. Les nations sont encore quelque peu souveraines, davantage que les états à l'intérieur des États-Unis.

Le billet expose l'idée qu'il y a une injuste représentation de la situation américaine. C'est certainement vrai, mais comment en arrive-t-on à ça ?
Les prises de position des présidents américains devraient être lues dans une succession chronologique. Aussi par Donald Trump, qui semble faire table rase de tout le passé.
Si on ne fonctionne pas comme lui, on se rend compte, que le problème de l'immigration illégale perdure et que les gouvernements successifs ont en tout cas tenté d'y faire face et dans les paroles et dans les actes.
Le contexte, dans lequel ces mots sont prononcés a de l'importance.
A l'époque de Bill Clinton, il y a peut-être eu des protestions, mais en existe-t-il encore des traces ? Internet ne permettait probablement pas encore de fédérer des mouvements ...
Contexte historique et contexte de la personnalité même du président et de l'image qu'il essaye de donner de lui-même font partie de la réception du message par l'opinion publique, qui n'est bien sûr pas unanime !

D. Trump arrive à faire passer l'idée, qu'il est le premier à vouloir s'attaquer frontalement au problème de l'immigration illégale et cela induit l'idée qu'il est le Grand Méchant auprès de ceux qui ne l'ont pas élu et qui oublient ou ignorent le passé.
Auprès de ceux qui ont élu Trump, l'ignorance ou l'oubli du passé permet d'améliorer l'image du nouveau président. Il arrive en Grand Sauveur innovant et courageux.
Et à la fin, tout le monde peut être encore plus divisé et s'entre-diaboliser à qui mieux mieux.

Il ne faudrait pas tomber dans le panneau, déjà en tant que spectateurs de la vie politique américaine.
Le plus important, c'est d'essayer de comprendre notre propre contexte, qui n'est pas exactement le même. ( par "notre" je désigne l'ensemble des personnes habitant en Suisse, mais aussi en Europe)
Le gros problème étant que "les illégaux" trouvent du travail. Et qu'on arrive à trouver moyen de sous-payer des plus ou moins légaux, à magouiller dans le contexte de la légalité mal contrôlée.
Pourquoi ? Comment est-ce faisable ?
Si on arrive à répondre à cette question de façon exhaustive, on trouvera peut-être des solutions, dont le " coût humain" ne sera pas le renvoi forcé. Il faudrait que l'immigration illégale devienne in-attractive et que la sous-enchère salariale ne soit plus possible.

Écrit par : Calendula | 24 février 2017

- « Il faudrait que l'immigration illégale devienne in-attractive et que la sous-enchère salariale ne soit plus possible. »

Vu que les immigrations ont existé avant l'invention du salariat, et avant la création de l'état-nation ...

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tat-nation

... il est peu probable que ... même un salaire minimum de 1 dollar par mois puisse rendra ... l'immigration illégale ... "in-attractive".

D'ailleurs qu'est-ce qui vous fait croire que les immigrants illégaux immigrent dans l'espoir de toucher un salaire ? Pour autant qu'ils savent ce qu'est un salaire, pour autant qu'ils en ont déjà "touché" un ?

Écrit par : Chuck Jones | 24 février 2017

Madame Patoucha,

- « Franchement Chuck Chuck, vous n'êtes pas fatigué d'écrire n'importe quoi? On lit la première ligne on connaît la fin. LOL »

Vous avez farpaitement raison.

Regardez ...

...

moi ...

..o

dans ...

o.o

les ...

o.O ...

https://s23.postimg.org/5qxpgh657/Donald_R3.jpg

Écrit par : Chuck Jones | 24 février 2017

LOL! J'ai tout compris Chuck Chuck.... :)))))))))

Écrit par : Patoucha | 27 février 2017

En effet Calendula, Donald Trump semble s'accommoder de ce discours selon quoi il serait le premier à mettre de l'ordre dans les affaires d'immigration illégale. Étrange, oui. Mais en ce moment je relativise beaucoup tout ce qui vient des USA. Beaucoup de parasitage.

Cela pose d'ailleurs une situation plus générale de "perte de la mémoire historique" dans le domaine politique. Ce qui n'est pas sans risques.

Écrit par : hommelibre | 25 février 2017

@hommelibre,

Pour essayer de comprendre la philosophie politique de D. Trump, je me réfère volontiers à ses seules paroles (vidéos) ou ses tweets, qui nous sont généreusement communiqués par les médias.
Pourquoi passer par des commentaires-parasites, puisque Trump livre lui-même et directement et quotidiennement ses positions ou idées sur tel ou tel sujet ? Même sur l'injustice faite à sa fille, par le magasin qui réduit la place accordée à sa ligne de produits ;-)))

Pensez-vous qu'on ne nous livre pas l'entier de ses déclarations ?
Bien sûr, j'ai pu louper un tweet ou une vidéo, dans lesquels il aurait rendu hommage à ses prédécesseurs et dit que l'idée du mur existe depuis Bill Clinton.
Il aurait avantage à se référer à ce fait historique, pour faire taire ses détracteurs. S'il ne le fait pas, c'est qu'il y a une raison.
Il a dû faire une pesée d'intérêts et arriver à la conclusion, qu'il préfère se profiler comme l'unique Monsieur Mur.
Au fond, cette histoire du mur est un "fait alternatif" de plus.
Ces faits-là fonctionnent aussi longtemps que les citoyens américains ne prennent pas la peine de se souvenir de leur passé récent ou de s'informer quelque peu sur la réalité européenne, si volontiers décrite comme cataclysmique par le président.

Écrit par : Calendula | 25 février 2017

@ Calendula:

J'essaie comme vous de décrypter Trump. Ce n'est pas facile. Mais dans son choix de rupture de style, de ton et de certaines orientations politiques, vouloir endosser seul la paternité du mur est plausible.

Toutefois le climat de guerre interne aux USA n'est pas une bonne chose et je tente de mettre moins d'émotion que ce que la presse distille. Je ne suis pas capable (langue, manque de repères pratiques) de suivre les médias américains en détails. Je constate que ce qui est mis au public est choisi pour faire réagir systématiquement. Trump y contribue mais pas seulement lui.

Sur sa philosophie politique (j'apprécie cette expression car c'est aussi ce que j'essaie de comprendre chez lui) je me réfère à sa position sur les guerres du Moyen-Orient. Comme je l'ai déjà mentionné ailleurs il a été opposé à cela dès 2003, et n'a pas varié depuis. Cohérence donc avec une ligne moins interventionniste.

Je réfléchis à un billet sur ce sujet de sa philosophie politique telle qu'on peut, comme vous et moi, et d'autres, la capter et la questionner.

Écrit par : hommelibre | 26 février 2017

@ hommelibre,

Par rapport aux Américains, les Européens n'ont pas toutes les informations, ni tout l'historique. Notre point de vue permet du recul, mais il nous manque plein de détails.

Il me semble qu'on peut aussi se demander quelle est notre propre philosophie politique et ce que nous attendons de la part d'un politicien ou d'un gouvernement.

En tant que citoyen, on se positionne, on vote, on débat. On a certaines responsabilités, mais pas autant qu'un membre de l'exécutif ou du législatif.
Ainsi, notre propre "philosophie" est moins importante que celle des élus et de leur équipe, mais la somme des petites philosophies fait que tel ou tel se retrouve élu ou pas.
La pensée politique d'un personnage avec une position aussi prépondérante que le président des USA intéresse beaucoup de monde.
Des pierres angulaires de sa pensée sont les slogans "America first" et "Make America great again".
Beaucoup de ses supporters y voient une bonne base.
Pour de sûr, je ne fais pas partie de ses supporters, même si je peux parfaitement concevoir et accepter qu'un dirigeant adopte cette position-là. Elle a le mérite de la clareté.

A mes yeux, tout le challenge réside dans le "comment".
Comment fera-t-il pour rendre son pays encore plus grand-grandiose- magnifique et comment jonglera-t-il pour que le programme de protectionnisme (America first) ne produise pas d'effets-boomerang ( contre-mesures de la part des autres nations)?
L'intimidation par des discours dépréciatifs est une stratégie maladroite.
Trump risque de réussir à fédérer l'UE par l'effet "ennemi commun".

Sur quelle "philosophie" peuvent reposer ses initiatives qui consistent à inventer des informations sur des pays pays européens comme la Suède ? Ou l'idée de dénigrer Paris ou de critiquer l'Allemagne ou l'UE en général et cela dans les trois-quatre premières semaines de son mandat ?
Very strange ...

Écrit par : Calendula | 26 février 2017

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